Le phénomène des matchs d'influenceurs : qu'est-ce que c'est ?

Le monde du divertissement et des réseaux sociaux est en constante évolution, avec l'émergence de nouveaux concepts qui captivent l'attention du public. Parmi ces phénomènes, les matchs d'influenceurs gagnent en popularité, attirant des milliers de spectateurs et générant des discussions animées sur les plateformes en ligne. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

Pour comprendre ce concept, il faut imaginer une rencontre entre deux personnalités influentes sur les réseaux sociaux, chacune suivie par une communauté d'internautes plus ou moins importante. Ces influenceurs s'affrontent, non pas physiquement, mais en incitant leurs fans à leur fournir le plus grand nombre de "cadeaux virtuels".

Il a fallu, pour rédiger cet article, se faire réexpliquer plusieurs fois le concept afin d'être certains d'avoir bien saisi l'enjeu, tant le principe est confondant - pour ne pas dire affligeant - de simplicité : deux personnalités, suivies par une communauté d'internautes plus ou moins importante, s'affrontent en incitant leurs fans à leur fournir le plus grand nombre de "cadeaux virtuels", en réalité des petites images que ces-derniers auront payées de quelques centimes à plusieurs centaines d'euros l'unité (en devises réelles, celles-là).

Les donateurs, eux, tirent leur satisfaction dans la reconnaissance manifestée par l'influenceur et le plaisir d'entendre leur nom cité plusieurs fois à l'écran.

Les enjeux financiers et les risques pour les jeunes

L'aspect financier est occulté par une mise en scène ludique, vite addictive, comme l'a amèrement constaté Sabine. Un jour, son fils de 14 ans lui demande de mieux protéger la boîte dans laquelle la famille place de la monnaie depuis deux ans pour s'offrir des vacances en Asie. Intriguée, elle vérifie le contenu des enveloppes qui s'y trouvent : "Au moment où j'ouvre la boîte, je découvre qu'il ne reste quasiment plus d'enveloppes. J'ai demandé à mon fils 'on a été volés, tu as laissé quelqu'un rentrer dans la maison ?' Il me dit 'non, c'est moi qui ai pris l'argent.

Mais, la plupart du temps, "il prenait l'argent et allait dans un supermarché acheter des cartes prépayées, à 100, 200, 300 euros". Cartes qu'il dépensait ensuite en ligne. Depuis, Sabine se bat pour faire connaître le danger de telles pratiques.

Quel intérêt à dépenser ainsi des sommes parfois élevées pour un jeu à l'intérêt limité, avec des participants que l'on n'a jamais vus dans la vraie vie ? "Mon fils était à la recherche d'attention, tout simplement, c'est une évidence", constate la mère de famille.

"À l'école, il n'arrive pas à se faire d'amis. Les influenceurs lui donnaient cette importance, il n'avait pas conscience que c'était uniquement parce qu'il donnait de l'argent. Il pensait que ces gens-là l'appréciaient vraiment.

Le socialiste a récemment alerté le ministère des Comptes publics sur les questions fiscales que posent de telles pratiques, sans réponse à ce jour : "Cela fait parfois beaucoup d'argent gagné et non déclaré par les personnes qui jouent." L'élu s'interroge également sur les conséquences pour les plus jeunes, et demande une interdiction pure et simple de l'accès des mineurs à ces jeux.

"La présentation est très ludique et finalement, on oublie en mettant des pièces, en mettant des animaux, que tout ceci a une valeur réelle", souligne le député. Mais, outre le contrôle aléatoire de l'âge des internautes, tout ne se passe pas en public. Ainsi, a noté Arthur Delaporte, "certains [influenceurs] sont allés demander [aux internautes] en message privé s'ils pouvaient mettre plus".

Des événements insolites qui attirent les foules

Insolite. 20 000 des 40 000 places sont parties en 2 heures ce jeudi ! Le match en jeu ? Un Crunch pas comme les autres qui opposera, le 23 mai à Bordeaux, des anciens internationaux et des influenceurs, français et anglais.

« Crunch Creator » : c’est le nom donné à l’événement sportif insolite et inédit qu’accueillera le stade Atlantique à Bordeaux le 23 mai prochain. La billetterie a déjà ouvert ce jeudi 19 février à midi (à partir de 20€ la place). Et à en croire l’organisateur, 20 000 des 40 000 places sont déjà parties en moins de 2 heures.

Le concept a été imaginé et mis en œuvre par le Palois Diego Sarthou, influenceur, vidéaste et humoriste de 25 ans, connu sur les réseaux sous le nom de Djayson Karavane et qui compte 1,1 million de « followers » sur Instagram. Sur le terrain, devant potentiellement 40 000 spectateurs, deux équipes composées essentiellement d’influenceurs (32 et d’anciens internationaux français et anglais (8) s’affronteront, en trois tiers-temps de 20 minutes.

Ainsi l’équipe de France pourra-t-elle compter sur l’humoriste Artus, le champion de MMA Paul Dena et de multiples autres influenceurs tels que Lebouseuh, Pablo Brimeux… Et ben entendu Djayson Karavane lui-même et son fidèle collaborateur Aubin Minvielle. Le Stade Atlantique de Bordeaux accueillera le Crunch Creator le 23 mai. (E.

L'évènement aura lieu le samedi 23 mai à 21 heures au Stade Atlantique de Bordeaux, soit le même jour que la finale de Coupe des champions, à Bilbao à 15h45. Le match est calqué sur le modèle du Eleven All-Stars, un match de football entre créateurs de contenu français et espagnols (2-0 pour les Français en 2022 à Jean-Bouin, 2-0 pour l'Espagne en 2024 à Madrid).

Plusieurs noms ont d'ores et déjà été annoncés, comme ceux de l'ancien capitaine du quinze de France Thierry Dusautoir, de l'acteur Artus ou des influenceurs Nogodi, Rivenzi ou encore Lebouseuh, au sein d'une équipe de France dirigée par l'ex-international Cédric Heymans et par Laurent Ferrères, récemment vainqueur du Supersevens à la tête de l'UBB. L'Angleterre sera, elle, menée par le créateur de contenus Archie Curzon. La rencontre prendra la forme d'un affrontement à 10 contre 10, avec trois tiers-temps de vingt minutes.

L'engagement caritatif des influenceurs

Le 16 novembre 2025, un match caritatif va avoir lieu au stade Jean Bouin entre stars du web, pour récolter des dons à l'occasion de Stream for Humanity, un live de trois jours pour aider les victimes en Palestine, au Congo, au Soudan et au Liban et contre la précarité étudiante.

Le stade Jean Bouin va de nouveau accueillir un événement issu du monde d'Internet, après le Eleven All Stars, toujours à l'initiative du streamer AmineMaTue, le 16 novembre 2025. Parmi les influenceurs et personnalités qui participeront à la rencontre, on retrouve Squeezie, Inoxtag, Michou, Anyme, Djilsi, des rappeurs comme SDM ou PLK, mais aussi d’anciens joueurs comme Jérémy Menez ou Samir Nasri.

De quoi poser un point final spectaculaire à 72h de livestream et de surprises, qui vont mobiliser le monde du gaming et de l'esport avec plusieurs dizaines de personnalités engagées pour l'occasion. Comme pour le ZEvent, chaque streamer va récolter des dons durant l'événement sur sa chaine, qui seront mis en commun à la fin.

Les coulisses du marketing d'influence

L'attrait des marques pour les influenceurs

Cette idée de rapprocher les deux univers ne date pas de cette édition 2025 des « NBA Paris Games ». Un peu à la manière de ce qui est pratiqué depuis des années au parc des Princes avec le carré VIP du PSG, ces matchs de saison régulière délocalisés sont une occasion annuelle pour les vedettes du sport, de la musique ou du showbiz de se montrer.

L’an dernier, au premier rang aux côtés de la star du MMA Ciryl Gane, on trouvait par exemple la triplette de YouTubers, parmi les plus suivis du pays, Squeezie (19.3 millions d’abonnés), Mister V (6.4 millions) et Mastu (6.5 millions). Qu’ils soient amateurs de la discipline, comme Mister V, ou non, semble avoir peu d’importance. Mais quel intérêt a une marque aussi puissante que la NBA, particulièrement bien implantée en France, de faire appel à ces influenceurs ?

« Les influenceurs sont les nouvelles stars, comparables aux acteurs, aux rappeurs… Voire même ils sont au-dessus en termes de notoriété. La présence d’un créateur, c’est la garantie quasi assurée de contenus sur ses réseaux sociaux, au moins une “story” pour remercier la marque qui a invité. Du poids et de la « crédibilité » selon Gwarlann de Kerviler, professeure associée en Marketing à l’IÉSEG School of Management.

Le créateur pourra par exemple sommer indirectement à son audience : « Voilà où il faut être, là où ça compte. » « C’est plus authentique et crédible avec une parole plus proche que si la NBA ou une star le dit. Cette dernière met également en avant la notion de « créativité » qui colle aux influenceurs : « L’approche créative intéresse la marque, c’est une nouvelle façon de parler d’elle, de ses matchs, de raconter l’histoire.

La présence de Léna Situations pourra par exemple apporter une touche « plus glamour » à l’événement en attirant l’attention sur celui-ci auprès d’une communauté qui n’a pas nécessairement d’appétence pour le basket et sa marque NBA. « Je suis totalement d’accord avec le public qui pourrait être potentiellement gêné ou frustré. Maintenant, du point de vue de Tissot (ndlr : partenaire « titre » de l’événement et chronométreur officiel de la NBA depuis 2015) qui investit énormément d’argent et veut un retour sur investissement, c’est normal.

C’est un peu le jeu du capitalisme ! Si je fais un événement, je ramène des gens, des marques… C’est le monde de l’entertainment et du showbiz. Ce dernier, qui dit comprendre les deux « camps », rapporte par ailleurs que Squeezie « se passionne beaucoup plus pour le basket » depuis le rendez-vous parisien de l’an dernier.

Se sentant « légitime » là-bas, « Yvick » sera encore présent cette saison à l’Accor Arena de Bercy, pour l’une des deux rencontres. Il n’a en revanche pas donné suite à l’invitation pour le NBA Jam. « J’ai dit que cela ne m’intéressait pas.

Car comme le dit Gwarlann de Kerviler, « il y a peu d’élus. En étant repéré par la NBA avec un accès privilégié à cet événement, on se différencie, on est crédible. C’est un moment de vie qui sort de l’ordinaire, quelque chose d’assez fort à raconter. Ce qui est intéressant pour l’influenceur en termes d’audience et d’élargissement de sa communauté. C’est aussi l’occasion pour le créateur de générer des opportunités pour de futures collaborations, que ce soit avec la NBA en elle-même, ou en faisant du réseau avec d’autres influenceurs.

Du gagnant-gagnant. Mais attention, « il est indispensable que cette association soit authentique, sans quoi les fans connaisseurs vont très vite le déceler. Si elle l’est, on peut être extrêmement créatif. « Tout nous lie en fait, c’est naturel et c’est bien que ça se fasse parce que ça permet au public et aux jeunes de faire des liants et d’avoir encore plus d’affect », complète Mister V.

Quand Vincent Manilève constate aussi que des « milieux sont en train de fusionner. Léon Marchand a récemment fait une heure de streaming avec Squeezie. Cela offre un cadre ‘safe’ où on ne va pas embêter la personnalité avec des ‘questions de journalistes’. Le mouvement est en train de s’établir.

L'influence des influenceurs sur les jeunes générations

«Ce matin, une collègue m’a rapporté l’anecdote suivante. Alors qu’elle visitait un collège, elle a demandé à des élèves ce qu’ils voulaient faire plus tard. Un tiers de la classe a répondu : “influenceur !” » Ces paroles ont été prononcées par le député socialiste Arthur Delaporte, lors de l’examen en commission de la proposition de loi pour lutter contre les dérives des influenceurs, qu’il a portée avec le député Renaissance Stéphane Vojetta au printemps dernier (lire l’épisode 1, « Influenceurs : le plus jeune métier du monde »).

Courons vérifier cela : rendez-vous est pris dans le sud des Hauts-de-Seine, au collège Thomas-Masaryk de Châtenay-Malabry. Un établissement d’un milieu populaire, où une dizaine d’ados de quatrième et de troisième se prêtent de bonne grâce au jeu des questions-réponses, pour raconter comment ils perçoivent les influenceurs.

Autour de la table, Ena, Ouissal, Mariam, Tidiane, Anas, Sarah, Khadija, Sofia, Fatouma et Rifatul. Une petite gêne est palpable, raconter qui on suit sur les réseaux, c’est un peu se dévoiler devant les autres. Mais très vite, quand le tour de table commence, un nom fuse : la plupart des filles suivent Poupette Kenza.

La Normande exilée à Dubaï qui étale sa vie sur les réseaux a la cote. « Elle partage beaucoup de choses, ça permet de voir qu’elle partage la réalité alors que certains nous mentent sur leur vie », explique Ouissal, qui la suit au quotidien.

Applications de rencontre et influence sur Instagram

L’application Happn, aux 33 000 abonnés sur Instagram, est incontestablement la plus influente sur le réseau social. Fruitz occupe la troisième marche du classement en générant 1 161 likes. L’une des tendances sur Instagram pour ces acteurs réside dans les posts co-signés entre marques, médias, influenceurs ou encore associations.

En capitalisant sur d’autres entités, les applications de rencontre bénéficient d’une nouvelle visibilité, celle de la communauté de l’autre partie. Meetic est un bon exemple en la matière sur Instagram, avec le média Le Bonbon. Le concept de leur vidéo : tester la compatibilité musicale de plusieurs couples.

Happn, sur la première marche du classement, s’associe à Adidas dans le cadre de la course parisienne de 10 kilomètres organisée par la marque de sport. Partenaire officiel de ce parcours sportif, Happn s’est illustré à l’aide d’affiches gravées de messages forts tels que « Pendant que tu bats ton record, on s’occupe de faire battre ton cœur » ou encore « Un crush t’attend à l’arrivée, tiens bon !!! ».

De son côté, Tinder révèle sur Instagram sa collection capsule de vêtements avec la créatrice Jeanne Friot aux 22 400 abonnés sur le réseau social. Tinder et Happn s’impliquent dans différentes causes, et le font savoir sur Instagram.

Tinder s’implique aux côtés de SOS Homophobie lors de la dernière Fashion Week parisienne. Sa collaboration avec la créatrice Jeanne Friot, mentionnée précédemment, est utilisée au profit de cette cause. Une pièce de son dernier défilé est offerte à l’association afin de récolter des fonds.

Dans le contexte des élections européennes, Happn s’associe à l’ONG A Voté pour encourager sa communauté à se rendre aux urnes. Tinder dévoile, sur Instagram, son concept : « Service avant-après date Tinder ».

Sur le réseau social chinois, Tinder se révèle être la plateforme dont les contenus sont les plus vus, loin devant ses concurrents. Seule application dépassant, de loin, la barre des 11,5 millions de vues sur ses contenus, elle se démarque très nettement devant ses concurrents. Bumble génère 32 545 vues, quant à Fruits ce n’est pas moins de 11 139 vues sur ses contenus. Peu actives pour le moment, ces cinq marques peuvent tirer leur épingle du jeu. Ce dispositif est inspiré d’histoires de vrais utilisateurs de l’application, les mettant en scène.

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