Près d’un an après son triomphe aux JO 2024, Imane Khelif se retrouve à nouveau au centre de la polémique. L'Algérienne Imane Khelif, championne olympique de boxe aux JO-2024, a attaqué devant la justice sportive la nouvelle réglementation de l’instance World Boxing imposant des tests de féminité, a annoncé lundi le Tribunal arbitral du sport.
Imane Khelif était déjà en compétition aux Jeux de Tokyo, elle est bien connue dans le circuit, et ne débarque pas de nulle part.
Lors de son sacre olympique sur le Central de Roland-Garros, Imane Khelif (-66kgs) a bénéficié d’un énorme soutien de la part des supporters algériens, qui se sont déplacés en masse pour l’encourager. Célébrée comme une héroïne lors de son retour au pays, elle est devenue une véritable icone en Algérie.

Un Parcours Semé d'Embûches
Un an après son titre olympique à Paris en catégorie -66kg, on ne sait plus bien où en est Imane Khelif. Comme expliqué par son ancien manager Nasser Yefsah à Nice-Matin, l’Algérienne « n’a pas seulement quitté Nice [elle avait une licence au Nice Azur Boxe], elle a quitté le monde de la boxe ».
Fréquemment ciblée par des attaques sur son genre depuis les Mondiaux de boxe en Inde, en 2023, notamment par l’ancienne fédération souveraine, l’IBA, Khelif n’a pas constaté d’amélioration notable de sa situation depuis que World Boxing a repris le flambeau de la boxe amateur. Celle-ci avait rendu obligatoires les tests de genre et exclu la boxeuse du tournoi d’Eindhoven, où elle souhaitait s’aligner début juin.
Imane Khelif avait du mal à trouver des combats. Dégoûtée par les polémiques, Imane Khellif se contente désormais de garder le rythme en s’entraînant tantôt en Algérie, tantôt au Qatar, alors qu’elle ambitionnait un doublé à Los Angeles après avoir fait un crochet par la boxe professionnelle. « Elle a fait un combat à Singapour, mais elle devait en faire cinq avant de signer pro, ce qui ne s’est pas fait à cause des polémiques. »
La Polémique des Tests et des Accusations
Coïncidence (ou pas) : quelques jours plus tôt, le résultat du fameux test chromosomique réalisé à New Dehli en 2023 avait été publié par le site 3 Wire Sports et révélait un supposé « caryotype masculin ». « Ces tests ne sont pas légitimes, avait balayé le CIO lors des JO de Paris 2024. Les tests eux-mêmes, le processus des tests, le caractère ad hoc des tests ne sont pas légitimes. »
Le site américain 3 Wire Sports a publié dimanche un article expliquant que la boxeuse algérienne Imane Khelif, sacrée aux JO 2024 de Paris en -66kgs, possèderait des chromosomes masculins, selon un test effectué en Inde lors des Mondiaux 2023. Selon cet examen, dont les résultats sont en partie révélés pour la première fois, la combattante de 2026 possèderait des caryotypes masculins, avec un marqueur "XY" au lieu de "XX" pour une femme.

Ce test a été effectué dans un laboratoire de New Dehli, à la demande de l’IBA, la fédération qui gérait à l’époque la boxe amateure sous la direction du Russe Umar Kremlev. L'examen en question avait conduit à la disqualification de l’Algérienne aux Mondiaux 2023, tout comme la Taïwanaise Yu Ting Lin, également sacrée l’été dernier à Paris.
Mais le Comité international olympique, qui a depuis coupé les liens avec l’IBA, conteste la légitimité de ce test et n’en n’a pas tenu compte en autorisant Imane Khelif à s’aligner aux JO 2024. La native de la wilaya de Laghouat, au nord de l’Algérie, est depuis la cible de nombreuses attaques sur son genre, notamment sur les réseaux. En novembre dernier, elle a déposé une plainte après la diffusion d’un prétendu rapport prouvant qu’elle était un homme.
Aux Jeux de Paris, Khelif avait été la cible d’attaques et d’une campagne de désinformation, tout comme la Taïwanaise Lin Yu-ting, la présentant comme un « homme combattant des femmes ».
Réactions et Soutiens
"Je suis une femme, comme n’importe quelle femme. Je participe à des compétitions en tant que femme, il n’y a aucun doute à ce sujet. Il y a des ennemis de la réussite, c’est comme ça que je les appelle", a-t-elle confié en marge de sa médaille d’or à Paris.
Dans une séquence surréaliste, son père en était même arrivé à devoir montrer le livret de famille.
Imane Khélif subit une vague de cyberharcèlement, à laquelle Elon Musk notamment a participé sur le réseau social X dont il est propriétaire. Un cyberharcèlement qui s'abat sur elle depuis l'abandon de son adversaire italienne, qui ne l'a même pas saluée jeudi sur le ring. L'Algérienne est prise dans ce tourbillon médiatique-politique alors qu'elle combat samedi pour une place en demi-finale.
Ces derniers jours, la pugiliste a reçu le soutien de sa fédération qui a dénoncé une campagne de dénigrement "par des médias étrangers" la visant.
Le CIO et les Règlements Olympiques
Mais que dit le règlement olympique ? Le CIO est formel, et continue de soutenir la boxeuse aujourd'hui : elle peut participer, parce que c'est une femme. Les détails du "test de féminité" ne sont pas connus, mais il est établi que c'est une femme, porteuse de deux chromosomes X. Son trouble hormonal ne la rend pas illégitime à boxer chez les femmes, car si cette surproduction de testostérone est naturelle, alors, il n'y a pas de tricherie, c'est un fait biologique.
Mardi, le CIO, sans donner leurs noms, a soutenu deux boxeuses qualifiées pour les JO, exclues des Mondiaux-2023 après avoir échoué à répondre à un test d'éligibilité à une participation en catégorie féminine. Il a ajouté qu'il était "établi" qu'elles étaient "des femmes". "Ce sont des femmes dans leur sport, et il est établi dans ce cas que ce sont des femmes", a expliqué Mark Adams, porte-parole du CIO mardi lors d'un point presse. "Toutes les compétitrices qui participent aux JO, suivent, respectent les règles d’éligibilité", a-t-il ajouté.
Selon le porte-parole du CIO, "le test de testostérone n'est pas un test parfait. De nombreuses femmes peuvent avoir un taux de testostérone égal à celui des hommes, tout en étant des femmes".
World Boxing, la nouvelle fédération internationale à laquelle le CIO a confié l’organisation du tournoi olympique de boxe aux Jeux de Los Angeles 2028, a annoncé, en mai, l’imposition d’un test de sexe à toutes les athlètes féminines, dont Imane Khelif.
Imane Khelif attaque la nouvelle réglementation de World Boxing.
Imane Khelif a annoncé son intention de participer aux JO 2028 de Los Angeles afin de tenter de conserver son titre olympique. Mais pour boxer en Californie, elle devra se soumettre à un test de genre, comme toutes les combattantes engagées, peu importe leur catégorie de poids.
L’organisation, via son président, le Russe Umar Kremlev, a récemment réclamé que l’Algérienne de 26 ans soit déchue de sa médaille d’or, remettant une nouvelle fois en cause son éligibilité dans la catégorie féminine. En 2023, elle avait déjà exclu l’athlète des championnats du monde de New Dehli arguant qu’elle présentait des « chromosomes d’homme ».
« Aucune décision rétroactive ne sera prise », a-t-elle déclaré en conférence de presse, écartant toute annulation des résultats de Paris.
Une chose est sûre, désormais : l’Algérienne conservera son titre olympique acquis en France.
Réaction Politique Italienne
Un combat de boxe et une controverse politique internationale. L'Italienne Angela Carini a abandonné ce jeudi 1er août après moins d'une minute de son combat en quart de finale des Jeux olympiques (-66 kg) contre l'Algérienne Imane Khelif. Après un direct au visage adressé par Imane Khelif, Angela Carini s'est retournée vers son coin, signifiant qu'elle ne souhaitait pas continuer. "Je suis montée sur le ring pour combattre. Je ne me suis pas rendue mais un coup de poing m'a fait trop mal et j'ai dit ça suffit", a déclaré après sa défaite la boxeuse italienne aux médias de son pays. "Je ne suis personne pour juger ou prendre une décision, si cette femme est ici, il y a une raison", a-t-elle ajouté. Une allusion à la présence dans le tournoi olympique de son adversaire algérienne malgré des taux élevés de testostérone qui l'avaient privée de la finale des championnats du monde de boxe amateurs en mars 2023 à New Delhi.
Meloni en "désaccord avec le CIO"En Italie, c’est la cheffe du gouvernement en personne, Giorgia Meloni, qui a réagi. La Première ministre a dénoncé "un combat qui n'était pas sur un pied d'égalité", ajoutant ne pas être "d'accord avec le Comité international olympique (CIO)". "Je pense que les athlètes qui ont des caractéristiques génétiques masculines ne devraient pas être admis aux compétitions féminines", a-t-elle estimé selon une vidéo postée sur le réseau social X après le combat. De son côté, Matteo Salvini, vice-président du Conseil des ministres en Italie et ancien ministre de l'Intérieur, a posté un message sur X où il s'insurge que "la boxeuse trans algérienne" puisse participer aux JO alors qu'elle a été "interdite des championnats du monde de boxe".

Statistiques et Palmarès
Cela signifie-t-il qu'Imane Khélif va désormais survoler la compétition ? Pas forcément, parce qu'Imane Khélif n'est pas la terreur de sa catégorie. Son palmarès est très honorable, mais pas non plus saisissant : 37 combats, neuf défaites, cela fait un peu plus de 20% de défaites. Elle a été cinquième aux JO de Tokyo, donc ce n'est pas à proprement parler le bilan d'une boxeuse qui broierait ses adversaires.
| Compétition | Résultat |
|---|---|
| Jeux Olympiques de Tokyo | 5ème place |
| Championnats du Monde de New Delhi 2023 | Disqualification |
| Jeux Olympiques de Paris 2024 | Médaille d'Or (-66 kg) |
| Nombre total de combats | 37 |
| Nombre de défaites | 9 |
JO 2024: pourquoi la boxeuse algérienne Imane Khelif est au cœur d'une polémique?
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