Stade Geoffroy-Guichard : Histoire du Chaudron Mythique de Saint-Étienne

Le plus célèbre bâtiment de Saint-Étienne n’est ni une mairie ni une église, mais bien un stade. Tous les passionnés de foot, et pas que, ont entendu parler de Geoffroy-Guichard. Mais savent-ils exactement d’où provient ce nom mythique inscrit dans la mémoire collective ? C’est ce que nous apprend d’entrée le Musée des Verts situé dans l’une des tribunes du stade.

Inauguré le 13 septembre 1931, le Stade Geoffroy-Guichard a récemment célébré ses 90 ans d’existence. L’occasion pour l’équipe de Trincamp de remonter dans l’histoire de ce stade mythique. Un stade qui a connu bien des changements dans son histoire, mais qui n’aura jamais, contrairement à de nombreux clubs de France et d’ailleurs, changé de nom.

Le Geoffroy-Guichard naît en 1931, grâce à une filiale du groupe Casino, pour permettre aux salariés de pratiquer sport et athlétisme. Le 26 juin 1933, l’Association Sportive Stéphanoise amateure laisse place à l’Association Sportive de Saint-Étienne. La structure devient professionnelle, avec, comme premier président Pierre Guichard, le fils de Geoffroy Guichard.

Origines et Création du Stade

Geoffroy Guichard était effet un entrepreneur français, qui à partir d’une simple épicerie va fonder fin XIXème le groupe Casino (acteur de la grande distribution) dont le siège est à… Saint-Etienne. Le terrain en question appartenait à la famille de Rochetaillée qui souhaitait vendre. Geoffroy Guichard, père fondateur de Casino, s’en porte acquéreur au prix fort pour mieux le céder à des conditions préférentielles à l’ASSE. Mais le club stéphanois est pauvre.

Lorsqu’en 1931, Pierre Guichard et le comité directeur de l’ASSE s’intéressent à une sorte de terrain vague situé sur la route de Saint-Héand, ils ne s’imaginaient sûrement pas que cette surface de 38.000 mètres carrés allait devenir quelque 40 ans plus tard un lieu de vénération. Un lieu de pèlerinage où des centaines de milliers de personnes viendraient humer l’air respiré par les verts durant leurs fabuleux exploits.

C’est en effet en 1931 que l’on trouve le point de départ des projets de construction d’un stade.

A cette époque, Pierre Guichard, le fils de Geoffroy Guichard, souhaite délocaliser les sections sportives de l’entreprise Casino sur des terrains plus vastes. Geoffroy Guichard apporte son soutien financier et décide de construire un stade omnisports.

Il n’est pas question pour lui de pouvoir réaliser un effort aussi important. Pierre Guichard lance alors une souscription publique et dépose les statuts d’une société anonyme « Les Amis du Sport ». En moins de deux mois le capital se monte à 600.000 F apportés par de gros souscripteurs mais aussi et surtout par des gens modestes.

Les travaux sont effectués par des spécialistes qui avaient sorti de terre le stade olympique de Colombes, une référence à l’époque. Les près marécageux deviennent rapidement une surface lisse et verte. Le terrain de football prends corps avec sur son pourtour une piste d’athlétisme. Une tribune est construite en béton armé et sans poteau pour ne pas gêner la visibilité. Elle compte alors 700 places assises. Dessous sont configurés les vestiaires, douches, bureau et logement du gardien. Une main courante est aménagée pour les spectateurs.

Le 13 septembre 1931 c’est l’inauguration du stade Geoffroy-Guichard. Cette journée est placée sous le signe du sport. L’athlétisme, le rugby avec l’AS Montferrandaise sont à l’honneur mais le plat de résistance est offert par la jeune équipe de l’ASSE face à l’AS Cannes, demi-finaliste de la Coupe de France.

Mais très vite Pierre Guichard comprend que l’engouement pour le football à Saint-Etienne passe nécessairement par la grande aventure du professionnalisme. Il pose la candidature du club qui est acceptée le 26 juin 1933. L’équipe est affectée à la deuxième division groupe sud et se lance à l’assaut avec des joueurs comme Rijvers, Locke, Chalvidan, Henric, Boutet ou encore Veyssade. Des débuts couronnés de succès puisque l’équipe termine seconde de son groupe. Cette notoriété soudaine provoque l’engouement espéré. Des travaux d’agrandissement s’imposent pour accueillir le public.

Évolutions et Modernisations

En 1936, la tribune d’honneur est agrandie par deux ailes latérales. Deux ans plus tard, on installe un mur de clôture et des guichets du côté de la rue de la Tour. On aménage aussi des buttes en terre derrière les buts pour rassembler le public et créer ce qu’on appelle alors « les populaires ». Enfin, une nouvelle tribune couverte est bâtie, en bois, face à la tribune d’honneur : la tribune Henri-Point. Ce nom rend hommage à un ancien dirigeant de Casino et ami de Geoffroy Guichard, décédé assez jeune et passionné de rugby.

Il fallut quand même attendre 1957, c’est-à-dire l’année du premier titre de champion de France de l’ASSE pour que l’on procède à la modernisation des installations. La piste d’athlétisme est supprimée afin d’augmenter la capacité du stade Geoffroy-Guichard. Le terrain est revu et corrigé, et les virages rectifiés. D’un stade en forme d’ellipse on passe à un stade rectangulaire. Enfin, les tribunes populaires sont revus et le stade peut ainsi accueillir plus de 30.000 spectateurs. Geoffroy-Guichard a pris forme. Il ressemble aux stades britanniques et ne changera pas de structures.

Cela dit, en dépit des premiers succès de l’équipe, le stade n’est pas encore une affaire rentable et les dirigeants de l’ASSE parviennent à convaincre Pierre Guichard de céder ce bien à la ville, en 1965, à charge pour elle de procéder aux travaux de modernisation. Immédiatement, en guise de contrat de confiance, la ville débloque des fonds pour les installations électriques. Quatre pylônes sont érigés afin d’assurer un éclairage de 635 lux au sol. Du haut de leur 60 m de hauteur, ils perdureront jusqu’à la coupe du monde 1998.

Trois ans plus tard, en 1968, la ville de Saint-Etienne construit la nouvelle tribune Henri-Point et procède à la couverture des gradins debout. Tout cela est réalisé en 6 mois. Le stade Geoffroy-Guichard a désormais pris son visage actuel ou presque. Il n’en changera plus et le jour du match de coupe d’Europe contre le Celtic de Glasgow, le 18 septembre 1968, Roger Rocher et Michel Durafour, maire de Saint-Etienne, offrent sur la pelouse le champagne aux ouvriers et techniciens. Les Verts s’imposent en plus 2-0 lors de cette inauguration. C’est le premier gros succès de Verts dans un stade qui va devenir « le chaudron ».

La municipalité qui sait combien la coupe d’Europe peut favoriser l’économie de la région fonce derrière le stade Geoffroy-Guichard. En 1972, elle répond favorablement à la demande du président Roger Rocher d’asseoir le club dans ses meubles comme le font les grands clubs européens. Ainsi, elle investit pour donner à l’ASSE un siège adapté à sa grandeur. La maison de verre, bâtiment administratif et sportif, est construite adossée à l’arrière de la tribune d’honneur. On y trouve donc les bureaux administratifs mais aussi la salle de réception, la salle des trophées, un bar et même un restaurant. Enfin, le dernier étage accueille le centre de formation. Les jeunes joueurs vivent ici et non plus dans les appartements loués en centre-ville. Les joueurs professionnels bénéficient aussi des nouvelles installations.

Enfin, en 1979, les gradins des tribunes situées derrière les buts sont reconstruits en béton, la pente est accentuée et 3 000 places supplémentaires sont aménagées.

D’important travaux débutent en décembre 1982 en vue d’accueillir l’Euro 1984. Pour cela, on prolonge les tribunes Nord et Sud. 20% des gradins debout, ceux situés dans la partie supérieure, sont supprimés pour laisser la place au départ des nouvelles tribunes destinées à offrir quelques 7.300 places assises.

Le grand chambardement a lieu du côté de la tribune d’honneur, actuelle tribune Pierre Faurand. La Maison verte disparaît et la tribune est reconstruite. Le toit des gradins sud est refait en plexiglas afin de laisser les rayons du soleil réchauffer la pelouse même en hiver. Les panneaux lumineux sont changés et deviennent électroniques pour afficher les scores et les compositions d’équipes. La capacité est portée à 48.274 places. Les travaux prennent fin en février 1984. Deux matchs de l’Euro 84 se déroulent dans l’enceinte rénovée dont le France-Yougoslavie où l’ancien joueur stéphanois Michel Platini inscrit un triplé.

Baptême des Tribunes

C’est lors de cette période que les quatre tribunes de Geoffroy-Guichard sont baptisées. La tribune d’honneur devient la tribune Pierre-Faurand, en hommage à l’ancien président du club de 1952 à 1959, et décédé en 1977, avec qui le club a gagné ses premiers titres. La tribune Sud est nommée Jean-Snella, du nom de l’ancien entraineur qui a posé les premières pierres du club de 1950 à 1959 puis de 1963 à 1967. La tribune Nord est renommée Charles-Paret, du nom de l’ancien secrétaire général du club de 1950 à 1977.

Coupe du Monde 1998

Le 18 octobre 1994, le stade est officiellement choisi par le comité d’organisation pour accueillir six rencontres de la coupe du monde 1998. Le stade doit subir d’importants travaux pour être aux normes FIFA pour un coût de 100 millions de francs (15 millions d’euros), plus 60 millions (9 millions d’euros) pour les abords du stade. L’adaptation du stade aux normes de la FIFA impose aux architectes quatre tribunes distinctes entre lesquelles il est impossible de circuler, alors que jusque-là seul un grillage d’enceinte encerclait le stade, permettant d’accéder à n’importe quelle tribune une fois entré dans le stade. Les places doivent toutes désormais êtres assises y compris dans les tribunes situées derrière les buts.

Les travaux débutent en mai 1996. Du 13 mai au 17 juillet, la pelouse est refaite et le terrain passe de 116 à 122 mètres de longueur permettant désormais l’organisation de match de rugby et des concerts. En décembre 1996, les travaux des Kops sont terminés : les places debout sont remplacées par des marches et des fessiers. Les fameux fessiers verts sur lesquels les Magic Fans et Green Angels se tiennent debout. Les filets de protections et grillages sont remplacés et on installe de nombreuses caméras permettant de surveiller l’intégralité des tribunes. Les loges et vestiaires de la tribune Pierre Faurand sont refaits à neuf début 1997 et un balcon de 3 000 places est ajouté dans la tribune Henri Point, qui n’avait pas subi de modifications pour l’Euro 84.

Parmi les grands changements de cette rénovation on trouve aussi la suppression des quatre célèbres pylônes d’éclairage. Ceux-ci sont remplacés par 192 projecteurs installées sur chacune des quatre tribunes. Enfin, chaque tribune est desservie par une billetterie particulière, et dispose de ses propres sanitaires et de sa buvette.

Ce nouveau stade d’une capacité de 35.616 places est inauguré le 12 mai 1998, un mois seulement avant le début de la compétition, lors d’un match opposant les équipes Espoirs de la France et du Brésil.

DDV #34 - Le stade Geoffroy-Guichard au musée des Verts

Le Chaudron : Un Surnom Mythique

On l’appelle le Chaudron depuis 1974 lorsque lors d’une rencontre entre l’AS Saint-Etienne et l’Hajduk Split, un journaliste yougoslave compare le stade à un chaudron bouillonnant : Le brouillard de l’hiver et les fumées des cheminées des usines autour du stade lui ont probablement inspiré cette idée.

Le fameux « Chaudron », surnom donné par un journaliste lors d’un match de coupe d’Europe face au club Croate (Yougoslavie à l’époque) d’Hadjuk Split à l’automne 1974. Les grands soirs, l’ambiance y est parait-il incandescente.

Un Stade Éco-Responsable

Geoffroy-Guichard est par ailleurs considéré comme « le stade le plus vert de France », cela ne s’invente pas. Réputé pour ses performances énergétiques, il est équipé de panneaux photovoltaïques, recourt à des LED basse consommation et dispose notamment d’un système de récupération des eaux de pluie particulièrement performant.

L’éclairage du stade fonctionnera bientôt à l’huile de friture ! Le projet sera effectif grâce à un groupe électrogène alimenté par du biodiesel. Ce carburant est issu de la récupération et du retraitement des huiles alimentaires domestiques - notamment de fritures - de l’agglomération stéphanoise.

Le Musée des Verts

Le Musée des Verts situé dans l’une des tribunes du stade, permet de découvrir toute l’histoire de ce club légendaire. S’étalant sur environ une heure, la visite du Musée des Verts - guidée les premiers mercredi du mois - peut être complétée avec une expérience immersive dans l’enceinte du stade Geoffroy-Guichard.

Il s’attarde sur l’âge d’or de l’AS Saint-Etienne, les années 70. Le club aux dix titres de champion de France y disputera ses plus belles rencontres. Avec en point d’orgue la finale (perdue) en 1976 à Glasgow de la Coupe d’Europe des Clubs Champions (l’actuelle Ligue des Champions) contre le Bayern de Munich. La faute à ces maudit poteaux carrés (les Verts ont touché deux fois la transversale en l’espace de 5 minutes) que le club est parvenu à récupérer - pour 20 000 euros apparemment - et exposer dans l’un des 11 espaces thématiques.

Incroyable également la Mercedes 300D du gardien de but Ivan Curkovic qui lui avait été donnée et qu’il a (re)donné au musée du club. Sur le pare-brise de la berline, une animation vidéo qui retrace là encore quelques beaux moments de l’ASSE.

De même, l’histoire de l’emblème du club, une panthère noire, y est racontée. Des audioguides, de couleur verte évidemment, distillent au visiteur de nombreuses anecdotes. En fin de parcours, la salle des trophées majeurs, 19 à ce jour, mérite que l’on s’y arrête. Et que l’on rêve.

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