Le volley-ball au Japon est bien plus qu'un simple sport : c'est un phénomène culturel où se mêlent passion, idoles, mangas et une soif de victoire inextinguible. Cet engouement, alimenté par des stars charismatiques et une stratégie de communication bien rodée, propulse le volley-ball japonais sur le devant de la scène internationale.

Les joueurs de volley-ball au Japon provoquent une furie contagieuse. Image Alamy/CCKX89
Un Engouement Populaire
Markettés comme des boys bands, les joueurs de volley-ball au Japon provoquent une furie contagieuse. Reportage au milieu des fans à Tokyo.
La V.League a ainsi battu ses records d'affluence lors de la saison 2023-2024. La température monte encore quand l’écran géant qui surplombe le filet affiche un à un les profils des joueurs posant comme des mannequins en tenue de ville. Pour un peu, on dirait des spots Uniqlo. Les supportrices s’époumonent à chaque nouvelle apparition.
Sho Nose, le responsable de la communication des Tokyo Great Bears, explique : « Sur le terrain, on essaie de jouer vite car notre taille moyenne est assez basse. Ça crée beaucoup de spectacle. Et, indépendamment du résultat, on essaie surtout de faire passer un bon moment aux spectateurs en développant une atmosphère excitante avec des DJ et des MC. »
Les Héros sur le Terrain
L'équipe nippone s'est classée 3e en 2023 lors de la Ligue mondiale, une compétition qui rassemble les meilleures sélections. Elle compte notamment sur trois stars : Ran Takahashi, Yuki Ishikawa et Yuji Nishida. Avec 1,86 m, ce dernier est considéré comme petit. Mais sa détente verticale est digne de Shōyō dans Haikyū!!. En plus, le garçon s’est marié avec la réceptionneuse-attaquante de l’équipe japonaise Sarina Koga. Les fans en transe.
Mais avec les absences du passeur Masahiro Sekita (cheville droite) et de l'icône Yuji Nishida (repos), le gaucher bondissant, l'équipe nippone semble un poil moins armée qu'aux JO de Paris.
Pour encourager les Great Bears, le public ne force pas trop sur les textes, comme dans tous les stades du monde. Les « Bears, shori o tsukame » (« Bears, saisissez la victoire ! ») criés pendant les temps morts du match semblent porter leurs fruits. L’équipe locale remporte le deuxième set sur un dernier service gagnant provoquant un hurlement digne d’une fin de concert.
L'Influence des Mangas et des Idoles
En 1964, Tokyo accueille les Jeux olympiques. Inscrit au programme, le volley-ball est le premier sport d’équipe à proposer une épreuve féminine. Un exploit qui allait faire germer dans la tête de la mangaka Chikako Urano l’idée d’un manga sur le volley féminin. Il sortira en 1968 sous le nom d’Atakku Nanbā Wan (dont l’anime sera traduit en français « Les Attaquantes »).
Quarante ans plus tard, le succès du volley n’a jamais été aussi franc au Japon. Le lien entre volley et musique vient assez logiquement alors qu’il a été développé à dessein par la télévision japonaise : pendant des années, les matchs de volley diffusés sur Fuji TV étaient ainsi précédés de clips des Johnny’s, le nom d’une agence formant des boys bands très populaires dans l’archipel.
Dans l’engouement pour les manchettes, les smashs et les belles gueules, 2014 est assurément une année décisive. Journaliste pour le Sports Nippon Shimbun, Hiroshi Yanagida replace : « En 2013, l’équipe nationale japonaise avait échoué à se qualifier pour le Championnat du monde masculin. L’année d’après, ils ont tout changé en rajeunissant l’effectif. »
Le plan est simple : le sport universitaire étant adoré au Japon, quatre étudiants sont promus en sélection, les Next 4, un blase de groupe. « Bons et beaux, ils ont immédiatement marqué les jeunes japonaises et on en a vu de plus en plus dans les tribunes », se souvient le reporter. Parallèlement, le manga de volley-ball Haikyū!! lancé en 2012 décolle*.
D’ailleurs, Production I.G, qui produit l’anime, est l’un des sponsors actuels des Tokyo Great Bears. La machine s’autoalimente en permanence. Et les résultats suivent.
Ambitions Internationales
Mais la concurrence, de la Pologne à la Slovénie en passant par l'Italie et le Japon, s'annonce féroce.
Alors que les Jeux en France se profilent, Mari avoue n’avoir toujours pas pris sa décision pour en être ou pas. Qu’importe, Team Japan sera assurément l’une des plus encouragées aux JO.
Là encore, si la réponse est positive, il faudra toutefois éliminer l'Italie en quarts et la Pologne (ou le Japon) en demi-finales, héritage d'un tableau déséquilibré.
Le sélectionneur du Japon est toujours français - Laurent Tillie a pris la suite de Philippe Blain - et le style hyper spectaculaire n'a pas changé. Surtout, elle devrait croiser avec le bulldozer polonais en quarts. Mais l'ancien patron des Bleus a plus d'un tour dans son sac et Yuki Ishikawa et son bras de feu sont toujours là...
Yuji Nishida : l’ascension d’un prodige du volley
Tableau des Équipes Favorites pour le Mondial
| Équipe | Forces | Faiblesses |
|---|---|---|
| France | Doubles champions olympiques en titre, collectif magique | Niveau de Earvin Ngapeth, reconstitution de la bulle collective |
| Pologne | Wilfredo Leon en grande forme, collectif solide | Défaite en finale des Jeux de Paris |
| Italie | Duo Simone Giannelli-Alessandro Michieletto, maître tacticien Ferdinando de Giorgi | Absence de Daniele Lavia (blessé) |
| Japon | Style spectaculaire, Yuki Ishikawa | Absences de Masahiro Sekita et Yuji Nishida |
| Brésil | Coaches d'envergure (Bernardo Rezende et Marcelo Fronckowiak), pointus hyper athlétiques | Équipe encore jeune |