L'acronyme BBRBB n’évoque sûrement rien auprès de ceux qui n’ont pas l’habitude de passer leur week-end dans les tribunes du Parc des Princes ou ceux qui n’ont pas chopé le virus PSG dès leur plus jeune âge. Pour les autres, les amoureux du club de la capitale biberonnés aux exploits des Susic, Ginola ou Raï, ces cinq lettres veulent tout dire et font immédiatement référence à un bien qui leur est cher. Il s'agit de l'identité visuelle tricolore du Paris Saint-Germain (bleu-blanc-rouge-blanc-bleu).
Une tendance qui ne ravit pas les supporters de la première heure du club parisien, tant l’histoire derrière cette tenue est iconique dans le football français. Disparue en 2012, rétablie en 2020 à l'occasion des 50 ans du club parisien, la tunique Hechter sera de nouveau à l'honneur pour la saison 2024-2025.
Cet été, le Paris SG célèbrera officiellement ses 40 ans. Qu’en est-il vraiment ? Quand est-il apparu ? Comment a-t-il évolué ?

La création du maillot par Daniel Hechter
Issu de la fusion entre le Stade Saint-Germain et le Paris Football Club, le Paris Saint-Germain voit officiellement le jour le 12 août 1970. Fraîchement arrivé au club en mai 1973, Daniel Hechter impose directement sa patte.
À son arrivée au club en 1973, le couturier Daniel Hechter dessine une tunique originale composée des trois couleurs du Paris SG : le rouge et le bleu de la ville de Paris, le blanc de Saint-Germain-en-Laye. Ce dernier était simplement de couleur rouge de 1970 à 1973. « On appelait alors les Parisiens "les diables rouges" », explique Jean-Baptiste Guégan, auteur du livre Une histoire populaire du PSG (édition Hugo Sport).
Le styliste repart de zéro, griffonne des lignes, intègre plusieurs couleurs. « J'ai dessiné une dizaine de tenues en deux heures, et j'ai éliminé petit à petit celles qui me plaisaient le moins, se souvient Daniel Hechter. J'ai eu la même démarche que quand je dessinais mes collections. »
Le couturier l'a d'ailleurs imaginé « comme un spectacle ». « Pour moi, le stade, c'est l'opéra. Le sport est aussi un spectacle. Alors j'ai imaginé un costume pour ce spectacle. J'ai voulu quelque chose de très esthétique. » Il opte donc pour les couleurs de Paris, le bleu et le rouge, tout en gardant le blanc de Saint-Germain-en-Laye.
Le designer n’a qu’une contrainte de couleurs : le blanc pour les couleurs de Saint-Germain-en-Laye et le bleu et rouge, couleurs royales symbolisant la capitale. Car outre sa forme, la présence de ces trois couleurs n’est pas anodine. Le bleu et le rouge représentent en effet la ville de Paris qui dispose de ce code couleur sur son drapeau tandis que le blanc représente la ville de Saint-Germain-En-Laye.
La bande fait rapidement penser à l’Ajax Amsterdam, à son apogée sous l’époque Johan Cruyff, un joueur ami du couturier. Mais Daniel Hechter se défend de s’être inspiré du club néerlandais pour cette particularité.
« Je me suis inspiré du capot d'une Mustang que j'avais vu dans la rue » Le couturier l'a d'ailleurs imaginé « comme un spectacle ». « Pour moi, le stade, c'est l'opéra. Le sport est aussi un spectacle. Alors j'ai imaginé un costume pour ce spectacle. J'ai voulu quelque chose de très esthétique. »
« On ne sait pas pourquoi. Dans la rue, j’ai vu une Ford Mustang avec sa bande centrale sur le capot qui se prolonge sur le toit et j’ai transposé ça. Seul l’Ajax Amsterdam avait une bande centrale ; certains ont d’ailleurs cru que je m’en étais inspiré, ce qui n’étais pas le cas. Deux ans plus tard, un magazine italien a estimé que la tenue du PSG était la plus belle d’Europe » peut-on lire dans le livre « Une histoire populaire du PSG » de Paris United.
Le look « Hechter », c'est une allure linéaire. Un style que le PSG a adopté au début des années 70, lorsque le club accède à la Première Division. Un Championnat qu'il ne quittera plus, tout comme cet uniforme qui a suivi le club pendant près de 30 ans. Avant d'être revu, imité ou gâché.
« Hechter a été un pionnier, c'était la première fois qu'un couturier s'intéressait et désignait le football, explique Jean-Baptiste Guégan. « Hechter ne venait pas de milieux industriels, il était créateur de mode, ce qui était rare dans le milieu du football à l'époque, indique Yvan Gastaut, historien du football. Il a pris le soin de relier les mondes du football, de la mode, de l'art et du design. »
La saison 1973-1974 verra également l’apparition du logo de l’équipementier de l’époque, Le Coq Sportif. Présent en tant que fournisseur du club depuis 1970, le logo n’était que rarement présent sur les tenues avant 1973.
C’est avec cet ensemble que le club parisien s’inscrit dans l’élite française, sans remporter pour autant ces premiers titres.
La tunique de la montée en D1 Une tunique qui bouleverse donc le milieu du football de l'époque et qui accompagne la montée en Première Division du club en 1974 à la suite d'un match épique face à Valenciennes. Après une défaite (1-2) à l'aller, le PSG doit l'emporter par deux buts d'écart, ce qu'il fait grâce à un quatrième but de Jean-Pierre Dogliani (4-2).
Daniel Hechter parti en 1978 à la suite du scandale de la double billetterie du Parc des Princes, c’est Francis Borelli qui prend le relais et qui restera président pendant les 13 saisons suivantes. C’est alors l’époque de Dominique Baratelli dans les cages, de Dominique Bathenay, du jeune Luis Fernandez, de Mustapha Dahleb ou de l’ancien ange vert, Dominique Rocheteau en attaque.
Ce dernier était simplement de couleur rouge de 1970 à 1973. « On appelait alors les Parisiens "les diables rouges" », explique Jean-Baptiste Guégan, auteur du livre Une histoire populaire du PSG (édition Hugo Sport).
Celui-ci a été porté sans être modifié entre 1973 et 1987 avant d’être utilisé à nouveau dans les années 1990 et de temps en temps dans les années 2000.
L'évolution du maillot et les réactions des supporters
Ce qui ne sera en revanche pas le cas des tenues 2009-2010. Car si le début des années 2000 avait vu la bande rouge historique décalée sur le cœur, la saison 2009-2010 se fera tout simplement sans la bande rouge mais avec 4 fins liserés.
Pendant quinze ans, du Coq Sportif à Adidas en passant par Pony ou Kopa, tous les équipementiers jouent le jeu.
Un design qui restera totalement identique pendant 5 saisons et notamment lors de la saison 1985-1986 qui restera à jamais dans l’histoire du club comme celle du premier titre de champion de France.

Vahid Halilhodzic et Jules Bocandé en 1986.
Qui a su, aussi, gagner ses lettres de noblesse puisque le club a remporté son premier titre de champion de France avec cette tenue blanche en 1986.
Arrivé en 1989 en tant qu’équipementier du club de la capitale, Nike va d’abord s’inscrire plus ou moins dans la lignée des précédentes tenues avant d’imposer sa patte à partir de la saison 1992-1993.
Attaché à ce qui était devenu l’un des symboles fort du club, les supporters du Paris SG n’ont donc que très peu appréciés les libertés prises par l’équipementier américain et les équipes artistiques de Canal+, propriétaire du club depuis 1991.
Car 3 ans après avoir récupéré le Paris Saint-Germain, la firme américaine va en effet dévoiler coup sur coup deux tenues totalement inédite que l’ensemble des supporters parisiens n’espèrent plus jamais revoir !
« Ce design marque une vraie rupture avec l’époque Daniel Hechter, reconnaîtra Guy Adam, le coordinateur sportif du PSG, en 1999. Six saisons, cela semble être le maximum : en 2000/2001, Nike privera le PSG du blanc saint-germanois, élément pourtant essentiel de son identité. La saison suivante, ce sera pire : toujours pas de liseré blanc, mais en plus la bande centrale rouge est réduite et déplacée sur le côté gauche. Face aux protestations toujours plus fortes des supporters, les liserés feront leur retour en 2002/2003.
On est alors à l’époque où George Weah, Raï et David Ginola illuminent les soirées au Parc des Princes, accompagnés de Bernard Lama, Alain Roche, Paul Le Guen ou Vincent Guérin.
La saison 94-95 verra aussi le décalage sur la manche du logo « Tour Eiffel » de la tunique parisienne, remplacé par le logo « trois lettres » imaginé à l’époque par le directeur artistique de Canal+.
3ème du championnat de France, le PSG de Michel Denisot va surtout s’illustrer dans les coupes nationales puisque le club de la capitale remporte cette saison-là la coupe de France et la première édition de la coupe de la Ligue.
Alors qu’en coulisse, Canal+ cède le PSG à Colony Capital lors de l’été 2006 et que Alain Cayzac devient le patron du club, sur le terrain le Paris Saint-Germain va vivre la plus mauvaise saison depuis l’exercice 1987-1988.
15ème en 2006-2007 puis 16ème la saison suivante, le club de la capitale flirte même avec la relégation cette saison-là.
Créé en 1970, le PSG va connaitre une « deuxième naissance » lors de l’inter-saison 2011.
De plus en plus proche des grands d’Europe sur le rectangle vert, le PSG est encore loin de ses confrères dans cette quête d’identité et de reconnaissance.
Fidèle depuis 4 ans à sorte de bande centrale, la tenue domicile a pourtant connue quelques expérimentations au fil des saisons.
Mais à l’aube de la saison 2015-2016, les supporters parisiens ont eu l’agréable surprise de retrouver un peu de l’héritage de Daniel Hechter sur la nouvelle tunique parisienne.
« Le PSG a opéré un changement de stratégie ces deux dernières années, souligne Jean-Baptiste Guégan. Ils ont décidé de profiter du business autour de la nostalgie des supporters. »
Le créateur français âgé aujourd'hui de 85 ans a d'ailleurs retenté sa chance en vue du cinquantenaire du club en 2020. « J'ai proposé à la direction du PSG de leur dessiner une nouvelle tenue pour les 50 ans du club, affirme le créateur. Je n'ai jamais eu de réponse. Des pères vont l'offrir à leurs enfants, c'est de la transmission de passion.
Mais les gens qui travaillent pour Nike ou Adidas, ce sont des cinquièmes couteaux. Ce ne sont pas des créateurs de mode.