Le football à Chypre possède une histoire riche et complexe, marquée par des fusions de clubs, des figures héroïques et des tensions politiques. Des clubs emblématiques aux couleurs des maillots, en passant par les rivalités historiques, plongeons au cœur de ce sport passionnant sur l'île.

Les Racines du Football Chypriote
Le football à Chypre a commencé à se développer grâce à l'immigration anglaise, s'infiltrant dans la jeunesse chypriote à la fin du XIXe siècle via les écoles anglaises de l'île. Vers 1910, les premiers clubs ont commencé à se créer dans les grandes villes comme Nicosie, Larnaca et Limassol.
Les Premiers Clubs et Associations
Le 30 janvier 1911, Anorthosis fut fondé dans la ville de Famagouste, se concentrant initialement sur les activités culturelles et sociales. L'association, nommée Αναγνωστήριο Ανόρθωσις (Anórthosis Salle de Lecture), avait une section musicale très reconnue. Dans une île qui n'était pas indépendante, l'association avait des revendications nationalistes, organisant des discours patriotiques et des commémorations nationales.
Au début des années 1920, des jeunes de la ville formèrent une équipe de football appelée POEB. Cette équipe devint la base de la section football d'Anórthosis en 1929, au moment où l'association changeait de nom et d'emblème. Le département football commença à gagner quelques titres locaux et participa à la création de la Fédération chypriote de football en 1934.
Ainsi, sans être le doyen, le club est l’un des plus anciens de l’île.
Couleurs et Symboles : L'Identité des Clubs
Les couleurs jouent un rôle crucial dans l'identité des clubs chypriotes, souvent liées à des événements historiques ou à des figures emblématiques.
Le derby de Nicosie, beaucoup plus qu'un match de foot
Bleu et Blanc : Un Héritage Maritime et Nationaliste
Les couleurs bleues et blanches, transmises de club en club, pourraient symboliser l'héritage maritime de la ville côtière et le ciel clair de Chypre. L'origine de ces couleurs pourrait aussi provenir de l'histoire récente de la ville. Le club Evagoras s'inspira de ces couleurs.
Situé sur la côte ouest de l'île, Pharos constituait à partir du Moyen Âge le port occidental de Chypre. Mais, l'émergence de Nicosie et du port de Larnaca lui fit perdre son importance. Après l'invasion turque de Chypre en 1974, l'activité économique a connu une forte croissance dans tous les secteurs, notamment le tourisme.
Evagoras Pallikarides : Un Symbole de Résistance
Outre la couleur, un autre élément se transmit au fil des fusions : le visage sur le blason du club. Il s'agit d'Evagoras Pallikarides, un militant grec-chypriote. Né à quelques kilomètres de Pharos, il était membre du mouvement indépendantiste EOKA. Il fut arrêté le 18 décembre 1956 alors qu'il transportait des armes et pendu le 27 février 1957, devenant le plus jeune combattant à être exécuté à Chypre.
Il apparut d'abord sur l'écusson de l'Evagoras (qui portait le nom du martyr) et fut conservé par l'AE puis le Pharos FC. Son mouvement, EOKA, au-delà de l'indépendance, souhaitait comme beaucoup de grecs-chypriotes l'union avec la Grèce et donc reprit sur son drapeau les couleurs bleues et blanches (une croix blanche sur fond bleu).
Les Bleu et Jaune de l'AEL Limassol
L'AEL Limassol fait partie de ses grands clubs omnisports du monde grec, avec des sections de football, basket-ball et volley-ball qui excellent au niveau national. En 1930, Theodosis Konstantinidis convainquit son ami Nikos Solomonidis de créer une association sportive. La première assemblée décida de nommer le club AEΛ (AEL) pour Αθλητική Ένωση Λεμεσού (Association sportive de Limassol). Penos Antoniadis proposa les couleurs du club, le bleu, le jaune et le blanc, qui furent adoptées sans symbolique particulière, mais simplement par appréciation de l'association de ces 3 couleurs.
Divisions et Réunifications : Le Football Miroir de la Société Chypriote
Le football à Chypre a souvent reflété les divisions politiques et sociales de l'île, mais il a également joué un rôle dans les efforts de réconciliation.
Tensions et Scissions
En 1948, année de fondation du club d'Omonia, les tensions sur l'île étaient vives. Chypre était une colonie britannique, divisée entre les communautés grecques et turques, et déchirée par la guerre civile grecque. Ces divisions se sont exprimées dans les organisations sportives et culturelles. Par exemple, l'APOEL naquit en 1928 avec la volonté d'être réservé aux chypriotes grecs tandis que le Çetinkaya Türk SK rassemblait à partir de 1930 les turques de la capitale.
Au lendemain de la guerre, les athlètes de gauche furent exclus des clubs de l'époque, devenus le creuset du nationalisme grecque. Dans ce contexte, l'APOEL Nicosie se divisa suite à une initiative prise par la direction qui apportait son soutien aux nationalistes. De nombreux sportifs de gauche de l'APOEL quittèrent le club et se rassemblèrent pour la création d'une nouvelle association sportive à Nicosie. Cette nouvelle association avait pour ambition de maintenir le sport chypriote au haut niveau, loin des sentiments partisans.
Omonia : Un Symbole d'Unité
Le nom Omonia (Ομόνοια) fut choisi après mûre réflexion car son sens (unité, concorde) démontrait l'opposition du club à la division et à la désunion. La direction avait également besoin d'un emblème qui incarnerait ses idéaux.
Vers la Réunification ?
Les deux fédérations, autrefois ennemies, ont repris le dialogue par le biais des présidents Costakis Koutskoumnis, de la fédé chypriote, et Hasan Sertoğlu, de la fédé chypriote turque. Ces deux-là veulent mettre fin à la situation ubuesque qui perdure depuis trop longtemps sur l’île et ont décidé d’avancer vers un rapprochement. Petit à petit, les choses évoluent positivement et la Fédération chypriote turque devrait très prochainement être reconnue en tant que membre associé par la Fédération chypriote, ce qui devrait faciliter les échanges entre clubs.
Les joueurs chypriotes - du Sud de l’île donc - sont déjà depuis peu autorisés à aller évoluer au Nord, ce que deux d’entre eux ont fait (non sans tension, on ne change pas les mentalités si facilement…). Si la fusion des deux fédérations, avec la possible création d’une sélection commune, n’est pas encore à l’ordre du jour, ce n’est désormais plus inenvisageable.
Le Pafos FC : Un Club Moderne avec des Racines Historiques
Le Pafos FC est un club très récent mais au passé déjà profondément politique et communautaire. Il naît officiellement en 2014 de la fusion entre l’AE Kouklion et l’AEP Paphos - deux clubs eux-mêmes héritiers d’une longue tradition locale. La fusion avait un but : donner à toute la région de Paphos un club unique, financièrement sain et capable de rivaliser avec les grandes équipes du pays.

L'Héritage d'Evagoras Pallikarides
L’histoire du Pafos FC ne peut se comprendre sans évoquer Evagoras Pallikarides, figure héroïque de la résistance chypriote à la domination britannique. Ce jeune militant de l’EOKA, exécuté en 1957 à seulement 19 ans, est devenu un symbole national. Le club Evagoras Paphos, fondé après l’indépendance, portait son nom et son image - et cette mémoire s’est transmise jusqu’au badge actuel du Pafos FC, où figure son visage stylisé.
En choisissant d’hériter de cette identité, Pafos FC ne se contente pas d’être un club de football : il perpétue la mémoire d’un combat anticolonial, d’un nationalisme chypriote pro-hellénique et d’une histoire douloureuse qui continue d’imprégner la culture politique locale.
Un Rôle Culturel et Social
Au-delà du terrain, Pafos FC joue un rôle culturel et social majeur pour la région. Sa création fut validée lors d’assemblées publiques et s’est accompagnée du soutien des autorités locales et de personnalités politiques, signe d’un club pensé comme une institution collective. Depuis, il attire à la fois les descendants des supporters de l’AEP et ceux de l’AE Kouklion, unifiant différentes communautés autour d’une identité sportive commune.
Les Couleurs des Adversaires de l'Équipe de France : Une Perspective Internationale
Il est intéressant d'examiner les couleurs habituelles des adversaires de l'équipe de France au cours de son histoire. Voici une liste des couleurs les plus fréquemment portées :
| Couleur | Nombre d'équipes | Exemples |
|---|---|---|
| Blanc | 20 | Allemagne, Angleterre, Autriche (jusqu'en 2004) |
| Rouge | 26 | Albanie, Arménie, Autriche (depuis 2004), Belgique |
| Jaune | 14 | Afrique du Sud, Brésil, Colombie |
| Bleu | 11 | Azerbaïdjan, Chypre, Écosse, Italie |
| Vert | 7 | Bolivie, Cameroun, Irlande |
| Orange | 3 | Côte d'Ivoire, Pays-Bas |
| Marron | 1 | Lettonie |
| Blanc + Rouge | 2 | Croatie, Paraguay |
Le blanc et le rouge se partagent plus de la moitié des tenues des équipes nationales. Le jaune vient ensuite, talonné par le bleu. Suivent ensuite le orange puis des couleurs plus spécifiques comme le marron de la Lituanie, ou les rares associations de couleurs de l’Argentine, la Croatie et le Paraguay.