La Fédération Française de Football : Un Siècle d'Histoire en Noir et Blanc

Née d'un mariage de raison entre laïcards et cathos le 7 avril 1919, la Fédération française de football fête ses cent ans, marqués par la Coupe de France, la formation de jeunes talents et l'invention de grandes compétitions... qu'elle a mis du temps à gagner.

Une Naissance Poussive

La naissance a été poussive, car au début du XXe siècle, le football français était divisé en plusieurs organismes, chacun gérant ses propres compétitions, sur fond de querelle entre radicaux laïcs et patronages religieux.

"Notre grande famille est enfin constituée", écrit en guise de faire-part de baptême le secrétaire général Henri Delaunay dans l'organe de la FFFA (football association, son premier nom).

"Nous avons réalisé le rêve des +soccers+: le football aux footballers. Ça n'a pas été sans mal hélas, mais à force de tirer sur la charrette nous l'avons tout de même débourbée", ajoute celui qui restera un des grands hommes de cette aventure centenaire, avec Jules Rimet (président de 1919 à 1947) et Fernand Sastre (1972-1984).

Le "football association", ou "assoce", a pris l'ascendant populaire sur son frère, le "football rugby" au tout début du XXe siècle, la grande aventure française du ballon rond peut commencer.

La Coupe de France : Une Tradition Inventée

Deux ans plus tôt, la naissance de la Coupe de France (première victoire en 1918 de l'Olympique de Pantin, ensuite absorbé par le Red Star) augurait déjà de cette réunification.

Ce tournoi, "modèle rare en Europe continentale, va jouer un rôle important pour la popularité du football, et sera aussi une source de revenus pour la FFF", explique à l'AFP l'historien du football Paul Dietschy, professeur à l'Université de Franche-Comté.

Calquée sur le modèle de la "Cup" anglaise, elle permet à tous les clubs du pays de participer dans un format très démocratique, un tournoi à élimination directe jusqu'au deux derniers rescapés pour la finale.

La Coupe de France appartient à ce que l'historien anglais Eric Hobsbawm appelle les "traditions inventées, qui jouent un rôle prééminent dans la constitution de cette innovation relativement récente qu'est la nation", écrit-il.

La Paternité de la Coupe du Monde et de l'Euro

Portée par une "vision universaliste du football", la FFF a participé à "la mondialisation du ballon rond", explique M. Dietschy dans son "Histoire du football" (Perrin, 2010), notamment la naissance de la Coupe du monde (1930) et de l'Euro (1960).

La "3F" a aussi vécu à travers ses grands hommes, Jules Rimet, qui fut aussi celui de la FIFA (1921-1954) et le père de la Coupe du monde, et Henri Delaunay, secrétaire général (1919-1954), créateur du Championnat d'Europe et fondateur de l'UEFA.

Le trophée de la Coupe du monde s'est appelé Jules Rimet de 1950 jusqu'à 1970, quand le Brésil se l'est adjugé en le remportant pour la troisième fois. Le vainqueur de l'Euro soulève toujours le trophée Henri-Delaunay.

"Si la FFF a brillé par ses dirigeants, elle a peiné à construire un modèle compétitif", souligne Paul Dietschy, qui rappelle que la France ne récolte ses premiers lauriers qu'en 1984, la médaille d'or olympique et l'Euro, avant les Coupes du monde 1998 et 2018 et l'Euro-2000.

La Formation à la Française : Un Modèle

Ces succès couronnent une école du foot "à la française" pensée au début des années 1970, au creux de la vague.

"La France va commencer à gagner avec l'exode de ses joueurs, très bien formés mais à qui il manquait l'expérience de la victoire", conclu M. Dietschy.

Alors que l’historiographie du football est désormais fortement développée et diversifiée, ce travail avait pour but de défricher l’histoire des arbitres d’élite de 1919 jusqu’à aujourd’hui.

La diversité des sources utilisées - institutionnelles, orales, iconographiques - a permis d’entamer ce travail de poldérisation.

Ce livre a permis d’étudier le processus de professionnalisation des arbitres d’élite, et plus particulièrement le passage de l’amateurisme intégral jusqu’au professionnalisme.

Tout en prenant en compte le contexte français et l’espace social du football, il s’agissait d’étudier, à travers quatre périodes distinctes, la bureaucratisation des instances de l’arbitrage, les carrières et les pratiques des hommes et femmes en noir de l’élite.

À partir de ce travail, une chronologie propre à l’histoire de l’arbitrage est ainsi reconstituée, s’inscrivant « en creux » à celle du football.

La Professionnalisation de la Structure Arbitrale

Du point de vue de la structure arbitrale, les règles de fonctionnement de la CCA sont, dans un premier temps, informelles et ses membres décident dans un « entre-soi » caractéristique.

Les choix apparaissent souvent arbitraires, avec une opacité qui s’opère sur les prises de décision.

De nombreuses inégalités se manifestent quant aux carrières et au suivi des arbitres issus de différentes ligues, au niveau des promotions, du nombre de contrôles, de la forme des rapports d’évaluation ou des formations reçues.

Les statistiques des régions de provenance des arbitres Fédéraux viennent dès lors confirmer le manque d’équité, de lisibilité et de cohérence au sein de l’instance qui administre les arbitres de la fédération.

Le système hiérarchique en place apparaît profondément inégalitaire et occasionne des trajectoires notoirement distinctes entre les directeurs de jeu, du fait de la marge d’adaptation importante laissée par la CCA aux différentes CRA.

La commission centrale des arbitres apparaît également relativement autonome vis-à-vis des instances internationales, à savoir la FIFA et l’UEFA.

La commission d’arbitrage de l’UEFA n’est créée qu’en 1969 et la commission des arbitres de la FIFA accorde une grande liberté aux commissions d’arbitrage nationales.

La réforme de l’arbitrage, votée en 1965, préfigure une réorganisation de la CCA, qui tend à l’extraire lentement de son fonctionnement amateur.

Mais les années 1970 apparaissent véritablement comme la décennie charnière.

Le statut de l’arbitrage, mis en place en 1970, déclenche la métamorphose d’un système jusque-là inégal et opaque, grâce à une série de mesures, telles que le renouvellement des membres CCA, l’augmentation des contrôles, l’uniformisation des rapports d’évaluation ou la reconfiguration de la hiérarchie arbitrale.

Ces transformations amènent l’arbitrage français à se structurer et à progresser.

Bien que des inégalités demeurent, la CCA élabore un système plus juste, plus transparent mais qui devient également de plus en plus sélectif, au sein de la fédération comme dans les ligues.

Dans cette organisation, qui prône désormais la méritocratie sportive, les décisions prises sont également progressivement influencées par la commission des arbitres de la FIFA.

Les années 1980 et le début des années 1990 constituent les dernières années de mise en place du semi-professionnalisme dans le fonctionnement de l’arbitrage français.

En effet, dans le sillage des prescriptions de la FIFA, les différentes fédérations nationales dont la FFF entrent progressivement dans cette dynamique.

L’augmentation des indemnités des arbitres d’élite, la mise en place du test Cooper, la multiplication et l’uniformisation des contrôles, le perfectionnement de la formation technique ou l’utilisation de nouveaux moyens de transport rationalisent encore plus le fonctionnement de l’arbitrage français.

Ces mutations permettent de rendre le système plus sélectif, mais aussi plus juste et transparent.

À partir des années 2000, l’arbitrage français évolue vers le professionnalisme, avec la création d’une direction technique nationale de l’Arbitrage qui comprend des postes de salariés.

La mise en place d’un syndicat propre aux arbitres de l’élite, de postes de CTRA dans les ligues et de filière arbitrage à l’école, participe progressivement à professionnaliser l’élite de l’arbitrage français.

Après plusieurs années de débats d’acteurs et de luttes, la professionnalisation statutaire des arbitres de ligue 1 est finalement instituée à partir de 2016.

Par ailleurs, dans un contexte où le football se veut innovant et moderne, la technologisation de l’arbitrage ne cesse de se développer et vient s’inscrire plus globalement dans la professionnalisation de la corporation arbitrale.

L’arrivée de la GLT dès 2014 ou de la VAR en 2018 viennent modifier les manières d’exercer des arbitres.

Avec également des stages multipliés et des analyses vidéo hebdomadaires, une uniformisation des arbitres s’opère de plus en plus.

L’arbitrage international expliqué à ma grand-mère [Jalal El Ahdab]

L’analyse de la professionnalisation de la structure arbitrale pendant plus de cent ans revenait dès lors à étudier la mise en place progressive d’une organisation formelle, de règles de pratiques, de formations, de codes et outillages, qui rendent plus rationnel le système arbitral français.

Sur un modèle gestionnaire, la main-d’œuvre arbitrale, en tant que ressource humaine, est rendue au fil des années la plus performante possible afin de remplir l’objectif visé par l’institution.

Un contrôle social, à la fois sur et en dehors du terrain, avec un système de hiérarchie mais aussi de contrôles et de sanctions, est ainsi progressivement établi pour que les arbitres deviennent de plus en plus dociles aux directives données par l’institution arbitrale.

La professionnalisation de la structure arbitrale comprend alors notamment la mise en place d’un pouvoir disciplinaire, qui consiste à codifier les gestes des officiels, à surveiller ces derniers par un jeu de regards et à sanctionner ceux qui sortent de la norme établie.

Dans une dernière période, l’utilisation de la technologie participe à ce contrôle des arbitres.

Parallèlement à cette structuration progressive des instances, face aux violences subies sur les terrains, les arbitres français se regroupent et constituent progressivement « un corps arbitral », qui va progressivement devenir un contre-pouvoir vis-à-vis de l’institution.

La création de l’UNAF en 1967, initiée par Louis Tereygeol, incarne la volonté de créer une corporation arbitrale unissant les arbitres d’élite et amateurs, qui peuvent désormais appartenir à une même entité associative.

L’UNAF, représentant visible d’un corps arbitral uniforme, semble dès lors constituer la voix des arbitres de football ainsi qu’un contre-pouvoir important à la CCA et au Bureau fédéral.

Durant les années 1970, l’exposition médiatique des arbitres augmente de même que l’esprit corporatiste.

L’UNAF prend ainsi de plus en plus d’importance dans les débats sur l’arbitrage et les décisions prises par la FFF.

Louis Tereygeol, président de cette association, est élu au Conseil fédéral en 1975 et dispose de ce fait d’un pouvoir non négligeable au sein de la plus haute instance du football français.

Néanmoins, la CCA n’en reste pas moins dépositaire de la gestion des arbitres de la fédération.

Les décisions politiques concernant l’arbitrage sont désormais prises concomitamment par la CCA et l’UNAF, ce qui engendre des conflits entre les différents acteurs de ces organes.

Toujours à travers l’UNAF, les arbitres se trouvent davantage protégés juridiquement, grâce notamment à la création de l’AFCAM en 1985 ou à la mise en place du statut de l’arbitre en 1986.

Néanmoins, le contre-pouvoir exercé par Michel Dailly, président de l’UNAF, qui siège au Conseil fédéral et se trouve en quelque sorte en position hiérarchique par rapport au président de la CCA, entraine de vives tensions et des luttes d’acteurs dans les instances de l’arbitrage français.

Dans ce contexte de débats d’acteurs, les années 1990 et 2000 marquent la perte progressive de pouvoir de l’UNAF, au profit du nouveau syndicat créé pour les arbitres de l’élite : le SAFE.

Ce dernier, à travers les actions syndicales menées et notamment les grèves de 2006 et 2011, permet d’accompagner l’amélioration du statut et de la rémunération des arbitres, valorisés avec la loi Lamour 2006, le protocole tripartite en 2007 ou la constitution d’un groupe de professionnels à partir de 2016.

Malgré la volonté de l’institution de rendre les arbitres dociles, le SAFE lutte ainsi pour une meilleure reconnaissance de leur activité, occasionnant des débats d’acteurs entre les membres de ce champ.

Ce microcosme est alors l’objet d’une lutte sociale où chacun tente de faire valoir ses propres intérêts, générant ainsi des avancées qui participent également à professionnaliser la fonction d’arbitre d’élite, par la formation d’une corporation et d’une identité commune.

La Professionnalisation des Carrières des Hommes en Noir

Durant ces plus de cent ans, les mutations structurelles entraînent dans le même temps des transformations de la fonction et de la carrière de l’arbitre d’élite.

Ce dernier est, dans l’entre-deux-guerres, un amateur ne donnant pas toutes les garanties pour exercer sa mission.

Les capacités physiques lacunaires de l’homme en noir, qui ne sont pas une priorité de la CCA, font que ce dernier est régulièrement placé loin de l’action de jeu, ce qui ne favorise pas une prise de décision éclairée.

L’arbitre de football est alors, majoritairement, une personne d’âge mûr, ne possédant pas une condition physique optimale et n’étant pas considéré ni représenté comme un sportif dans les médias.

L’arbitrage n’est le plus souvent pas une vocation pour lui, s’orientant parfois par défaut vers cette activité après une carrière de joueur ou une blessure.

Par ailleurs, même au plus haut niveau national, cette activité apparaît chronophage et non lucrative pour l’homme en noir, qui est peu indemnisé.

Ce dernier doit alors exercer un métier qui n’impacte pas trop ses revenus, à l’image du grand nombre d’arbitres militaires ou travaillant à la SNCF, lesquels peuvent bénéficier de frais de transport réduits.

Dans les années 1960, Pierre Schwinté apparaît comme l’archétype de cette corporation d’amateurs, dans un monde du football pourtant professionnel pour les joueurs depuis 1932 en France.

À partir des années 1970, l’homme en noir apparaît comme un acteur mieux préparé, notamment en disposant progressivement de capacités physiques plus importantes.

Robert Wurtz incarne, avec de l’avance sur ses collègues en termes de visibilité, ce nouveau visage de l’arbitre de football plus jeune, plus actif sur le terrain et en mesure de suivre le jeu.

Les matchs se jouent sur un rythme qui devient de plus en plus rapide, dans un contexte qui marque le début de la médiatisation des hommes au sifflet.

Cet Alsacien est le précurseur d’un arbitrage bien plus visible par le public et les téléspectateurs, effectuant des gestes démonstratifs voire théâtraux sur le terrain.

Progressivement, notamment sous l’influence de l’évolution des retransmissions télévisées, d’une formation plus complète et d’une politique visant à mieux communiquer les décisions au public, le directeur de jeu « sort de l’ombre » et devient davantage présent dans les médias.

La mise en place du test physique de Cooper ou les méthodes d’entraînement à adopter s’inscrivent dans cette dynamique de sportivisation des arbitres.

Dans la même logique, ce processus de professionnalisation est visible à travers l’augmentation de la sélectivité dans la hiérarchie arbitrale, à la fois dans les districts, dans les ligues et au sein de la fédération.

Les profils sociologiques des hommes en noir d’élite tendent à être plus homogènes : l’augmentation du nombre de rencontres, notamment au cours de la semaine, ainsi qu’une préparation plus exigeante, nécessitent d’exercer un métier compatible avec cette fonction.

L’exercice de ce rôle très chronophage, qui devient de plus en plus une vocation, amène l’arbitre de haut niveau à faire des choix plus coûteux, qu’il s’agisse de sa vie professionnelle ou familiale.

Cette fonction se professionnalise également à travers les indemnités de plus en plus conséquentes reçues à l’occasion de chaque rencontre.

L’homme en noir se retrouve globalement bien mieux indemnisé, élément suscitant - parmi d’autres - un attrait grandissant vers cette fonction.

La spécialisation de la fonction de juge de touche s’inscrit aussi dans ce contexte de professionnalisation de l’arbitre.

L’échec du trio arbitral français lors de la finale de la Coupe d’Europe de 1975 accélère la création de trios permanents ainsi qu’un corps de juges de touche de la fédération, formés, évalués et soumis à une sélection plus sévère et spécifique.

Par ailleurs, alors que l’arbitrage est jusqu’alors l’apanage d’hommes d’âge mûr, cette fonction tend également à élargir son champ de recrutement dans un objectif de massification du nombre d’arbitres en France.

Dans ce cadre, l’exercice de l’arbitrage par des jeunes devient progressivement encouragé, tandis que celui des femmes se trouve accepté en tant qu’évidence.

De 1980 à 1995, l’arbitre d’élite apparaît comme un acteur qui s’inscrit dans l’antichambre du semi-professionnalisme.

Tout d’abord, l’amélioration de sa condition physique, visible à partir de l’institutionnalisation du test Cooper et le développement de divers tests physiques, l’oblige à s’entraîner plus régulièrement.

Son corps devient progressivement plus svelte, sa représentation est désormais celle d’un sportif.

L’arbitrage bascule progressivement vers le semi-professionnalisme à travers des indemnités plus conséquentes perçues chaque week-end.

Cette activité, autrefois réalisée quasi bénévolement, devient ainsi une source de revenus non négligeable, a fortiori à partir du milieu des années 1990.

La fonction d’arbitre de football se professionnalise également à travers une sélection de plus en plus exigeante et un temps plus conséquent consacré à cette activité.

L’arbitrage est désormais une vocation pour celui qui veut prétendre à l’élite.

Le métier exercé en parallèle devient progressivement déterminant et apparaît comme un critère sélectif pour officier au plus haut niveau, dans la mesure où celui-ci le contraint à de nombreuses adaptations, voire à des sacrifices.

C’est le temps de l’homme en noir fonctionnaire ou exerçant une profession libérale.

S’il veut atteindre l’élite et s’y maintenir, la majorité de son temps doit ainsi être consacrée à l’arbitrage, l’obligeant alors à faire des choix dans sa vie familiale et ses loisirs.

La spécialisation de plus en plus grande de la fonction de juge de touche participe également de cette dynamique.

Par ailleurs, en lien avec le développement de « vocations » pour l’arbitrage, la CCA mène durant cette période une politique de rajeunissement de son élite, à travers la création du statut de « Jeune arbitre fédéral » ou le développement des Centres de Formation d’Arbitres (CFA).

Tableau récapitulatif de l'évolution de l'arbitrage français

Période Caractéristiques de l'arbitrage Structure arbitrale Carrière de l'arbitre
Entre-deux-guerres Amateurisme, capacités physiques limitées Règles informelles, décisions arbitraires Non lucratif, activité secondaire
Années 1970 Meilleure préparation physique, début de la médiatisation Réformes, système plus juste et transparent Plus jeune, plus actif, début de la sportivisation
Années 1980-1990 Semi-professionnalisme, amélioration de la condition physique Augmentation des indemnités, uniformisation des contrôles Source de revenus, sélection plus exigeante
Années 2000 Professionnalisme, technologisation Direction technique nationale, syndicat des arbitres Professionnalisation statutaire, uniformisation

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