L'histoire de Linas-Montlhéry est celle d'un club amateur qui a vécu une aventure extraordinaire en Coupe de France, culminant avec une rencontre mémorable face au Paris Saint-Germain. Ce club de Régional 1, issu de deux villes de l'Essonne, Linas et Montlhéry, a su créer des moments de joie et de fierté pour ses joueurs et supporters.

Saint-Etienne - PSG : La joie des Parisiens après le but de Paredes. Crédit: Getty Images
Une passion locale nourrie par le PSG
L'explication de cette passion est d'abord géographique : ce club de Régional 1 réunit Linas et Montlhéry, deux villes de l'Essonne d'environ 7 000 habitants à 30 kilomètres de la capitale. Ce qui donne naturellement lieu à de belles histoires.
Pour beaucoup, le PSG est plus qu'un club, c'est un symbole de la région. Hermann Colin Kouassi, latéral gauche de Linas-Montlhéry, incarne ce dilemme : fan de Mbappé, Neymar et consorts, il se retrouve à affronter son équipe de cœur en Coupe de France. "C'est le match de ma vie, le match de mes rêves", se réjouit Kouassi.
Des souvenirs parisiens ancrés dans les cœurs
Le capitaine Johan Roca a ainsi passé quatre ans au centre de formation du club champion de France, de 2000 à 2004. "C'est beaucoup d'émotion, de souvenirs qui reviennent, mais que des bons souvenirs... en plus, je suis supporter !"
S'il n'a jamais eu l'occasion de s'entraîner avec le groupe pro, celui qui a côtoyé Clément Chantôme ou encore Youssouf Mulumbu les a vus de près, à une époque où Ronaldinho sévissait sur les pelouses de Ligue 1.
Supporter, le coach de Linas-Montlhéry l'est aussi. Et depuis longtemps. "J'ai 52 ans, je vais au Parc depuis mes six ans", explique Stéphane Cabrelli, abonné au Parc des Princes. "Les joueurs qu'on supporte toute l'année, de jouer contre eux, forcément, c'est quelque chose de bizarre", admet-il.
La préparation : Entre rigueur amateur et prudence professionnelle
Trois séances d'entraînement durant la semaine de Noël, quatre autour du Nouvel An et une nouvelle mise au vert samedi à Marcoussis : aucun excès n'a été toléré. Le moindre écart aurait de toute façon été rapidement remarqué : la reprise a d'abord été axée sur la préparation physique. Certainement le seul point que lequel les amateurs peuvent espérer réduire le gouffre qui les sépare du PSG. Car le champion de France, lui, n'a repris l'entraînement que jeudi, à 72 heures du match.
Le club francilien l'aura forcément en tête : il avait perdu Neymar sur blessure l'an dernier, approximativement à la même époque. Et surtout dans la même compétition, face à Strasbourg (2-0), à moins de trois semaines d'un huitième de finale de Ligue des champions face à Manchester United. Cette fois, un mois et demi sépare ce "derby" du huitième aller de C1 à Dortmund.
Mais au contraire de Kouassi, tous les joueurs de Linas-Montlhéry ne comptent pas avoir cette échéance européenne en tête. "On va jouer le match à 100%, ce n'est pas ce match-là qui va faire qu'ils vont aller loin ou pas en Ligue des champions", lance Roca.
Un parcours exceptionnel en Coupe de France
« Avant le PSG, on n’avait jamais dépassé le 6e tour, c’est-à-dire les tours régionaux ! » Michaël Bertansetti, le président de l’ESA Linas-Montlhéry, n’en revient toujours pas. Le samedi 7 janvier, au stade de Bondoufle, ses joueurs accueilleront le RC Lens, le dauphin du PSG en L 1, pour un troisième 32e de finale en l’espace de quatre ans. Une performance rare pour un club de National 3, qui n’avait jamais connu l’ivresse d’une épopée en Coupe de France.
« Lors de la saison 2019-2020, quand on tombe sur le PSG, explique le patron du club, nous avions eu de la chance au tirage et nous n’avions pas défié de grosses équipes. À l’époque, on jouait en Régional 1 et on avait affronté La Flèche et Évreux, deux équipes de N 3. » Ce cadeau, les Essonniens le vivent alors comme une parenthèse magique dans leur quotidien. « Nous étions heureux d’affronter le PSG. C’était pour nous l’occasion de faire la fête, ce n’était presque plus un match de foot. »
Malgré leur défaite (6-0), les joueurs de Stéphane Cabrelli avaient eu des regrets de ne pas avoir fait d’exploits aux tours précédents. Un exploit qui n’arrivera pas non plus lors de l’édition suivante en 2020-2021 après une élimination prématurée (0-1) dès le 6e tour face aux Lusitanos de Saint-Maur (N 2).
Mais tout change, en 2021-2022. À nouveau, les Linois atteignent les 32e de finale contre le SCO d’Angers (L 1). Et pour en arriver là, le Petit Poucet francilien avait dû jouer les déménageurs. La première victime s’appelle Dunkerque, pensionnaire de Ligue 2, battu à la régulière (1-0). « C’était un contexte particulier, se souvient Bertansetti. On marque à la dernière seconde par Tom Bouvil et l’arbitre siffle la fin du match derrière, c’était incroyable. »
Mieux, contre le 6e de L 1 de l’époque, Linas-Montlhéry continue sur sa lancée grâce à un doublé de son buteur, Pascal Leno. « Contre Angers, on était sur un nuage. On marque rapidement deux buts et on a la sensation que rien ne peut nous arriver. »
Linas-Montlhéry se hisse ainsi en 16e de finale pour la première fois de son histoire et frôle un nouvel exploit contre Amiens (Ligue 2). Menés (0-3), les Essonniens reviennent de nulle part pour arracher la séance de tirs au but. « Nos joueurs ont été énormes, se remémore Bertansetti. On finit le match avec un mélange de fierté et de déception. Remonter trois buts pour perdre, c’était un peu dur. »
Contre Lens, Michaël Bertansetti signerait tout de suite pour atteindre les tirs au but. « Ce serait un exploit immense d’accrocher Lens. On jouera crânement notre chance. D’autant plus qu’aujourd’hui, avec nos exploits passés, nous avons emmagasiné de l’expérience.
Le 5 janvier prochain, Linas-Montlhéry affrontera le PSG dans le cadre de la Coupe de France. Un match particulier à plus d'un titre pour son capitaine, Johan Roca. 20 déc. C’est une date qu’il attend avec impatience. Le 5 janvier prochain, il sera sur le terrain pour tenter de prolonger l’aventure un tour de plus. Il jouera pour partager des moments forts que seul le football peut lui apporter. Bref, pour rêver encore plus longtemps, plus fort et plus grand…
« Rêver », c’est sans doute le mot qui doit l’animer en ce moment, tant pour sa passion que son avenir, et même son passé.
Lui, c’est Johan Roca. Ce père de famille de 33 ans, conseiller clientèle chez Enedis, n’est autre que le capitaine de l’équipe de l’ESA Linas-Montlhéry, l’un des derniers clubs amateurs encore engagé en Coupe de France. Le 5 janvier prochain, l’équipe pensionnaire de Régionale 1 - l’équivalent de sixième division - va recevoir les stars du Paris-Saint-Germain, huit fois champion de France dans le cadre des 32es de finale de la compétition.
Ce match s’annonce déjà comme un événement et même un retour aux sources pour le milieu de terrain. Car l’homme entretient un lien particulier avec l’équipe parisienne. Dans sa jeunesse, il a passé quatre ans au centre de formation du PSG.
« Plus précisément, j’ai été repéré alors que je jouais à Moissy chez les -13 ans. J’ai fini par intégrer le centre de préformation du PSG à Verneuil-sur-Seine durant deux ans, avant de passer deux ans au centre de formation au Camp des Loges« , renseigne le capitaine de Linas-Montlhéry.
Des blessures à répétition
Durant quatre ans donc, Johan Roca va découvrir son club de cœur de l’intérieur. « C’était incroyable, car j’étais déjà un grand fan du PSG à l’époque. J’en garde évidemment un très bon souvenir. On participait aux meilleurs tournois en Espagne, au Portugal en Belgique ou encore à Dubaï. On était invité partout », se remémore-t-il, avec un léger sourire. En centre de formation, il côtoie notamment Youssouf Mulumbu, Clément Chantôme ou Loris Arnaud, qui signeront des contrats avec l’équipe reine.
Johan Roca n’aura pas cette chance. Car à la sortie du centre de formation, le contrat pro tant espéré n’est pas arrivé. « Durant cette période, j’ai enchaîné les blessures », résume-t-il. Rupture des ligaments d’une cheville et une fracture de croissance au niveau du genou ont rythmé les dernières années du centre de formation. « Il y a eu les blessures, et sans doute mon niveau qui n’était pas à la hauteur ».
Entre lucidité et modestie, vous l’aurez compris, Johan Roca n’emploie pas de mot plus haut que l’autre quand il s’agit d’évoquer son histoire. « C’est un homme assez discret sur son passé, confie Stéphane Cabrelli, son entraîneur à Linas-Montlhéry. Ce n’est pas quelqu’un qui va chercher à se mettre en avant et écraser les autres.
« La fin de mon contrat avec le PSG était un moment difficile à vivre, mais j’étais persuadé que j’allais rebondir ». Le rebond, il finit par le trouver dans les clubs de la région en CFA. Après des passages remarqués à Viry-Châtillon, Fleury-Mérogis, Moissy, il pose ses valises à Linas-Montlhéry il y trois ans. « C’est un très bon joueur de CFA. Il n’a pas à rougir de son parcours, poursuit Stéphane Cabrelli, qui l’avait déjà sous ses ordres à Viry-Châtillon. Sur le plan technique, il possède un très beau style et une très bonne lecture du jeu. Tous les ballons passent par lui. C’est notre Thiago Motta à nous », complète l’entraîneur, grand fan du PSG
« Ne pas être ridicule »
Le 5 janvier prochain, il sera sur la pelouse du stade Bobin de Bondoufle pour réceptionner le PSG. « J’espère qu’ils aligneront quelques joueurs comme Mbappé, Thiago Silva ou encore Neymar« , espère Johan Roca.
De ce match, si ce n’est la victoire, il espère « ne pas être ridicule ». « Concrètement, nous avons peu de chances de gagner. Notre but sera de prendre un maximum de plaisir et de résister le plus longtemps possible », formule-t-il.
Fidèle à son image, il ne cherche pas la lumière des projecteurs. « Ce match va être une vraie vitrine pour nos jeunes joueurs. C’est assez rare pour des joueurs de ce niveau de bénéficier d’une telle couverture médiatique (Ndlr : le match sera diffusé sur Eurosport).
Même sans certains de ses cadres, le PSG a dominé très facilement la formation de R1 de Linas-Montlhéry (6-0), en 32es de finale de la Coupe de France. Edinson Cavani a profité de cette rencontre pour inscrire un doublé.
Battu la saison dernière en finale par Rennes (2-2, 5-6 aux t.a.b.), le PSG a franchi sans encombre le premier obstacle dans sa reconquête de la Coupe de France. Opposé aux amateurs de Linas-Montlhéry (R1), le leader de la L1 a fait preuve de sérieux au stade Robert-Bobin de Bondoufle pour rejoindre les 16es de finale (6-0).
Pour cette rencontre, Thomas Tuchel n'avait pas hésité à pratiquer un turnover, et le technicien a retiré les fruits de cette politique.
Même sans certains de ses cadres (Mbappé, Neymar...), sa formation a logiquement posé la main sur la partie, certains laissés pour compte ont su se montrer, et le scénario n'a jamais donné l'impression de pouvoir être contraire au PSG, malgré une frayeur à 1-0 (voir ci-dessous).
Aouchiche avait auparavant débloqué la situation, d'une frappe du gauche après une subtile feinte (1-0, 30e), pour son premier but pro, à 17 ans et 5 mois.
Le PSG, qui aurait déjà pu trouver la faille sur une double occasion (tête de Kehrer déviée sur la barre par Lutumbu, puis tête de Kouassi sauvée par Duval), a fait le break avant la pause par Cavani (2-0, 41e) puis éteint tout suspense après l'heure de jeu, en signant trois buts en neuf minutes (60e, 63e, et 69e).
Cavani a signé un doublé, Sarabia également, et Choupo-Moting a clos le score (60, 87e).
Neymar et Mbappé ménagés, Di Maria et Verratti remplaçants, cette rencontre a permis à des joueurs dont la situation demeure incertaine au PSG de se mettre en évidence. Cela fut le cas, par exemple, pour Edinson Cavani.
Pour sa première titularisation depuis le 9 novembre (2-1 à Brest), l'attaquant uruguayen n'a pas détoné dans son registre. El Matador s'est beaucoup dépensé, a parfois vendangé, mais il est parvenu à signer un doublé (41e, 61e) - il compte désormais 198 buts avec le PSG, toutes compétitions confondues - et à délivrer une passe décisive pour Sarabia (4-0, 63e).
Courtisé notamment par le Hertha Berlin, Julian Draxler a, de son côté, été impliqué sur quatre buts parisiens : tout d'abord en servant de relais à Dagba sur l'ouverture du score, puis en offrant deux caviars à Cavani, et enfin en décalant Sarabia sur le dernier but.
Si le PSG avait une emprise totale sur la rencontre et venait logiquement d'ouvrir le score (0-1, 30e), Linas Montlhéry a eu une occasion en or d'égaliser quelques minutes plus tard, quand Frank Schneider a désigné le point de penalty pour un léger accrochage de Dagba sur Cissé (38e). Mais Kanouté, visiblement stressé, a effectué une course d'élan atypique et sa frappe croisée a été détournée par Rico.
Le club de R1 a même été doublement puni par ce manqué : sur le contre, survenu après un premier renvoi, Cavani a porté la marque à 2-0.
Exploit majuscule une nouvelle fois pour Linas-Montlhéry (N3) en Coupe de France.
Deux ans après avoir affronté le PSG en 32es de finale de la Coupe de France, les joueurs de Stéphane Cabrelli ont offert à leur club, pour la première fois de son histoire, un billet pour les 16es de finale en sortant, excusé du peu, le SCO d’Angers, l’une des toutes bonnes équipes de Ligue 1, grâce à deux réalisations signées Pascal Leno (9e, 24e).
Mais où s’arrêtera l’équipe de National 3 de Linas-Montlhéry ? On connaissait déjà ce coup de foudre entre cette équipe essonnienne et la Coupe de France avec dans la dot du mariage un 32e de finale disputé et perdu, il y a deux ans, face au PSG.
Mais cette fois c’est en 16e de finale, face à l’équipe de Ligue 2 d’Amiens, que l’histoire d’amour va se poursuivre après un succès incroyable décroché (2-0), dimanche après-midi, face au SCO d’Angers, très belle équipe de Ligue 1. Et une sensation de maîtrise confirmée par le Président, Michaël Bertansetti.
« Nous avons fait preuve de beaucoup de sérénité, de maturité. Nous faisons une superbe première période avec deux buts marqués tôt et des superbes sorties de ballon. Et puis en seconde période nous maîtrisons, sans concéder beaucoup d’occasions. Cette qualification est une grande fierté. Face au PSG, il y a deux ans, nous avions disputé un match de gala, un match pour faire la fête. Face à Angers, nous avions préparé les garçons différemment. Parce qu’il y avait déjà eu l’exploit de Dunkerque et parce que les garçons ont appris de notre parcours d’il y a deux ans.
Jusqu’à se retrouver donc en 16es de finale de Coupe de France face à Amiens. « Un tirage mitigé » pour le Président. « Nous voulions absolument éviter les Franciliens. Après, nous aurions apprécié un nouveau gros match face au PSG ou l’OM. Amiens, c’est délicat car notre adversaire sera une nouvelle fois archi-favori mais il sera aussi prévenu. Il faudra voir également dans quelle forme nous serons. Nous avons fait une préparation atypique avec une reprise douce mais continue tout au long de l’été. Donc pas de trêve en été, pas de trêve à Noël, je crains aussi le coup de mou à la reprise du championnat. Mais en attendant nous sommes très fiers de ce que nous avons déjà accompli lorsque l’on voit le travail réalisé depuis des années.
Et la belle performance des Franciliens ne s’arrête pas là puisqu’on retrouvera également en 16es de finale Versailles (N2), vainqueur (0-1) à Sarre-Union (N3), qui renouera avec ce stade de la compétition 74 ans après (1947). Ils seront opposés à La Roche-sur-Yon Vendée (N3). Les Yvelinois seront accompagnés également de Créteil (N) qui s’est imposé (3-0) face à Vénissieux (R1) et qui se déplacera, pour les 16es, à Bergerac (N2), tombeur de Metz. En attendant la décision du match arrêté entre le Paris FC (L2) et l’Olympique Lyonnais, les Parisiens pourraient affronter l’OGC Nice (L1). Le PSG, vainqueur (3-0) Feignies-Aulnoye (N3) grâce à un doublé de Kylian Mbappé, se rendront à Vannes (N2).

Linas-Montlhéry face au PSG en janvier 2020. (LP/Arnaud Journois)