Le football professionnel, au-delà d'un spectacle captivant pour des millions de fans à travers le monde, est une véritable industrie brassant des sommes colossales. Les nouvelles règles de gouvernance du football professionnel et un championnat de Ligue 1 réduit à 14 équipes au lieu de 20, sans montées ni descentes, représentent une révolution pour certains, afin de renforcer le niveau du championnat de Ligue 1 et maximiser les gains. Cet article explore en détail ce concept de ligue fermée, en analysant ses avantages, ses inconvénients et son impact potentiel sur le sport européen.

Le Football : Une Industrie Complexe
Il paraît difficile aujourd’hui de ne pas admettre que le football professionnel est une véritable industrie qui, au-delà d’un spectacle vivant enivrant des millions de fans à travers le monde, brasse des sommes colossales. Comment ne pas évoquer ici le transfert du prodige brésilien Neymar du FC Barcelone vers le Paris Saint-Germain l’été 2017 : une clause libératoire de 222 millions d’euros payée par le club parisien pour permettre la rupture du contrat en cours, une prime de 80 millions d’euros et 100 millions de charges, soit un total de 402 millions d’euros.
Le football renvoie à une réalité économique qu’il serait maladroit de nier, pour le meilleur et pour le pire. L’une de ses caractéristiques majeures, finalement assez peu connue du grand public, est qu’il est l’objet d’un système de gouvernance très sophistiqué (et hiérarchisé), piloté par des instances nationales et internationales qui sont garantes du respect de règles sportives… mais aussi du rendement financier de l’activité.
Qu’importe cette réalité qui dérange parfois… Le football est bien une industrie, avec ses logiques d’action et ses déviances, et même ses comportements opportunistes.
La Gouvernance du Football en France : Un Constat
Soyons provocateurs et annonçons directement la couleur : il faut regretter la présence de beaucoup trop de clubs de niveau médiocre, se battant pour une simple survie à court terme (leur maintien en Ligue 1). Face à eux, une poignée de clubs occupant les premières places, mais incapables de jouer les premiers rôles en Europe, hormis dans une compétition mineure, comme cela fut le cas avec l’Olympique de Marseille dans le cadre de l’Europa League en 2017-2018, pâle copie de l’aristocratique Champions League dont rêvent le Paris Saint-Germain et ses stars.
Réduire la Ligue 1 à 14 Clubs : Une Solution ?
Et si le salut venait d’une réduction de la Ligue 1 à 14 clubs, tout en procédant à sa « fermeture » (ni montée, ni descente). Voilà de quoi « mettre le feu » à une gouvernance héritée d’un football à l’ancienne, le fameux « football de village », qui n’a pas vu le monde changer en profondeur depuis vingt ans…
Lorsque les joutes européennes se présentent, les clubs français sont alors victimes d’un décrochage brutal, n’étant pas aguerris à une compétition intra-européenne en rien comparable à celle d’un modeste championnat national. En d’autres termes, les clubs de football, comme toute organisation, sont soumis à un processus de sélection par l’environnement, et seuls ceux qui sont en adéquation avec les exigences dudit environnement sont justement retenus pour survivre (et gagner), tandis que les autres sont éliminés. Manifestement, l’environnement actuel de la Ligue 1 n’est pas le plus propice pour permettre la survie des clubs français lors des phases finales de la Champions League.
Réduire la Ligue 1 à 14 clubs pour la renforcer en limitant le nombre de matches tout en élevant significativement le niveau de jeu ? On imagine sans peine les cris d’orfraie des puristes, défendant la présence d’équipes très moyennes pour donner la chance à des régions reculées de disposer envers et contre tout d’une vitrine médiatique unique.
Mais dans une économie globalisée et ultra-compétitive, le territoire confiné d’une modeste équipe de football a-t-il encore un sens, hormis d’être le reflet désuet d’un folklore vivant à la Arnold Van Gennep ?
Douze clubs de football européens créent une "Superligue" concurrente de la Ligue des champions
Fermer la Ligue 1 : S'ouvrir à de Nouveaux Espaces Sportifs
Si militer pour la réduction de la Ligue 1 de football en France est déjà en soi une provocation absolue, que dire alors de la suggestion d’une fermeture ? Le modèle de la ligue fermée renvoie une logique de gouvernance très connue, à savoir considérer que les clubs y participant ont la certitude d’y demeurer (sauf à faire faillite) et ne jamais prendre le risque d’être rétrogradés dans une ligue inférieure (dite « mineure »).
Les ligues fermées constituent d’ailleurs un modèle d’affaires très sophistiqué en matière de gouvernance. Principalement que les clubs (membres) la constituant agissent collectivement pour maximiser les gains que chacun va retirer de sa participation. S’il y a bien compétition sportive pour obtenir un trophée, à l’image du célèbre Super Bowl, celle-ci est strictement régulée selon des règles précises, notamment de recrutement des nouveaux joueurs et de rémunération globale de l’équipe.
D’une certaine façon, nous sommes ici dans une configuration coopétitive, chère à l’école montpelliéraine, puisque la ligue fermée associe compétition sportive et coopération dans la création collective de valeur, tout particulièrement en matière de négociation des droits TV.
Avantages d'une Ligue Fermée
Faire basculer la Ligue 1 de football vers un tel modèle présenterait à nos yeux au moins deux avantages :
- L’éradication du risque lié à la « glorieuse incertitude du sport » permettrait d’attirer des investisseurs qui apprécient peu que la performance d’une équipe ou pire, son déclassement en fin de saison, soient liés à la blessure d’une star ou à une mésentente récurrente entre un entraîneur et ses joueurs.
- L’absence de sanction sportive faciliterait l’intégration de jeunes pousses prometteuses, certes devant encore faire leurs preuves, mais pouvant être plongées dans le grand bain de la compétition sans que les conséquences de leur contre-performance éventuelle soient rédhibitoires pour l’équipe.

Passer du principe de la ligue ouverte, avec montées et descentes en fin de saison, à celui de la ligue fermée, stabilisée dans le temps, serait sans doute une révolution aussi majeure que celle que connut le football français lors de l’introduction du contrat à temps à la fin des années 1960, dont le fameux rapport de Philippe Seguin a rendu compte.
De multiples difficultés seront à surmonter pour y parvenir, notamment celles liées à la définition des critères d’éligibilité des clubs pouvant participer à la ligue fermée, sans oublier l’établissement de nouvelles règles (collectives) de gouvernance.
Paradoxalement, l’Europe fonctionne déjà comme une pseudo-ligue fermée puisqu’il suffit de prendre la liste des demi-finalistes de la Champions League sur une décennie pour découvrir qu’une quinzaine de clubs (toujours les mêmes) sont systématiquement présents.
Défendre l’idée d’une Ligue 1 française fermée et réservée à 14 clubs n’est donc pas une thèse aberrante.
L'Émergence de la Super Ligue Européenne
Dimanche 18 avril en pleine nuit, le lancement d’une Super Ligue européenne de football réunissant 12 clubs anglais, espagnols et italiens a été officialisé. Comme beaucoup d’observateurs, l’économiste du sport Mickaël Terrien n’est pas surpris de voir une Super Ligue se mettre en place dans le monde du football. Dans les cartons depuis plusieurs années, ce projet était attendu, mais pour plus tard. "Le contexte économique lié à la crise sanitaire a accéléré les choses", explique Terrien, qui précise : "C’était inévitable car d’un côté, on a des gros clubs endettés ou déficitaires qui en veulent toujours plus. De l’autre, on a des compétitions européennes de plus en plus déséquilibrées. Les deux phénomènes cumulés ont creusé le gouffre. Aujourd’hui, ça craque".
Dans les faits, la réforme prévue de la C1 dès 2024 partage même de nombreux traits avec la Super Ligue pointée du doigt par tous depuis hier. "La seule distinction c’est de savoir qui organisera la compétition : l’UEFA ou une banque", termine le maître de conférence.
Pas de billetterie en Angleterre, des dettes colossales qui n’en finissent plus de se creuser en Espagne, ou encore une saison compliquée pour la Juventus (seulement 4e de Serie A) : autant de raisons qui ont motivé les clubs sécessionnistes à se démasquer. Pourquoi ? "C’est simple : en créant une ligue fermée à laquelle ils participeraient par définition tous les ans, ces clubs sécurisent leur place et donc leurs revenus, là où certains ont du mal à se qualifier en Ligue des champions depuis des années comme Arsenal ou l’AC Milan", éclaire l’économiste.
Avec pour l’instant 12 clubs concernés, mais a priori 20 chaque année (15 membres fixes, et 5 invités), la Super Ligue serait bien plus rentable que la Ligue des champions actuelle et son futur format à 36 équipes. "La compétition doit être soutenue par une banque qui a les moyens de faire un chèque en blanc. Ensuite il faudra la rentabiliser avec les droits TV. L’idée c’est de supprimer l’intermédiaire qu’est aujourd’hui l’UEFA", résume Mickaël Terrien.
Une fois cette première étape accomplie, la Super Ligue et son format de championnat généreront plus de matches, disputés entre des équipes jugées plus attirantes. Dès lors, la part du gâteau augmente pour tous les participants : "Les droits TV seront vendus plus chers, sur plus de matches. Le gâteau sera donc plus gros. Or, au lieu des 36 invités en C1, il n’y en aura que 20 en Super Ligue. Chacun aura donc une plus grosse part", caricature Terrien.
Il y aura plus de monde devant la TV, mais aussi des billets venus plus cher : "La Super Ligue boostera tous les revenus; On l’a bien vu avec la C1 qui, depuis qu’elle est sortie d’une logique de pure méritocratie en 1993, génère plus d’argent", conclut Terrien.
Pour Mickaël Terrien, c’est un coup de pression : "C’est intenable. Si on a une approche historique de ces ligues indépendantes, on s’aperçoit que pour que ça fonctionne, il faut laisser peu de monde de côté, sinon une ligue rivale émerge".
Contre cette Super Ligue, et avant même son officialisation, l’UEFA est sortie du silence et a haussé le ton, soutenue par la FIFA et des fédérations nationales. Si un joueur participe à la Super Ligue, il ne pourra ni jouer l’Euro, ni la Coupe du monde ou tout autre compétition.
Paradoxalement, ce qui pourrait protéger l’UEFA, c’est sa générosité selon Terrier : "Concrètement, l’investisseur qui va financer la Super Ligue va devoir mettre bien plus que les 2,3 milliards de l’UEFA sur la Ligue des champions. Au-delà de l’impact sur les autres compétitions, et de déséquilibre budgétaire que cela engendrait, la Super Ligue pourrait aussi redistribuer les cartes entre les clubs membres. "Le but de la Super Ligue est peut-être de modifier les mécanismes de gouvernance", avance Mickaël Terrien. "Le projet de Super Ligue permet de sortir d’une logique sportive avant tout pour se diriger vers une logique financière. La différence, c’est que dans une ligue ouverte, si vous n’investissez pas l’argent en joueurs de talent, vous pouvez ne pas vous qualifier pour une compétition européenne. Il y a une notion de course à l’armement. Alors que dans une ligue fermée, votre position est assurée quoi qu’il arrive, il y a peu de menace. C’est sans doute le cœur de la réforme : sécuriser les positions et réduire la course à l’armement".
Le Parlement Européen et le Modèle Sportif Européen
Le Parlement européen a adopté, le 7 octobre 2025, une résolution historique intitulée « Le rôle des politiques de l’Union européenne dans le renforcement du modèle sportif européen », sous la direction du député polonais Bogdan Zdrojewski. Ce texte non contraignant, mais hautement symbolique, réaffirme l'engagement de l'UE en faveur d'un modèle sportif européen ouvert, fondé sur des principes comme la solidarité, le mérite sportif, l'inclusion, la durabilité et la compétition ouverte. Il exprime une opposition ferme aux ligues fermées ou dissidentes, considérées comme une menace pour l'écosystème sportif européen, en raison de leur orientation purement lucrative et élitiste.
Points Clés de la Résolution
- Le Parlement insiste sur l'accès aux compétitions européennes basé sur les performances annuelles en ligues nationales (mérite sportif), la préservation de l'équilibre entre clubs et équipes nationales, et la territorialité des matchs domestiques.
- Il met en avant la solidarité financière, comme les réformes récentes de l'UEFA pour redistribuer les revenus vers les niveaux amateurs et semi-professionnels.
- Les "compétitions dissidentes" sont condamnées pour leur impact destructeur sur la stabilité sportive, en favorisant une élite fermée sans promotion/relégation.
Modèles de Régulation : Amérique du Nord vs. Europe
Fondés sur une histoire et des valeurs différentes, deux modèles d’organisation du sport professionnel existent. En Amérique du Nord, un club intègre une ligue fermée sur critères économiques. En Europe, une équipe accède à une ligue ouverte sur critères sportifs.
Dans le modèle nord-américain, les membres d’une ligue recherchent la maximisation des profits par une politique coopérative née du constat que leur réussite dépend de la demande du public. Or, l’intérêt du public est présumé augmenter lorsque le championnat oppose des équipes de forces égales. C’est pourquoi les ligues s’appliquent à mettre en place une politique de solidarité afin de promouvoir une incertitude mobilisatrice, ce que les économistes du sport appellent l’équilibre compétitif.
Le modèle d’organisation du sport professionnel européen a été mis en place en Angleterre à la fin du XIXe siècle. En 1863 est créée la Football Association (FA), organisation gérant le football. Devant l’avancée de la rémunération des joueurs, la FA se résout à accepter le professionnalisme en 1885. En 1888 est instauré le premier championnat professionnel, la Football League (FL) composée de 12 équipes. Le modèle anglais montre alors les caractéristiques principales de ce qui deviendra le modèle européen du sport. On y voit le souci des organes fédéraux de faire cohabiter le monde amateur et le monde professionnel.
Tableau Comparatif des Ligues Majeures Nord-Américaines
| Ligue | Sport | Nombre de Franchises (2006) |
|---|---|---|
| MLB | Baseball | 30 |
| NFL | Football Américain | 32 |
| NBA | Basketball | 30 |
| NHL | Hockey sur Glace | 30 |

La Ligue Fermée : Fin du Football que Nous Aimons ?
Avec le principe même de Ligue fermée, le football n'est plus une loterie. Ce n'est donc plus du football. A ce titre, la Ligue 1 n'est pas un business comme un autre. Parce qu'on ne peut pas tout maîtriser de A à Z pour s'éviter des déconvenues à savoir des relégations. On ne peut pas le rationaliser en posant des garde-fous. Le football est avant tout un sport et pas un terrain pour les investissements financiers. Ce n'est pas une activité économique privée réservée aux plus riches.
Ce n'est pas du tout l'idée que je me fais de la Ligue 1.Avec une ligue fermée, finies les relégations. Que font ceux qui ne jouent pas le titre ou les places européennes, soit une bonne moitié tout de même des équipes d'un championnat ? Accumuler les revers, ce n'est pas vraiment l'idée que je me fais du sport.