L'affaire de la "Ligue du LOL" a éclaté en France, révélant des pratiques de cyberharcèlement qui ont secoué le monde des médias et au-delà. Des journalistes de Libération, des Inrocks et d'autres publications ont été mis en cause, suscitant une vague de témoignages et de réactions. Cet article se penche sur les détails de cette affaire, les personnes impliquées, les accusations portées et les conséquences qui en ont découlé.

Révélation et Accusations
C'est seulement en février 2019 que l’existence de ce groupe est révélée au grand jour par le journal Libération. Lorsque l’affaire éclate, le groupe est accusé de cyberharcèlement, en particulier envers des utilisatrices féminines sur les réseaux. Pour voir ce contenu, acceptez les cookies. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire. Par peur d’un #MeToo du journalisme français, l’affaire prend rapidement de l’ampleur et fait la une des médias. La ligue du LOL prend alors l’aspect d’un groupe de cyberharceleurs sexistes et misogynes.
Les Victimes et Témoignages
Florence Porcel est l'une des victimes de la "Ligue du LOL". Le blogueur Matthias Jambon-Puillet a raconté dans un texte publié sur le site Medium des insultes anonymes sur lui et son travail, des « enregistrements sarcastiques », des photomontages, dont un pornographique envoyé en son nom à des mineurs. L'ex-journaliste Capucine Piot a, pour sa part, raconté avoir été la cible de montages photo ou vidéo "moqueurs", des critiques récurrentes sur son apparence "pendant des années", évoquant un véritable "travail de sape". "Ça a été très dur dans ma construction de jeune femme", a-t-elle tweeté. La militante Daria Marx, qui lutte contre la grossophobie, a également révélé avoir été victime du groupe.
Plusieurs témoignages, au sein des rédactions concernées et parmi les victimes, ont émergé ces derniers jours, parallèlement aux communiqués d’excuses des membres de cette Ligue du LOL. Plusieurs victimes ont publié des témoignages, souvent glaçants, sur les réseaux sociaux ce week-end, pour raconter ce qu'elles avaient subi.

Les Membres Impliqués
Les noms de plusieurs journalistes ont circulé, notamment :
- Alexandre Hervaud (Libération)
- Vincent Glad (collaborateur de Libération)
- David Doucet (Les Inrockuptibles)
- François-Luc D. (Les Inrockuptibles)
- Guillaume Ledit (Usbek & Rica)
- Guilhem Malissen (podcasteur)
- Stephen des Aulnois (fondateur du Tag Parfait)
- Sylvain Paley (chroniqueur de l’émission « Studio 404 »)
Lundi 11 février au matin, Alexandre Hervaud, numéro 3 du Web de Libération, et Vincent Glad, collaborateur pigiste du journal, ont été mis à pied « à titre conservatoire ». A l’hebdomadaire Les Inrockuptibles, David D., rédacteur en chef web et ancien membre de la Ligue du LOL, a également été mis à pied à titre conservatoire, a-t-on appris lundi après-midi. Le site de podcast Nouvelles Ecoutes a décidé de « mettre fin avec effet immédiat » à sa collaboration avec Guilhem Malissen ; Brain Magazine a fait de même avec Vincent Glad. Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag parfait et du Bon Fap, a quitté son poste et a décidé de suspendre ses activités sur ses deux sites, et Sylvain Paley, chroniqueur de l’émission « Studio 404 », a quitté la société Qualiter.
Réactions et Enquêtes
Laurent Joffrin, directeur de la publication et de la rédaction de Libération, a déclaré au Monde : « Cela ne préjuge en rien d’une culpabilité quelconque et nous lançons donc une enquête interne pour savoir ce qu’il s’est passé. Nous n’avons rien à cacher. » Une enquête interne sera menée par M. Joffrin et d’autres collaborateurs. La SPCL, société civile des personnels de Libération y sera aussi associée. Une enquête pour "harcèlement" a été ouverte par le parquet de Paris, dans l'affaire de la "Ligue du LOL", a appris franceinfo ce vendredi de source judiciaire.
Excuses et Mea Culpa
Plusieurs membres de cette "Ligue du LOL" ont tenté de s'expliquer. Le fondateur du groupe, Vincent Glad, collaborateur de Libération, a d'abord déclaré : "Je m'en excuse auprès de tous ceux qui ont pu se sentir harcelés, mais je ne peux pas assumer moi-même toutes les conneries qu'ont pu faire des gens à l'époque sur Internet". Il a fini par faire son mea culpa : "Je ne peux que constater que je me suis profondément trompé", a-t-il écrit dimanche. "On parlait de trolling, c'était du harcèlement. Je n'ai pas vu que nous avions fait taire, avec nos blagues, les premières paroles féministes quand elles sont apparues sur les réseaux vers 2011-2012 (...). Cette parole féministe nous paraissait ridicule (...). Je m'en suis moqué comme je me moquais de tout." Alexandre Hervaud, le chef du service web de Libération, a aussi présenté ses excuses. "J'ai vu que certaines personnes étaient régulièrement prises pour cible mais je ne devinais pas l'ampleur et les traumas subis", a écrit David Doucet, rédacteur en chef web des Inrocks, qui a admis "deux canulars téléphoniques", dont celui qui a visé la youtubeuse Florence Porcel.
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Conséquences Professionnelles et Juridiques
Plusieurs journalistes ont été mis à pied ou licenciés à la suite de cette affaire. Le journal "Libération" s'est séparé de deux journalistes, membres du groupe "Ligue du LOL". Selon les informations de "L'Express", la personne interviewée est D. D. D., rédacteur en chef de l'hebdomadaire, et F.-L. D., rédacteur en chef adjoint, ont été notifiés de leur licenciement dans le courant de la semaine.
Des journalistes de Libération (Vincent Glad et Alexandre Hervaud), des Inrockuptibles (David Doucet et François-Luc D.), ainsi que d'Usbek & Rica (Guillaume Ledit) ont été mis à pied à titre conservatoire par leur entreprise depuis lundi 11 février. Cette procédure suspend le contrat des intéressés, qui n'ont plus à venir travailler et ne sont plus payés pendant la période. En principe, un employeur qui a recours à une telle procédure envisage de licencier son salarié pour faute grave.
Certaines victimes ont d’ailleurs rapporté au Parisien que leur plainte a été classée sans suite, ou qu’elles ont simplement renoncé sur conseil d’un avocat, étant donné la durée, le coût et l’épreuve que peuvent représenter de telles procédures. La Fondation des femmes a lancé, mardi, une cagnotte pour financer les procédures juridiques de victimes de cyberharcèlement.
L'Après-Scandale et la Question de l'Emballement Médiatique
Aujourd’hui, l’ex-journaliste revient sur ces accusations et dénonce l’emballement médiatique que l’affaire a suscité à l’époque. Du côté des rédactions françaises, même affaire, certains journalistes licenciés à cause du scandale de la ligue du LOL ont finalement obtenu gain de cause. David Doucet, par exemple, qui, après avoir été mis à pied de la rédaction des Inrocks, s’est vu indemniser de 25.000 euros et dommages et intérêts, ainsi que 20.000 euros d’indemnités de licenciement. C’est également le cas d’Alexandre Hervaud, qui une fois licencié, attaque son ex-employeur aux prudhommes. En 2023, quelques mois après l'annonce du classement sans suite de l'enquête judiciaire pour « infraction insuffisamment caractérisée », il signe un accord transactionnel avec Libération, qui marque la fin d'une procédure de plus de 4 ans. On parle désormais de « d'emballement médiatique », un terme que l’ex-membre du groupe soutient. Il affirme que c’est notamment ce qui a contribué à déformer la vérité concernant l’origine et les contenus de ce groupe.
Bien que certains médias soient revenus sur leurs propos, et que plusieurs membres de la ligue du LOL tentent de se défendre de toutes accusations, les témoignages de victimes, eux, sont bien réels. Un fait qu’Alexandre ne remet pas en doute. Sur X, ce sont majoritairement des femmes, et quelques hommes, qui ont témoigné avoir été victimes de cyberharcèlement, provenant de la ligue du LOL. « Je ne mets pas en cause la souffrance des victimes. Je les crois quand elles disent avoir souffert de harcèlement. En revanche, parler de “victime de la ligue du LOL” n’a aucun sens. Au fil des ans, des internautes ont subi des vagues de haine en ligne venant de centaines d'internautes. Et dans le lot, on trouvait parfois quelques membres de la ligue du LOL. Mais attribuer la responsabilité d’attaques à la Ligue du LOL dans son ensemble, c'est une réécriture de l'histoire absurde et injuste. »
| Membre | Conséquences |
|---|---|
| Alexandre Hervaud | Mis à pied, licenciement, accord transactionnel avec Libération |
| Vincent Glad | Collaboration suspendue avec Brain Magazine |
| David Doucet | Mis à pied, indemnisation de 25.000 euros et dommages et intérêts, 20.000 euros d’indemnités de licenciement |
| Guilhem Malissen | Collaboration terminée avec Nouvelles Ecoutes |
| Stephen des Aulnois | Quitte son poste de rédacteur en chef du Tag Parfait |
L’affaire de la ligue du LOL, entre emballement médiatique et combat pour la vérité, doit servir d’exemple. À une époque où le cyberharcèlement, en particulier chez les plus jeunes, est à l’origine de graves conséquences (dépression, suicide...), les cinq ans de ce scandale semblent plus d’actualité que jamais.