L'idée d'une nation arabe, bien que moderne et en partie mythique, nécessitait un territoire pour exister politiquement. À l'instar du projet sioniste, l'existence de la nation arabe impliquait que tous les Arabes aient un "foyer national". Contrairement à l'immigration vers un territoire unique, la nation arabe se construirait par la réunion des terres arabes sous occupation étrangère, unies par la langue, l'histoire, la religion et l'objectif commun de redonner vie à la "grande nation" disparue.

Carte des pays membres de la Ligue Arabe.
L'Échec de l'Utopie Politique Arabe
Un siècle après la première tentative concrète se réclamant de cette utopie politique, l'échec d'une traduction sur le terrain du projet arabe est une cruelle évidence. Cet échec est marqué par :
- L'effondrement de l'État arabe créé à Damas il y a un peu plus de cent ans.
- L'établissement d'un nouveau califat par Abou Bakr al-Baghdadi à Mossoul, effaçant les frontières héritées des accords Sykes-Picot.
- Les échecs des tentatives de réunion entre divers États au sein d'une Ligue arabe dont la décomposition est aujourd'hui patente.
L'"idée arabe" (al-fikra al-'arabiyya) a non seulement échoué à se doter d'un territoire, mais a vu de surcroît tomber l'une après l'autre nombre de ses capitales les plus prestigieuses, symboles d'une souveraineté de plus en plus hypothétique sur les lieux privilégiés de sa propre histoire.
Le "Cœur Battant" du Premier État Arabe
Fort du soutien des nationalistes de la Grande Syrie (en arabe, bilâd al-shâm), Hussein ben Ali, chérif de La Mecque, prit la tête d'un soulèvement contre l'« occupant » ottoman en juin 1916. Il avait clairement posé ses conditions, à savoir une indépendance comprise dans un territoire délimité.
Quelques semaines après le déclenchement des hostilités, le 2 novembre 1916, le chérif Hussein se proclamait « roi du Hedjaz et des Arabes », mais ce fut surtout l'un de ses fils, Faysal, qui mena l'essentiel des opérations militaires. Faysal fit une entrée triomphale à Damas en octobre 1918, à l'issue des combats pour le contrôle de la ligne de chemin de fer du Hedjaz. La prise d'Alep, un mois plus tard, délimitait au nord l'extension maximale des conquêtes arabes au moment de l'armistice de Moudros entre les Alliés et l'Empire ottoman.

Faysal Ier, figure clé du nationalisme arabe.
Quelques semaines avant la conférence de San Remo, les membres du Congrès syrien proclamèrent à l'unanimité, le 7 mars 1920, la création du Royaume arabe de Syrie, « cœur battant de l'arabité » avant l'heure. Cette existence fut éphémère, car les forces se réclamant du roi constitutionnel de Syrie furent écrasées à Maysaloun par les troupes du général Gouraud. Expulsé de Syrie, Faysal se vit offrir par les Britanniques la couronne de l'Irak.
La Ligue Arabe : Frankenstein Politique
Étouffé dans l'œuf, le rêve d'une réunion de la nation continuait néanmoins à nourrir les esprits. Il fallut toute l'insistance de la Couronne britannique pour arriver, le 22 mars 1945, à un accord réunissant six États, l'Égypte, l'Irak, le Liban, la Syrie, l'Arabie saoudite et la Transjordanie, dans une nouvelle structure régionale. La création d'une structure visant à renforcer l'unité arabe eut donc pour conséquence paradoxale d'entériner le nouveau découpage de la région en une constellation d'entités politiques autonomes, les actuels États arabes.
Turquie, Qatar, Egypte...les rivaux de l'Arabie saoudite
Imaginée comme un outil capable de maintenir les divisions régionales au profit des tutelles mandataires, à commencer par la Grande-Bretagne, la Ligue se transforma en support de l'identité arabe. Au lieu d'être un inoffensif substitut à l'unité perdue, elle allait devenir le vecteur efficace de la tentative la plus marquante visant à unir les acteurs locaux en vue de reconstruire la patrie arabe.
L'Âge d'Or de la Nation Arabe et ses Défis
Dans l'imaginaire politique de la région, l'âge d'or de la nation arabe à l'époque moderne se confond avec les « années Nasser ». Après la nationalisation du canal de Suez et l'échec de « l'agression tripartite », le dirigeant égyptien était devenu le symbole de l'indépendance arabe. Du Maghreb à la Péninsule arabique, les États nouvellement indépendants vinrent grossir les rangs d'une organisation qui devint la tribune de l'unité en voie de se construire.
En février 1958, la création de la République arabe unie associant l'Égypte et la Syrie fut accueillie comme un symbole de la mise en acte d'une reconstruction pas-à-pas de la nation des Arabes. Cette union s'acheva en septembre 1961, mettant en évidence la concurrence de deux projets revendiquant chacun sa propre conception de l'unité.
Voix des Arabes versus Voix des Musulmans
Confronté au danger du nassérisme triomphant, le Royaume saoudien imagina un contre-feu en s'appuyant sur le référent religieux. Les responsables saoudiens imaginèrent ainsi de « diaboliser », littéralement parlant, le discours nassérien.
L'Emblème de la Nation
L'arabisme aurait débuté lorsque l'émir Faysal inaugura la « grande révolte arabe » sous l'étendard de l'arabité. Pour mener ses troupes à la bataille, l'émir avait besoin d'un étendard. Il fallait donc un signe de ralliement qui soit à la fois inédit et ancré dans l'histoire.
Durant les années précédentes, plusieurs groupes nationalistes avaient dessiné pour leur mouvement un drapeau reprenant les mêmes quatre couleurs dites « panarabes », à savoir le blanc, le noir, le vert et le rouge, en rappel des grandes heures de l'histoire arabe avec les dynasties omeyyade, abbasside et fatimide, le rouge renvoyant aux Hachémites.

Drapeau de la révolte arabe, symbole de l'unité panarabe.
Les Défis Contemporains et l'Avenir de la Ligue Arabe
De nos jours, il existe une communauté d'attitudes et de sentiments à travers le monde musulman. Il existe un « personnel » spécialisé dans les tâches du culte et de la doctrine, qui constitue dans le monde musulman un réseau de savants, de juristes, de chefs de la prière, dans les innombrables mosquées ou sanctuaires, de prédicateurs du vendredi, de juges des tribunaux religieux musulmans. Tous les problèmes pratiques et intellectuels, juridiques et politiques qui se présentent à ce personnel sont discutés dans des réunions internationales, congrès de savants et de juristes, conférences des chefs d'État musulmans ou de leurs ministres.
La Ligue des États arabes, avec ses vingt-deux membres, est-elle en train de faire mentir l'adage attribué à Ibn Khaldoun, selon lequel « les Arabes se sont entendus pour ne jamais s'entendre » ? Certes, la Ligue a appelé à « une enquête internationale » sur les tragiques événements de Gaza et a dénoncé la décision « irresponsable » des États-Unis de transférer leur ambassade en Israël à Jérusalem. Mais aucune mesure réelle n'a été prise.
C'est l'Arabie saoudite qui est désormais à la manœuvre dans cette instance, une manière classique de contrôler le cours des événements en prenant les devants. En insistant pour que la Ligue réitère son soutien au processus de paix israélo-palestinien, Riyad a ainsi fait coup double : d'abord en évitant que l'Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, ne soient appelés à geler ces relations voire à les rompre.
Tableau des États Membres de la Ligue Arabe
| État Membre | Date d'Adhésion |
|---|---|
| Algérie | 1962 |
| Arabie Saoudite | 1945 (membre fondateur) |
| Bahreïn | 1971 |
| Comores | 1993 |
| Djibouti | 1977 |
| Égypte | 1945 (membre fondateur) |
| Émirats Arabes Unis | 1971 |
| Irak | 1945 (membre fondateur) |
| Jordanie | 1945 (membre fondateur) |
| Koweït | 1961 |
| Liban | 1945 (membre fondateur) |
| Libye | 1953 |
| Maroc | 1958 |
| Mauritanie | 1973 |
| Oman | 1971 |
| Palestine | 1976 |
| Qatar | 1971 |
| Somalie | 1974 |
| Soudan | 1956 |
| Syrie | 1945 (membre fondateur) |
| Tunisie | 1958 |
| Yémen | 1945 (membre fondateur) |