La France et la Belgique se sont affrontées pour la 75e fois lors d'une demi-finale de la Ligue des nations. Une longue histoire commune et une rivalité exacerbée ces dernières années après le Mondial 2018.


Les Débuts d'une Longue Histoire : 1904
La première des 78 confrontations entre la France et la Belgique remonte au début du XXe siècle, le 1er mai 1904 précisément. Une date qui marque le premier match officiel de chacune des deux sélections. Il a lieu au Vivier d’Oie à Bruxelles, devant 1.500 spectateurs venus assister à cette Coupe franco-belge, baptisée "Evance Coppée".
"La France joue un 2-3-5 classique", précise le site de la FFF. Un but tardif de Gaston Cyprès (87e) permet aux Bleus d’arracher le nul (3-3). L’histoire retiendra que Louis Mesnier (12e), auteur de l’ouverture du score, est le premier buteur de l’équipe de France. Marius Royet lui avait vite emboité le pas en trouvant la faille une minute plus tard (13e).
Moments Mémorables
Le Quintuplé de Cisowski en 1956 : France-Belgique (6-3)
Dans un stade de Colombes plein, les Bleus surclassent la Belgique (6-3) grâce à un quintuplé de Thadée Cisowski. Un succès qui ouvre la porte à la qualification pour la Coupe du monde 1958, finalement achevée à la troisième place, grâce aux 13 buts de Just Fontaine.
Le Festival de Platini à l’Euro 1984 : France-Belgique (5-0)
La première demi-finale en compétition entre les deux équipes a tourné à la correction en faveur des Bleus. Sur un nuage lors de l’Euro, Michel Platini s’offre un triplé dans un stade de la Beaujoire en effervescence. Alain Giresse et Luis Fernandez corsent l’addition, la France se qualifie en finale. Quelques jours plus tard, elle remporte l’Euro en s’imposant face à l’Espagne (2-0) en finale.

La Troisième Place Pour les Bleus en 1986 : France-Belgique (4-2)
Encore battue par l’Allemagne en demi-finale (2-0) de la Coupe du monde 1986 après le traumatisme de 1982, l’équipe de France monte sur le podium en s’imposant face à la Belgique (4-2) dans le match pour la troisième place. D’abord menés (Ceulemans, 11e), les Bleus prennent l’avantage grâce à Jean-Marc Ferreri (27e) et Jean-Pierre Papin (43e) avant d’être poussés en prolongation par l’égalisation de Claesen (73e). Deux buts de Bernard Genghini 104e) et Manuel Amoros (109e) font basculer le match pour les Bleus.
Zidane Lance la Préparation des Bleus au Mondial 1998 : France-Belgique (1-0)
Décriés avant la Coupe du monde à domicile, les Bleus débutent leur préparation par une victoire contre la Belgique (0-1) en ouverture du tournoi amical Hassan-II au Maroc. Zinedine Zidane inscrit l’unique but de la rencontre en reprenant une remise de Stéphane Guivarc’h du bout du pied. Les Bleus décrocheront leur premier titre mondial quelques semaines plus tard avec un doublé de Zidane, face au Brésil en finale. Les Belges terminent, eux, invaincus mais éliminés dès le premier tour (3 nuls).
Un Revers Avant le Fiasco de 2002 : France-Belgique (1-2)
Quatre ans plus tard, la Belgique est encore au programme des matchs de préparation avant le Mondial, où les Bleus font figure de grands favoris à leur succession. A la veille de leur départ vers l’Asie pour y disputer la compétition, les hommes de Roger Lemerre, sans Zinedine Zidane, Fabien Barthez, ni Thierry Henry, s’inclinent (1-2) sur un but de Marc Wilmots dans les arrêts de jeu (1-2). Ils seront éliminés dès le premier tout du Mondial quelques semaines plus tard.
En 2013 en Pleine Disette Benzema, Belgique-France (0-0)
Didier Deschamps va affronter la Belgique pour la quatrième fois de son mandat, ce jeudi soir. La première s’était ponctuée par un bon match nul à Bruxelles (0-0) à la rentrée 2013. Hugo Lloris était déjà capitaine et Karim Benzema occupait la pointe de l’attaque, soutenu par Franck Ribéry et Mathieu Valbuena. L’attaquant, remplacé par Giroud (74e), était resté muet et avait enchainé un 14e match consécutif sans marquer. Il avait finalement renoué avec le chemin des filets deux mois plus tard face à l’Australie (6-0) devant un Parc des Princes chambreur.
En 2015, le Festival Belge au Stade de France, France-Belgique (3-4)
La rencontre suivante entre les deux nations fut bien plus compliquée pour les Bleus, balayés au Stade de France (3-4) dans un match amical de fin de saison. Les Diables Rouges avaient mené 3-0, puis 4-1 avant que les entrants Nabil Fekir (89e) et Dimitri Payet (90e+1) ne sauvent un peu les meubles. Marouane Fellaini (17e, 43e), Radja Nainggolan (50e) et Eden Hazard (55e) avaient marqué pour les Belges alors que Mathieu Valbuena avait maintenu les Bleus au contact sur penalty (53e). Hazard, Lukaku, Alderweireld, Courtois et Denayer étaient déjà dans le rang de l’équipe alors entrainée par Marc Wilmots. Côté français, Lloris, Varane et Griezmann étaient là.
Le "Seummet" de 2018 : France-Belgique (1-0)
France v Belgium | 2018 FIFA World Cup | Match Highlights
C’est la dernière confrontation en date et celle qui nourrit la rivalité entre les deux équipes depuis trois ans. Après avoir sorti le Brésil en quarts, la Belgique s’imaginait bien lancée vers sa conquête du monde. Un rêve brisé par la France et un coup de tête victorieux de Samuel Umtiti (1-0), en demi-finale du Mondial 2018. A l’issue du match, plusieurs joueurs belges avaient regretté le scénario du match et estimé que les Bleus méritaient moins la victoire au regard de la possession nettement en faveur des Belges. Ces réactions avaient amusé en France et fait naître l’expression du "seum belge".

Les joueurs, dont la plupart sont proches en club, ont tenté de tempérer cette adversité, tout comme les deux sélectionneurs. Plutôt une joie par procuration. Le 28 juin dernier, plusieurs supporters belges ont fêté l’élimination de la France en 8es de finale de l’Euro face à la Suisse (3-3, 5 tab 4). Des scènes de liesse, quelques insultes et même un drapeau français brûlé ont illustré une rancœur prégnante chez certains supporters belges.
Bilan Global
A leur prochaine victoire contre la Belgique, les Bleus vont enfin équilibrer un bilan structurellement déficitaire depuis 1905 et la toute première défaite (0-7). Mais comme ils gagnent très souvent depuis une quarantaine d’années (10 victoires, 3 nuls et 2 défaites depuis 1984), les voici revenus à 29 victoires pour 30 défaites et 19 nuls. Donc côté bilan, avantage à la Belgique, sauf si on se restreint aux matchs de compétition. Parce que là, l’équipe de France est largement devant avec 10 victoires pour 3 défaites et 3 nuls, et encore, ces trois défaites ont toutes eu lieu en matchs de qualification. En phase finale, c’est carton plein avec 6 victoires françaises en 6 matchs.
Voilà pourquoi, entre autres, les Bleus ont un palmarès incomparable avec celui des Diables Rouges : deux fois champion du monde, deux fois champion d’Europe, double vainqueur de la Coupe des Confédérations, ainsi que de la Coupe intercontinentale et de la Ligue des Nations d’un côté, champion olympique de l’autre. Encore faut-il préciser que cet unique titre belge date de 1920, à Anvers et en seulement trois matchs.
Depuis 1920, la Belgique n’a disputé qu’une finale, celle de l’Euro 1980 (perdue 1-2 contre la RFA à Rome) et deux demi-finales mondiales, perdues elles aussi face à l’Argentine en 1986 (0-2) et à la France en 2018 (0-1). Sur l’ensemble des matchs disputés depuis 1904, l’équipe de France u une avance de 73 rencontres (923 à 850) au printemps 2025.
Ça n’a pas toujours été le cas : juste avant la première guerre mondiale, les Belges comptaient 46 matchs, les Français 36. En 1939, l’écart s’est creusé : 178 à 154 en faveur de la Belgique. Au début de 1970, il est à peu près le même (346 à 324). En juin 1986, quand les deux équipes se retrouvent pour la troisième place de la Coupe du monde au Mexique, l’écart a fondu (461 à 457). Les Bleus dépassent les Diables Rouges une première fois au printemps 1994, mais ces derniers jouent la Coupe du monde aux Etats-Unis et reprennent provisoirement l’avantage.
L’explication est simple : les Bleus n’ont plus manqué une seule phase finale européenne ou mondiale depuis 1994 et a disputé huit fois des demi-finales. Sur la même période, la Belgique a manqué deux Coupes du monde (2006 et 2010) et quatre Euros (1996, 2004, 2008 et 2012) et n’a atteint qu’une seule fois les demi-finales (en 2018, battue par la France).
Statistiques des Joueurs
Côté joueurs, logiquement il y a plus de Français que de Belges. Avec 942 internationaux A pour 923 matchs, l’équipe de France a un taux de renouvellement de 1,02 joueur par match. Pour la Belgique, avec 735 Diables rouges pour 850 matchs, le taux de renouvellement est beaucoup plus faible : 0,86 seulement. Signe évidemment d’un réservoir beaucoup plus restreint (66 millions d’habitants d’un côté, 11 millions de l’autre).
Un indicateur plus intéressant est celui du nombre d’éphémères. Côté français, il est important, avec 250 internationaux n’ayant qu’une sélection (26,5 % du total), contre 144 côté belge (19,5 %). Ce qui confirme le fait que la Belgique a consommé moins de joueurs que la France et les a beaucoup plus sollicités.
Côté carrières, le Belge Hector Goetinck a eu la carrière la plus longue, 17 ans, 6 mois et 10 jours entre avril 1906 et novembre 1923 (17 sélections) dont 3 contre la France en 1905, 1907 et 1910. La Belgique compte aussi 7 joueurs ayant dépassé les 37 ans, le vétéran ayant même frôlé les 40 ans (Timmy Simons, à 28 jours près en novembre 2016). Les internationaux belges commencent plus tôt également, puisque les moins de 18 ans à leur première sélection sont 11, dont 3 débutants à moins de 17 ans. Le dernier, et pas le moindre, est Romelu Lukaku en 2010.
Enfin, du côté des meilleurs buteurs, net avantage à la Belgique, du moins pour le premier rang : Romelu Lukaku et ses 88 buts écrasent la concurrence, très loin devant Olivier Giroud. Mais on compte sur Kylian Mbappé pour faire mieux, même s’il lui manque 40 buts (et qu’il n’en a plus marqué depuis l’Euro 2024). La différence se voit en dessous : les Français compte 5 buteurs à plus de 40 buts, contre un seul côté belge.
| Pays | Nombre d'Internationaux A | Matchs Joués | Taux de Renouvellement |
|---|---|---|---|
| France | 942 | 923 | 1.02 |
| Belgique | 735 | 850 | 0.86 |
Ligue des Nations 2024-2025 : Le Contexte Actuel
Pour leur premier match compétitif sans le néo-retraité international Antoine Griezmann depuis le barrage retour contre l’Ukraine en novembre 2013, les Bleus ont fait le job contre Israël, jeudi soir à Budapest (4-1). Malgré la jeunesse du onze au coup d’envoi, les coéquipiers d’Aurélien Tchouaméni, promu capitaine en l’absence de Kylian Mbappé, se sont montrés sérieux et solidaires afin de l’emporter en signant quatre buts à l’extérieur.
« Cela ne nous était pas arrivé depuis un moment (juin 2019 en Andorre), appréciait le sélectionneur Didier Deschamps contraint à la mi-temps de se montrer critique envers ses joueurs. Par excès de confiance ou facilité, on a eu des pertes de balle évitables, on devait être un peu plus appliqués en seconde période. »
« On a continué à être solidaires et on est parvenus à élever le curseur, soulignait le capitaine du jour Aurélien Tchouaméni. On avait envie de bien faire et je pense que ça s’est vu. » Revenue en France, les Bleus ont récupéré puis préparé leur second match d’octobre au CNF Clairefontaine avant de prendre la direction de Bruxelles, hier, où ils ont rendez-vous avec la Belgique, ce soir.
Le Match à Venir
Le classement de ce groupe A2 parle de lui-même. Avant cette 4ème journée, l'Équipe de France devance la Belgique de deux longueurs. Les calculs sont donc vite faits pour les Diables Rouges : ils n'ont pas le droit à l'erreur sur la pelouse du stade du Roi-Baudouin. Une défaite les reléguerait à cinq points des Tricolores, et possiblement à six de l'Italie si celle-ci l'emporte à domicile contre Israël. Bref, elle sonnerait probablement la fin de leurs espoirs de qualification pour les quarts de finale dans cette compétition.
Didier Deschamps et ses hommes s'attendent donc à devoir faire face à une forte opposition et n'imaginent pas posséder un quelconque ascendant physchologique sur un adversaire qu'ils ont battu à plusieurs reprises depuis quatre ans.
Aurélien Tchouaméni, qui sera une deuxième fois capitaine ce soir, a écarté la thèse de l'avantage phychologique. « Chaque match à son histoire, que l’on ait gagné ou perdu les dix derniers matches, le plus important, c’est ce qui va se passer demain. On a la possibilité de continuer notre série de victoires contre la Belgique, pour ça il va falloir continuer ce que l’on fait de bien. »
Le sélectionneur national a lui aussi prévenu : « Les matches précédents appartiennent à l’histoire, ça s’est bien passé pour nous, tant mieux car c’étaient des matches importants. Je suis certain que l’on aura une équipe de Belgique très motivée, est l’est toujours, mais encore plus certainement demain. Je pense pas que l’on puisse parler d’ascendant, ce n’est pas le même contexte, pas forcément les mêmes joueurs non plus. Cela sera un autre France-Belgique, avec un scénario et un résultat. »
Les Bleus restent sur six succès d'affilée contre la Belgique en matches de compétitions officielles. Dernier revers en 1981.
L'Adversaire : La Belgique
Faut-il encore présenter cette Belgique que l'Équipe de France s'apprête à croiser pour la 78e fois (record) de son histoire ? Les Bleus de Didier Deschamps eux-mêmes connaissent sur le bout de leurs crampons ces Diables Rouges qu'ils ont affrontés à deux reprises ces derniers temps : en juin en 8es de finale de l'Euro, pour un succès 1-0, et il y a un mois, pour le match aller de cette phase de ligues, conclu par une nouvelle victoire tricolore (2-0).
Jeudi dernier, les joueurs de Domenico Tedesco, privé de Roméo Lukaku et Kévin De Bruyne, sont allés chercher un point au stade Olympique de Rome (2-2) après avoir été menés 2-0 par la Squadra Azzurra. De quoi les "booster" avant de recevoir des Tricolores qu'ils ont forcément de plus envie d'épingler à leur tableau de chasse.
Rivalité Saine?
Une animosité est-elle d'ailleurs née entre les deux sélections ? « De par nos résultats, il y a une rivalité qui s’est créée car on se rencontre très souvent lors des compétitions, souvent dans des matches décisifs, estime à ce sujet Didier Deschamps. Il y a toujours une rivalité en étant frontaliers, mais pas d’animosité, je ne pense pas. Les joueurs se connaissent, certains jouent dans les mêmes clubs. Donc, une rivalité plutôt saine. »
Côté terrain, Aurélien Tchouameni, acteur du 8e de finale à l'Euro, témoigne : « On va faire face à une belle équipe belge. Il y a toujours un peu d’animosité avec eux, à l’Euro les supporters belges avaient sifflé la Marseillaise, ici à mon avis ça va l’être un peu plus. Cela fait partie du job, cela ne va pas changer grand-chose à notre préparation. On est confiant, on sait ce que l’on est capable de faire, on sait ce que l’on doit faire demain pour gagner le match et continuer sur cette dynamique. On va tout donner pour remporter ce match. En gagnant, on sera bien positionné au classement. On connaît l’objectif. On a eu pas mal de matches contre la Belgique, l’historique est important. On entend deux-trois petites choses parfois dans les médias de la part de certains joueurs mais on aime ça aussi. Le plus important, c’est le terrain. Et que le meilleur gagne. »
La Belgique est 6e au classement FIFA, en recul de trois places après l'Euro 2024.
Les Chiffres Clés
- 919e match de l'histoire de l'Équipe de France depuis 1904 (462 victoires, 193 nuls, 263 défaites, 1 653 bp, 1 244 bc).
- 163e rencontre de l'ère Didier Deschamps (103 succès, 33 nuls, 26 défaites).
- 78e opposition franco-belge depuis la première le 1er mai 1904 (28 victoires, 19 nuls, 30 défaites, 134 bp, 162 bc).
- 52 sélections pour Ousmane Dembélé, joueur le plus capé du groupe tricolore lors de ce rassemblement.
Classement du Groupe A2
- Italie, 7 pts (+2)
- France (+3), 6 pts
- Belgique, 4 pts (0)
- Israël, 0 pt (-6)