L'édition 1993/1994 de la Ligue des Champions restera gravée dans les mémoires pour son lot de surprises et de controverses. Cette saison a été marquée par le sacre de l'AC Milan, mais aussi par l'exclusion de l'Olympique de Marseille, tenant du titre, en raison de l'affaire OM-VA.

Le Parcours de l'AC Milan vers la Gloire
Finaliste malheureux de l’édition précédente, l’AC Milan commence sa campagne 1993-1994 contre les Suisses du FC Aarau en seizièmes de finale. Un but de Papin au match aller permet aux Milanais de se qualifier par la plus petite des marges (1-0, 0-0) pour les huitièmes de finale, où ils retrouvent le FC Copenhague. Cette fois, l’AC Milan ne laisse aucune chance à son adversaire en s’imposant 7-0 sur l’ensemble des deux matches (6-0, 1-0) avec notamment deux doublés de Papin et Marco Simone à l’aller.
En demi-finale, l’AC Milan reçoit l’AS Monaco à San Siro et s’impose facilement (3-0), avec un but de Desailly sur corner et un coup franc magistral d’Albertini notamment, pour se qualifier pour la finale à Athènes.
Le Parcours du FC Barcelone
Le parcours du FC Barcelone de Johan Cruyff est plus spectaculaire. Le club catalan renverse une situation compliquée dès les seizièmes de finale contre le Dynamo Kiev. Après une défaite (1-3) en Ukraine, les Catalans s’imposent (4-1) au retour avec un doublé de Bakero.
En demi-finale, les hommes de Cruyff affrontent le FC Porto au Camp Nou et se baladent en s’imposant (3-0) avec un doublé de Stoichkov.
Avant d’aborder la finale d’Athènes, cette “Dream Team” barcelonaise est annoncée favorite en raison du jeu flamboyant qu’elle déploie.
Apotheosis: the 1994 Champions League win | The Documentary
La Finale d'Athènes : Un Choc de Styles
Fabio Capello vs Johan Cruyff, c’était l’opposition de deux styles de jeu. De deux façons différentes de penser le foot. D’un côté, il y avait le réalisme voire l’arrivisme de Capello pour qui le résultat était beaucoup plus important que la façon d’y parvenir. De l’autre, le romantisme voire le dogmatisme de Johan Cruyff, pour qui le football devait être joué selon des concepts immuables et avec un certain panache. D’où le surnom de “Dream Team” (qui était aussi un clin d’oeil à l’équipe de basketball des Etats-Unis des JO de Barcelone en 1992 qui avait enthousiasmé les téléspectateurs du monde entier) donné à son équipe.
La chose qui est aussi importante à rappeler, et qui a eu une incidence sur la finale, c’est que les équipes ne pouvaient retenir que trois joueurs étrangers (de nationalité différente que le pays du club) en Ligue des champions. Ce qui a forcé chacun des entraîneurs à faire des choix forts et laisser des grands joueurs en survêtement.
Capello a décidé de se priver de Jean-Pierre Papin (pourtant auteur de 4 buts dans la compétition), Florin Raducioiu, Brian Laudrup et Marco van Basten (out pour la saison) tandis que Cruyff a écarté son maestro Michael Laudrup.
Les Compositions d'Équipe
Pour cette finale, Cruyff a concocté un 4-3-3 avec deux pointes hautes au milieu, qui deviendra l’ADN du club catalan, avec Guardiola en pointe basse et le duo Bakero-Amor plus haut pour accompagner le trio offensif Begiristain-Romario-Stoichkov. Les prémices du jeu de position, qu’adoptera pleinement Guardiola lors de son passage sur les bancs de touche, étaient déjà bien présentes ce soir-là.
Parmi eux, le concept de “l’homme libre” avec les fameux triangles dans la construction du jeu et la recherche systématique du troisième homme, lancé et libre face au jeu. D’ailleurs, Sergi Barjuan, le latéral gauche, fut souvent ce troisième homme libre devant faire avancer le jeu blaugrana. Toutes les premières relances de Zubizarreta étaient courtes pour construire le jeu depuis la défense. Sans ballon, Romario était chargé d’effectuer le pressing sur les centraux milanais et accompagné souvent par un des milieux avancés (soit Bakero soit Amor) tandis que Stoichkov et Begiristain se chargeaient des latéraux.
Comme évoqué précédemment, Fabio Capello a eu un casse-tête supplémentaire à gérer : sa charnière centrale Baresi-Costacurta était suspendue pour la finale. Le technicien italien a décidé d’associer le fidèle lieutenant Filippo Galli avec l’habituel arrière gauche Paolo Maldini en défense centrale. Christian Panucci occupait lui le poste d’arrière gauche dans le traditionnel 4-4-2 à plat des Milanais. Au milieu, on retrouvait le double pivot Desailly-Albertini et la présence de Boban (à droite) et Donadoni (à gauche) sur les côtés.
La Stratégie Milanaise
Côté Milanais, la consigne était simple : tout d’abord bien défendre. Les hommes de Capello, qui s’étaient entraînés à huis clos durant les 2 semaines précédant la finale, ont défendu en bloc médian mais les attaquants avaient pour consigne de presser agressivement les premiers relanceurs barcelonais dès qu’ils touchaient le ballon. Le but était justement de ne pas être trop haut dès le début de l’action mais déclencher le pressing après la première passe courte de Zubizarreta.
Massaro cadrait systématiquement Koeman, Savicevic faisait de même avec Nadal. Albertini avait pour mission d’aller chercher Guardiola, le meneur reculé du Barça, dès qu’il touchait le ballon tandis que Boban et Donadoni se recentraient pour équilibrer le milieu et sortaient sur les latéraux quand ces derniers avaient le ballon. Desailly évoluait comme une tour de contrôle devant protéger à la fois le dos d’Albertini mais aussi couper toutes les transmissions vers l’avant dans le coeur du jeu.
Le Film du Match : Une Domination Milanaise Inattendue
Comme attendu, les Barcelonais mettent le pied sur le ballon dès l'entame de match mais l'organisation défensive milanaise est parfaite. Le premier tir de la rencontre intervient à la 7e minute, mais la frappe lointaine de Stoichkov file à côté du but de Rossi. Le pressing milanais gêne clairement les sorties de balle catalanes. Les passes vers l'avant et les transversales ratées se multiplient et un bon relanceur comme Koeman est méconnaissable.
À la 10e minute, Panucci pense ouvrir le score de la tête après un coup franc en deux temps mais il est signalé en position de hors-jeu. Au quart de jeu, l'AC Milan se crée la première grosse occasion du match. Suite à un débordement de Panucci côté gauche, Massaro est trouvé dans la surface et réussit un magnifique enchaînement contrôle-frappe du pied gauche, qui est captée facilement par Zubizarreta.
Alors que les deux premiers rideaux milanais font souffrir les relanceurs barcelonais, le Barça parvient enfin à réaliser une belle séquence collective en une touche de balle. Sergi casse la ligne du milieu en trouvant Amor derrière Desailly, qui remise de la poitrine pour Romario, qui donne en retrait à Bakero qui joue ensuite au loin pour Amor, qui réalise un une-deux avec Romario, qui avait suivi le mouvement du ballon. Une fois arrivé dans la surface, Amor est repris in extremis par Maldini (22e).
À la 22e, Rossi dégage le ballon loin dans le camp barcelonais, Nadal repousse de la tête vers Sergi mais le latéral est surpris par Boban qui surgit et dévie le ballon vers Savicevic sur le coin droit. Le virtuose monténégrin réalise un numéro devant Nadal en l’éliminant d’un crochet aérien avant de filer au but. Une fois dans les 6 mètres, Savicevic surprend la défense en donnant le ballon à Massaro, seul à gauche, qui finit l’action en se jetant avec son pied gauche pour ouvrir le score (1-0). Barcelone s'est fait piéger par l'agressivité milanaise.
Dix minutes plus tard, Donadoni réalise une reprise de volée après un coup franc d’Albertini renvoyé dans ses pieds. À la 35e minute, Stoichkov et Begiristain permutent et l'Espagnol tente une frappe pied gauche à ras-de-terre que Rossi capte facilement.
Alors que la mi-temps se profile, l'AC Milan en profite pour sortir de son camp est tente une phase de jeu construite. Boban rentre vers l’intérieur et joue du côté opposé pour Donadoni, qui gagne son 1 contre 1 face à Ferrer et déborde dans la surface avant de donner le ballon en retrait d’un pointu à Massaro, qui reprend le ballon instinctivement du gauche. La frappe croisée puissante de l’Italien se loge dans le but de Zubizarreta qui ne peut rien faire. Massaro qui avait manqué plusieurs opportunités lors de la finale à Munich contre l'OM, se rachète avec son doublé.
L'entame de deuxième période est terrible pour le Barça. Suite à une chandelle d’Albertini en profondeur, Nadal tente de dégager le ballon mais se fait contrer par Savicevic, qui va faire parler son talent (48e). Sur le rebond, le Monténégrin décide de lober Zubizarreta, légèrement avancé. La courbe est parfaite et le ballon finit au fond des filets (3-0). Les fans milanais sont en transe. Savicevic est un génie.
52e minute, Eusebio Sacristan remplace Begiristain et le Barça passe en 3-5-2 avec Sergi en piston gauche et Eusebio en piston droit. Le jeu se durcit et les cartons jaunes se multiplient des deux côtés. Sur un coup franc rapidement joué par Albertini, Savicevic file dans le dos de Ferrer et contrôle le ballon en pleine course avant de réaliser un tir piqué du pied gauche qui tape le poteau gauche de Rossi.
Dans la continuité de l’action, Eusebio tente de jouer vers l’avant mais Desailly intercepte le ballon et se projette immédiatement vers le but. Le roc français effectue un une-deux avec Albertini qui le sert parfaitement en profondeur. Desailly s’emmène aussi parfaitement le ballon avant d’ouvrir son pied droit pour tromper Zubizarreta. La finition est parfaite est l’AC Milan mène 4-0 à la 59e minute ! C'est une démonstration de réalisme.
Cruyff tente un dernier coup de poker. Quiqué Estebaranz remplace Sergi à la 73e mais rien ne change. Savicevic manque le doublé après une superbe séquence collective des Milanais. Donadoni se retrouve en un-contre-une face à Bakero, côté gauche, et le déborde facilement avant d'effectuer un centre en retrait qui est repris par Savicevic qui manque de peu le cadre de Zubizarreta qui semblait battu (85e).
Plus rien ne se passe jusqu'au coup de sifflet final de l'arbitre. 4-0, un score fleuve et rare en finale de Ligue des champions. À ce jour, seules 3 équipes ont réussi à s'imposer par 4 buts d'écart en finale de C1. Ce 18 mai 1994, les Milanais ont joué l'une de leurs plus belles partitions collectives de l'histoire. Chacun a rempli son rôle à la perfection.
S'il fallait sortir des joueurs du lot, il y a tout d'abord Massaro, dont le travail défensif et le réalisme offensif ont été remarquables. Il y a ensuite Savicevic, qui a illuminé la rencontre par son génie. Outre son but magnifique, il a réussi plusieurs percées dans la défense barcelonaise balle au pied. Et que dire de Desailly ! Déjà grand artisan de la victoire marseillaise en 1993, il a rayonné au milieu de terrain par sa lecture du jeu, son impact sans égal dans les duels, et sa maîtrise technique. Enfin, Maldini, replacé en défense centrale, a aussi réalisé une prestation magnifique sans parler de son leadership pour guider Panucci et Galli, auteurs aussi d'une partie solide. Bref, cet AC Milan était chirurgical et parfaitement organisé, c'est pourquoi il s'est largement imposé dans cette finale légendaire de 1994.
Le Barça n'a pas eu d'occasions franches dans cette rencontre.
L'Affaire OM-VA et ses Conséquences
Cette édition 1993/1994 démarre d’une drôle de manière puisque le tenant du titre, l’Olympique de Marseille, est exclu par l’UEFA en raison de l’affaire OM-VA et qu’il est remplacé par l’AS Monaco (3e du championnat de France en 1992/1993) puisque le Paris Saint-Germain refuse de participer à la compétition. L’UEFA ajoute aussi une nouveauté pour cette édition puisqu’un match à élimination directe de demi-finale aura lieu entre les vainqueurs et les deuxièmes de chaque groupe du Final 8 pour déterminer les finalistes de la compétition.
Le 26 mai 1993, l’OM est sur le toit de l’Europe. Le club de Bernard Tapie vient de remporter la Ligue des Champions face au grand Milan AC à Munich grâce à un but de la tête de Basile Boli (1-0). L’OM touche le graal et rêve d’un avenir encore plus prestigieux. Mais un match de championnat joué quelques jours plus tôt avant la finale va mener l’OM en enfer mais le club marseillais ne le sait pas encore.
Le 20 mai 1993, l’OM affronte Valenciennes pour le compte de la 36e journée de première division. Les Olympiens s’imposent sur le terrain des Valenciennois par la plus petite des marges grâce à une réalisation de Bokšić (0-1). Mais après la rencontre, le club nordiste révèle l’existence d’une tentative de corruption de la part de l’OM. Jacques Glassman dévoile que Jean-Pierre Bernès, directeur général de l’Olympique de Marseille et Jean-Jacques Eydelie, l’un de ses anciens coéquipiers, l’auraient contacté la veille de la partie lui et deux autres joueurs de Valenciennes, Christophe Robert et Jorge Burruchaga, pour les inciter à lever le pied sur le match.
Cette affaire va avoir des conséquences. Une information judiciaire est ouverte en juin 1993 et en septembre, l’OM est exclu de l’édition 1993-1994 de la Ligue des Champions par le comité exécutif de l’UEFA et ne participera pas à la Supercoupe d’Europe ainsi qu’à la Coupe intercontinentale.
Malgré les affaires, le club phocéen, emmené par Deschamps, Boli, Anderson, Völler, Di Meco, Barthez, Stojković et bien d’autres, termine second de première division au terme de la saison 1993-1994 et se hisse jusqu’en quarts de finale de la Coupe de France face à Montpellier. Mais à l’issue de la saison, l’OM, entraîné par Marc Bourrier, est rétrogradé administrativement à cause de l’affaire VA-OM.
Marseille pourra se consoler avec la Coupe UEFA puisque le club de Tapie est autorisé à disputer la compétition européenne. L’OM est alors obligé de dégraisser. Plusieurs joueurs majeurs quittent le club comme Deschamps, Boli et Di Méco. Tapie fait alors confiance à des vieux briscards (Germain, Ferreri, Dib, Casoni, Cascarino). L’attaquant irlandais Tony Cascarino se met en évidence en inscrivant 31 buts cette saison-là en championnat.
Une saison 1994-1995 ponctuée par des changements d’entraîneurs. Marc Bourrier est remplacé par Gérard Gili à la tête de l’équipe première en décembre 1994 mais le contrat de Gili est invalidé. Henri Stambouli prend alors place sur le banc marseillais. L’OM s’incline à huit reprises en championnat lors de cet exercice mais termine premier de D2 ! En Coupe UEFA, les provençaux sont éliminés en seizièmes de finale face au FC Sion après avoir battus l’Olympiakos au tour précédent. Et la bande de Stambouli sera éliminée en demi-finale de la Coupe de France face au PSG (2-0).
Malheureusement, la DNCG n’autorise pas l’OM à remonter en Ligue 1. Le club provençal est très endetté et va devoir passer une saison de plus en Ligue 2. Lors de la saison 1995-1996, Roussier est le nouveau président du club phocéen. Il confirme Stambouli au poste d’entraîneur mais les mauvais résultats du début de saison poussent le président à nommer Gérard Gili à la tête de l’équipe première.
Les Amoros, Libbra, Cascarino, Durand, Ferrer, Alonzo parviennent à hisser l’OM à la deuxième place du classement juste derrière Caen et en demi-finale de la Coupe de France (défaite contre Auxerre aux tirs au but).
L'Héritage de l'OM 93
Jamais encore un club français n’avait remporté de Coupe d’Europe de football. C’est devenu l’obsession de Bernard Tapie depuis que l’OM a reconquis le titre de champion de France, en 1989 : remporter la Coupe d’Europe, la vraie, celle qu’il a baptisée « la Coupe aux grandes oreilles »…
En 1990, l’OM était à deux doigts de la finale, à une main plus précisément. Celle de Vata qui a marqué pour le Benfica le but qui a éliminé Marseille en demi-finale retour (2-1, 0-1). Encore plus près, l’OM l’a été l’année suivante, en allant jusqu’en finale, à Bari, avant de succomber aux tirs au but au bout d’un non-match face à l’Étoile Rouge de Belgrade (0-0).
Champion de France 1992, pour la quatrième fois d’affilée, l’OM vise toujours l’inaccessible étoile au printemps 1993, même si le club a perdu son capitaine et buteur en chef, Jean-Pierre Papin parti à l’AC Milan.
La Coupe d’Europe 1992 est la deuxième labélisée Ligue des champions. Après avoir passé en 16es le Glentoran Belfast (5-0, 3-0) et en 8es le Dinamo Bucarest (0-0, 2-0), l’OM se retrouve dans un groupe à sa portée avec les Glasgow Rangers, le FC Bruges et le CSKA Moscou. Si les Écossais résistent (2-2, 1-1), les Russes cèdent (1-1, 6-0), les Belges aussi (3-0, 1-0). La porte de la finale à Munich s’ouvre donc assez facilement devant les Marseillais.
Mais derrière, c’est un monstre qui l’attend, l’AC Milan. De la finale de 1991, il ne reste dans les rangs marseillais que Basile Boli, Éric Di Meco, Abdedi Pelé et le coach Raymond Goethals, rappelé en pompier en cours de saison. Face à eux, les Milanais ne sont pas des inconnus. Outre Jean-Pierre Papin, auteur de 24 buts en 39 matches pour sa première saison italienne, les Marseillais se sont déjà frottés en 1991 aux Tassotti, Maldini, Baresi, Donadoni, Riijkaard, Gullit, Van Basten qui ce sont toujours présents, toujours vaillants.
Pour préparer au mieux la finale, les Olympiens se mettent au vert, dans un petit gîte à 70 km de Munich, les jours précédant la rencontre après un dernier match de championnat disputé à Valenciennes et qui fera ensuite beaucoup parler de lui. Une volonté de Bernard Tapie de mettre ses joueurs au calme dans un esprit de détente.
Face aux Milanais, Raymond Goethals décide d’aligner son équipe en 5-2-3 pour faire face au classique 4-4-2 de l’équipe italienne. L’attaque compte sur le duo Völler-Boksic, qui a fait oublier Papin cette saison, et la défense est renforcée car il craint la puissance de feu milanaise. Mais Milan se prive de trois joueurs au coup d’envoi : Jean-Pierre Papin, laissé sur le banc pour privilégier Massaro, Ruud Gullit qui s’est fâché avec Silvio Berlusconi, le propriétaire du Milan, et Zvonimir Boban, le Croate, victime de la limitation du nombre d’étrangers.
Mais c’est quand même Milan qui prend le match à son compte et est tout proche d’ouvrir le score à plusieurs reprises, notamment sur une tête de Massaro, au ras du poteau de Fabien Barthez. À 22 ans, l’ancien gardien de Toulouse, recruté en début de saison, enchaîne ensuite les arrêts déterminants dans une première mi-temps dominée par Milan. Puis en toute fin de première période, Abedi Pelé déboule sur le côté droit et obtient un corner alors qu’il est à la lutte avec Paolo Maldini.
Pelé tire ce corner, Rudi Völler saute mais manque le ballon qui tombe sur la tête de Basile Boli qui a pris de vitesse Franco Baresi. Boli, surpuissant devance d’un souffle Franck Riijkard arrivé en renfort pour dévier ce ballon dans les filets milanais : 1-0 ! Souffrant du genou, Boli avait demandé à être remplacé quelques minutes plus tôt, mais ni Raymond Goethals, ni surtout Bernard Tapie depuis les tribunes, n’avaient donné suite à cette demande.
En seconde mi-temps, l’OM fait bloc et résiste aux offensives milanaises. L’entrée de Papin ne change rien, Milan ne parvient pas à se dépêtrer du marquage des Angloma, Desailly, Boli, Di Meco, Sauzée, Deschamps qui font barrage à tout. Marseille ne lâche pas prise, saute sur tous les ballons jusqu’au coup de sifflet final qui donne le signal d’une allégresse délirante sur la pelouse de Munich comme dans les rues de Marseille.
C’est la première fois qu’un club français remporte une Coupe d’Europe, et c’est la plus prestigieuse, à la conquête de laquelle Reims en 1956 et 1959, Saint-Étienne en 1976 et Marseille en 1991 avaient échoué. L’OM 93 a donc réussi : à jamais les premiers !
« Nous nous sentions investis d’une mission, racontera plus tard Franck Sauzée, en partance pour l’Atalanta Bergame. Basile Boli, dont les larmes de détresse à Bari deux ans plus tôt avait ému le public, raconte son but à l’infini : « Elle n’est peut-être pas très belle ma tête, mais je l’ai dosée pour quelle dépose le ballon là-bas, au deuxième poteau. Je ne l’ai pas vu partir, mais je me suis : j’espère qu’elle va rester dans l’Histoire ».
Bernard Tapie, lui, pleure de joie. « Ce sport peut être aléatoire sur une saison, mais sur cinq ans, on peut gommer toutes les incertitudes. Il suffit de le vouloir très fort et d’y mettre les moyens, de prendre les meilleurs joueurs, de les mettre dans les meilleures conditions et c’est le Bingo. Pas besoin d’être intelligent ! »
Éric Di Meco, le plus ancien des Marseillais et qui, comme Basile Boli, a connu Bari, n’en revient pas : « On y croyait, mais j’avoue que je ne pensais pas que cela allait être grand comme ça. « Le sentiment de joie exacerbée, c’est surtout quand on est arrivés au Vélodrome le lendemain. Quand on est partis de l’aéroport de Marignane pour rejoindre Marseille, la route était noire de monde. C’était fou.
Mais l’année 1993 ne sera pas que source de joie. Cette saison-là, l’OM remportera le championnat pour la cinquième fois consécutivement mais le titre ne lui sera pas remis à cause de l’affaire de corruption VA-OM. Des joueurs de Valenciennes ont été incités à « lever le pied » avant la rencontre qui se déroulait six jours avant la finale contre Milan par le biais de Jean-Jacques Eydélie, un des onze titulaires de Munich….
L’OM sera empêché de défendre son titre européen la saison suivante, et ne pourra pas disputer la Coupe intercontinentale à Tokyo. Le club sera rétrogradé administrativement en D2 à l’issue de la saison 1993-94, passant pour deux ans de la gloire au purgatoire.
« Voir l'OM aujourd'hui ne pas jouer la C1 ou ne pas sortir des poules, c'est martyrisant pour les supporters. Mais le foot a changé, la Ligue des champions aussi et les moyens nécessaires également », explique Durand.
Rachid Zeroual, alors jeune supporter et aujourd'hui responsable des South Winners, pourtant, « si toute une ville est derrière un club, avec des passionnés à la direction et un stade comme il se doit, tu peux rivaliser. Le pognon ne fait pas tout, on le voit avec le PSG ».
Et au pire, les Marseillais, qui sont déjà à jamais les premiers, ne seraient finalement pas fâchés de rester aussi à jamais les derniers.
Composition des Équipes de la Finale de 1993
OM: 1. Barthez - 2. Eydelie, 7. Angloma (Durand 61e), 6. Desailly, 4. Boli, 3. Di Meco - 5. Sauzée, 11. Deschamps (cap) - 10. Pelé, 9. Völler (Thomas 78e), 8.
Entraîneur: Raymond Goethals.
AC MILAN: 1. Rossi - 2. Tassotti, 5. Costacurta, 6. Baresi (cap), 3. Maldini - 10. Donadoni (Papin 54e), 8. Rijkaard, 4. Albertini, 7. Lentini - 11. Massaro, 9.
Entraîneur: Fabio Capello.

L'équipe victorieuse de l'OM en 1993
Tableau des Résultats Clés
| Tour | Match | Résultat |
|---|---|---|
| Seizièmes de finale | AC Milan vs FC Aarau | 1-0, 0-0 |
| Huitièmes de finale | AC Milan vs FC Copenhague | 6-0, 1-0 |
| Seizièmes de finale | FC Barcelone vs Dynamo Kiev | 1-3, 4-1 |
| Demi-finale | AC Milan vs AS Monaco | 3-0 |
| Demi-finale | FC Barcelone vs FC Porto | 3-0 |
| Finale | AC Milan vs FC Barcelone | 4-0 |