L'épopée historique de l'AS Saint-Étienne en Ligue des Champions 1976

L'année 1976 reste gravée dans les mémoires des supporters de football français, et plus particulièrement de ceux de l'AS Saint-Étienne. Cette année-là, les Verts ont marqué l'histoire en atteignant la finale de la Coupe des clubs champions européens, l'ancêtre de la Ligue des Champions. Retour sur une épopée inoubliable, ponctuée de victoires mémorables et d'une finale légendaire contre le Bayern Munich.

En 1976, c'était l'actuelle Ligue des Champions, appelée de sa création jusqu'en 1992 Coupe des clubs champions européens (C1, aussi surnommée la coupe aux grandes oreilles), dont l'évolution suscitait la crainte du président de l'AS Saint-Etienne, Roger Richard.

Les poteaux carrés de l'ASSE (Finale LDC 1976) [LFF Histoire #2]

Le parcours exceptionnel des Verts

Dans le milieu des années 1970, la France se prend de passion pour les Verts, couleur de l’équipe de Saint-Etienne. "L’amour pour les Verts" se déclare notamment lors de l’édition de la Coupe d’Europe des Clubs Champions 1975-76. Les Stéphanois connaissent un excellent parcours en éliminant de fort belle manière avec des scénarios à couper le souffle les équipes suivantes : KB Copenhague (Danemark), Glasgow Rangers (Ecosse), Dynamo Kiev (ex URSS), PSV Eindhoven (Pays Bas). Toute la France rêve d’un heureux dénouement. La "vague vert" touche l’hexagone, ainsi que l’Outre-mer en réponse aux brillantes prestations du Martiniquais Gérard Janvion.

Victoires épiques

  • KB Copenhague: Vainqueurs 2-1 à l'aller, ils s'imposaient 3-1 au retour, avec le premier but européen de Rocheteau, auteur de l'ouverture du score en tout début de match.
  • Glasgow Rangers: Battus 2-0 dans le Chaudron, les Ecossais allaient de nouveau s'incliner au retour à Ibrox Park (1-2).
  • Dynamo Kiev: Après une défaite 2-0 à l'aller, les Verts réalisent une remontée spectaculaire en s'imposant 3-0 au retour, avec un but décisif de Rocheteau en prolongation.
  • PSV Eindhoven: Vainqueurs 1-0 à l'aller grâce à un nouveau coup franc de Larqué, ils obtiennent un match nul et vierge lors du match retour aux Pays-Bas, notamment grâce à un héroïque Ivan Curkovic dans les buts.

Une équipe soudée et talentueuse

Quand nous étions dans le feu de l'action, on ne s'imaginait pas du tout ce que représentait l'épopée des Verts et c'est tant mieux", témoigne Jean-Michel Larqué, capitaine d'une équipe dont tous les joueurs, formés pour la plupart à l'ASSE, sont au moins aujourd'hui sexagénaires. "Il y avait tout un ensemble qui faisait qu'il y avait un lien, une affection entre tous les joueurs et c'est ce qui permettait cette cohésion, cette volonté de faire mieux, de refuser à chaque fois la défaite, même si parfois nous l'avons connue", témoigne pour sa part, Robert Herbin, l'entraîneur.

L'AS Saint-Etienne va marquer l'histoire du foot français en se qualifiant pour la finale de la compétition après leur victoire contre Eindhoven en demi finale.

La finale de Glasgow : un match de légende

Glascow 1976. La naissance de la fameuse légende des poteaux carrés. Le 12 mai, l'AS Saint-Étienne et le Bayern Munich s'affrontent en finale de la coupe d'Europe des Clubs Champions. Si l'effectif des Verts n'est pas au complet, il peut compter sur un collectif remarquable. Dominateurs dans le jeu, les hommes de Robert Herbin toucheront deux fois les montants et s'inclineront finalement 1-0.

Les hommes de Robert Herbin, l'illustre entraîneur décédé le 27 avril dernier, s’apprêtent à faire face au grand Bayern de Munich. Le double tenant du titre aligne une équipe impressionnante, dont certains ont été champions du monde en 1974 : Gerd Müller, Sepp Maier, Uli Hoeness, Hans-Georg Schwarzenbeck et bien sûr Franz Beckenbauer.

Le film du match

  • Les coéquipiers du capitaine Jean-Michel Larqué réalisent un début de rencontre prometteur.
  • Dans une de ses montées caractéristiques, la sentinelle Dominique Bathenay évite le tacle de Rummenigge, crochète Beckenbauer et envoie un missile de son pied gauche magistral de 25 mètres qui heurtera la barre transversale d'un Maier battu.
  • Seulement 5 minutes après l'occasion de Bathenay, l'ailier gauche adresse un centre millimétré pour Jacques Santini.
  • Après avoir laissé passer trop d'occasions, l'AS Saint-Étienne se fait piéger à l'heure de jeu sur un coup franc rapidement joué par le capitaine "Kaiser" Beckenbauer. Le libéro décale Franz Roth, qui décoche une frappe sèche à l'entrée de la surface de réparation. Ivan Curkovic ne peut que l'effleurer et les Allemands marqueront l'unique but de la rencontre.

Les fameux poteaux carrés

Dans cette finale, il retrouve le Danois Johnny Hansen, un adversaire mis dans la poche deux ans plus tôt lors d'un match international au Parc des Princes. Doté d'un pied gauche chirurgical, le Français va faire vivre un véritable calvaire au latéral. Si ces centres ne trouvent pas preneur en début de match, ils vont révéler leur secret de fabrication par la suite : le centre brossé sans déborder son adversaire. Ces faits de jeux vont alimenter la légende autour de cette rencontre.

Les poteaux avaient la particularité d'être carrés. Tous les stades n'avaient pas encore adopté des poteaux ronds. Si pour certains Stéphanois, cette spécificité change tout, l'ancien sélectionneur des Bleus innocente les montants. "L’anecdote, c’est que la veille, on fait un entraînement et Christian refait le même centre et je réalise une tête similaire. Les poteaux étaient ronds et le ballon ressort de la même manière", a avoué Santini dans le documentaire Saint-Étienne L'Épopée 76. "Nous avons juste manqué de réalisme tout simplement. Il ne faut pas chercher d'excuses", ajoute Christian Lopez. "Nous avons fait un bon match dans l'ensemble mais pas un super match."

Tableau récapitulatif de la finale

Équipe Buts
AS Saint-Étienne 0
Bayern Munich 1 (Roth, 57e)

Un accueil triomphal malgré la défaite

Malgré la désillusion, l'ensemble de l'équipe est accueilli en héros à Paris. Un défilé, réunissant cent mille supporters, aura lieu dès le lendemain sur les Champs-Élysées. Les vaincus seront reçus par le chef de l'État Valéry Giscard d'Estaing. "Messieurs, la France, c'est vous !", a déclaré le Président de la République. "Nous nous demandions ce qu'il nous arrivait. C'était incroyable, un moment extraordinaire", s'interroge toujours l'ancien capitaine des Bleus. "À l'époque, Saint-Étienne était la capitale de la France. Tout le monde se déplaçait à Geoffroy-Guichard pour nous voir jouer". Alors, qui c'est les plus forts ?

Des victoires face à Split, Kiev, Eindhoven, avant une finale perdue le 12 mai 1976 contre le Bayern Munich et ses fameux "poteaux carrés", puis le défilé sur les Champs-Elysées à Paris : il y a quarante ans, l'épopée de l'AS Saint-Etienne marquait le football français.

L'héritage des Verts

Toute la France s'identifiait alors à l'équipe stéphanoise et à ses exploits. Y compris en chansons, comme le tube "Qui c'est les plus forts, évidemment c'est les Verts", écrit et chanté par Jacques Monty en 1976, devenu depuis l'hymne de l'AS Saint-Etienne, joué avant chaque rencontre dans le Chaudron. Elle fait le lien avec les nouvelles générations de supporters qui n'ont souvent que des images en noir et blanc pour imaginer ces années 70 où Saint-Etienne était le club phare en France.

Aujourd'hui le Musée des Verts, le premier consacré au football en France, inauguré il y a un an et demi, et installé au coeur du stade Geoffroy-Guichard, contribue à entretenir le souvenir de cette période de l'histoire de l'ASSE, fondée en 1933.

"Quarante ans après, nous sommes restés dans la mémoire des Français. C'est fantastique. Nous avons réussi des retournements de situation qui ont fait que nous avons marqué le football français", dit pour sa part le défenseur Christian Lopez.

"Alors que le football français traversait une période très noire, notre équipe dégageait des valeurs sympathiques, d'humilité, de simplicité, de travail, de solidarité. A l'époque, il y avait, aussi, peu de retransmissions télévisées des matches", poursuit l'ancien milieu de terrain, dont une reprise de la tête avait heurté la barre - comme une frappe de Dominique Bathenay, faisant entrer ces maudits "poteaux carrés" dans l'histoire - au cours de la finale perdue à Glasgow contre le Bayern Munich (1-0).

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