La Ligue de Défense Juive (LDJ) est un groupuscule qui suscite régulièrement des polémiques en marge des rassemblements de soutien à la Palestine. Ce groupe, sans existence légale, composé seulement d'un noyau dur de quelques dizaines de militants, a joué un rôle parfois trouble rue de la Roquette à Paris, le 13 juillet, ou à Sarcelles le 20 juillet, où ses militants sont venus « défendre » les synagogues. Mais quelle est la nature de cette organisation ?
Origines et Inspiration
La LDJ est née en France sous l’appellation « Liberté démocratie et judaïsme ». Créée sous le statut d’association en octobre 2000, elle s'est dissoute d'elle-même dès 2003, sans jamais cesser ses activités, même sans existence légale. Essentiellement présente en région parisienne, forte de quelques dizaines de membres tout au plus, auxquels se greffent des « irréguliers » au fil des événements, elle s’inspire directement de la Jewish Defense League (JDL), créée aux Etats-Unis en 1968 par le rabbin Meir Kahane.
La JDL est aujourd’hui classée par le FBI comme un groupe terroriste et interdite suite à des tentatives d’attentat à la bombe contre une mosquée. La LDJ française a été fondée par des anciens du Betar, autre mouvement d’autodéfense juive plus ancien, dont elle a peu ou prou pris la succession.

Objectifs et Idéologie
Comme la JDL, la LDJ se définit comme « une organisation sioniste, affirmant que la seule protection du peuple juif contre l’arbitraire et la violence, est Israël, état juif souverain ». Elle se donne pour mission de « protéger les juifs de France contre la violence tant verbale que physique de leurs ennemis ». Elle milite aussi pour éduquer les jeunes juifs au retour en terre d’Israël. En 2011, la LDJ fait polémique en proposant à ses militants de partir en Israël aider à défendre les colonies.
Dans sa charte, elle explique « vouloir défendre le peuple juif contre toutes les formes modernes de haine antijuive, antisémitisme, judéophobie, antijudaïsme et antisionisme », et ce en maintenant « une veille tant idéologique que sportive afin de pouvoir parer à toutes menaces physiques des ennemis du peuple juif ».
Pour ce faire, la Ligue revendique donner à ses membres « un entraînement physique régulier de techniques d’autodéfense [leur] permettant de pouvoir se défendre et d’aider, le cas échéant, tout membre de la communauté en difficulté ». Les militants, de jeunes hommes pour l’essentiel, pratiquent notamment le krav maga, technique d’autodéfense de l’armée israélienne.
Structure et Actions
La LDJ ne dispose pas d’une structure très claire ni de responsables très identifiés, mais fonctionne plutôt comme une « marque » qui rallie de jeunes juifs désireux d’en découdre. Et à plusieurs reprises, ces derniers ont été mêlés à des violences.
Le Krav-Maga, un sport de self-défense qui attire de plus en plus de femme
Voici quelques exemples :
- En 2002, une dizaine de jeunes hommes sont arrêtés, porteurs d’armes blanches et de battes de base-ball, en marge d’une manifestation du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) au cours de laquelle un commissaire de police est grièvement blessé.
- Le 30 décembre 2003, des étudiants d’une association propalestinienne sont attaqués au sein même du tribunal administratif de Paris par des militants proches de ce mouvement.
- En 2009, deux lycéens d'origine maghrébine du prestigieux établissement Janson-de-Sailly, dans le XVIe arrondissement de la capitale, sont roués de coups lorsqu’ils refusent des tracts de la LDJ.
- La même année, une librairie qui soutenait la cause palestinienne est saccagée par des militants proches de la ligue.
- En 2011, une vingtaine de militants attaquent un cinéma parisien qui projette un film sur les exactions israéliennes à Gaza.
- La LDJ s’en est également prise à Stéphane Hessel ou à l’écrivain Jacob Cohen.
Activités en Ligne
Outre les violences physiques, la LDJ développe une activité militante sur Internet. Dès 2001, le site Cpiaj (comité pour une information authentiquement juive), qui déverse caricatures et pamphlets anti-Arabes, mais aussi contre certaines personnalités de confession juive qualifiées de « vermines » pour leurs positions, est fermé suite à une série de plaintes. Cet aspect de l’activité de la LDJ ne va faire que s’amplifier au fil du temps.
Dans les événements récents, la LDJ a utilisé les réseaux sociaux pour des motifs troubles. Ainsi, rue de la Roquette, dimanche 13 juillet, des militants de la LDJ auraient, selon des témoins, provoqué les manifestants propalestiniens, même si les versions divergent. Le 20 juillet, la LDJ évoque des attaques contre les commerçants de la rue des Rosiers, où réside une communauté juive, et demande aux militants de venir la défendre. En réalité, il n'y a eu aucune attaque.
Positionnement et Réactions
Si la France n’a pas interdit la LDJ, ce n’est pas le cas, on l’a vu, des Etats-Unis, où la Jewish Defense League (JDL) est classée comme organisation terroriste. La Ligue est également interdite en Israël, suite notamment au massacre du tombeau des Patriarches : en 1994, un extrémiste israélo-américain, Baruch Kappel Goldstein, ancien de la JDL, avait tué 29 Palestiniens et blessé 125 personnes avant d’être lui-même tué.
De nombreuses organisations antiracistes, comme le MRAP, mais également des associations juives françaises demandent maintenant la dissolution de la LDJ, par exemple l’Union juive française pour la paix. Plus récemment, le député communiste Jean-Jacques Candelier a lui aussi demandé la dissolution de la LDJ, suite à l'affaire de la rue de la Roquette.
Condamnations et Dissolution
La LDJ a déjà été dissoute en 2003, alors qu'elle s'appelait Liberté Démocratie et Judaïsme. Elle s'est rapidement reformée et revendique aujourd'hui plusieurs centaines de membres. Plusieurs condamnations pour violence ont été prononcées contre ses membres. L'un de ses membres a été condamné en 2004 pour agression. En 2009, quatre autres sont condamnés à des peines de prison avec sursis pour le saccage de Résistances, la librairie ouvertement pro-palestinienne, à Paris.
Gêne pour les autorités
Après les affrontements du 20 juillet, Roger Cukierman expliquait qu'il est "normal de se défendre", avant de condamner l'action de la Ligue. En février 2014, l'Union juive française pour la paix accuse les autorités de complaisance envers la LDJ après la publication d'un article commémorant la naissance de Barouch Goldstein, auteur du massacre des patriotes à Hébron (Cisjordanie) en 1994. L'association antiraciste MRAP, le NPA et les Verts ont réclamé sa dissolution à plusieurs reprises, sans obtenir de réponse.
Selon les informations du quotidien Libération, le ministère de l'Intérieur étudierait avec attention la possibilité de dissoudre la Ligue. La loi permet de dissoudre un "groupement de fait", comme la LDJ qui n'est pas constituée en association officielle mais présente une organisation structurée.
Points Clés
- Une organisation d’inspiration américaine, qui prône le retour en Israël
- Des méthodes musclées
- Des provocations sur les réseaux sociaux
- Une organisation critiquée par des organisations juives et interdite en Israël