Relations entre la Ligue Arabe et Israël : Enjeux et Perspectives

La Ligue Arabe, créée en 1945, a toujours été un acteur clé dans la région du Moyen-Orient, notamment en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Initialement conçue pour renforcer les relations entre les États membres et affirmer leur indépendance, la Ligue a rapidement été confrontée à la question palestinienne.

Au fil des décennies, la Ligue Arabe a adopté diverses positions et initiatives pour résoudre le conflit, mais avec des succès limités. La situation actuelle est marquée par des tensions persistantes, des efforts de normalisation controversés et des enjeux régionaux complexes.

Carte des pays membres de la Ligue Arabe.

Les efforts initiaux de la Ligue Arabe

Dès 1944, lors du Protocole d'Alexandrie, la Ligue a souligné que "Les droits des Arabes de Palestine ne peuvent être lésés sans danger grave pour la paix et la stabilité du monde arabe". En 1947, après l'ajournement de la conférence de Londres, la Ligue a publié un plan d'action pour résoudre le conflit, proposant un gouvernement provisoire, l'arrêt de l'immigration juive et la garantie de la liberté religieuse. Cependant, ce projet a été rejeté par la Cour britannique.

La résolution 181 de l'ONU, qui suggérait un plan de partage de la Palestine en deux États, a été ardemment rejetée par les populations arabes.

Les défis persistants

La région du Proche et Moyen-Orient reste conflictuelle. Le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas résolu. Le Yémen est sujet à une guerre de proxy entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Les instabilités politiques sont devenues monnaie courante. On pense à la guerre syrienne, mais également au cas particulier du Liban, qui s’abstient de présidence.

Les positions actuelles des États membres

Lors du sommet de Bagdad, pendant plus de trois heures, les prises de parole se sont enchaînées. Si les discours mettant en cause Israël furent sans détours, les décisions concrètes, elles, sont restées prudentes, se cantonnant aux projets de reconstruction, très loin des appels aux sanctions exigées par les populations. Au terme du sommet, l’Irak s’est engagé à verser 40 millions de dollars pour la réhabilitation de Gaza et du Liban suite aux destructions israéliennes.

Un sondage de février 2024 du Arab Center of Washington DC indique ainsi que 93 % des citoyens des pays membres de la Ligue exigent de leurs gouvernements des mesures concrètes contre Israël. Mais, dans une région où l’autoritarisme règne en maître et où de nombreux gouvernements ont fait le choix de la normalisation avec Tel-Aviv, les protestations sont le plus souvent réprimées, comme en Jordanie, où près de 1 500 manifestants dénonçant les crimes de l’armée israélienne ont été emprisonnés en six mois selon Amnesty International.

La normalisation avec Israël : un enjeu de division

Les accords d'Abraham en 2020 ont marqué un tournant dans les relations entre certains pays arabes et Israël. Les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc ont normalisé leurs relations avec Israël, suscitant des réactions mitigées au sein de la Ligue Arabe.

Certains pays, comme l'Algérie et le Liban, ont proposé de rompre les liens économiques et diplomatiques avec Israël, tandis que d'autres, comme les Émirats arabes unis et Bahreïn, ont rejeté cette proposition.

Aucun pays n’a expulsé les ambassadeurs israéliens présents sur son sol, malgré les appels insistants de leurs opinions publiques à rompre les liens diplomatiques. Officiellement, ces deux pays s’y opposent.

Le rôle des États-Unis

La première raison de l'inertie de la Ligue arabe est de conserver coûte que coûte des liens solides avec les États-Unis, grand allié et protecteur d’Israël. Pour certains pays, dont les monarchies du Golfe, l’Amérique, même tentée par plus d’isolationnisme, est une garantie majeure de sécurité.

Pour de nombreux membres de l’organisation, notamment les pays du Golfe, il n’est pas question de rompre avec Washington ou d’entacher les perspectives économiques qu’offre la normalisation des relations avec Israël.

Carte des pays ayant signé les accords d'Abraham.

Les initiatives récentes et les perspectives d'avenir

La Ligue arabe souhaite intervenir avec une toute nouvelle approche. Elle se veut pragmatique et choisit des alliés qui s’affirment davantage au sein de la communauté internationale. À cette fin, les vingt-deux membres de l’organisation ont participé au Sommet arabo-islamique le 11 novembre 2023 à Riyadh. Ils adoptèrent une résolution visant à mettre fin à l’agression israélienne contre le peuple palestinien, et rejetèrent catégoriquement toutes tentatives de dépeçage.

La République populaire de Chine soutient la Ligue arabe « dans le rôle important qu’elle joue sur la question palestinienne » et la rejoint sur le fait que « la communauté internationale doit jouer un rôle efficace, apporter un soutien humanitaire au peuple palestinien et œuvrer à la reprise rapide des pourparlers de paix ».

Aujourd’hui, le Sud global, y compris la Ligue, estime que l’ONU a atteint ses limites en tant que faiseur de paix, et suggère des « solutions locales aux crises régionales ».

Ces échanges diplomatiques indiquent que l’organisation arabe est un acteur régional et international important, car elle s’affirme aux côtés de grandes puissances afin de promouvoir une sortie de conflit efficace. De plus, quatre membres de la Ligue ont rejoint très récemment les BRICS, ce qui ajoute un potentiel soutien aux résolutions votées par l’entente régionale.

Positions saoudiennes sur le conflit au Proche-Orient

Historiquement, l’Arabie saoudite a toujours été une fervente partisane de la cause palestinienne. La défaite de l’Égypte contre Israël en 1967 et la décision saoudienne d’imposer un embargo pétrolier aux États-Unis et aux alliés occidentaux de l’État israélien pendant la guerre israélo-arabe de 1973 l’ont propulsée aux premiers rangs des acteurs impliqués dans la question palestinienne. Pourtant, l’approche saoudienne de cette question a toujours privilégié une démarche à la fois politique et diplomatique.

Malgré cela, le prince héritier saoudien fit la une des médias lorsque, lors d’une réunion avec des représentants d’organisations juives, il critiqua sévèrement les dirigeants palestiniens, accusés de rejeter les propositions de paix. MBS affirma également que la Palestine ne figurait pas parmi ses priorités.

Tableau récapitulatif des positions des pays arabes

Pays Position sur la normalisation avec Israël Relations avec les États-Unis Implication dans le conflit israélo-palestinien
Égypte Relations formelles depuis 1979 Allié stratégique des États-Unis Médiateur dans le conflit
Jordanie Relations formelles depuis 1994 Allié stratégique des États-Unis Rôle actif dans les négociations de paix
Émirats arabes unis Normalisation en 2020 (Accords d'Abraham) Partenaire stratégique des États-Unis Coopération technologique et commerciale avec Israël
Bahreïn Normalisation en 2020 (Accords d'Abraham) Allié des États-Unis Engagement pour une solution durable au conflit israélo-palestinien
Maroc Normalisation en 2020 (Accords d'Abraham) Allié des États-Unis Influence régionale
Arabie saoudite Pas de relations formelles, mais discussions en cours Allié stratégique des États-Unis Soutien financier à la Palestine, médiation potentielle
Liban Pas de relations formelles Relations complexes avec les États-Unis et l'Iran Impacté par le conflit (Hezbollah)
Algérie Pas de relations formelles Relations tendues avec les États-Unis Soutien à la cause palestinienne

Accords d'Abraham : quel bilan, 3 ans après ?

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