L'histoire de la Liga Espagnole de Football

Le football, dont la pratique en Espagne apparut à la fin du XIXe siècle, avait pénétré peu à peu le tissu social des grands centres urbains comme Barcelone, Bilbao et Madrid. Des villes portuaires et industrielles dans les deux premiers cas et des centres de pouvoir si l’on se réfère à la capitale espagnole, où les sports nouveaux venus d’Angleterre avaient trouvé l’environnement bourgeois et urbain nécessaire à l’expansion d’une pratique du foot-ball moderne.

Cet article propose un parcours de l’histoire du football espagnol pour y découvrir sa transformation en un sport de masse ainsi que le rôle joué par cette activité dans la création d’identités et l’éclosion de nouveaux processus d’identification qui prendront les clubs de football et les héros du ballon rond comme référents sécularisés.

Le texte se compose de trois parties nettement différenciées qui suivent le découpage chronologique traditionnellement utilisé par l’historiographie espagnole :

  • La première partie couvre le premier tiers du XXe siècle, depuis la création de l’équipe nationale en 1920 jusqu’au début de la guerre civile.
  • La deuxième partie expose la relation complexe qu’entretiennent le football et le franquisme de 1939 jusqu’à 1975 ainsi que le rôle joué tant par l’équipe nationale que par les clubs.
  • Enfin, seront abordés dans la dernière partie l’élaboration des discours nationaux et ceux des nationalismes périphériques pendant la transition démocratique pour voir de quelle manière ils se sont exprimés dans le monde du football, sans oublier le changement qui s’est opéré en Espagne dans un nouveau mode de narration du succès associé à ce sport après les triomphes aux Championnats d’Europe des nations de 2008 et 2012 et à la Coupe du monde de 2010, thèmes qui viendront clore cette analyse.

Le FC Barcelone a été sacré champion d'Espagne jeudi soir, pour la 28e fois de son histoire. De Samitier à Lamine Yamal, en passant par Kubala, Guardiola et Xavi Hernández, les vingt-huit Ligas du Barça sont marquées par de nombreux protagonistes et moments mémorables. Avec cette 28e Ligua, l'équipe de Hansi Flick reprend le flambeau laissé par Leo Messi et consorts en 2022/23. C'est sa 10e Liga remportée en 17 saisons.

Au-delà des résultats, l'équipe actuellement a su imposer son style et rester fidèle à sa philosophie. Avec un jeu bien léché, elle a su montrer son talent, tout en jouant collectif et offensif à chaque rencontre. La saison 2008/09 a fait basculer le Barça dans une nouvelle dimension. Sur le plan individuel, la figure de Leo Messi s'est évidemment distinguées. Une saison en particulier se démarque de cette période : la saison des 100 points. Sous les ordres de Tito Vilanova, lors de l'exercice 2012/13, les Catalans ont remporté 32 victoires (4 nuls et 2 défaites). Sans aucun doute, les années 90 ont été un tournant. Durant cette période, on garde en mémoire les succès de la Dream Team et ses quatre titres de champion d'Espagne consécutifs, entre 1990/91 et 1993/94. L'entraîneur néerlandais est ainsi devenu l'entraîneur le plus titré dans l'histoire du Club.

La naissance du mythe de la furia espagnole dans le premier tiers du XXe siècle

Sitôt que fut connue la décision du Comité international olympique (CIO) de confier à la ville d’Anvers l’organisation des septièmes Jeux olympiques en 1920, la presse sportive espagnole lança une intense campagne de sensibilisation de l’opinion et des autorités politiques sur l’importance que revêtait la participation des sportifs espagnols à cet événement.

Depuis la participation anecdotique de huit représentants espagnols lors de l’édition de Paris de 1900, le Comité olympique espagnol (COE) était resté absent de cette compétition. Le football, par le niveau de développement qu’il avait atteint au cours des deux premières décennies du XXe siècle, était, sans l’ombre d’un doute, la spécialité qui pourrait représenter le plus dignement le pays.

Il est incontestable que les Jeux olympiques d’Anvers et l’inattendue médaille d’argent qu’y obtint l’équipe nationale eurent une forte incidence sur le développement ultérieur du football espagnol. Cependant, s’il est nécessaire d’évaluer à sa juste mesure le retentissement de cet événement, il faut se garder d’oublier d’autres facteurs tels que le processus de modernisation de ce sport et son appropriation par les classes populaires ou encore la construction d’un vaste réseau institutionnel autour du football qui lui permirent de devenir un véritable sport de masse au seuil des années 1930.

José Angel Berraondo, qui ferait par la suite partie du comité technique de la sélection, était convaincu que le choix des footballeurs pour la sélection nationale devait s’effectuer en tenant compte du style footballistique des adversaires :

Finalement, la Fédération royale espagnole de Football, convoqua 21 joueurs : quinze d’entre eux étaient Basques, trois Galiciens et les trois autres Catalans, inscrits dans sept clubs (FC Barcelona, Real Sociedad de Saint-Sébastien, Real Unión Irún, Vigo Sporting, Arenas Club de Getxo, Athletic Club de Bilbao, Racing Ferrol). Il est à remarquer qu’aucun joueur des clubs madrilènes ne participa à cette rencontre historique.

Le 28 août 1920, l’Espagne disputa son premier match international. Vaincus ensuite par la Belgique (3-1), ils remportèrent la victoire dans les matchs suivants, face à la Suède (2-1), l’Italie (2-0), la Tchécoslovaquie (disqualifiée) et la Hollande (3-1), ce qui leur permit d’obtenir la médaille d’argent.

On utilisa alors, pour la première fois, le terme de furia espagnole pour qualifier le jeu agressif de la sélection à l’occasion de ces Jeux olympiques. Le concept de furia apparut d’abord dans la presse internationale et plus précisément, dans le quotidien français L’Auto, qui, après la victoire sur l’équipe danoise, donna pour titre à sa chronique : « Le Danemark a été vaincu par la furia espagnole ».

Parallèlement, ce succès inattendu déclencha dans la presse espagnole la parution d’une profusion d’articles qui vantaient jusqu’à plus soif le comportement de l’équipe espagnole, informant un discours fortement chargé de patriotisme qui tendait à assimiler les caractéristiques du football espagnol aux valeurs identitaires du pays.

À partir de ce moment-là, une nouvelle forme de narration commença à prendre corps dans la presse. Elle débarrassa le concept de furia espagnole de ses connotations péjoratives originelles de violence et de brutalité pour le parer de traits positifs liés au tempérament, à la passion, au caractère héroïque avec une pointe d’impulsivité qui, au bout du compte, définiraient le style de jeu mais également le caractère même des Espagnols.

L’olympiade de 1920 constituait ainsi l’acte de naissance du football espagnol tout comme celui d’un discours national qui se renforcerait et évoluerait tout au long des décennies suivantes. Dans le même temps, cette vision était nourrie en retour par les médias internationaux. Ceux-ci commencèrent à présenter l’Espagne sous le stéréotype de la furia, ce terme épousant parfaitement les éléments développés par les récits romantiques au cours du XIXe siècle.

Pendant les années 1920, le football devint en outre l’expression manifeste de la modernisation du pays. Tandis que s’élaborait un récit patriotique autour de l’équipe espagnole, les nationalismes basque et catalan commencèrent eux aussi à utiliser ce sport comme un moyen de gagner la population à leur cause, à travers des clubs bien enracinés dans leur région comme l’Athletic Club de Bilbao et le FC Barcelona.

Pendant la Seconde République espagnole (1931-1936), le football parvint à des niveaux de diffusion nettement supérieurs à ceux de n’importe quelle autre activité sportive et de loisir. Ce sport s’ancra alors si solidement dans la grande majorité des villes que la plupart des chefs-lieux de département [capital de provincia] possédaient une équipe en mesure de participer à la Liga de première ou de deuxième division.

Au cours de ces années, les rencontres entre sélections nationales ont suscité un degré élevé d’exaltation de l’orgueil national, suscitant la passion au sein des grandes masses de supporters et amateurs qui étaient informés quotidiennement grâce à de nouveaux médias comme la presse et la radio. La baisse du prix des billets joua elle aussi un rôle dans la popularisation du football.

Désormais, les stades étaient envahis par un genre nouveau de supporters, qui s’identifiaient complètement à leur club et se déplaçaient chaque dimanche pour assister à une véritable liturgie sportive. Le nombre d’équipes de football affiliées à la Fédération espagnole passa de 706 dans les années 1920 à 993, soit presque 20 000 footballeurs, au milieu des années 1930, où cinq stades avaient une capacité égale ou supérieure à 20 000 spectateurs.

Logo actuel de La Liga

L’utilisation politique et identitaire du football pendant le franquisme

Le premier franquisme et le rôle du football dans la construction de la « Nouvelle Espagne »

Pendant la guerre civile espagnole, de 1936 à 1939, la bataille diplomatique trouva dans le football un terrain d’affrontement inédit. Le franquisme chercha la reconnaissance des grands organismes internationaux sportifs afin de devenir leur unique interlocuteur officiel. Dans cette « bataille du sport », le camp des Nationaux parvint à être reconnu en 1937 par la FIFA comme son représentant en Espagne. Pour la presse conservatrice, une telle reconnaissance constituait « une grande victoire définitive, à l’instar de celles qui, avec les armes, conquièrent progressivement le territoire de l’Espagne et offrent au monde, la paix et l’ordre du territoire libéré ».

Par ailleurs, sur le plan intérieur, le franquisme considéra immédiatement le football comme un outil idéal permettant d’inculquer aux masses les valeurs censées définir le régime. Propagande et endoctrinement étaient les deux objectifs pour lesquels le franquisme recourut au football, d’abord en tirant parti des matchs de sélection comme canal privilégié pour promouvoir la « nationalisation » des masses et ensuite, en transformant ces événements en véritables liesses destinées à exalter le nouveau cours politique.

Comme l’ensemble de la société, le sport fut placé sous le contrôle de l’État. À cette fin fut créée en 1941 la Délégation nationale des sports (Delegación Nacional de Deportes - DND), institution qui dépendait du parti unique de la Phalange espagnole traditionaliste (Falange Española Tradicionalista - FET) et des JONS (Juntas Ofensivas Nacionales Sindicalistas). La DND exerçait un contrôle total sur le monde sportif, des différentes fédérations aux clubs et même à la présidence du Comité olympique espagnol.

En 1937, le lieutenant-colonel Julián Troncoso Sagredo fut nommé président de la nouvelle Fédération de football. Son rôle principal consistait à donner, à l’arrière du front, une image de normalité en programmant une série de rencontres exploitées à des fins de propagande, n’accordant aux résultats proprement dits qu’une importance très secondaire.

Le 28 novembre 1937, l’équipe de l’Espagne franquiste disputa son premier match amical avec la sélection portugaise à Vigo, alors qu’étaient déjà envisagées des rencontres avec l’Allemagne et l’Italie. Le 30 janvier 1938, la sélection franquiste se rendit à Lisbonne pour y disputer un match au stade Salésias. La rencontre est entrée dans l’histoire en raison du geste de protestation effectué par quatre joueurs portugais du club Os Belenenses (Artur Quaresma, Joao Mendonça Azevedo, Mariano Rodrigues Amaro et José Ribeiro Simoes), qui refusèrent de faire le salut fasciste après les hymnes.

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la sélection espagnole disputa huit rencontres amicales avec les plus proches alliés du franquisme (le Portugal, l’Italie, l’Allemagne et la France de Vichy), auxquelles on peut ajouter le match qui eut lieu contre la Suisse neutre en décembre 1941.

En janvier de cette même année, l’Espagne affronta de nouveau le Portugal à Lisbonne, ce qui pour le journaliste Alberto Martín Fernández, alias Juan Deportista, illustrait la confrontation de la furia espagnole et de l’« âme portugaise ».

La sélection dut attendre jusqu’en 1964 pour gagner son premier titre, l’Euro. En ces temps, l’Espagne vivait avec le dictateur Franco à la tête d’un pays isolé sur la scène internationale où on vivait en pleine Guerre Froide.

La sélection avait du talent à cette époque, portée au niveau national par Le Real Madrid qui était parvenu à gagner la Coupe des Clubs Champions cinq fois de suite de 1956 à 1960 et huit fois champion national de 1954 à 1964.

À l’Euro 1960 organisée à partir des demi-finales en France (avant, chaque match se jouait en matchs aller-retour, ce qui donnait le résultat final), l’Espagne dut abandonner en quarts de finale suite à son refus de permettre que les soviétiques de l’URSS (future championne de l’édition) jouent sur le sol, mais en 1964 l’Espagne fit partie des quatre qualifiés pour la phase finale de l’Euro… et disposée cette fois à jouer si nécessaire contre l’URSS, en sus d’avoir été désignée comme pays hôte de la phase finale.

Au terme de tensions au sein du gouvernement, ceux qui voulaient que le match se joue contre l’URSS du meilleur gardien de l’époque Lev Yachine (seul gardien jusqu’à nos jours à avoir été récompensé du Ballon d’Or) raflèrent la mise.

Espagne traversa par la suite des périodes moins glorieuses, en dépit d’une autre finale d’Euro disputée en 1984 contre la France, avec une génération de joueurs emmenés par l’attaquant Santillana, le défenseur Camacho et le gardien de but Arconada, connu pour son erreur où il laissa passer sous son corps le ballon tiré par Michel Platini sur coup franc pour le 1-0.

Ceci étant, huit ans plus tard, en organisant les Jeux Olympiques à Barcelone en 1992, l’Espagne se présenta avec une sélection jeune (il était obligatoire de respecter l’âge limite de 23 ans pour chaque joueur) avec Guardiola au centre du terrain, les jeunes talents Kiko et Alfonso devant, et arriva en finale contre la Pologne.

Dans le stade du Camp Nou de Barcelone flottaient des drapeaux espagnols et catalans, en présence de la Famille Royale au grand complet. L’Espagne triomphe 3-2, dans la douleur, mais gagne, mais au niveau international à l’ère moderne des décennies 90-2000, l’Espagne était prometteuse mais rarement victorieuse.

Ancien grand attaquant de l’Atlético de Madrid, il hérita de la sélection en vue de la Coupe du Monde de 2006 en Allemagne. Il décide de prendre les rênes avec des idées précises : incorporer beaucoup de jeunes talentueux à l’équipe (la génération dorée des Xavi et Iniesta) et éloigner d’une certaine façon le légendaire attaquant Raúl, qui fit partie de la Coupe du Monde allemande comme remplaçant, avec qui il eut beaucoup de tension.

Mais l’Espagne gagne largement l’Ukraine lors du premier match, Raúl marque lors du second mais la célébration de son but avec les vétérans Cañizares y Salgado illustre à nouveau le manque d’unité entre la jeune (et future dorée) génération espagnole et l’ancienne génération.

Au final, tout changea en février 2007, à Manchester, où l’équipe arriva à trouver la bonne formule pour la première fois. Ce fut le jour où se forgea le «.tiqui-taca.», le triomphe des joueurs de petite taille. Iniesta ne faisait pas partie du onze de départ et c’est suite à sa rencontre seulement qu’il allait s’y installer comme titulaire.

Quand il entra à la 55e minute, il y avait sur le terrain Iniesta, Xavi, David Silva et devant Villa et Torres. C’est-à-dire, l’escouade offensive qui gagnerait l’Euro 2008 en Autriche. Luis avait trouvé la formule magique avec Iniesta comme pièce manquante du puzzle. Symboliquement, ce fut lui qui marqua le but victorieux.

Après ce match…le reste appartient à l’histoire : l’Espagne ne perdra qu’un match des 44 suivants (contre la Suisse lors du mondial sud-africain de 2010, avant de soulever la Coupe). Le style «.tiqui-taca.» apparut pour la première fois en 1947 avec l’équipe argentine de San Lorenzo de Almagro (aujourd’hui connue pour être l’équipe préférée du Pape François), avec une combinaison de passes courtes, telles des caresses données au ballon au lieu de jouer à l’anglaise avec des longs ballons vers l’avant, qui exigeait du mouvement, du dynamise, de la technique.

Espagne s’en alla en Autriche pour l’Euro de 2008 sans Raúl mais avec une identité, un fond de jeu et une unité, qui lui firent réellement défaut lors des années précédentes. Les gens s’attachèrent à cette équipe de petits joueurs, très habiles balle au pied et désireux de triompher.

Le quart de finale contre la sélection transalpine était attendu de ce fait avec appréhension. Au terme d’un match serré, Casillas arrête deux tirs au but et remporte le duel des gardiens face à Gianluigi Buffon et l’Espagne vainc le signe indien.

Le Real Madrid célébrant sa victoire en Liga 2024

Saison Champion
2017-2018 FC Barcelone
2018-2019 FC Barcelone
2019-2020 Real Madrid
2020-2021 Atlético Madrid
2021-2022 Real Madrid
2022-2023 FC Barcelone

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