L'Histoire du Football et des "Condors" Chiliens : Entre Passion, Politique et Rédemption

L'histoire du football est intimement liée aux contextes politiques, et l'Opération Condor en est une illustration poignante. Cet article explore les différentes facettes de cette histoire complexe, en mettant en lumière des événements marquants et des figures emblématiques.

La Coupe du Monde 1978 en Argentine : Un Contexte Politique Explosif

La Coupe du Monde 1978, organisée en Argentine, s'est déroulée sous la dictature militaire de Jorge Videla. Ce contexte politique a profondément marqué la compétition, mêlant football, propagande et tragédies humaines.

En 1976, un coup d'État militaire a renversé le gouvernement démocratique argentin, portant Videla au pouvoir et instaurant un régime répressif. L'Opération Condor, une alliance des dictatures sud-américaines, coordonnait la répression des opposants, ciblant toute forme de dissidence.

Pour la dictature, la Coupe du Monde était une opportunité de redorer son image. Le gouvernement a investi massivement dans l'organisation du tournoi, instrumentalisant la victoire de l'Argentine en finale contre les Pays-Bas comme un triomphe national pour détourner l'attention des violations des droits humains.

Cependant, des organisations internationales, comme Amnesty International, ont dénoncé les abus du régime, alertant sur les disparitions et les tortures. Le Stade Monumental de Buenos Aires, principal site du tournoi, était situé non loin de l'ESMA, un centre de détention tristement célèbre. Des témoignages ont révélé que des prisonniers y subissaient des tortures pendant les matchs, les services secrets profitant de l'agitation pour intensifier leurs opérations.

L'Opération Condor : Une Répression Transnationale

L'Opération Condor visait à renforcer le pouvoir des dictatures sud-américaines en éliminant leurs opposants. Les services secrets de plusieurs pays, dont l'Argentine, ont collaboré pour réprimer les dissidents, avec un impact qui a dépassé les frontières de 1978.

Roberto Rojas et le "Maracanazo" Chilien

L'histoire de Roberto Rojas, surnommé "El Condor", illustre les dérives que peuvent engendrer la pression et la volonté de gagner à tout prix. En 1989, lors d'un match de qualification pour la Coupe du Monde 1990 contre le Brésil, Rojas a simulé une blessure après qu'un fumigène ait atterri près de lui.

Cette simulation visait à faire annuler le match et à qualifier le Chili pour le Mondial. Cependant, la supercherie a été découverte, et Rojas a été suspendu à vie par la FIFA. Cet incident, connu sous le nom de "Maracanazo", a eu des conséquences désastreuses pour le football chilien, le pays étant privé des éliminatoires pour le Mondial 1994.

Revenons sur les faits : la volonté de se qualifier pour la Coupe du monde et la certitude qu’il était impossible de repartir avec une victoire du Maracanã vont lui faire commettre « la plus grande erreur » de sa vie. On joue alors la 70e minute de Brésil-Chili. La Roja est menée au score (1-0) quand un fumigène atterrit dans la surface de réparation. Visiblement touché par le projectile, le portier et capitaine Roberto « El Condor » Rojas s’effondre, la caméra s’approche, et c’est un visage en sang qui apparaît à l’écran.

Après quelques minutes agitées, entre revendications chiliennes et incrédulité brésilienne, l’arbitre décide de suspendre la rencontre. Le genre de décision qui conduit généralement les autorités à donner la victoire à l’agressé. Roberto Rojas a réussi son coup. Le Chili semble se rapprocher à grands pas du Mondial 90.

Le soir même de l’incident, des doutes avaient commencé à poindre sur la réalité du mal dont souffrait El Condor. Un photographe argentin assurait ainsi que le fumigène avait terminé son vol un bon mètre derrière le portier chilien. Le pays longiligne préférait, lui, s’indigner contre la violence des supporters auriverdes, et l’ambassade du Brésil à Santiago était bombardée de pierres. Union sacrée de la nation pour obtenir une qualification qui lui avait échappé quatre ans plus tôt.

Quelques jours après la rencontre décisive - seule une victoire qualifiait le Chili - Roberto Rojas passe toutefois à table. « Je suis coupable » , reconnaît-il face au carnet de notes d’un journaliste de La Tercera.

En compagnie du vice-capitaine, Fernando Astengo, qui joue lui aussi au Brésil (Grêmio), Rojas conclut un pacte : au premier incident notoire, la Roja devra se retirer du terrain. La conspiration englobe aussi le kiné de la sélection. Dans les heures précédant la rencontre, la blouse blanche prépare deux bistouris enveloppés dans un matériel adhésif, et dont seule la pointe reste découverte. Ils seront transportés sur le terrain via l’intérieur des gants de Rojas.

Quand survient l’incident de la 70e minute, Rojas est isolé dans sa surface et dispose du temps nécessaire pour saisir l’arme du crime. Une fois au sol, il s’entaille à l’arcade, avant de cacher à nouveau le bistouri. Le gardien se tord de douleur, reste inerte de longues minutes au sol. Il est transporté sur une civière, et le reste de ses coéquipiers l’accompagne jusqu’aux vestiaires.

Suite aux confessions de Rojas, les sanctions vont tomber. Et elles seront lourdes. El Condor est suspendu à vie par la FIFA, comme le président de sa Fédération. Astengo, quant à lui, prend cinq ans, et le Chili sera privé des éliminatoires pour le Mondial 94. La victoire est évidemment donnée au Brésil (2-0), qui validera ainsi son billet pour la Coupe du monde.

Devenu entraîneur, Rojas a effectué la majeure partie de sa maigre carrière sur les bancs d’un Brésil pas rancunier. Il a notamment dirigé le São Paulo FC et le Sport Recife. Au Chili, son legs se trouve dans les dictionnaires.

L'Épopée des "Condors" Chiliens au Rugby

L'histoire des "Condors", l'équipe nationale de rugby du Chili, est une source d'inspiration. En 2023, les Chiliens ont réalisé un exploit en se qualifiant pour la Coupe du Monde de Rugby pour la première fois de leur histoire.

À presque 12 000 km de cet exploit en intimité, les Chiliens baladent leur bonheur à Perros-Guirrec (Bretagne), dans leur camp de base. Après deux premières rencontres, et deux défaites (Japon 42-12 puis Samoa 43-10), le Chili fait face au plus grand défi de son histoire, contre l’Angleterre au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq, ce samedi (17 h 45).

On leur promet l’enfer. Pas un problème, ils ont déjà gagné leur bout du monde à eux. ANGLETERRE - CHILI, ce samedi, à 17 h 45, en direct sur M6.

Revenons sur cette fameuse 51e minute des barrages de qualification : les Américains contrôlent le terrain et le score. Le demi de mêlée tape une chandelle depuis sa ligne des 40 m pour soulager son camp. Le ballon rebondit (glisse plutôt, vu l’état désastreux du terrain) juste devant Rodrigo Fernandez, à hauteur de la ligne de 22 m. Un contrôle du pied pour le ralentir, le demi d’ouverture s’en saisit à la main puis lâche les chevaux. Il a déjà tout vu. Un premier défenseur crocheté, les deux suivants battus à la course, un quatrième mis dans le vent, puis un cinquième. Cinq points qui permettront aux Chiliens de rester au contact des États-Unis pour finalement perdre d’une petite unité (21-22). Une semaine plus tard, les joueurs de Pablo Lemoine s’imposeront de deux points (31-29) et composeront leur ticket pour la France.

Le Football comme Outil de Solidarité et de Paix

Malgré les aspects sombres de son histoire, le football peut également être un puissant outil de solidarité et de paix. Le match amical de 2025 entre l'équipe du Pays basque et celle de la Palestine en est un exemple. Cette rencontre, organisée à San Mamés, a symbolisé l'amitié et le soutien entre deux peuples aspirant à l'autonomie et à la paix.

Les joueurs de la sélection palestinienne sont arrivés au stade en portant le traditionnel béret noir de la région basque, et les deux équipes ont échangé des roses et des écharpes en hommage aux enfants morts en Palestine. De plus, le club de Bilbao a décidé de reverser l'intégralité des recettes de cette rencontre à des organisations humanitaires intervenant sur place.

L'annonce de ce match a eu lieu au musée de la paix de Guernica, ville symbolique de la guerre d'Espagne et de l'Opération Condor.

Víctor Ugarte : Une Légende du Football Bolivien

Víctor Ugarte est une figure emblématique du football bolivien. Originaire de Tupiza, il a débuté sa carrière au Club Bolívar de La Paz, où il a remporté trois titres de champion. Ugarte a également été un joueur clé de la sélection bolivienne, participant à plusieurs éditions de la Copa América et se distinguant par ses qualités techniques et son jeu spectaculaire.

En 1963, Ugarte a mené la Bolivie à la victoire lors de la Copa América, le seul titre majeur remporté par le pays à ce jour. Il a pris sa retraite en 1966, laissant derrière lui un héritage indélébile dans le football bolivien.

The Strongest : Un Club Historique de Bolivie

The Strongest est l'un des clubs les plus anciens et les plus titrés de Bolivie. Fondé en 1908, le club a remporté de nombreux championnats nationaux et a participé à plusieurs éditions de la Copa Libertadores. The Strongest est connu pour son attachement à ses racines andines et pour ses symboles, tels que le condor et le tigre, qui représentent la force et la détermination.

Le club a également connu des moments tragiques, comme en 1969, lorsque toute l'équipe a péri dans un accident d'avion. Malgré cette tragédie, The Strongest a su se relever grâce à la solidarité de la communauté footballistique bolivienne et sud-américaine.

Eduardo Galeano : Un Mendiant de Bon Football

LIVRE - Plume ouverte de l’Amérique Latine, Eduardo Galeano est aussi un mendiant de bon football. Son livre « Le football, ombre et lumière » (Climats, 1997) raconte, à sa façon, l’histoire du ballon rond.

Eduardo Galeano, plume ouverte de l’Amérique Latine, écrivain engagé pour la sauvegarde de la culture latino-américaine, est également un amateur de ballon rond. Ou plus précisément, comme il l’écrit lui-même, un « mendiant de bon football« . Il fut d’ailleurs un très grand footballeur : « Comme tous les Uruguayens, je voulais être joueur de football. Je jouais très bien, j´étais une merveille, mais seulement la nuit, quand je dormais: le jour j´étais la pire jambe de bois qu´on ait vu sur les petits terrains de mon pays« .

Dans « El futbol, sol y sombra » (« Le football, ombre et lumière » en V.F.), Galeano exprime en de très courts chapitres sa vision du football à travers le monde. Il passe de la jubilation extrême avec des buts grandioses, des dribbles magnifiques et des passes merveilleuses, au malaise le plus nauséeux engendré par les traditionnels travers de l’environnement du ballon rond.

Galeano ne se laisse donc pas aveugler par sa passion du foot. Au contraire, il y trouve de nouvelles ressources dans son combat de l’Amérique du Sud face aux grandes puissances. Il fustige notamment les complots des Coupes du Monde disputées en Europe où tout semble fait selon lui pour déstabiliser le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

Il reprend notamment l’exemple de la World Cup 1966 où les trois nations sud-américaines avaient été flouées par l’arbitrage.

Coupe du Monde 1938 : Un Exemple de Tensions Géopolitiques

Comme la précédente, cette compétition fut un championnat d’Europe. Seuls deux pays latino-américains, contre onze pays d’Europe, participèrent au Mondial 1938. L’Allemagne incorpora cinq joueurs de l’Autriche tout juste annexée.

La sélection allemande ainsi renforcée fit irruption dans le tournoi en se donnant des airs d’équipe invincible, avec le svastika sur la poitrine et toute la symbologie nazie du pouvoir, mais elle trébucha et tomba face à la modeste Suisse. L’Italie, en revanche, refit sa campagne du tournoi précédent.

Lors des demi-finales, les azzurri vainquirent le Brésil. Il y eut un penalty douteux, et les Brésiliens protestèrent en vain. Comme en 1934, tous les arbitres étaient européens. La presse officielle italienne avait fêté de cette façon la défaite de la sélection brésilienne : « Nous saluons le triomphe de l’intelligence italique sur la force brute des Noirs.

Le football, bien plus qu'un simple jeu, est un phénomène complexe, mêlant passion, politique et intérêts économiques. C'est ce que révèle l'œuvre d'Eduardo Galeano, "Le football, ombre et lumière", un livre qui explore les multiples facettes de ce sport universel.

Tableau récapitulatif des événements marquants :

Événement Année Description
Coupe du Monde en Argentine 1978 Coupe du monde organisée sous la dictature de Videla, marquée par la propagande et les violations des droits humains.
"Maracanazo" de Roberto Rojas 1989 Simulation de blessure de Rojas lors d'un match de qualification, entraînant la suspension du joueur et la disqualification du Chili.
Qualification des "Condors" au rugby 2023 Première qualification historique de l'équipe chilienne de rugby pour la Coupe du Monde.

[Bola Latina S04E10] 16 juillet 1950, le Maracanazo

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