Plus qu’un simple sport, le football en Algérie est une passion, une lutte et une fierté nationale. Pour comprendre l'importance des clubs de football en Algérie, il faut remonter à l'époque coloniale. Le football est né en Algérie sous le régime colonial et les jeunes Algériens ont créé les premiers clubs locaux dans les années 1920, afin de se démarquer des équipes françaises. Ces clubs n’étaient pas seulement des équipes de sport, ils incarnaient un message fort, une réponse silencieuse à l’oppression. Ils défendaient la culture, la fierté et parfois la liberté. Jouer un match pouvait signifier se lever.
Dans cet esprit, le CSC (Club Sportif Constantinois) est bien plus qu'un club de football; c'est une légende dont les racines plongent profondément dans l'histoire de Constantine. Le CSBC, basé à Sidi Djellis, a donné naissance en 1898 à l'IKBAL Emancipation, un club de football dont le premier comité s'est réuni à la ferme Bencheikh Lefgoun Sarkina.
Le CSBC a promu de nombreuses associations culturelles et sportives, suscitant un engouement constantinois qui a marqué le début d'un mouvement culturel et sportif important en Algérie, particulièrement à Constantine.
L’Étoile Club Musulman Constantinois a eu une existence de courte durée en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et a été contrainte de disparaître après l’armistice signé le 11 novembre 1918, sous la pression du pouvoir colonial.
C'était en 1918. De jeunes écoliers dont le plus âgé n'avait pas 18 ans, décidèrent de donner forme et vie au rêve qu'ils caressaient depuis que leurs yeux s'étaient ouverts sur un monde où une loi de jungle régnait, où le fort s'octroyait la part du lion et où le petit n'avait aucun droit de parole ou de contestation. Le sang bouillant de l'Algérien circulait dans leurs veines. Le tonnerre de la révolte grondait en eux.
Ils voulaient prendre l'arme fumante de leurs pères, qui ne s'est d'ailleurs jamais tue, et continuer la lutte contre l'oppression et l'injustice sur un autre front : le front sportif. Leur but, d'une noblesse exemplaire, était de montrer à un monde incrédule, que les hommes sont égaux et que ceux qu'ils croyaient faibles ou petits, étaient capables de se battre et de gagner.
Faisant preuve d'une témérité inouïe, ignorant jusqu'au moindre repos, délaissant leurs propres affaires, jetant à terre leur préoccupations personnelles et leurs problèmes familiaux, ils travaillaient d'arrache-pied dans le silence et l'anonymat, désirant de toutes leurs âmes réaliser ce qu'on pouvait alors qualifier d'impossible ou d'utopique.
Penser à donner aux colonisés que nous étions, une place dans le monde sportif, était, il faut le dire, une entreprise aussi ardue que périlleuse, qu'aucun avant eux n'avait pu ou osé entreprendre. Les démarches auprès des instances militaires et administratives se succédaient, ne semblant nullement accepter une fin. Les demandes, les notes tombaient à un rythme fou d'une vieille machine à écrire sur un bureau poussiéreux et branlant qu'on avait placé dans un coin d'une cave, qui était là, le nid de ce groupe d'oiseaux qui demandaient à voler de ses propres ailes, l'antre de ces indomptables lionceaux et tout le bien dont ils disposaient.
Chacun apportait ce qu'il pouvait; chacun versait ses litres quotidiens de sueur et de sang; chacun venait avec ses vagues d'espoir et de projets et repartait avec le lourd fardeau d'une mission à accomplir; aucun ne ménageait sa force ou ses moyens. Tous s'usaient contre les murs de la haine et de la violence. Tous se déchiraient contre les obstacles qui se dressaient inopinément sur leur chemin. Les yeux restaient aveugles et les oreilles sourdes à leurs supplices, mais des coeurs gonflés d'un idéal digne d'éloges et de louanges battaient à se rompre dans leurs poitrines jeunes et frêles.
Ni l'hostilité de l'occupant qui tremblait de peur devant le brusque éveil patriotique et la maturité de ces esprits d'adolescents, ni l'incompréhension des "vieux" auprès desquels ils cherchaient aide et appui et qui n'acceptaient pas l'idée de voir des "musulmans" jouer avec la tête du "Cid Ali", ne les arrêta. On lisait sur leurs visages imberbes la décision farouche de réussir, là où personne dans ce temps n'avait osé même pas se hasarder. Ils voulaient élever l'Algérien sur un piédestal et lui donner une équipe, et une place sur le podium.
Après un travail de "titans", le CSA - Club Sportif Algérois naquit (nous sommes en 1910). Mais la machine destructrice allait se mettre en branle. Les colonisateurs devinaient en la naissance de ce club, une affirmation de l'Algérien, une remise en cause du système colonial établi, une revendication à l'autodétermination.
"Pourquoi voulez-vous avoir un club?", leur disait-on. "Vous pouvez jouer dans les équipes françaises". Oui, ils pouvaient jouer; pas plus d'un par équipe et encore son rôle, aussi absurde et aussi drôle que cela puisse paraître, n'était pas sur les stades, mais dans la rue en tant que guide ou interprète.
Des hommes sans scrupules, se livraient dans l'ombre à une obscure besogne. Une idée fixe, infâme et vile les hantait : ronger, détruire, saccager ce que les enfants de l'Algérie avaient su dresser tel un mur devant eux. Les décisions pleuvaient, les lois s'inventaient. On attendait fébrilement une occasion.
Le Rôle des Clubs dans la Lutte pour l'Indépendance
Le MC Alger et l’USM Blida n’étaient pas de simples organisations sportives. Ce sont des armes communautaires contre l’oppression. Même dans les années 1950, le FLN (Front de libération nationale algérien) a constitué son équipe avec les meilleurs joueurs algériens qui avaient quitté la France pour soutenir la lutte pour l’indépendance. L’équipe ne se contentait pas de jouer, elle faisait aussi des déclarations politiques sur ces terrains internationaux.
1962, Algérie Indépendante : la Fête et la Violence | SLICE HISTOIRE | DOC COMPLET
Le football de club algérien sert durant les années 1950 de terrain de politisation et de lieu d'expression des oppositions idéologiques et communautaires de la société coloniale. Ce phénomène est utilisé politiquement à la fois par les autorités coloniales et par les nationalistes algériens dans une logique de guerre et de propagande.
En 1956, la plus ou moins bonne tenue des compétitions de football en Algérie et dans l'ensemble de l'Afrique du Nord ne fait guère illusion. La situation est explosive. L'accumulation de nombreux incidents n'y est pas étrangère. Un point de discorde déterminant intervient avant la finale de la Coupe d’Afrique du Nord 1956. L’affiche est composée par deux équipes de la même ville (algérienne), l’une européenne (Sporting Club Bel-Abbès) et l’autre musulmane (l’Union Sportive musulmane Bel-Abbès).
Ce qui inquiète les autorités, d’autant que la violence dans les stades algériens est maintenant coutumière. Pour cette finale, le capitaine de l’équipe européenne est autorisé à jouer alors que celui-ci était sous le coup d’une suspension. Le club musulman se sentant floué, décide ne pas se présenter à la finale.
Le FLN profite du ras-le-bol général pour appeler les clubs musulmans à un boycott des compétitions officielles. Cet appel est un succès, les clubs se sabordent et ne se retrouvent sur les terrains que lors du premier championnat de football de l'Algérie indépendante.
Le Front de Libération Nationale ne s'arrête pas en si bon chemin. Ce dernier met en place une équipe de football censée représenter l'Algérie révolutionnaire à travers le monde. Cette équipe qui est surnommée le « 11 de l’indépendance » dispute des matchs amicaux contre les sélections de pays passant outre les menaces de la FIFA.
Cette dernière menaçait d'expulsion toute fédération acceptant de jouer contre cette équipe. Celle-ci est notamment composé de joueurs professionnels algériens qui menaient carrière en France. Le premier nom qui nous vient à l'esprit est l'inévitable Rachid Mekhloufi. Alors qu'il joue pour l'A.S Saint-Etienne, il décide de s'évader de France en compagnie de huit autres joueurs algériens en avril 1958 (3). Ces joueurs ne verront pas les combats de près et passent la majeure partie de leur temps loin de l'Algérie. Mais ils sont des héros symboliques et exaltent le combat pour l'indépendance. Pendant ce temps, en Algérie, la guerre continue, ainsi que le football.
En effet, malgré le boycott des équipes musulmanes, les différentes ligues algériennes, bien que dépeuplées, continuent d'assurer le déroulement des compétitions. Les équipes européennes continuèrent de jouer, comme si de rien n'était. Cette attitude emboîtait le pas des autorités coloniales. Ces dernières utilisèrent aussi le football (et le sport en général) comme un outil de guerre. Afin de contrer la propagande du FLN, des tournées de clubs de la métropole, comme le Stade de Reims, furent organisées sur le territoire algérien.
Reims disposant de l'une des plus fameuses équipes européennes des années 1950 (finaliste de l'ancêtre de la Ligue des champions et plusieurs fois championne de France) ne pouvait qu'être la bienvenue. Un match en particulier fait sens. Celui opposant le Stade de Reims au Sporting Club d'El Biar. La rencontre a lieu au stade Marcel Cerdan, dans le quartier européen de Saint-Eugène à Alger (4).
Lors de cette rencontre on retrouve la fanfare du 9ème régiment de zouaves (Régime d'infanterie appartenant à l'Armée d'Afrique, fondé en 1914 et dissout en 1962) qui se charge de jouer l'hymne national. L'aspect militaire et solennel de la rencontre ne pourrait être plus complet. Dans la tribune d'honneur on trouve différents responsables coloniaux. Tout d'abord M. Rivet, le président de la Ligue d'Alger, qui fut précédemment cité. Ensuite, Raymond Laquière, le maire d'El Biar. Enfin, et c'est le plus important, Raoul Salan, Commandant supérieur Interarmées de l'Algérie, est également présent. Celui qui dispose des pleins pouvoirs militaires et qui termina comme chef de l'Organisation Armée Secrète (OAS) remet une coupe honorifique aux joueurs du Stade de Reims.
En temps de guerre, il faut tenter de mieux intégrer l'Algérie à la France, cela passe donc aussi par le sport. En plus du football, certaines étapes du Tour de France sont délocalisées en Algérie. Au niveau administratif, le football algérien intègre enfin le championnat national français. En effet, les équipes participant encore aux compétitions algériennes intègrent le tout nouveau CFA (Championnat de France Amateur) en 1959. Les clubs algériens forment le sixième groupe en compagnie des cinq autres groupes de la métropole (5). Mais tous ces efforts sont vains. Le FLN et son équipe gagnent leur indépendance ainsi que la « bataille » du football.
Aujourd'hui comme hier, les victoires du football algérien riment bien souvent avec les victoires politiques de son peuple. La deuxième victoire à la CAN de l'équipe algérienne de football accompagne un mouvement historique qui n'a connu nul pareil depuis au moins la fin des années 1980. Il est à noter que la première victoire en Coupe d'Afrique des Nations de l'Algérie en 1990 était intervenu lors de la libéralisation politique du pays. Celle qui donna les élections libres de 1991. Les événements terribles qui suivirent ces élections ne doivent pas troubler ce renouveau du football algérien et les espoirs que suscite le mouvement populaire ayant toujours cours. N'oublions pas la phrase pleine de malice de nombreux algériens : « On va gagner cette CAN, et ensuite notre liberté ! ».
Évolution du Football Algérien Après l'Indépendance
L’Algérie a accédé à l’indépendance en 1962 et a ensuite commencé à mettre en place son système de championnat. Les clubs ont fonctionné de manière semi-professionnelle jusqu’aux années 1990, mais les choses ont commencé à changer. Ce changement a apporté au professionnalisme une structure, des contrats et une concurrence sérieuse.
Les principaux tournants ont été les suivants:
- 1994: Création de la Ligue professionnelle 1 algérienne.
- 2009: Le règlement stipule que le manque de professionnalisme entraînera la suspension des clubs.
L’ES Sétif et la JS Kabylie ont commencé à attirer des talents et des sponsors sérieux. Les droits de diffusion télévisuelle ont rapporté de l’argent et ont transformé le football en business. Ces changements n’ont pas seulement amélioré le championnat. Ils ont fait des clubs algériens des concurrents africains de premier ordre. Un plus grand nombre de supporters avaient de quoi se réjouir, de meilleures données pour les parieurs, des équipes plus fortes et de vraies rivalités à suivre.

Logo du Championnat d'Algérie de football D1
Réalisations des Clubs Algériens sur la Scène Africaine
Les clubs algériens ont gagné à domicile et sur le continent. Certains ont choqué des géants et d’autres ont construit des dynasties. Si leurs victoires n’ont pas été chanceuses, ils ont travaillé dur pour les obtenir, avec du cran, de la tactique et un football sans peur. Ce sont ces clubs qui ont terrorisé le continent dans les compétitions de la CAF, transformant des héros nationaux ordinaires en héros continentaux.
ES Sétif - Double Champion d’Afrique
Tous les clubs ne sont pas comme l’ES Sétif, c’est la première équipe algérienne à avoir remporté la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1988, en battant l’Iwuanyanwu Nationale du Nigeria. Mais, ils ne se sont pas arrêtés là. En 2014, ils ont récidivé. Lors d’une finale tendue en deux manches, ils ont réussi à battre le Vita Club grâce à des buts marqués à l’extérieur.

ES Sétif - Double Champion d’Afrique
Cette victoire les a fait entrer dans la légende. En 2015, l’ES Sétif a complété son palmarès en battant Al-Ahly, géant du football africain, en Super Coupe de la CAF. L’ES Sétif a prouvé que les clubs algériens pouvaient jouer contre n’importe qui, n’importe où, et avec des contre-attaques audacieuses et une défense serrée, ils l’ont fait. Ses trophées parlent d’eux-mêmes. Pour les parieurs, c’est une équipe qui joue toujours à fond dans les matchs à enjeu.
JS Kabylie - Les Rois de la Coupe de la Confédération
L’assassin silencieux de l’Afrique, c’est la JS Kabylie. En 2000, 2001 et 2002, elle a remporté trois fois de suite la Coupe de la CAF, un record qu’elle détient toujours. Cela leur a permis de battre les équipes d’Angola, d’Égypte et de Tunisie. Il ne s’agissait pas d’un coup de chance, mais d’un football cohérent et dominant du début à la fin.
Le succès n’était pas dû à l’argent, mais à une tactique intelligente combinée à un talent brut. Les adversaires faisaient des cauchemars lorsque les matches à domicile de la Kabylie se déroulaient à Tizi Ouzou. En outre, le club a remporté plusieurs titres nationaux et a failli remporter la finale de la Ligue des champions de la CAF en 1983. La JSK est toujours un nom à retenir pour les parieurs lorsqu’ils recherchent une cohérence historique et une mentalité de coupe.
Culture des Supporters et Rivalités Locales
En Algérie, la vie est au football. Les tambours, les fumigènes, les pétards et les chants assourdissants remplissent les stades. Chaque club a ses couleurs et son hymne. Pour beaucoup, le football n’est pas un divertissement, c’est un héritage. Ce que je représente, c’est mon quartier, ma ville et mon peuple. L’air est chargé dans certains matchs, même l’air.
La rivalité la plus féroce ? MC Alger contre USM Alger. C’est le « Derby d’Alger », plus qu’un simple match. Les billets se vendent en quelques heures. Les fusées éclairent le ciel. La défaite n’est pas envisageable, les supporters pleurent, crient et parfois se battent - autres affrontements légendaires : JS Kabylie vs CR Belouizdad ou CS Constantine vs ES Sétif. Chaque région a son combat. Et chaque bataille a une histoire.
Développement des Jeunes et Potentiel Futur
Les clubs algériens dépensent de l’argent pour l’avenir : académies modernes, amélioration de l’encadrement et détection précoce. Localement, de jeunes talents tels que Riyad Mahrez ont vu le jour. Aujourd’hui, les clubs veulent former, et pas seulement acheter. La nouvelle génération est déjà là, plus rapide, plus intelligente et prête à s’élever et à gagner.