Le Football et la Guerre en Yougoslavie: Une Histoire Entrelacée

Le football, de par sa dimension sociale, ne peut échapper aux soubresauts de l’histoire. Si le jeu est souvent une victime collatérale des conflits, il peut parfois se trouver en position d’acteur. Rarement sur le terrain, plus souvent en tribunes.

Le démembrement de la Yougoslavie ne semble pas avoir eu d'impact majeur sur la qualité intrinsèque de ses footballeurs. Comme dans d'autres pays, le football de rue fait bon ménage avec une économie faible et un niveau de vie modeste. Le football reste un ascenseur social recherché.

Carte ethnique de la Yougoslavie en 1991.

Les Tribunes et les Nationalismes

Dans les pays autoritaires, les stades de football sont souvent le refuge des revendications. C’est donc dans les tribunes de l’Étoile Rouge, du Partizan, du Dinamo Zagreb, de Hajduk Split, qu’ont germé dans les années 1980 les nationalismes serbes et croates. La Yougoslavie de Tito, mort en mai 1980, traversait une crise économique que la population attribuait aux autorités fédérales. L’idée qu’il fallait en finir avec le mythe yougoslave s’est donc très rapidement développé sous les oripeaux des clubs de foot.

En 1992, le pays était exclu de toutes les compétitions internationales par la FIFA. La Bosnie, la Macédoine, la Slovénie et la Croatie créaient leurs propres fédérations. La constitution de petits championnats nationaux a fait baisser le niveau du jeu et isolé de grands clubs tels que le Dynamo Zagreb et Hajduk Split en Croatie, Partizan Belgrade et Etoile rouge de Belgrade en Serbie.

Des sportifs se sont expatriés, d’autres au contraire ont joué la carte nationaliste, rejoignant, pour certains, le criminel de guerre Arkan, passé de la tête des supporteurs extrémistes de l’Etoile rouge à celle du club Obilic, dans la banlieue de Belgrade.

En 1990, une rencontre opposant le Dinamo Zagreb à l’Étoile Rouge de Belgrade est annulée en raison d’une bataille rangée entre supporters des deux camps. On y voit même un joueur, Zvonimir Boban, s’en prendre violemment à un policier. Plus qu’une bagarre entre deux groupes de supporters, les observateurs y voient une bataille entre Serbes et Croates. L’image de Boban, footballeur croate, frappant le policier au service du pouvoir serbe, est devenu une image forte au cœur d’un événement dramatique qui sonne pour de bon la fin de l’unité yougoslave.

Guerres de YOUGOSLAVIE : Histoire du conflit entre les peuples slaves - Documentaire Histoire - AT

De Boban à Arkan: Quand le Terrain Devient Champ de Bataille

Lorsque la guerre éclate, les armées n’ont aucun mal à recruter ses soldats au sein des groupes de supporters. A Belgrade, les fans de l’Étoile Rouge rejoignent Zeljko Raznatovic, tristement plus connu sous le surnom d’Arkan, exécuteur de basses besognes du pouvoir serbe et qui se fera un nom durant la guerre civile parmi les miliciens les plus cruels.

Pendant le conflit, la création de championnats autonomes et d’équipes nationales représentant les républiques ont également été des actes de guerre ou du moins de résistance. Mais on a également observé de vaines initiatives à vouloir préserver l’idéal yougoslave.

Le récent vote pour l'indépendance du Monténégro a achevé la division politique et sportive de cette région.

Carte des guerres de Yougoslavie.

L'Exode des Talents et la Recherche de Nouveaux Marchés

Jusqu'à l'éclatement de la Yougoslavie, les joueurs ne pouvaient pas intégrer des clubs étrangers avant 28 ans. L'arrêt Bosman, rendu en 1995 par la Cour européenne de justice, ordonnant la libre circulation des joueurs, a également touché les Balkans.

Ivan Curkovic confirme : "Les jeunes ne pensent plus qu’à partir et comme les clubs étrangers veulent prendre les joueurs le plus tôt possible pour payer moins cher et les former eux-mêmes, la lutte est rude." Pour se préserver, le Partizan comme l’Etoile rouge imposent à leurs recrues des contrats de 18 à 22 ans. Ensuite, à chacun de faire sa route. Mais la marge est faible car les clubs serbes ou croates y trouvent aussi leur compte.

"Nous vivons du produit des transferts qui représente 70 % de notre budget, confie Ivan Curkovic, et les marchés espagnol, italien ou anglais se ferment peu à peu." "L'avenir de nos clubs, renchérit Dragan Stojkovic, passe par les marchés russe et ukrainien, qui s'ouvrent et disposent de réserves financières désormais suffisantes pour acheter nos joueurs."

Cette évolution n'a pas empêché le FC Nantes de recruter, pour la saison prochaine, Vladimir Stojkovic, âgé de 23 ans, qui gardait les buts de l'Etoile rouge Belgrade et ceux de la sélection nationale Espoirs. Et l'Atletico Madrid ne tarit pas d'éloges sur son buteur Mateja Kezman. Quant au milieu de terrain de l'Inter Milan, Dejan Stankovic, si son manque d'âme et de brio lui vaut quelques critiques en Serbie, son club loue son aptitude aux tâches ingrates du football moderne...

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