Le Coq Sportif : Histoire d'une marque emblématique du sport français

Depuis des siècles, les plus grands sportifs sont habillés par Le Coq Sportif. La marque est présente sur les plus belles compétitions comme les Jeux Olympiques, le Tour de France et la Coupe du Monde de la FIFA, ce qui en fait une marque culte. Voici l’histoire d’un succès Made in France au rayonnement international.

Les débuts : l'atelier de bonneterie Romillonne

À la fin du XIVème siècle, dans un atelier de bonneterie de Romilly-sur-Seine, un passionné de sport élabore une ligne de vêtements en jersey pour ses amis athlètes. Émile Camuset crée en 1882, le Coq Sportif bonneterie Romillonne. Amateurs et professionnels s’y intéressent. Dès 1920, ce passionné de sport oriente son usine vers la production de vêtements souples et respirants pour les sportifs : cyclistes, footballeurs et rugbymen. Il innove en mélangeant le coton côtelé, au molleton et au jersey, tranchant avec les vêtements rigides de l’époque. Il fut ainsi l’un des premiers inventeurs du survêtement moderne.

En 1948, le célèbre coq fait son apparition sur les étiquettes et le nom de marque est déposé en 1950. Le logo, associé au drapeau bleu blanc rouge, évoluera au fil des ans sans perdre ses fondamentaux.

L'ascension vers la notoriété

La marque accompagne les institutions sportives depuis leur naissance : le Comité International Olympique (CIO) en 1894, les 1ers Jeux Olympiques modernes en 1896, la Fédération Française de Rugby et le 1er Tour de France en 1903. À la veille de la seconde guerre Mondiale, l’enseigne sort le « costume du dimanche », le premier survêtement de l’histoire. Le Tour de France 1951 initie l’entreprise aux grandes compétitions et victoires. Et aussi main sur le trophée.

La marque devient l’un des fleurons de l’industrie textile française en s’associant à des événements sportifs internationaux. En 2005, c’est un autre entrepreneur passionné de sport, le Suisse Marc-Henri Beausire, ancien banquier, qui va relancer la mode autour de la marque tricolore. Il la rachète via son fonds d’investissement Airesis et décide de la réinstaller à son adresse historique. En 2010, un centre de recherche et développement ouvre à Romilly-sur-Seine, puis un atelier de production. En 2021, une grande partie de la production est rapatriée dans l’Aube. La marque développe l’essentiel de ses matières textiles et conçoit ses prototypes sur place. Les tee-shirts et sweat-shirts sont tricotés et teints en France, avant d’être assemblés au Portugal et au Maroc. Une série de baskets est entièrement fabriquée en Lorraine.

Les années de gloire : victoires et partenariats emblématiques

Avec la marque, en 1981, le XV de France gagne son troisième Grand Chelem. L’Italie de Dino Zoff devient championne du monde de football, pour la troisième fois en 1982. Yannick Noah s’impose aux simples messieurs de Roland-Garros l’année suivante, face au tenant du titre, Mats Wilander. Une finale mémorable. L’Argentine et Maradona réitèrent leur victoire à la Coupe du Monde de football, en 1986. Et tout ça avec le Coq Sportif, qui continue de s’étendre vers d’autres sports.

De nombreux ambassadeurs représentent avec amour la marque : le nageur Yannick Agnel médaillé d’or et d’argent aux JO de Londres en 2012, Richard Gasquet, tennisman, Frédéric Michalak rugbyman et David Aubry, nageur qualifié pour Paris 2024. Mais aussi le célèbre Yannick Noah. L’athlète et l’enseigne se rapprochent après son succès sur le court parisien en 1983. Le tennisman est le dernier Français vainqueur du tournoi de Roland-Garros. Noah deviendra ambassadeur puis actionnaire.

Yannick Noah

Le Coq Sportif et les Jeux Olympiques : une longue histoire commune

De l’histoire des Jeux Olympiques, le Coq Sportif et les athlètes olympiques tricolores ont contribués à écrire quelques lignes… vieilles de 112 ans. En effet, les champions Français, tous sports confondus, ont été équipés (au village, pendant les cérémonies et podiums) par la marque à chaque édition depuis les Jeux de Stockholm en 1912. Entre 2020 et 2021, elle devient partenaire officiel de Paris de 2024 et partenaire premium de l’Équipe de France Olympique et Paralympique.

Afin de célébrer cette association, Stéphane Ashpool, designer du label Pigalle Paris, devient le directeur artistique des collections de l’Équipe de France Olympique et Paralympique. Cette collaboration à un double-sens pour lui : honorer la France et ses sportifs mais aussi sa ville. Né et élevé à Montmartre, la ville lumière l’inspire par son sens de la mode et sa prestance.

En 2022, il est venu à la rencontre des athlètes du Coq Sportif dans l’usine historique de Romilly-sur-Seine. Ils se livrent sur leurs parcours, leurs émotions et sur leurs passions. De cet échange naît une gamme aux couleurs des Français. La mixité des cultures, des femmes, des hommes, enfants du pays en symbole fort. Sur les produits (tenues de représentation, entraînements et de compétition), cet élément est illustré par les mélanges des couleurs tricolores et des matières. Le bleu et le rouge symbolise le chemin parcouru. Plus les épreuves passent, plus la puissance de la performance s’affirme dans la compétition. Mais celle-ci s’épanouit dans le blanc central, figure de la lumière pure de la victoire, du podium. Le drapeau est sublimé par la fine gradience. Ici, rien n’est laissé au hasard.

Cette ligne élégante a été travaillée pendant trois ans avec les équipes du Coq Spotif, des Fédérations françaises, du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF). Les athlètes de plus de 60 disciplines olympiques et paralympiques arboreront fièrement ces tenues. Par ailleurs tous les textiles proviennent d’usines voisines. Le choix s’est axé sur le local par soucis de qualité, de proximité et de respect de l’environnement.

La première collection rend hommage à l’emblématique place Concorde. La plus conséquente des créations du siècle des Lumières deviendra une arène où disciplines modernes et urbaines s’exprimeront comme le basketball (3×3), le BMX freestyle, le skakeboard et l’inédite danse breaking. Les lignes géométriques des plans d’architecture de l’obélisque sont exaltées par le savoir-faire de l’équipementier dans cette collection Lifestyle et Footwear. Elle est composée d’un t-shirt, d’un hoodie ainsi que des sneakers. La marque joue avec la temporalité et avec les énergies diverses de la plus grande place parisienne. Le méridien et le crépuscule sont déclinés en deux gammes avec la R1100 Concorde Midi et la R 1100 Concorde Minuit. Le sport et le patrimoine architectural sont mis en lumière.

Quatre pièces ont été imaginées dans un style raffiné : un t-shirt manches longues, un hoodie et deux t-shirts. Le motif met en exergue la luminosité et la palette colorée de l’iconique verrière. Sur cette collaboration avec Paris 2024, les ateliers ont adopté une technique innovante pour un rendu en 3D. Ces prochains mois, deux autres capsules viendront compléter la série.

🐓 Pourquoi Le Coq Sportif ne chante plus

Les difficultés financières et le redressement judiciaire

Il fut un temps où Le Coq Sportif régnait sur les terrains de football. Si l’image de la marque restait forte auprès des passionnés de football, son poids dans l’industrie s’est effondré au fil des décennies. Ces mastodontes du marché multiplient les contrats avec les plus grands clubs et mettent en place une stratégie ultra-agressive de sponsoring. Cela affecte l’image d’une marque jouant sur le made in France.

Après avoir été racheté par Adidas dans les années 1970, Le Coq sportif dépend de la holding suisse Sardan qui justifie les délocalisations par des résultats en baisse.

Malgré ce regain de popularité, des difficultés financières apparaissent. L’État et la région Grand Est soutiennent l’entreprise pour lui permettre d’augmenter la production de l’usine historique de Romilly-sur-Seine, en vue des JO 2024. « Malgré les Jeux olympiques, Le Coq sportif n’a pas pu bénéficier d’un surcroît de demande qui aurait pu résoudre les difficultés », a regretté le ministre de l’économie, Antoine Armand, en décembre dernier, quelques jours après le placement en redressement judiciaire de l’entreprise.

Usine Le Coq Sportif à Romilly-sur-Seine

Le Coq sportif est aujourd’hui endetté envers des acteurs publics (entre 60 et 70 millions d’euros). La marque est également en litige avec la Fédération française de rugby, qui lui réclame 5,3 millions d’euros d’impayés suite à des contrats de sponsoring, de royalties non réglées et d’intérêts de retard.

Placée en redressement judiciaire en novembre 2024, lourdement endettée, la célèbre marque française d’articles de sport attend de savoir si elle trouvera un repreneur. Alors qu’une offre vient d’être déposée par un consortium d’investisseurs, selon un communiqué publié mercredi 14 mai, les 410 salariés de l’équipementier - dont 300 sont basés en France - espèrent pouvoir continuer de faire vivre leur savoir-faire.

Un avenir incertain ?

C’est dans ce contexte qu’un consortium d’investisseurs, rassemblant la société d’investissement Neopar (spécialisée dans le redressement), le Français Xavier Niel, l’actuel PDG du Coq sportif (Marc-Henri Beausire), la famille Camuset, (fondatrice de la marque) et le groupe américain Iconix (Umbro et Lee Cooper) ont déposé une offre de reprise.

Un rachat par un investisseur : la marque possède encore un fort capital historique et émotionnel, notamment en France et en Amérique du Sud. Même en cas de relance, la reconquête du football professionnel serait un pari risqué. Mais dans un monde où le business du football est plus impitoyable que jamais, une marque iconique ne suffit plus à survivre. Peut-il renaître ? Rien n’est impossible, mais l’heure est à l’incertitude.

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