Le Beau Jeu: Définition et Philosophie du Football

Dans le monde du football, l'expression « le beau jeu » est courante, mais sa signification profonde mérite d'être explorée. Cet article se propose de définir clairement ce concept, en différenciant les termes et en examinant l'importance du jeu en tant que divertissement, tout en considérant la compétition et les valeurs qui y sont associées.

L'Essence du Jeu

Au départ, le « jeu » doit être compris dans sa définition la plus simple. « Jouer » provient du latin « jocari », signifiant plaisanter, s’amuser, se divertir. Retrouver le sens profond de ce mot nous rappelle que, malgré le sérieux du football, cela reste avant tout un divertissement dans la société. L’institutionnalisation de la « compétition » par les acteurs du sport (enjeux financiers, nationalismes, etc.) déforme cette idée originale.

Cela dit, compétition et jeu sont-ils à opposer ? À partir de là, chaque équipe élabore un modèle de jeu qui cherche à concilier toutes les contraintes en sa faveur. L’histoire du football est marquée par de nombreux modèles très variés, qui ont souvent conduit à des victoires tout en faisant l’objet de débats parmi les spécialistes. C’est ce qui confère son originalité à ce sport.

Le Beau vs. L'Agréable

En poursuivant l’analyse, nous faisons appel au philosophe Kant pour tenter d’être le plus précis possible. À la manière du philosophe allemand, nous différencions par définition « le beau » de « l’agréable ». Il s’agit d’une distinction essentielle. L’idée d’agréable évoque le personnel, quelque chose que chacun est libre ou non de partager.

À l’opposé, la notion de « beau » est plus forte et intersubjective, car elle fait référence à une émotion plus élevée qu’un individu, qu’il soit initié ou non, ressent face à l’objet observé. Ce qui est beau engendre une émotion « universelle », au-delà de notre affection personnelle et du contexte. Sans rechercher une éventuelle « objectivité » chimérique, le « beau », par son accès à une reconnaissance diversifiée et collective, s’élève au-dessus de l’agréable. Le défi consiste à le formaliser, à l’exprimer avec des mots pour pouvoir le partager.

La volonté de partage met déjà en difficulté, car les mots n’atteignent pas toujours l’intensité de l’émotion vécue. Francisco « Pacho » Maturana, illustre entraîneur colombien, admet lui-même la difficulté d’exprimer ces émotions : « Bien jouer, les gens savent ce que c’est. Il n’y a pas besoin de chercher plus loin. Il y a des matchs où, même si leurs équipes perdent, le public applaudit à la fin. Le public reconnaît facilement le bon football. Les gens ne sont pas idiots et les footballeurs jouent pour eux.

Cependant, en utilisant l’analogie avec Kant, nous croyons que le football est un fait social total, et que le spectateur est celui qui le fait vivre dans nos cœurs jour après jour. Ainsi, le « beau jeu » consiste à offrir des émotions aux spectateurs, aux joueurs et à soi-même. Les émotions suscitées par le « beau jeu » sont positives : joie, plaisir, enthousiasme, inspiration. Si un spectateur s’ennuie ou ne prend aucun plaisir à regarder son équipe, voire pire, s’endort, il éprouve des émotions négatives face à un match. Peut-on affirmer que les équipes sur le terrain produisent du beau jeu ?

Cependant, se limiter à cette explication serait clairement insuffisant. Pratiquer un football « beau » ne signifie pas toujours « bien » jouer au football. De nombreux suiveurs ou spécialistes ignorent cette différence fondamentale. Si un entraîneur parvient à tirer profit des contraintes du jeu pour remporter le match, alors il a « bien » joué au football. Cet argument est valide et fréquemment utilisé par beaucoup d’entraîneurs, mais il reste très limitatif.

Prenons l’exemple d’un manager qui exploite les points forts de son équipe, avec des joueurs robustes, efficaces dans les airs et sur les longs ballons, pour gagner de cette manière, il aura « bien » joué. Il a maximisé le potentiel de son équipe. L’idée ou le schéma de jeu qu’une équipe parvient à instiller sur le terrain, en posant des problèmes à l’adversaire tout en répondant aux défis présentés par celui-ci, tout cela en remportant des matches, constitue ce que l’on appelle le « bien jouer » en football.

Néanmoins, tous les moyens sont-ils acceptables pour gagner ? Pour tous ceux qui ont touché un ballon un jour, lors d’un match dans la cour d’école, est-ce que tous les gestes du football ont véritablement la même valeur ? Dans ce sport, l’exploit individuel est-il plus simple que l’harmonisation d’un collectif ? L’objectif est de faire valoir que certains moyens sont indéniablement supérieurs à d’autres.

Qui Détermine Ce Qui Est Beau?

La réponse est complexe. Mais, qu’on le veuille ou non, chacun sait au fond de lui qu’il est plus facile de détruire que de construire. Car construire nécessite technique et un processus réfléchi, tandis que détruire est souvent instinctif. Ce postulat s’applique au football. Par exemple, dégager le ballon lorsqu’il s’approche de nous est toujours plus instinctif que de prendre le temps de le contrôler pour passer à un coéquipier malgré la pression.

Tous les joueurs de football réalisent, quel que soit leur niveau, qu’il est plus difficile de jouer techniquement lorsque l’espace et le temps sont limités. Cette variable est moins importante lorsqu’il s’agit de contrecarrer le jeu adverse. Ces exemples, certes caricaturaux, mettent en lumière ce qui, dans le football, permet d’atteindre le beau et de justifier que toutes les façons de jouer ne se valent pas, même si l’on gagne.

Qui n’a jamais plaisanté sur son incapacité à dribbler plusieurs joueurs sur le terrain, malgré tous les entraînements passés ? Pourquoi admire-t-on l’Atalanta Bergame de Gaspérini, l’Ajax d’Amsterdam, le Manchester United de Ferguson, ou les équipes de Guardiola ? Car, avec des joueurs variés, plus ou moins connus, il existe à la fois une qualité individuelle et une expression dans un cadre collectif difficile à réaliser.

Le spectateur. C’est un principe fondamental. Le footballeur, l’entraîneur ou le président ne doit jamais oublier qu’il pratique ce jeu pour lui, mais également pour les autres. Ces spectateurs, il faut leur témoigner du respect. Ces individus priorisent et valorisent même s’ils n’ont pas toujours les mots justes. Même inconsciemment, le passionné va toujours au-delà de la simple victoire ou défaite lorsqu’il assiste à un match. Ils classent le match sur l’échelle de la beauté. Sinon, comment expliquer que l’on se souvienne des Pays-Bas de Johan Cruyff, même s’ils n’ont jamais remporté de trophée ?

Il est désormais temps pour de nombreux formateurs, entraîneurs ou éducateurs de rétorquer que ce jeu technique et intelligent, en somme protagoniste, est réservé à une élite, qu’il s’agisse de clubs ou d’entraîneurs renommés. De plus, on pourrait dire qu’il est impossible de jouer un football protagoniste avec n’importe quels joueurs. Un budget conséquent serait donc nécessaire pour atteindre cet objectif.

Bien que le football protagoniste soit difficile à définir dans sa globalité en raison de ses diverses manifestations, nous pouvons nous en approcher en expliquant ce qu’il n’est pas. Le football protagoniste s’oppose à la spéculation. Il repose sur des initiatives. Prenons l’exemple du football pratiqué par les enfants et adolescents, auquel certains reprochent un excès de « championnite ».

Au cours de la formation du joueur, doit-on enseigner d’abord à « attendre », à « spéculer sur l’erreur de l’adversaire » ? Même s’il faudrait un article complet pour définir ce que signifie « attendre dans le football », nous pensons qu’il est davantage bénéfique et éducatif d’apprendre au joueur à « prendre l’initiative », à « assumer ses responsabilités », à « dévoiler son talent ».

C’est ici qu’intervient pour constituer une plateforme de ressources pour tous les passionnés et autodidactes qui partagent l’idée qu’un football attirant n’est pas seulement une question de moyens. Nous proposons, à travers ces articles et analyses, des modèles de jeu inspirants qui peuvent servir de références aux passionnés et aux entraîneurs désirant s’engager dans une telle aventure.

Un technicien renommé a parfaitement résumé la situation : « Il n’y a pas de bons ou de mauvais entraîneurs : il y a des entraîneurs courageux et les autres. À travers la publication d’articles réguliers, nous offrons aux passionnés de football protagoniste l’opportunité de le découvrir.

Le Fair-Play : Une Composante Essentielle

L’expression « fair-play » vient de l’association de deux mots d’origine anglaise : Fair, qui signifie franc, loyal, et Play qui signifie le jeu, jouer. Lorsque l’on est fair-play, on respecte à la fois les règles et l’adversaire. Il semblerait que la première association de ces deux mots ait été faite par Shakespeare, dans Le Roi Jean, en 1598.

Shakespeare entend par là le rapport courtois entre des adversaires pendant la guerre. La notion de fair-play se développe parmi la chevalerie et des règles de fair-play sont édictées :

  • Ne pas attaquer un ennemi désarmé,
  • Défendre les faibles, être fidèle (à son royaume, son souverain, etc.),
  • Être courageux,
  • Être généreux et hospitaliers,
  • Tenir parole,
  • Avoir de bonnes manières.

Au XIX, les valeurs du fair-play sont enseignées dans les séances d’éducation sportive des collèges britanniques, mettant en avant le respect des règles et le respect de l’autre.

En France, l’expression apparaît pour la première fois en 1856, lorsque le journaliste et homme politique Charles de Montalembert l’utilise pour parler des débats politiques. Il l’emploie pour illustrer « le besoin d'entendre discuter toutes les faces de la question, d'accorder la parole à tous les intérêts, à tous les partis... »

Pierre de Coubertin (1896-1925) va populariser l’expression. Féru de culture anglo-saxonne, il découvre la pratique du sport à l’école en Angleterre et les valeurs qui y sont attachées. Lorsqu’en 1894 il modernise les Jeux Olympiques et met en place le Comité International Olympique, la notion de fair-play entre dans les textes fondateurs. Aujourd’hui encore, les valeurs de l’olympisme sont : excellence, amitié, respect des règles, des autres et de soi.

Au XXe siècle, en France, l’expression fair-play s’est popularisée et a été appliquée à toute situation dans laquelle tensions et conflits sont sous-jacents et risquent de dégénérer. Dans le sport, les beaux gestes sont des moments qui retiennent l’attention, qui font aimer le sport, que l’on pratique ou non.

Le fair-play est devenu un état d’esprit, dont les principes s’appliquent dans divers cadres et impliquent différentes notions. C’est être bon joueur, c’est-à-dire maîtriser la technique et savoir gagner ou perdre avec élégance et humilité. C’est avoir du respect, pour les règles, pour l’autre, quelles que soient ses différences. Bref, être fair-play, c'est assumer ses victoires et ses échecs avec classe quoi !

Bien qu’issue de la guerre, le terme de fair-play a acquis ses lettres de noblesse à travers les siècles. Après le sport, le fair-play a essaimé des valeurs que chacun peut s’approprier et appliquer, que ce soit sur la route (on parle plus souvent de courtoisie), au travail, dans les discussions… ou dans le sport.

Voici un tableau résumant les principales valeurs du fair-play :

Valeur Description
Respect Respect des règles, de l'adversaire, et de soi-même.
Loyauté Être franc et honnête dans le jeu.
Courage Affronter les défis avec détermination.
Humilité Savoir gagner et perdre avec élégance.
Générosité Être prêt à aider les autres et à partager.

SYSTEME 433 - L'ANIMATION OFFENSIVE | TACTIQUE

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