La Ligue des Justiciers : Le Paradoxe Flashpoint - Une Explication Détaillée

Publié le 20 mars 2024, cet article se penche sur La Ligue des Justiciers : Le Paradoxe Flashpoint, un film d’animation de l’écurie DC sorti en 2013. Ce film s'éloigne fréquemment du comics, et ces choix peuvent être considérés comme judicieux tout comme ils pourraient être détestables. Le dessin animé s’éloigne également de tous les longs métrages que l’on a pu voir jusque-là.

Affiche du film La Ligue des Justiciers : Le Paradoxe Flashpoint

Synopsis et Contexte

Barry Allen / Flash, est un super-héros dont le pouvoir est la vitesse. Cette vitesse fait que Flash possède de nombreuses aptitudes. Il peut courir rapidement sur terre mais également sur les immeubles et sur l’eau. Il peut également créer des tornades ou encore faire vibrer ses molécules pour traverser la matière. Un autre de ses pouvoirs, celui qui nous intéresse dans cet article, est le fait de pouvoir courir suffisamment vite afin de voyager dans le temps.

Un jour, Barry se réveille au boulot et découvre qu’énormément de choses ont changé. Ainsi, Flash n’a plus de pouvoirs, Aquaman et Wonder Woman (et leur peuple respectif) se font la guerre, Superman semble inexistant et Batman est en réalité Thomas Wayne, le père de Bruce, assassiné lorsqu’il était enfant. Le super-héros tente alors de récupérer ses pouvoirs afin de rétablir la situation qu’il connait. C’est durant cette tentative qu’il découvre qu’il est à l’origine de cette « fausse réalité ».

Tout cela a lieu parce que Barry Allen remonte le temps afin d’effacer de la ligne du temps le plus grand traumatisme de sa vie : l’assassinat de sa mère alors qu’il était encore enfant.

Importance Éditoriale du Comics

Si, de manière générale, le comics a ses points forts et points faibles, il faut bien avoir en tête qu’il a, avant tout, une importance capitale d’un point de vue purement éditorial. En effet, il a été clairement demandé à Geoff Johns de mettre en avant une histoire qui expliquerait le relaunch général de DC de 2011 (ce qui sous-entend une remise à zéro des différents titres). La narration a donc, avant tout, un rôle de transition entre ce que nous connaissions jusque-là et le relaunch prévu par les éditeurs.

Autrement dit, c’est suite à cette aventure de Flash que le « top départ » du New 52 de 2011 est lancé. Notons d’ailleurs que ce n’est pas la première fois que le scénario d’un comics a pour but un brusque changement éditorial.

Remettre la numérotation à zéro a ses avantages. Le premier, et sans doute le plus important du point de vue de l'éditeur, c'est le côté "marketing". Sur une simple décision, vous proposez au lecteur un nouveau Batman #1, Superman #1, Action #1 et j'en passe et des meilleurs. Autrement dit, vous avez toutes les chances de récupérer de nouveaux lecteurs puisque vous laissez sous-entendre que l'histoire "recommence". Dans le même ordre d'idée, les numéros seront également achetés sans doute plus que la moyenne par les collectionneurs ou les spéculateurs.

A côté de cela, le lancement du New 52 était également l'occasion pour l'éditeur de proposer de nouvelles choses. La première était de sortir les comics au format papier et numérique le même jour. Du point de vue du contenu, c'était l'occasion de mettre en avant des personnages plus secondaires mais également d'apporter quelques modifications dans la continuité existante afin de rendre certains personnages plus attractifs, plus modernes.

Geoff Johns, au niveau du scénario, a pris le parti de ne pas jouer la carte du simple « effet papillon » dont le principe est, je vous le rappelle, « un battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ». Le choix s’avère judicieux car, effectivement, bien que l’absence de la mort de la mère de Barry puisse avoir de fâcheuses répercutions, il reste assez peu concevable que Wonder Woman et Aquaman se livrent à une guerre pour autant. Ainsi, l’auteur explique la chose en se focalisant avant tout sur l’acte même de retourner vers le passé. C’est parce que Barry est retourné dans le passé qu’il a fragilisé l’univers et qu’il y a eu autant de changements.

Différences entre le Comics et l'Animé

Je suppose que vous vous en doutez : l’animé n’a pas de « but » bien précis du point de vue de DC. Ils n’ont pas mis ce projet en place afin d’expliquer quelque chose, contrairement aux comics. Cette fois, le seul intérêt est d’adapter une bonne histoire. Or, comme toute adaptation, il y a de nombreuses différences avec le comics.

Cette petite liste de différence commence dès la lecture du titre. Pour le comics, vous avec Flashpoint, une histoire sur Flash donc. Pour l’animé, on glisse sur La ligue des Justiciers : Le paradoxe Flashpoint. Un titre accrocheur, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ce changement ? Je pense que l’explication est assez simple : la ligue de justice vend plus de rêve que Flash.

Couverture du comics Flashpoint

Le super-héros souvent considéré à tort comme étant un « type qui ne fait que courir rapidement » fait pâle figure face à une équipe entière de super-héros plus incroyables les uns que les autres. Du coup, et pour avoir un titre disons… relativement contractuel, il a fallu donner plus d’importance à la ligue (bien qu’elle était déjà présente dans l’histoire de base). Pour cela, une toute petite scène a été ajoutée dès le début de l’histoire. Ainsi, dans l’animé, nous pouvons voir les Lascars tendrent un piège (sous la direction de Zoom) à Flash qui est sauvé en partie grâce à la ligue de justiciers. Une scène sympathique qui permet de voir les ennemis de Flash, on ne va pas s’en plaindre. De même, de ce combat découle une autre scène dans laquelle Zoom sous-entend à Barry qu’il a échoué lorsqu’il devait sauver la seule personne qui avait réellement compté pour lui. Une scène qui donne une raison, une certaine logique au voyage de Flash et donc, qui a son importance.

Par contre, nous avons aussi le revers de la médaille. Si la Justice League est plus mise en avant, cela sous-entend, forcément, que quelque chose d’autre est mis en retrait. Ce quelque chose est Zoom qui est bien le méchant de l’histoire mais dont on ne sait rien. En effet, dans le comics, nous avons toute une partie sur Eobard Thawne et notamment sur ses origines, ses premiers meurtres et son ascension dans la société du futur. Il n’y a rien de cela dans le dessin animé (une hypothèse serait que cela recentrerait trop l’action sur l’univers de Flash et non plus celui de la ligue ?). Ceci, par contre, est clairement dommage car son passé (ou son futur passé… ? Bref !) était assez original, fun à suivre et assez important.

Par contre, on notera que tous ses retours dans le passé n’ont pas eu de répercussions outre mesure alors que celui de Flash, le seul qu’il ait effectué, oui. Pourquoi ? Une autre différence de taille, et dont on ne se plaindra pas, concerne les combats. Forcément, le tout est bien plus détaillé et plus long dans le dessin animé. Même le combat Batman contre Yoyo fait quelques minutes. D’ailleurs, ce combat final prend des proportions délirantes dans le dessin animé avec bien plus de morts et de scènes « choc ».

La seule déception reste la mort de Billy, un des enfants qui forment Shazam. Dans le dessin animé, il meurt des mains de Wonder Woman. C’est le cas également dans le comics sauf qu’il y est carrément transpercé et que Flash ne manque pas de signaler que c’était « juste un gamin », renforçant le côté dramatique, chose absente dans l’animé. On peut noter, par contre, que cette mort un peu plus « légère » dans le dessin animé peut être compensée par celle de Zoom. Dans le comics, sa mort est assez rapide tandis que dans l’animé, il se prend carrément une balle dans la tête et la caméra ne manque pas de bien nous montrer l’intérieur du crâne du super-vilain.

Voilà pour les différences principales. Bien sûr, il y en a d’autres qui sont plus ou moins importantes comme le fait que le président des Etats-Unis ait les traits de Barack Obama dans le livre, ce qui n’est pas le cas dans l’animé.

Maturité de l'Œuvre

Si La Ligue des Justiciers : Le paradoxe Flashpoint est le seul long métrage animé de super-héros que vous ayez regardé, vous n’avez peut-être pas percuté. Pour ceux qui en ont regardé d’autres, il y a un fait qui ne peut que vous marquer : la maturité de l’œuvre. C’est assez ironique, dans un sens. Flash retourne dans le passé pour sauver sa mère, comme un enfant qui ne comprend pas et n’accepte pas la mort d’autrui alors qu’à côté de cela, le dessin animé est bien plus sombre que la moyenne et les points de réflexion sont aussi plus nombreux.

Cette maturité est visible à travers plusieurs points. Avant toute chose, la mort de certains personnages, plus lente, plus sadique, plus détaillée. On peut penser à Zoom, comme je l’ai déjà signalé mais également à Trevor. Dans le dessin animé, Wonder Woman place son lasso autour du cou du personnage et le soulève tout doucement. Les pieds décollent du sol, le visage se transforme, le sang commence à couler, les yeux à sortir de leur orbite… Il y a une volonté de ne laisser aucune place au doute là où le comics se contentait d’un simple sous-entendu. Dans le même ordre d’idée, les scènes qui concernent les morts d’Aquaman et de Cyborg sont loin d’être les plus qui délicates qui soient (ces morts, en plus de celle de Zoom donc).

Bien sûr, nous avons déjà vu un côté plus sérieux dans les animés DC. On peut penser au passage à tabac de Robin par le Joker dans Red Hood ou encore à la dimension grave et réaliste mise en place dans l’adaptation de The Dark Knight Returns.

Le deuxième point est sans doute le fait que Flash passe de victime à celui de bourreau. Zoom le dit lui-même, non seulement Flash a agi de manière inconsidérée mais aussi et surtout de manière égoïste. En effet, alors qu’il aurait pu effacer Hitler de la réalité et sauver des millions de vies, Flash s’est contenté de sauver une seule et unique personne : sa maman. En un sens, ici, c’est le fondement même du super-héros que Zoom remet en cause. En tant que tel, Flash est supposé faire abstraction et faire passer son prochain avant lui. Or, cette fois, il en a tout bonnement été incapable. Il a suivi son cœur et donc un petit caprice personnel plutôt que de sauver des millions de vie (il aurait également pu s’absenter d’intervenir, tout bonnement).

Les erreurs que font nos super-héros préférés sont importantes. Ce sont elles qui font que nous les apprécions, qui donnent à ces personnages un trait plus « humain ». Néanmoins, rarement l’univers a été aussi chamboulé à cause d’une seule et unique décision prise par un super-héros et sciemment qui plus est. Cette mise en danger générale et l’implication indirecte de personnages réels tel qu’Hitler, donnent une profondeur rarement atteinte dans un long métrage de super-héros. Il y a de vrais points de réflexion de mis en avant et tout autant de débats qui peuvent être lancés. Le débat « Hitler ou maman » est d’autant plus intéressant car nombre de personnes, avec un bon fond, un côté humaniste et une sérieuse dose de courage, aurait préféré retirer Hitler de la ligne du temps. Choix que Flash, pourtant super-héros en herbe, aura été incapable de faire.

Le troisième et dernier point découle de celui d’avant et est la mise en avant de super-héros déchus, pitoyables, alarmistes et inaptes à renverser la vapeur. Un fait assez rare dans un dessin animé sur les super-héros. En effet, si certains ont un semblant d’optimisme, il est clairement mis en avant que la plupart d’entre eux manque cruellement de volonté parce qu’il leur manque un symbole d’espoir (qui aurait dû être incarné par Superman, manquant à l’appel au début de l’histoire). C’est donc un Flash sans pouvoirs qui doit faire bouger les choses et qui se retrouve avec un Batman (Thomas Wayne) alcoolique et violent, un Shazam qui ne souhaite pas agir seul, un Cyborg aux mains liés, un Superman affaibli et qui ne contrôle pas ses pouvoirs...

Ajoutez à cela un Hal Jordan qui échoue dans sa mission et qui se sacrifie pour rien et Wonder Woman et Aquaman qui sont voués à s’entredéchirés et vous avez une équipe de super-héros plus bas que terre et dont les membres se retrouvent, pris séparément, moins efficaces que Luthor qui s’est organisé et a tenté de faire cesser les combats. En d’autres termes, les personnages se retrouvent avec un cruel manque de force de caractère, un trait que l’on trouvera pourtant chez certains simples êtres humains sans pouvoirs.

Ici, nous avons donc une sorte de désacralisation du mythe du super-héros. Le seul personnage capable faire changer les choses est Flash autrement dit le personnage présenté comme étant le pire du lot étant donné qu’il est le seul fautif de la situation actuelle.

C’est tout pour ce DDALE et donc pour cette analyse de Justice League : le Paradoxe Flashpoint. Comme vous l’avez peut-être remarqué (ou pas), le nombre 52 revient régulièrement dans la série (et dans l’Arrow-verse en général) comme le 47 dans Alias.

L'histoire de FLASHPOINT !

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