La Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, dite Ligue des droits de l'homme, est une association sans but lucratif « destinée à défendre les principes énoncés dans les Déclarations des droits de l'homme de 1789, 1793, la Déclaration universelle de 1948 et la Convention européenne des droits de l'homme » (art. 1er de ses statuts). Cette organisation « généraliste des droits », au fonctionnement démocratique, née en 1898 du combat politique au temps de l'affaire Dreyfus, continue à s'inscrire dans un rapport original aux pouvoirs publics.
Fondée à l’occasion de l’affaire Dreyfus, la Ligue des droits de l’Homme est riche d’une histoire de lutte pour les libertés, à travers un siècle qui, de l’antisémitisme au colonialisme, des grandes affaires judiciaires aux nouvelles technologies ou à la mondialisation du capital, lui a fourni d’innombrables occasions d’entrer en résistance et de combattre non seulement pour l’affirmation des droits mais pour leur application effective.
La Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, plus communément appelée Ligue des Droits de l'Homme ou LDH, a été fondée le 4 juin 1898. À l’origine de cette ONG, deux hommes, Ludovic Trarieux, sénateur républicain modéré et Paul Viollet, juriste catholique. La première assemblée générale de la LDH eut lieu le 4 juin 1898. Ce jour-là fut rédigé un appel à l’opinion publique, une sorte de manifeste dans lequel l'association se donnait comme mission de défendre tous les Dreyfus en fait.
1898 : des citoyens révoltés par l’injustice dont était victime le capitaine Dreyfus décidaient de créer la Ligue française pour la défense des droits de l’Homme et du citoyen.
Emmanuel Naquet, historien de la LDH, explique que l'objectif premier de celle-ci était "de plaider la cause du capitaine Dreyfus, condamné pour haute trahison par un tribunal militaire sur la base d'un faux, donc de manière irrégulière, et envoyé au bagne.
La LDH vient au monde au cours d'une assemblée générale, préparée pendant plusieurs mois, le 4 juin 1898. Après « J'accuse » (Zola), mais avant Les Preuves (Jaurès) et les aveux du colonel Henry. S'engager, en cette veille d'été, contre l'état-major, alors que l'armée passe toujours pour « l'arche sainte », et contre les forces qui empêchent la République d'être républicaine ne va pas sans risque.
Deux groupes fondateurs s'y consacrent : des hommes politiques, centristes au Parlement et socialement conservateurs - Ludovic Trarieux, Joseph Reinach... - et une poignée d'intellectuels peu habitués à rendre publique leur opinion, mais, à l'exception de Lucien Herr, sans référence socialiste : Émile Duclaux, Émile Durkheim... Histoire, xxe s. ...le Parlement et la grande presse, le front dreyfusard se renforça.
Les Premières Années et l'Évolution Sociale de la Ligue
En 1903, la Ligue des droits de l'Homme prend un tournant social avec son nouveau président, Francis de Pressensé, ancien journaliste de tendance socialiste. Elle défend des syndicalistes, soutient des grévistes et s’intéresse aux accidents du travail dans les usines. Sur cette base, la LDH se développe très vite et est à l’initiative de nombreuses campagnes, notamment, dans les années 1900-1920, en faveur de responsables syndicalistes poursuivis.
La Ligue s'oriente vers la promotion des droits sociaux sous l'énergique direction du député et journaliste Francis de Pressensé, élu à sa présidence en 1903.
Pendant l’entre-deux-guerres, elle est à l’initiative d’une vaste campagne pour la réhabilitation des soldats condamnés à tort par les conseils de guerre pendant le conflit.
Dans les années 1930, si la Ligue ne remet pas en cause le système colonial français dans son principe, elle pointe pourtant ses abus. Une position que l'historien résume comme "porteuse de la culture de gauche de cette époque, qui attribuait au système colonial une mission civilisatrice."
Si la Ligue émet des propositions politiques, notamment en matière de droit de vote, celles-ci restent très limitées : "Il faut attendre l'après 1945 pour qu’elle pense non plus les droits des individus en général, mais plus spécifiquement ceux des indigènes, et en particulier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes" précise Emmanuel Naquet.
En 1922, après la Grande Guerre, elle fonde avec une vingtaine d'autres ligues similaires la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH). En 1933, elle en vient à compter 180 000 adhérents. Active dans la défense des droits sociaux, elle s'aligne globalement sur les positions de la gauche républicaine et par exemple s'accommode sans sourciller du fait colonial.
Dans ces années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, la Ligue est alors son apogée, avec 130 000 adhérents, dont la plupart sont avocats, instituteurs, médecins, et plus généralement issus des classes moyennes supérieures.

Dans les années 30, la LDH joue un rôle important dans le rassemblement de toutes les forces démocratiques et progressistes dans la lutte contre le fascisme. À l’initiative de son président, Victor Basch, la LDH est à la pointe de la dénonciation du nazisme et du fascisme en Europe. Mais, elle se trouve profondément divisée face à la menace de guerre et à la politique d’armement.
Face à la montée du nazisme, elle est tiraillée entre les partisans de la fermeté et les pacifistes partisans de la temporisation.
La LDH ternit son image dans les années 30 en fermant les yeux sur les procès de Moscou sous prétexte que tous les accusés avaient avoué. Dans son rapport du 15 novembre 1936, elle écrit à leur propos : « La hantise que nous avons tous de l'erreur judiciaire n'existe que si l'accusé nie son crime, s'il crie jusqu'au bout son innocence... Si le capitaine Dreyfus avait fait des aveux, il n'y aurait pas eu d'Affaire Dreyfus (...).
La Ligue Pendant la Seconde Guerre Mondiale
En 1940, la Ligue est interdite par le régime de Vichy. Ses archives sont confisquées, son siège est pillé. Victor Basch, son président, de confession juive, est assassiné par la milice française en 1944.
Pendant l’occupation nazie et le régime dictatorial de Vichy, la LDH paie un très lourd tribut : ses locaux sont occupés, toutes ses archives saisies (elle les a enfin récupérées en 2000, après un détour par Moscou, l’armée soviétique les ayant prises aux nazis à Berlin en 1945). Beaucoup de ses cadres participent à la Résistance. À la Libération, le tiers des membres de son comité central est porté disparu : assassinés, morts en déportation ou fusillés.
Après-Guerre et la Guerre d'Algérie
Après la guerre, la LDH se reconstitue, très affaiblie, sans beaucoup de soutien des institutions et des forces politiques, et sans renouvellement ni rajeunissement de ses dirigeants. Elle se consacre aux problèmes liés à la décolonisation et aux attitudes répressives et attentatoires aux droits de l’Homme des IVe et Ve Républiques dans les colonies. Depuis la dénonciation de la répression qui suit l’insurrection malgache de 1947 jusqu’à la lutte contre la torture pratiquée par les autorités françaises en Algérie, elle se voue à un combat qui ne cessera qu’après les accords d’Évian de 1962.
En 1955, en pleine guerre d’Algérie, la Ligue des droits de l'Homme, qui s’est reformée après la Seconde Guerre mondiale, dénonce le recours à la torture par l'armée française. Elle appelle progressivement à l’indépendance de l’Algérie.
Emmanuel Naquet ajoute que "se crée en dehors d’elle une nouvelle génération qui va militer en son sein ultérieurement avec le comité Audin, nommé en hommage au jeune mathématicien porté disparu dont on sait aujourd’hui qu’il est mort sous la torture en Algérie" (et dont l'Etat français n'a reconnu officiellement la responsabilité de l'armée dans sa mort qu'en 2018). Ce comité Audin va constituer "ce qu’on va appeler une génération algérienne, qui va participer au renouvellement et à la régénération de la Ligue des droits de l’Homme sous Daniel Mayer."
L'Évolution Récente et les Nouveaux Défis
Dans les années 1970, la Ligue milite pour les droits des femmes. Elle se prononce pour la liberté de contraception, défend le droit à l’avortement, bien avant la loi Veil de 1975.
En 1986, le président de la Ligue, Yves Jouffa, dénonce la responsabilité de la police dans la mort de Malik Oussekine. Il regrette que le gouvernement laisse les auteurs de violences policières impunis, comme il le déclare alors à la télévision : "Nous assisterions peut-être moins à des violences policières si le Premier ministre d’abord, et le ministre de l’Intérieur à différentes reprises, n’avaient déclaré par avance qu’ils couvraient les "bavures" - comme on le dit pudiquement - de la police."
Centenaire Ligue droits de l'homme
Mais la vigilance de la Ligue sur les violences policières n’est pas nouvelle, c’est même l’une de ses missions historiques. L'association, rappelle Emmanuel Naquet, "a été en pointe dans ce qu’on appelle la police des mœurs, qui pouvait arrêter une personne qu’elle soupçonnait de prostitution, avec une fouille au corps, etc. C’était un de ses combats très importants avant la Première Guerre mondiale".
Dans les années 1970, "la Ligue s’est battue aussi contre une police qu’elle considérait comme instrumentalisée par le pouvoir politique, et qui à ses yeux s’attaquaient aux syndicalistes. Avec un fil rouge de son action, c’est la volonté toujours de porter les affaires devant la justice."
Dans les années 80 et 90, la situation faite aux immigrés en France est un souci constant de la LDH. De manière plus générale, la LDH se consacre de manière prioritaire à la lutte contre les discriminations. Elle entend, avec les autres Ligues européennes, l’AEDH, EuroMed Droits et la FIDH, imposer l’inscription de la lutte pour les droits de l’Homme dans les préoccupations de l’Union européenne (d’où la constitution en 2000 de l’Association européenne de défense des droits de l’Homme).
Dans les années 2000, la LDH élargit son spectre à la défense des droits des sans-papiers, au droit de vote des étrangers, elle alerte sur les discriminations, défend le PACS et le mariage pour tous, qui est adopté en 2013.
En 2019, la Ligue comptait moins de 10 000 membres.
Désormais, la Ligue des droits de l'Homme s'intéresse à de nouveaux enjeux et de nouveaux champs du droit : "à la justice environnementale, ce qu’on appelle la troisième génération des droits humains, explique Emmanuel Naquet, le droit à la biodiversité, notamment. Et puis elle se mobilise pour ces futurs migrants climatiques qu’on annonce par dizaines de millions au regard du réchauffement climatique".
"La Ligue des droits de l’Homme a vocation à défendre l’individu contre l’arbitraire de l'Etat et contre ce super arbitraire qu’est la raison d’Etat" : ainsi Daniel Mayer, président honoraire de la fonction de la LDH, résumait-il la mission de la Ligue en 1977.
Daniel Mayer rappelait aussi en 1977 les mots de Giacomo Matteotti, député socialiste assassiné sous Mussolini, "qui disait peu de temps avant de mourir qu’il vaut mieux défendre la liberté quand elle existe, que c’est beaucoup plus facile que de la reconquérir quand elle a été détruite."
L’activité de la Ligue constitue une page d’histoire de la République Française au XXe siècle. Depuis 2000, les archives de la Ligue des droits de l’Homme sont consultables à La contemporaine. L’inventaire du fonds postérieur à 1945 est achevé et ouvre de nouvelles perspectives à la recherche.
Conçue par des historiens et destinée à un large public - particulièrement aux collégiens, lycéens et étudiants - l’exposition permet de feuilleter les archives de la Ligue récemment numérisées, de consulter des extraits d’entretiens filmés et donne à voir d’autres richesses en provenance des fonds.
Voilà qui pose de nombreuses questions ; on les évoquera brièvement avant de retracer quelques étapes de l'histoire de la Ligue.Sa place dans la vie associative française mérite éclaircissement.
Est-elle liée au nombre de ses adhérents ? Non : 8 000 membres environ, plus d'un siècle après sa création, cela ne définit ni un milieu activement recruteur, ni un groupe restreint aux « compétences ».
Qui sont-ils, au reste, ces hommes et ces femmes qui se disent ligueurs et ligueuses ? Ils viennent, très majoritairement, des classes moyennes, un milieu aujourd'hui en pleine évolution. Ils n'échappent pas toujours à la quête de notabilité : être président de section, c'est être invité quasi d'office à la sous-préfecture, et le président national, dans notre époque médiatique, est fortement présent sur bien des antennes.
Le mot section a été prononcé : il s'agit de la base de la Ligue dans la vie locale ; on en compte aujourd'hui plus de 300, libres de leurs initiatives dans le « respect des statuts », élaborés et périodiquement revisités par le congrès. Sur l'autonomie des sections repose la pyramide des pouvoirs : fédérations départementales, directions régionales, comité central qui élit le bureau national. C'est dans ce cadre que se déploie le militantisme ligueur.
On peut aussi caractériser la spécificité de la Ligue, aujourd'hui, en la comparant aux autres associations de défense des droits, nombreuses en ce début du IIIe millénaire. Elle doit son originalité à sa volonté de défendre tous les droits acquis et d'aider à en promouvoir de nouveaux, dans le domaine de la bioéthique par exemple, à son souci de l'égalité et à la longue réflexion qui préside à ses prises de position : garantie de sérieux, ce dernier trait rend malaisées les réactions immédiates, mais explique, tout autant que ses origines, l'accueil que lui réservent en principe les institutions de la République, lorsqu'elle les interpelle.
Un portrait angélique ? Assurément, il décrit un idéal type. Mais celui-ci est inséparable d'une histoire où les crises n'ont pas manqué. On ne voit pas pourquoi elles disparaîtraient : la crise, c'est la vie.