Tout a commencé par un bruissement sur les réseaux sociaux. Des témoignages flous, des récits confiés en toute discrétion, sans jamais nommer les membres de ce groupe que certains craignaient plus que tout : la "Ligue du LOL". Le néologisme est emprunté au "lol" anglais, contraction de "Laughing out Loud", rire donc. Il pouvait s'agir de se moquer de tel ou tel confrère, d'une personnalité du web qui avait le malheur d'avoir une audience en expansion, d'une blogueuse, d'un youtubeur...

Ces plaisanteries ne restaient pas dans le sanctuaire qu'était la Ligue du LOL. Depuis le vendredi 8 février 2019, les témoignages de ces victimes qui se pensaient seules ou avaient peur de parler publiquement se multiplient.
L'omerta fut brisée par l'article de la rubrique CheckNews du quotidien Libération : La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? Le retentissement est fort.
Des noms surgissent, dont ceux des membres de la Ligue du LOL, dont des journalistes de Libération : Vincent G. et Alexandre H.
Les Accusations et les Faits
Les victimes racontent des années plus tard le harcèlement qu'elles ont subi. Moqueries, photo-montages, insultes, mensonges, canulars téléphoniques... Il savait. En 2010, la #ligueduLOL a intercepté 1 projet de lettre aux rédactions pour signaler le harcèlement. Il était cité. Ils nous ont ridiculisés violemment sur le web ensuite. Sans JAMAIS s’excuser.
La journaliste Lucile Bellan évoque des "années de harcèlement, une usurpation d’identité, des attaques basses et gratuites"... Idem avec les récits du blogueur Christophe Ramel, de la féministe Daria Marx, de Nicolas Catard, du youtubeur star Cyprien, de la journaliste Mélanie Wanga, la youtubeuse scientifique Florence Porcel victime des canulars du rédacteur-en-chef des Inrocks David D., de la blogueuse féministe Valérie Rey-Robert, du journaliste Lâm Hua...
L'écrivain Matthias Jambon-Puillet a aussi pris la plume pour raconter, dans le détail, toutes les phases du harcèlement qu'il a subi dans un long texte publié sur le site Medium. Il y relate la rencontre avec les membres du groupe, n'hésite pas à donner les noms de chaque harceleur, les mots fielleux lancés dans des soirées parisiennes où bourreaux et proies se côtoyaient plus ou moins volontairement, les menaces, les montages et les posts destinés à détruire son image en le faisant passer pour un pédophile.
Exemples de Harcèlement
- Moqueries et insultes en ligne
- Photomontages dégradants
- Usurpation d'identité
- Canulars téléphoniques
- Menaces et intimidation
"Quelqu’un a commencé à diffuser un photomontage de moi en train de sucer un pénis (forcément, l’homophobie) sur un réseau de questions anonymes. J’y découvrais les insultes des mineurs, choqués d’être exposés à de la pornographie et me disant d’aller crever (pour rester poli).
La #LigueDuLOL, c'est l'histoire de losers, des mecs qui se gargarisaient de pouvoir se moquer d'autres personnes. Sauf que ces moqueries ont eu un impact dans le réel", a aussi condamné le secrétaire d'État au numérique Mounir Mahjoubi, dimanche sur BFMTV.

La Valse des Excuses
Depuis l'émergence de cette douzaine d'histoires et la diffusion des listes des membres de cette Ligue du LOL, ces derniers se sont lancés dans une vaste opération de "damage-control", oscillant entre colère et honte, contrition et auto-critique.
D'abord ce sont les deux journalistes de Libération, Vincent G. et Alexandre H. "Aux personnes qui se sont senties visées ici ou ailleurs depuis 11 ans par une ou plusieurs de mes saillies ricaneuses, je peux difficilement dire autre chose qu'un sincère 'je m'excuse, c'était vraiment pas malin, et ça ne se reproduira plus', écrit ce dernier en provocant l'indignation de ses lecteurs.
"Mes conneries, je les assume assure-t-il. Celles des autres, non merci. Est-ce que j'ai tweeté de la merde en 11 ans? Oula, mais bien sûr. Et c'est pas un motif de fierté.
L'erreur de jeunesse, la force d'entraînement du groupe, la violence reconnue, la passivité complice... sont autant d'éléments avancés par ces membres de la Ligue du LOL.
Certains ont procédé à l'effacement d'anciens tweets jugés problématiques, d'autres ont rendu leurs comptes privés.
Des anciens "loleurs" acceptent le dialogue privé et se disent prêts à endurer un retour de bâton, certains envisagent le silence total en cessant, pour un temps, leurs activités numériques. David D. a contacté directement l'une de ses victimes, Florence P., pour s’excuser.
Conséquences Professionnelles et Réactions
Plusieurs journalistes mis à pied. Pour les victimes, les sentiments oscillent entre soulagement, colère, envie de tourner la page et envie de ne rien laisser passer.
"Je veux aussi exprimer, et de manière très claire, et pour beaucoup d’entre eux, il n’y a ni prise de conscience, ni empathie", écrivait Matthias Jambon-Puillet dans son récit.
"J’ai testé tous les chemins de traverse, j’ai offert toutes les rédemptions possibles. J’ai attendu huit ans des excuses qui ne sont jamais venues. Ces coupables ne sont pas raisonnables, on ne peut pas leur expliquer, on ne peut pas leur faire comprendre. Les virilistes, et malgré tout ce que j’ai espéré et tenté dans le temps, ne répondent qu’à une chose, la force, physique ou institutionnelle. La force est la seule chose qui rentre dans leur référentiel de compréhension du monde. Et c’est, à ce titre, qu’il faut, par la force, les punir. Leurs excuses ne valent rien".
Une rédaction concernée a réagi lundi matin. Libération a décidé la mise à pied à titre conservatoire d'Alexandre H., chef du service web du quotidien, et du journaliste Vincent G. Binge Audio a décidé de ne plus faire appel au même H. pour son podcast NoCiné. Stephen Des Aulnois a quant à lui démissionné de son poste de rédacteur en chef du magazine Le Tag Parfait.
Nouvelles Écoutes a mis fin à sa collaboration avec Guilhem M. et décidé de suspendre momentanément la production du podcast Bouffons. Un publicitaire a été mis à pied à titre conservatoire par Publicis Consultants, selon des informations du Monde. Enfin, Guillaume L., journaliste à Usbek & Rica, a lui aussi été mis à pied à titre conservatoire et a mis fin à sa collaboration avec ce publicitaire.
Selon Le collectif féministe "Prenons la une" qui milite pour une place plus grande des femmes dans les médias s'est émue de ces révélations. "Notre profession doit prendre la mesure des violences qui se déroulent dans les rédactions", a déclaré l'association.
C’est l’affaire qui secoue le monde des médias français. Depuis la révélation, le 8 février, par Libération de l’existence de ce groupe, des dizaines de témoignages ont été publiés sur les réseaux sociaux par des femmes, principalement, mais également des hommes, se disant victimes de leurs agissements.
Lundi 11 février, Vincent Glad, pigiste pour Libération, et Alexandre Hervaud, chef du service Web du même journal, ont été mis à pied « à titre conservatoire », dans l’attente des résultats d’une enquête interne. Les deux hommes, âgés de 33 et 34 ans, apparaissent au premier rang de la trentaine de membres de ce groupe créé en 2009 par Vincent Glad.
Tableau Récapitulatif des Conséquences
| Membre de la Ligue du LOL | Poste | Conséquence |
|---|---|---|
| Alexandre H. | Chef du service web de Libération | Mise à pied à titre conservatoire |
| Vincent G. | Journaliste à Libération | Mise à pied à titre conservatoire |
| Stephen Des Aulnois | Rédacteur en chef du magazine Le Tag Parfait | Démission |
| Guilhem M. | Collaborateur de Nouvelles Écoutes | Fin de collaboration |
| Guillaume L. | Journaliste à Usbek & Rica | Mise à pied à titre conservatoire |