Kareem Abdul-Jabbar, né Ferdinand Lewis Alcindor Jr. le 16 avril 1947 à New York, est bien plus qu'une légende du basketball. Du haut de ses 2,18 mètres, il a dominé la NBA pendant deux décennies, marquant l'histoire par ses performances exceptionnelles et son engagement social. Son parcours, de Harlem aux sommets de la NBA, est une source d'inspiration pour de nombreuses générations.

Un talent précoce
Le jeune Lew a joué dans l'équipe du lycée catholique Power Memorial Academy pendant quatre ans, inscrivant durant ses études secondaires 2 067 points, un record pour la ville de New York. Son talent exceptionnel se manifeste dès le lycée, où il se fait un nom dans les championnats des High School.
Repéré par les envoyés spéciaux de John Wooden, il rallie la Côte Ouest des Etats-Unis et débarque sur le campus de UCLA. En 1965, il quitte le lycée et rejoint l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).
Avec les Bruins, il remporte trois titres NCAA en 1967, 68 et 69. Avec l'entraîneur John Wooden, Alcindor mène l'UCLA à la victoire lors de trois Championnats consécutifs (1966, 1967 et 1968) de la NCAA. Durant ses années d'université, son équipe ne perdra que deux matchs.
Il a tellement impressionné les observateurs par son gabarit et par sa réussite au smash (dunk) durant ses années de lycée que les dirigeants de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), craignant qu'il ne domine trop nettement les compétitions universitaires, modifient les règles du jeu et interdisent tout simplement le smash dans le Championnat de la NCAA ! En dépit de cette nouvelle règle, Lew Alcindor inscrit 56 points lors de son premier match. Cette curieuse règle qui interdit de smasher sera levée dès qu'Alcindor aura obtenu son diplôme et aura rejoint la NBA.
L'interdiction du dunk : une motivation supplémentaire
Vous dominiez tant le jeu que la NCAA a même, durant un temps, changé les règles en interdisant le dunk. Pour moi, c’était illusoire de penser que ce changement de règle m’empêcherait de dominer le jeu. Cela n’a pas du tout affecté mon jeu. Les dunks sont devenus des lay-ups et, à l’arrivée, c’était toujours deux points ! Et nous avons continué à gagner et j’ai continué à dominer, voilà tout.
C’est avec son coach John Wooden qu’Alcindor a travaillé son skyhook (bras roulé). N’ayant plus le droit de dunker, il lui fallait un nouveau shoot à l’intérieur. Ça l’a d’abord intrigué, le skyhook n’était pas fun et difficile. Pour le réussir, il fallait beaucoup travailler. Ce qu’il a fait avec Wooden.
Au-delà du joueur, coach Wooden a toujours voulu faire de nous des bons citoyens, des bons pères de famille, des bons maris. Il n’était pas juste là pour nous exploiter en tant qu’athlètes mais, au contraire, il a utilisé le basket pour nous enseigner ces valeurs humaines-là. Chaque entraînement, chaque victoire, chaque titre gagné étaient autant de situations qu’il utilisait pour nous enrichir personnellement.
À cette époque, et ensuite, j’ai vécu un temps béni. Mais la fac demeure un moment unique dans ma vie. Pour tous ceux qui ont connu l’université aux États-Unis, c’est une expérience de vie incroyable en même temps qu’un moment unique de développement personnel. Les choses que tu apprends, les expériences que tu vis, dans tous les domaines d’ailleurs (il sourit), tout cela te fait grandir, tout cela te façonne pour le reste de ta vie.
Lors de ma première année à UCLA, bien que je ne puisse pas jouer pour l’université en Championnat avant ma deuxième année (une règle de l’époque), notre équipe de débutants avait largement battu l’équipe officielle d’UCLA (avec 31 points de Jabbar). Je me suis dit alors qu’il y avait peut-être quelque chose de spécial… Mais est-ce que vous étiez déjà prêt ? Par exemple, est-ce que vous aviez déjà ce bras roulé qui allait devenir votre marque de fabrique ? Le bras roulé est une forme de shoot et rien d’autre. Quand j’étais enfant, j’étais toujours le plus grand de ma classe. Avec ce shoot des deux mains, je savais que je deviendrais très difficile à défendre, car je pouvais partir dans les deux directions. J’ai commencé à travailler ce geste quand j’avais 11 ans et quand je suis arrivé en high school (à 14 ans), c’était déjà une grande force dans mon jeu, un geste technique que j’avais adapté à mon physique et que je contrôlais.

Une carrière NBA exceptionnelle
En 1969, il est choisi au premier tour de la draft NBA par les Milwaukee Bucks. A l’époque, Milwaukee est une franchise possédant uniquement deux ans d’expérience. Lorsque le géant de 2,18 m arrive dans le Wisconsin, les “big men” commencent à déserter la Ligue (Bill Russell vient de bâcher à Boston) ou se font vieux, comme Wilt Chamberlain qui approche des 35 ans.
Il est bientôt élu rookie of the year (meilleur débutant de l'année) en 1970. La porte du succès s’ouvre en grand pour le nouveau venu des Bucks qui débute par un titre de “Rookie de l’année”, avec une moyenne de 28.8 points et 14.5 rebonds.
Pendant l’été 1970, Milwaukee se renforce avec Oscar Robertson et le jeune Lucius Allen. L’effet est immédiat. Dans le sillage d’Alcindor, qui remporte son premier titre de MVP de la saison, Bob Dandridge, Jon McGlocklin et Greg Smith, les Bucks sont sacrés champions contre les Baltimore Bullets (4-0).
En 1971, les Bucks remportent le Championnat de la NBA et Alcindor se montre le meilleur joueur de la saison aussi bien en ce qui concerne le total de points marqués (2 596) que la moyenne de points inscrits par match (31,7), deux statistiques qu'il améliore encore en 1972 (2 822 points, avec une moyenne de 34,8).
Kareem a tout le temps de se mirer dans sa première bague. Il devra patienter neuf ans avant d’en gagner une nouvelle ! Le divorce avec Milwaukee intervient à l’été 1975. Kareem réclame un trade dans une grande ville. Soit Los Angeles, soit New York. Là, la tolérance et l’ouverture sont plus grandes, sans être non plus exceptionnelles. Un deal est conclu avec les Lakers.
Quatre ans plus tard, il quitte les Bucks pour les Los Angeles Lakers. Avec « Magic » Johnson, il est l'élément moteur de l'équipe qui remporte cinq Championnats de la NBA (1980, 1982, 1985, 1987 et 1988).
Lors des Finales NBA 1980 contre les Sixers, le pivot de L.A. a déjà 33 ans. Blessé lors du Game 5, Abdul-Jabbar ne peut tenir sa place pour le match suivant. Magic assure l’intérim et réalise l’une des meilleures perfs de tous les temps (42 pts, 15 rbds, 7 pds et 3 ints).
Durant ses dix dernières années dans la Ligue, Abdul-Jabbar remporte neuf titres de division. Il sera l’un des premiers à profiter du showtime orchestré par Magic dès l’arrivée de celui-ci en 1979.
Abdul-Jabbar arrête la compétition à la fin de la saison 1988-1989, après avoir été élu most valuable player (M.V.P., meilleur joueur) de l'année à six reprises (1971, 1972, 1974, 1976, 1977, 1980), un record que même Michael Jordan n'égalera pas. À la fin de cette carrière extraordinairement longue, il a établi plusieurs records de la NBA, dont ceux du nombre de points inscrits (38 387), de paniers marqués (15 837) et de minutes jouées (57 446) au cours d'une carrière.
Le 5 avril 1984 reste une date exceptionnelle - et pourtant peu connue - dans la carrière du prodigieux Kareem Abdul-Jabbar. En cette fin de saison, le pivot des Lakers bat le record de points en carrière de Wilt Chamberlain lors d’un match contre Utah. Record qui s’établissait alors à 31 419 unités. Pendant cinq saisons, l’intérieur des Lakers continuera d’améliorer la marque. En 1989, date du clap de fin, elle s’élève à 38 387 points.
Karl Malone, Michael Jordan et Kobe Bryant ont dépassé à leur tour, durant leur carrière, Wilt Chamberlain. Mais il faudra attendre février 2023 pour que la barre passée par Kareem Abdul-Jabbar tombe, et c’est LeBron James qui s’est emparé du record pour, lui aussi, le porter vers des hauteurs incroyables. Kareem Abdul-Jabbar a passé le flambeau à LeBron James ce 7 février 2023.
Vous avez joué 1 797 matches pros, remporté six titres NBA, décroché six titres de MVP de la saison, vous êtes le meilleur marqueur de l’histoire de la NBA avec 38 387 points, et vous allez le rester longtemps... Tous ces records vous donnent-ils le vertige ? Non, car tout ce dont vous parlez, c’est une accumulation de chiffres dans une carrière. Mais tout cela s’est construit jour après jour, semaine après semaine, une année après l’autre. Je n’ai jamais avancé en me laissant griser par ce que j’accomplissais, mais simplement en voulant rester en haut le plus longtemps possible, grâce à une condition physique et une motivation que j’ai toujours entretenues. Maintenant, je suis très fier de cela.
Évidemment, je retiens d’abord les titres de champion et ce que l’on a accompli en équipe. C’est ça d’abord, la marque du succès. Mais c’est gratifiant aussi d’avoir été l’un de ceux qui ont emmené l’équipe vers le haut. Les titres individuels sont l’autre facette de la réussite.
Tout au long de ma carrière, j’ai appris que l’on ne pouvait pas réussir si l’on n’était pas préparé à cela. Au lycée, à UCLA, dans mon approche des arts martiaux aussi, j’ai compris que vous ne pouviez pas réussir si toutes les fondations n’étaient pas en place. Même avec ça, rien n’est encore gagné, mais vous vous donnez une chance d’y arriver. Ensuite, quand le succès est là, il faut encore être capable de gérer et comprendre ce que c’est. Certains n’y arrivent pas, se contentent de ce qu’ils ont. Mais cela ne peut pas vous faire durer. Se satisfaire de ce que l’on obtient sur le moment n’entretient pas le succès.
Je crois que j’ai eu une véritable passion pour ce jeu, le basket-ball. Chaque fois que je jouais, je sentais en moi un incroyable plaisir, qui me poussait à exceller dans ce sport. Et puis, j’ai eu des dons uniques au départ qui m’ont permis de faire du bon boulot, du moins je crois (il sourit).
Évidemment, c’était face à Detroit et Walt Bellamy (le pivot de l’équipe). J’étais attendu, mais j’ai très bien joué. Mon introduction en NBA était réussie ! Mais, je vous rassure, je ne me rappelle pas ainsi de tous mes matches NBA. Ce ne serait pas humain...
Est-ce que celui du 5 avril 1984, face à Utah, qui vous permet de dépasser Wilt Chamberlain au nombre de points sur une carrière, demeure spécial ? Bien sûr ! Mais ce n’est pas ça, mon moment favori en NBA. C’est la victoire en finale face aux Boston Celtics en 1985(4-2). On avait perdu la finale la saison d’avant et, personnellement, je n’avais jamais battu les Celtics en finale. Je les avais joués avec Milwaukee en 1974 et j’avais perdu lors du match décisif (3-4). C’était un échec que je traînais. Alors quand, en 1985, on les bat en finale et que je suis MVP de la finale, ça clôt une année extraordinaire. Probablement la plus belle de ma carrière, avec 1980 et le premier titre gagné au côté de Magic (Johnson).
Oui. En plus, je me souviens que le premier match de la finale avait été terrible pour l’équipe (défaite 148-114) et pour moi (12 points, 3 rebonds). À la fin du match, je me suis excusé auprès de mes coéquipiers. Les deux jours suivants, je me suis isolé, me suis préparé à répondre et me suis entraîné comme si j’étais à un camp d’avant-saison.
Je ne pense pas en avoir trop souffert parce que ce n’était pas quelque chose que je recherchais. Mais c’est vrai que, sur certains points, je suis conscient de ne pas avoir été connecté avec les fans comme ceux-ci auraient sans doute aimé que je le sois. J’ai essayé d’améliorer ce relationnel tout au long de ma carrière mais, quand je jouais, la seule chose à laquelle je pensais, c’était jouer.
Absolument, oui. Quand vous jouez dans une équipe avec un joueur comme Magic, qui est très sociable, avenant, le contraste est encore plus saisissant. J’étais difficile à approcher. Avec la presse, j’étais très difficile (il sourit). Quand je suis arrivé en NBA, en 1969, on n’évoquait pas la vie personnelle. Vingt ans plus tard, à la fin de ma carrière, je voyais Dennis Rodman se promener en robe de mariée. Les choses ont bien changé ! Alors, oui, il y a certainement beaucoup d’opportunités que j’ai laissées en chemin. Mais je me dis que, sur la fin, j’ai pu maquiller et combler certains manques (il sourit).
Dans le coaching, certainement, oui. Parce qu’on pensait que je n’étais pas capable de communiquer avec les gens. Lorsque j’ai travaillé pour le staff des Lakers, avec Andrew Bynum (pivot), j’ai prouvé que j’étais capable de faire passer un message. Mais, à ce moment-là, pour le coaching, c’était un peu tard.
J’ai travaillé dur. Oui, c’est ça, j’ai vraiment travaillé dur pour accomplir tout ça… Sur le moment, j’avais besoin de dire cela. Aujourd’hui, c’est fini. C’est bien d’avoir été capable de faire autre chose de ma vie : des films, des livres, des documentaires, etc. J’ai été capable de réussir une vie en dehors du terrain, et c’est très bien ainsi.
| Saison | Équipe | Titres | Distinctions |
|---|---|---|---|
| 1969-1975 | Milwaukee Bucks | 1 (1971) | MVP (1971, 1972, 1974), Rookie of the Year (1970) |
| 1975-1989 | Los Angeles Lakers | 5 (1980, 1982, 1985, 1987, 1988) | MVP (1976, 1977, 1980) |
Kareem Abdul-Jabbar : La Légende Inébranlable du Basket
Conversion à l'Islam et engagement social
Converti à l'islam durant ses années universitaires, Alcindor se nomme Kareem Abdul-Jabbar à partir de 1971. Lors de ma première année à UCLA, j’ai lu un livre : l’Autobiographie de Malcolm X. Cela m’a ouvert les yeux, m’a fait comprendre qu’il y avait bien plus dans le monothéisme que ce que j’avais pu apprendre en tant que catholique. J’ai trouvé dans l’islam une ouverture de vue qui m’a interpellé, j’y ai trouvé une assise morale qui m’a convaincu de changer de religion.
Plusieurs facteurs ont fait que j’ai pris cette décision. Mais c’était dans tous les cas un choix personnel. Il n’y a eu aucune forme de pression, aucune raison politique à cela. C’était un ressenti totalement personnel.
Il y eut forcément un peu de méfiance au départ, mais quand les gens ont vu que ce n’était pas une plaisanterie, une futilité pour moi, ils ont accepté. Et puis, je n’ai jamais laissé ma religion être un sujet de débat. Et les gens là-bas étaient surtout contents de la façon dont je jouais au basket, et c’était bien ça l’essentiel (il sourit).
Mais c’est un homme meurtri qui a posé ses bagages sur la côte Pacifique. Abdul-Jabbar a perdu une maison et, plus encore, ses souvenirs de jeunesse dans un incendie d’origine inexpliquée.
Quand Kareem Abdul-Jabbar s'exprime sur les problèmes de société que traversent les Etats-Unis, c'est en connaissance de cause. Alors qu’il ne s’appelait encore que Lew Alcindor, le pensionnaire du lycée catholique de Power Memorial Academy a été confronté de près au racisme et à la discrimination contre les Afro-américains. Il a même dû courir pour sauver sa vie alors qu’il couvrait une manifestation anti-raciale à Harlem pour un journal local.
J'avais 17 ans lorsque j'ai vécu le moment le plus effrayant de ma vie. J'ai dû courir pour sauver ma vie. C'était le 18 mai 1964. J'avais pris un petit boulot pour l'été dans un journal local. J'ai décidé d'aller dans la rue pour observer une manifestation et voir si je pourrais écrire quelque chose à ce sujet. Près de 1 000 personnes s'étaient rassemblées devant le poste de police. Je n'ai jamais réussi à atteindre le centre de la manifestation. Je me trouvais à quelques rues du rassemblement quand j'ai entendu des coups de feu retentir. Des gens criaient de terreur et passaient devant moi en cherchant un endroit où s'abriter. J'avais peur d'être une cible. Déjà parce que j'étais noir, mais aussi parce que j'étais très grand. Alors que la foule devenait de plus en plus agitée, un officier de police s'est emparé d'un mégaphone pour tenter d'apaiser la situation. "Rentrez chez vous !", a-t-il crié.
Plus qu’une solution pour bâcher son archi-domination dans les raquettes, le pivot d’UCLA y voit une manière de brider les qualités athlétiques des joueurs noirs.
Ces deux grands événements - le Cleveland Summit et le boycott des JO 1968 - sont d’une certaine manière à la base de l’activisme de Kareem Abdul-Jabbar et de ses futurs engagements. Des engagements qui ont pris différentes formes au fur et à mesure des années mais avec toujours le même objectif : lutter contre toutes les formes de discrimination, qu’elles soient basées sur la race, la religion ou n’importe quel autre critère distinctif.

Arts martiaux et cinéma
Je pense que cela a renforcé ma condition physique, endurci mon corps. Le yoga, par exemple, m’a permis de travailler ma souplesse, ma flexibilité afin d’améliorer mes mouvements en attaque. Je voulais être capable de mettre fin à ma carrière quand je l’aurais décidé et non parce que je ne pouvais plus avancer. Je suis fier d’avoir pu choisir le clap de fin. C’est un tel sentiment de plénitude de maîtriser son départ, de partir sans aucun regret, juste parce que vous l’avez décidé.
Ensuite, il y a aussi eu Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980) Vous avez apprécié ces petits instants de gloire cinématographique ? Ce sont de jolis moments de vie. Avec Airplane ! (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?), j’étais heureux de pouvoir casser un peu mon image de basketteur sérieux (il sourit).
Avec Bruce Lee, je crois qu’on s’est apporté des choses mutuellement. J’avais étudié les arts martiaux et l’histoire de la Chine à UCLA, et lui vivait à Los Angeles, ça nous a rapprochés au départ. Les arts martiaux m’ont fait réaliser que je pouvais surmonter et réaliser de grandes choses dans l’adversité, m’ont fait prendre pleinement conscience de mes forces, de tout ce que je pouvais donner. La relation avec Bruce Lee a été très importante pour moi. Nous étions amis.
Cette pratique vous a aussi valu votre première apparition au cinéma, dans le Jeu de la mort (1978) avec Bruce Lee dont vous étiez proche. De ce long-métrage, il ne resta longtemps qu’un fantasme et un pitch : celui de l’histoire d’Hai Tien, champion d’arts martiaux à la retraite contraint d’affronter une série d’adversaires dans une pagode de cinq étages, avec un maître par niveau, dont le dernier est incarné par notre colosse des parquets.
Cette scène de baston restera un objet de fascination et un souvenir mémorable pour celui qui finit étranglé car ne supportant pas la lumière - déjà! -, comme il le confiera à nos amis de So Film. « Bruce Lee voulait des combats réalistes. Nous nous sommes battus comme à l’entraînement.

Un héritage durable
Il est comme ça, KAJ, prêt à enfiler sa cape de super-héros pour des sujets qui lui tiennent à cœur, lui qui, en plus d’avoir garni son armoire à trophées comme personne, a terrassé un cancer et une leucémie.
Kareem Abdul-Jabbar a également écrit 14 livres, dont Black Profiles in Courage (2000) dans lequel il met en avant l’impact de certaines grandes figures afro-américaines, et Writings on the Wall - Searching for a New Equality Beyond Black and White (2016) où il fait appel à l’union nationale pour faire face aux nombreuses divisions fracturant les États-Unis autant sur un plan social que politique.
Pour l’ensemble de son œuvre, Abdul-Jabbar a été récompensé en 2016 de la médaille présidentielle de la Liberté, le plus grand honneur pouvant être accordé à un civil américain.
Aujourd’hui encore, ce journaliste frustré continue d’alimenter sa boulimie pour la littérature à travers des ouvrages historiques ou sociaux, mais aussi des chroniques pour le Washington Post et Time Magazine.
Jamais, pas une seconde, il n’a pensé à sa gloire personnelle. Coach Wooden était d’une générosité humaine incroyable et j’ai beaucoup de respect et d’amour pour cet homme qui m’a tant donné.
Si John Wooden fut le père fondateur de votre carrière, peut-on dire qu’Oscar Robertson à Milwaukee et Magic Johnson aux Lakers ont été les deux joueurs essentiels à votre succès en NBA ? Certainement, oui. D’abord, Oscar et Magic, malgré des styles différents, étaient deux joueurs qui avaient la même philosophie de jeu et leur présence sur le terrain fut pour moi un atout indispensable, car ils recherchaient l’efficacité, jouaient beaucoup pour moi près du cercle. Ils étaient deux arrières de grande taille, capables de prendre des rebonds, de relancer très vite. Quand vous avez autour de vous deux talents rares, cela rend forcément les choses plus faciles. Jouer avec eux fut pour moi un privilège et je ne sais pas si ma carrière aurait pris une telle trajectoire si je ne les avais pas croisés un jour.
C’est un tel sentiment de plénitude de maîtriser son départ, de partir sans aucun regret, juste parce que vous l’avez décidé.
En mai 2021, après les tragédies George Floyd et Jacob Blake qui ont provoqué un sursaut en matière d’activisme en NBA, la Grande Ligue de basket US a décidé de créer un prix annuel pour honorer les joueurs s’impliquant le plus dans le combat pour la justice sociale. Le nom de cette récompense ? Le Kareem Abdul-Jabbar Social Justice Champion Award.
Kareem Abdul-Jabbar, une légende du basketball, un activiste engagé et un homme d'une grande richesse intérieure. Son héritage continue d'inspirer et de marquer l'histoire.
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