Le hockey sur glace est bien plus qu'un simple sport au Québec; c'est une véritable culture, un élément central de l'identité québécoise. L'histoire des joueurs de hockey québécois est intimement liée à l'histoire du Québec, à ses luttes et à ses aspirations. Cet article explore l'impact de ces athlètes emblématiques sur la société québécoise et leur contribution à l'essor du hockey professionnel.

Maurice Richard : L'icône d'une génération
Une polémique en dit long sur la place de Maurice Richard dans l'identité québécoise. Une déclaration tout sauf innocente.
Avant l'arrivée de Richard en 1943, le CH n'était pas une fierté. 90% de l'équipe était anglophone, le coach ne parlait pas un mot de français. Richard était modeste, introverti, mais il avait le chien de la mort [la rage de vaincre, ndlr] sur la glace.
Le 13 mars 1955, Maurice Richard est suspendu jusqu'à la fin de la saison après une bagarre avec un joueur des Boston Bruins. Quatre jours plus tard, Montréal accueille ses rivaux pour le titre, les Red Wings de Detroit. Le président de la Ligue nationale de hockey (NHL), Clarence Campbell, est en tribune.
Tous les regards sont tournés vers celui qui a osé suspendre Richard, dont la présence est perçue comme un défi. Une première bombe lacrymogène est lancée, puis des émeutes éclatent dans la patinoire. Tout ce qui passe par la main du public est jeté en direction de Campbell. L'arène est évacuée. Des milliers de fans poursuivent la révolte dans la rue. Ils brûlent des voitures, brisent des vitrines et pillent des commerces anglophones.
«La sanction envers Richard a cristallisé le sentiment d'injustice sociale ressenti par les Canadiens français. Elle marque le début de la Révolution tranquille des années 1960, où le Québec a séparé l'église de l'État et renforcé son autonomie. Le hockey a permis aux Québécois d'incarner leur nation. C'était un de nos seuls moyens de nous affranchir de notre position de citoyens de seconde classe.
Les joueurs représentaient les Québécois humiliés, sous-représentés. Le salaire moyen des Canadiens français était moins élevé que celui des Noirs américains dans les années 1960», souligne l'historien Emmanuel Lapierre, spécialiste des Canadiens.
Le Canadien est né en 1909 pour exploiter la rivalité entre anglophones et francophones à Montréal. En 1925, il obtient un droit de recrutement prioritaire sur les joueurs francophones de NHL. «Un droit incroyable grâce auquel on a pogné [obtenu, ndlr] des futures légendes québécoises comme Maurice Richard, son frère Henri, Guy Lafleur ou Jean Béliveau», explique Anthony.
Les "Flying Frenchmen" et la domination du Canadien
Sur les traces de Maurice Richard, les «Flying Frenchmen» raflent cinq Coupes Stanley consécutives entre 1956 et 1960.
C'est d'ailleurs la seule équipe qui a soulevé le trophée cinq fois d'affilée (entre 1956 et 1960), une performance toujours inégalée aujourd'hui. Et, avec son nom gravé onze fois sur le trophée, le centre des Canadiens Henri Richard est le joueur le plus titré de l'histoire de la Ligue. Une histoire de famille puisque son frère Maurice Richard a été aussi une légende des Canadiens (et du hockey en général) en devenant le premier joueur à marquer plus de 500 buts (en 1957).
Dans les années 50, le hockey des "Original Six" connaît son âge d'or. La NHL est une ligue prospère - pour les patrons plus que pour les joueurs à cette époque - et le spectacle proposé fait recette.
Les Canadiens de Montréal, c'est le club le plus ancien de la NHL. Soit cent-quinze années d'activités. C'est d'abord le chiffre 24, comme les 24 Stanley Cup qui garnissent son palmarès. Puis le cinq, comme les cinq Stanley Cup remportées consécutivement entre 1956 et 1960. C'est aussi des joueurs de légende.
Ce sont des entraîneurs devenus légendes. Toe Blake et ses huit titres à la tête du Tricolore. Dick Irvin et son jeu physique. Scotty Bowman et ses quatre titres consécutifs.
(2006) Hockey: la fierté d'un peuple "Documentaire, Québec/Canada"
Les légendes du hockey québécois
Plusieurs joueurs québécois ont marqué l'histoire du hockey. Voici quelques-unes des figures les plus emblématiques:
- Maurice Richard (1921-2000): Considéré comme le plus grand joueur des Canadiens, il a joué à Montréal de 1942 à 1960 et a remporté huit championnats. Il a été le premier joueur à marquer 50 buts en 50 matchs et le premier à atteindre 500 buts en NHL.
- Jean Béliveau (1931-2014): Surnommé « Gros Bill », il a été un buteur prolifique pour les Canadiens (507 buts) de 1950 à 1971, remportant 10 titres de champion. Il a été élu deux fois MVP de la NHL, en 1956 et 1964.
- Guy Lafleur (né en 1951): Surnommé « The Flower » par les anglophones et le « Démon blond » par les francophones, il a joué pour Montréal de 1971 à 1984, compilant six saisons consécutives à au moins 50 buts et 100 points. Il a remporté cinq titres de champion et a été élu deux fois MVP de la NHL en 1977 et 1978.
- Doug Harvey (1924-1989): Défenseur exceptionnel, il a joué pour les Canadiens de 1947 à 1961, remportant six titres de champion et étant désigné sept fois meilleur défenseur de la NHL.
- Jacques Plante (1929-1986): Gardien de but révolutionnaire, il a été élu MVP de la NHL en 1961. De 1956 à 1960, il a été désigné meilleur gardien de la saison alors que Montréal remportait cinq titres consécutifs. Il est également connu pour avoir popularisé l'utilisation du masque chez les gardiens de but.
- Mario Lemieux (né en 1965): Considéré comme l'un des meilleurs joueurs de tous les temps, il a mené les Penguins de Pittsburgh à deux Coupes Stanley en 1991 et 1992. Il a remporté six titres de meilleur marqueur de la NHL et trois trophées Hart (MVP).
Aujourd'hui, le Canadien n'est plus à l'image du peuple. Ses vedettes ne s'appellent plus Richard, Lafleur ou Tremblay, mais Price, Subban ou Pacioretty. Sur les 22 joueurs de l'effectif, seuls trois sont québécois. Le propriétaire, Geoff Molson, est un Québécois anglophone. Dans une ligue dont le chiffre d'affaires annuel s'élevait à 3,7 milliards de dollars en 2014, la mondialisation des joueurs est logique. Mais, compte tenu de l'histoire du club, elle chagrine à Montréal.
«Le discours officiel du Canadien est de favoriser les joueurs francophones, mais c'est un mensonge! Ils prouvent depuis vingt ans qu'ils privilégient les Russes, les Américains ou les Canadiens anglophones. Le club se dit canadien, pas québécois. L'hymne national est joué avant chaque match. La musique est anglophone dans l'aréna. Le CH a un impact inestimable sur le peuple. S'angliciser devient désirable pour les fans. Le but de Molson, comme du gouvernement, est de canadaniser les Québécois. La langue et la religion ne nous unissent pas.
«Le cachet francophone s'est perdu. C'est devenu une équipe ordinaire. Sur les trente franchises de NHL, huit comptent désormais plus de Québécois que le CH, comme le Lightning de Tampa Bay, les Penguins de Pittsburgh ou l'Avalanche du Colorado», déplore Robert Laflamme, journaliste à La Presse Canadienne.
En compilant des statistiques depuis 1970, il prouve qu'à valeur égale, un jeune francophone a deux fois moins de chance d'accéder à une équipe de NHL qu'un anglophone. «Les frogs subissent encore l'image du colonisé, moins bon par nature», considère Emmanuel Lapierre.
La Fédération québécoise de hockey compte 90.000 licenciés, un chiffre en stagnation depuis trente ans. Le football, lui, explose, avec 200.000 joueurs en 2014. «Le soccer ne coûte rien, tandis que le hockey est devenu un sport de riche. En 1950, tous les petits culs se prenaient pour Richard avec des bâtons en bois. Si le hockey ne demandait qu'une rondelle, il n'y aurait que des Québécois sur la glace du Centre Bell!», imagine Anthony.
Le retour potentiel des Nordiques de Québec
La Belle Province espère aujourd'hui le retour des Nordiques de Québec, ancienne franchise de la capitale disparue en 1995.
«Lorsque les Nordiques sont arrivés en NHL en 1972, ils ont engagé un staff, une administration et une équipe francophone. Québec est une ville indépendantiste, il était impensable que l'équipe soit anglophone. En réaction, le Canadien a dû se franciser pour ne pas perdre ses partisans. Lorsque les Nordiques ont disparu, le CH a pu s'angliciser de nouveau», décrit Emmanuel Lapierre.
Une salle de 18.000 places vient d'être construite à Québec en vue de la candidature aux Jeux olympiques d'hiver de 2022 et d'un retour des Nordiques. Le propriétaire de l'arène est un certain Pierre Karl Péladeau, homme d'affaires et membre du PQ (le parti québécois), une formation souverainiste. Le milliardaire négocie depuis plusieurs années avec la NHL pour reformer les Nordiques.
«Péladeau veut son équipe. Il l'aura. Ce n'est qu'une question de temps.
Les rivalités mémorables
Et dans sa riche histoire, Montréal a construit de sérieuses rivalités sur les patinoires de la NHL. Dans la province, l'équipe phare des voisins de Québec a disparu du paysage depuis 1995. Et si un bon nombre d'équipes ont évolué dans des ligues mineures, ce sont les Nordiques de Québec qui ont inscrit leur nom sur les tablettes de la NHL entre 1972 et 1995. Et offert une vraie rivalité provinciale aux Canadiens.
À l'époque, les derbys face à Montréal sentent évidemment le soufre. Las, en 1995 la franchise déménage à Denver et devient l'Avalanche du Colorado.
Dans la province d'à côté, en Ontario, on vibre aussi pour ses équipes de hockey sur glace. Deux clubs se partagent la scène : les Senators d'Ottawa et les Maple Leafs de Toronto, éternels rivaux de l'équipe des Canadiens de Montréal. Car Toronto est la deuxième équipe de la Ligue ayant remporté le plus de Coupes Stanley (13), derrière le grand rival québécois.
Mais c'est surtout en dehors des frontières canadiennes que Montréal a construit une rivalité légendaire. Ce sont en effet les Bruins de Boston qui sont considérés aujourd'hui comme les plus grands rivaux de la cité québécoise.
## L'importance du hockey pour les QuébécoisLe hockey a permis aux Québécois d'incarner leur nation. C'était un de nos seuls moyens de nous affranchir de notre position de citoyens de seconde classe.
Comme un guerrier qui s'est longtemps battu face à l'envahisseur anglophone, le Québécois se repose et supporte un CH dénaturé. «Le plus important pour les fans est de gagner la Coupe Stanley.
Aux États-Unis, le hockey passe souvent derrière le basket, le baseball et le football américain. À Montréal, il n'y a qu'un sport. «C'est un fanatisme religieux... Mais nul n'est prophète en son pays. Beaucoup de Québécois, comme Vincent Lecavalier ou Daniel Brière [de très bons joueurs de NHL, ndlr], ont été effrayés à l'idée de jouer à Montréal», se souvient Robert Laflamme.
«Les francophones cristallisent la critique. Ils font la une du Journal de Montréal au moindre faux pas. Épiés dans leur province, les frogs -surnom donné aux Québécois- seraient discriminés dans la ligue.
Un ancien joueur, Bob Sirois, le démontre dans son ouvrage, Le Québec mis en échec.
L'historien estime que le phénomène d'émulation est rompu: «Lorsque Björn Borg a commencé à gagner, on a vu apparaître plusieurs tennismen suédois sur le circuit.