L'équipe de France de football, souvent appelée "Les Bleus", est un symbole de fierté nationale et d'excellence sportive. Cependant, au-delà des victoires et des trophées, se cache une histoire riche et complexe, celle des origines diverses de ses joueurs. Cette diversité est le reflet de l'immigration en France et de la décolonisation, façonnant l'identité de l'équipe et son lien avec le pays.
Dans la liste des 26 joueurs sélectionnés par Didier Deschamps, trois d'entre eux ont été formés dans un club amateur : l'Évreux FC 27. Ousmane Dembélé, Dayot Upamecano et Steve Mandanda ont tous passé une partie de leur jeunesse dans ce club, suivant ainsi une longue lignée de joueurs ayant réussi leur carrière.
Le 9 novembre, après l'annonce de la liste des joueurs pour la Coupe du Monde par Didier Deschamps, l'Évreux FC 27 a exprimé sa fierté sur les réseaux sociaux : "Historique ! Quel club amateur français peut se targuer d'avoir participé à la formation de trois joueurs qui participeront à la même Coupe du Monde...?!". Avec Steve Mandanda, Dayot Upamecano et Ousmane Dembélé, Évreux et ses dirigeants ont de quoi être fiers.
"Ça nous a fait plaisir, il y a une vraie fierté ! On en parle beaucoup ici" savoure Thierry Orciere, président délégué de l'EFC 27. Devant lui, sur la table, il a posé un journal local avec en Une les trois “pépites locales”.
Le gamin du quartier de la Madeleine, arrivé à deux ans à Évreux, vient au foot un peu par hasard. A neuf ans, le petit Steve fait de la boxe. Quand, un mercredi, il croise la route de Philippe Lelièvre, qui gère les gardiens.
“Il courait sur le stade avec les gens de la boxe. Et il s’est arrêté à une de mes séances, il avait l’air très intéressé. Je suis allé le voir, je lui ai dit: ‘le foot ça t’intéresse?’ Il me dit ‘moi si je joue au foot, c’est gardien de but, parce qu’on ne court pas’”, se plaît à raconter son ancien éducateur. La machine est lancée.
“On voit qu’il a des gestes que certains n’ont pas à cet âge là. Puis il a avancé, progressé, il enregistrait certains gestes beaucoup plus vite que d’autres jeunes. [...] Steve, je dirais qu’il n’a pas changé depuis que je le connais. C’est le garçon qui écoute, qui entend, avec qui on peut discuter, très posé. Il ne se mettra jamais en avant.
Ancien portier quand l’équipe jouait en troisième division, il est le gardien… du stade depuis des dizaines d’années. Il a même habité dans la petite maison à côté du complexe, en plus d’être coach, ensuite. Il a aussi vu passer Riffi et Parfait Mandanda (frères de) ou encore Brice Samba, qui brille aujourd’hui à Lens.
Mais Steve restera “sa fierté”. “Je l’ai eu avant qu’il parte au Mondial et je lui ai dit! Ce que j’ai accompli avec lui pendant six ans, je pense que ça a été bénéfique. Ensuite certains ont pris le relais“.
Après, Steve Mandanda est allé au Havre. “Celui-là, je le mets dans mon cercueil avec moi”, sourit l’ex-formateur. Il a aussi une photo en noir et blanc, d’une équipe où Mandanda a de grands gants de gardien, et les mêmes traits de visage.
“Je les ai connus hauts comme ça”, aime dire Philippe Lelièvre sur la pelouse du stade en parlant de tous les jeunes. “Ils”, ce sont aussi Ousmane Dembélé et Dayot Upamecano. Les deux venaient, comme Mandanda, du quartier “sensible” de la Madeleine, proche du stade.
Le jeune Ousmane signe à 7 ans, en 2004, sous les couleurs de l’ALM Évreux, club de la Madeleine. Il y reste jusqu’en 2010. L’ALM a fusionné, un an plus tôt, avec Évreux Athletic Club pour donner l’Évreux FC 27.
Romaric Bultel, actuel directeur technique du club et entraîneur de la N2, l’a eu un an, en 2009, avant son départ à Rennes. Il était maigrichon, petit, mais très talentueux techniquement. Il touchait le ballon avec toutes les surfaces : intérieur, extérieur, semelle, talon… C’était impressionnant, je n’en ai pas revu de si talentueux depuis. Il avait une bonne intelligence de jeu, savait quand il fallait passer ou dribbler.
Mathieu Bodmer, président du club à l’époque, est aussi marqué par ses performances: “Ousmane au bout de trente secondes, tu voyais le talent incroyable et tu savais qu’il allait faire carrière, sauf grosse blessure. C’était magnifique de le voir jouer quand il était petit.”
Le coach Bultel se souvient lui d’un jour où il avait fait entrer le petit garçon en jeu. Ce dernier avait renversé un match de 0-2 à 3-2 quasiment tout seul. Ousmane passe alors ses journées ballon au pied et promène son sourire partout, sauf en cas de défaite.
“Il était mauvais perdant mais surtout très farceur, beaucoup dans la blague, attachant. Un farceur sage avec beaucoup de répartie, mais toujours respectueux.” Un trait de caractère qu’il a, semble-t-il, conservé.
“Son talent, ses éducateurs de l’époque s’en sont aperçus de suite, confirme Thierry Orciere. Un fin technicien. J’ai entendu qu’il pouvait être parfois un peu indiscipliné mais bon, à douze ou treize ans…”
Romaric Bultel a aussi eu sous ses ordres le “nounours adorable” Dayot Upamecano - aujourd’hui au Bayern Munich - lors de son passage entre 2009 et 2013. Moins talentueux techniquement mais impressionnant physiquement: “Il était très athlétique, très véloce, mais pas bourrin. On avait l’impression en U13 que le terrain était trop petit pour lui. Il était très travailleur, à l’écoute, une éponge”.
Le physique impressionne aussi Mathieu Bodmer. Mais il met surtout en avant son intelligence et sa capacité d’écoute, qui lui ont servi plus tard: “Grâce à ça, Dayot a beaucoup progressé à Valenciennes puis Salzbourg ensuite”.
A Évreux, ses coachs le font parfois monter d’un cran pour développer sa technique. Upamecano explosera plus tard que Dembélé, sur les grands terrains en foot à onze, sans jamais changer de caractère.
Romaric Bultel se rappelle d’“un garçon introverti, réservé, timide, gentil et aussi très respectueux. Mais si discret que c’est un garçon qu’on aurait pu oublier dans un vestiaire ou dans un bus.”
Il se souvient d’une anecdote avec le défenseur français: “quand il était à Valenciennes (après Évreux, ndlr), il nous avait sollicité avec un collègue un 31 décembre pour aller courir. On était parti de chez lui, jusqu’au stade. Il pleuvait, il y avait à moitié de la neige, il était 18h. Ca montre la générosité de ce gamin-là. La seule chose qu’il a en tête quand il revient ici en famille c’est de continuer de bosser.”
En voyant Ousmane Dembélé jeune, Romaric Bultel dit qu’il n’aurait pas été étonné de penser le voir en équipe de France. Il se serait prononcé de manière “un peu plus mesurée” pour Upamecano.
Et pourtant les trois joueurs du cru y sont bien. Comment expliquer une telle réussite pour un club de quatrième division aux infrastructures loin d’être professionnelles dans une ville d’à peine 50.000 habitants?
“Sur Évreux, il y a toujours eu des éducateurs compétents, répond Thierry Orciere. Ici, même dans les plus petites catégories, les éducateurs sont bien qualifiés et sont diplômés. Tous les ans, on en a quatre, cinq ou six qui partent en formation.”
“On est nombreux, et nombreux diplômés. Ils et elles sont 280 sur les 750 licenciés. Et des inscriptions sont refusées lors de chaque saison, faute de capacité. “Tous les ans, on a des joueurs qui partent dans des clubs pros”, souligne Thierry Orciere.
“Ils ont montré la voie à la jeunesse ébroïcienne, dit-il. Ensuite la fusion a permis d’avoir des infrastructures qualitatives.” Philippe Lelièvre, de son côté, montre de la tête l’autre bout de la route, pour imager: “toutes les pépites viennent d’en face, dit-il en pointant le quartier de la Madeleine. Le football peut les aider à trouver quelque chose”.
“Il y a un nuage qui est passé il y a très longtemps, sourit Mathieu Bodmer. C’est une ville qui respire le foot, garçons et filles, même s’il y a aussi un peu de basket. Je pense aussi que c’est parce que tout le monde se côtoie. Les petits parlent aux grands, ils se donnent des conseils. Cela se transmet, comment travailler, rentrer en centre de formation, tout le monde connaît tout le monde. Tout le monde est attaché au club.”
A Évreux, la doctrine pour l’équipe première aujourd’hui est “100% Ebroïciens". 75% des joueurs de l’équipe fanion sont formés ici. Depuis Doha, en conférence de presse cette semaine, Ousmane Dembélé a dû en faire sourire quelques-uns, dans l’Eure. “J'ai joué contre lui en CM1 et CM2, je l'ai toujours battu! La dernière défaite, c'est depuis qu'il a signé au Bayern”, riait-il en parlant de Dayot Upamecano.
Au club, on aimerait bien que ces brillants anciens brillent au Qatar. Et ramènent la Coupe du Monde sur leur terrain d’enfance.
Il y a un peu plus de 120 ans, l'équipe de France jouait le premier match de son histoire contre la Belgique. Les Bleus sont alors presque essentiellement composés de joueurs franciliens. Ce sont les clubs de premier plan de l'époque - CA Paris, Red Star et Racing Club de France en tête - qui fournissent les footballeurs de l'équipe nationale.
La sélection se fait dans les villes voisines, les centres de formation et le scouting n'existant pas encore. Quelques joueurs originaires du nord de la France viennent diversifier le onze national. Ils sont peu à peu rejoints par des Rhodaniens, sudistes et footballeurs originaires de l'Est.
Ce n'est que dans l'après-guerre que les clubs de haut niveau commencent à se structurer et se professionnaliser. Les grandes villes françaises deviennent alors des places importantes du football.
Aujourd'hui, c'est toujours le Grand-Paris (Paris, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine) et plus particulièrement la banlieue, qui domine le palmarès des territoires fournisseurs de Bleus, réunissant plus de 15 % des sélectionnés en équipe de France.
Plus d'une centaine de Bleus viennent de Paris et ses alentours. Large vivier du football tricolore, l'Île-de-France a vu grandir Sylvain Wiltord, Robert Jonquet, Kylian Mbappé ou encore Moussa Sissoko. Mais pourquoi tant de jeunes prodiges du ballon rond y voient-ils le jour ?
La densité démographique en Île-de-France, avec ses 12,4 millions d'habitants, crée un terreau fertile pour la détection de talents. D'autant que le rapport des Franciliens au football est précoce et omniprésent. Une pléthore de clubs de quartier et city stades quadrille la région, offrant à des milliers de jeunes la possibilité de s'adonner au football dès le plus jeune âge. Et nombreux sont les clubs professionnels, français ou étrangers, à avoir des partenariats avec les clubs formateurs franciliens, ce qui facilite les repérages et le recrutement.
Le territoire perpétue également une culture du football de rue, particulièrement en banlieue parisienne. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine, a vu naître de grands noms du football tricolore. Et face aux perspectives d'avenir souvent bouchées, ces exemples font rêver. Les jeunes de banlieue et leur famille sont prêts à faire le pari de se lancer dans une carrière de footballeur professionnel. Avec en tête, les parcours exceptionnels des grands frères et anciens jeunes du coin portés au pinacle et qui brillent jusqu'en sélection nationale.
Alors qu'un seul joueur des Bleus de l'Euro 1984 venait d'Île-de-France, le Noiséen Thierry Tusseau, ils sont plus de la moitié de la pré-liste de Didier Deschamps à être nés en région parisienne, quarante ans plus tard.
Si la banlieue parisienne est une véritable pépinière à tricolores, les autres grandes zones urbaines ne sont pas en reste : le nord de la France avec Lille et Lens, le bassin marseillais, le département du Rhône avec Lyon, sa banlieue et Saint-Étienne, mais aussi l'est avec Strasbourg et Nancy.
Tous ces territoires ont fourni un grand nombre de footballeurs professionnels, qui sont venus alimenter le onze national. Les zones rurales prédominent en matière de football amateur, mais c'est bien dans les zones urbaines que se démarque le foot professionnel. Les raisons ? Il y a plus d'habitants et donc statistiquement plus de chances de dégoter une future pépite, mais aussi une densité de clubs importante, ce qui rend les interactions et compétitions interclubs plus nombreuses.
Ces grandes villes sont aussi des territoires où l'on retrouve majoritairement les populations issues de l'immigration. Historiquement, elles ont toujours constitué un vivier important de recrutement pour l'équipe de France.
Parmi les 939 internationaux sélectionnés en équipe de France, ils sont 175 à être nés à l'étranger (selon les critères actuels). L'histoire française est une succession de vagues migratoires, des Italiens dans la seconde moitié du XIXe siècle aux ressortissants d'Afrique subsaharienne plus récemment. La composition des Bleus reflète, avec un décalage temporel logique, ce métissage.
Près d'un tiers des internationaux nés au-delà des frontières actuelles est originaire d'Algérie. Nés avant 1962, date de l'indépendance du pays, ils sont majoritairement pieds-noirs. Parmi eux, on peut citer Mario Zatelli, Christian Lopez ou Emmanuel Aznar.
Le football colonial s'est surtout propagé dans les années 1930, avec presque autant de licenciés en Algérie que dans la région parisienne. La Pologne complète le podium des pays fournisseurs de Bleus. Au lendemain de la Grande Guerre, la main-d'oeuvre manque en France. Une convention signée avec le pays slave favorise l'arrive de centaines de milliers d'ouvriers.
Le football semble être une alternative préférable en comparaison avec un statut d'ouvrier ou de travailleur précaire. S'ajoute un effet d'exemple, lié à la réussite de superstars issues de l'immigration.
Aujourd'hui, la plupart des Bleus issus de l'immigration sont nés en France et appartiennent aux deuxième ou troisième générations d'immigrés. Mais qu'ils soient primo-arrivants ou descendants d'immigrés, leurs noms s'ajoutent à une longue liste de joueurs emblématiques, qui ont marqué des millions de Français au fil des décennies : les Raymond Kopa, Michel Platini, Just Fontaine ou encore Zinédine Zidane. Un creuset footballistique associé aux réussites des Bleus dans les grandes compétitions.
En football comme dans d’autres sports collectifs et individuels, la France doit beaucoup à ces athlètes natifs ou originaires des Antilles, de l’océan Indien et de Polynésie.
Du côté des Caraïbes et de la Guadeloupe, qui chez les quinquas et les plus âgés a oublié Marius Trésor, natif de Sainte-Anne. Défenseur hors pair, chaussettes toujours baissées, il a joué à l’Olympique de Marseille, connu 66 sélections chez les Bleus et était de l’aventure de l’équipe de France en Espagne lors de la Coupe du Monde 1982, capitaine et héros malheureux de la demi-finale contre l’Allemagne malgré un but superbe sur une reprise de volée.
Plus près de nous, l’archipel guadeloupéen a donné d’autres joueurs qui ont laissé leur empreinte de manière indélébile dans l’histoire du ballon rond français. Le plus célèbre est sans doute Lilian Thuram.
Thierry Henry doit ses origines à son père, natif de La Désirade et à sa mère, née en Martinique.
Les supporters français se souviennent aussi de deux autres footballeurs d’ascendance guadeloupéenne : l’attaquant Sylvain Wiltord et l’intraitable défenseur William Gallas. Toujours en activité, trois autres joueurs internationaux, ont des racines sur l’île Papillon : Alexandre Lacazette (Arsenal, Lyon) ; Kingsley Coman (Bayern de Munich) ; Thomas Lemar (Atlético de Madrid).
La Martinique a peut-être été moins prolifique en champions… mais elle possède tout de même ses vedettes. Parmi les anciennes gloires, impossible de mettre de côté Gérard Janvion. Martial et Raphaël Varane ont aussi du sang martiniquais dans les veines.
Si l’on parle de l’Île de la Réunion, nul doute que les fans de l’Olympique de Marseille vont citer le nom de Dimitri Payet ! Reste l’île voisine et le cas Vikash Dhorasoo ! Pascal a fait les beaux jours de l’AJ Auxerre dans les années 1985-1995. Marama, lui, a trainé sa bonne bouille d’éternel adolescent de Nantes à Monaco, en passant par Nice, Lorient et Nancy.
Depuis 2020 et l’assouplissement par la FIFA des critères pour changer de sélection, un joueur binational n’est plus obligé de choisir très jeune entre son pays de naissance et son pays d’origine au risque de regretter a posteriori.
Les joueurs binationaux d’hier n’ont pas eu ce droit au changement les amenant donc au choix, voulu ou subi, de tourner le dos à l’équipe de France. Passons en revue quelques exemples plus ou moins récents.
Alors quand la Côte d’Ivoire l’appelle en juillet 2002, Drogba fait parler son cœur et accepte logiquement l’invitation des Éléphants.
Le sélectionneur de l’époque Raymond Domenech appelle son père puis va même jusqu’à rencontrer le joueur en Espagne. Gonçalo hésite mais finit par décliner la proposition tricolore. Pour lui, ce sera l’Argentine ou rien.
Né d’un père international gabonais et d’une mère Franco-espagnole, Pierre-Emerick Aubameyang avait le choix pour sa carrière internationale ! Et s’il a disputé un match pour l’équipe de France espoirs, un match amical Tunisie - France en 2009, c’est bien pour le Gabon qu’il s’est vite engagé, en 2009.
Quand l’équipe de France vient aux renseignements en 2023, la FFF part avec un train de retard… Le Normand opte pour la naturalisation espagnole et pour défendre les couleurs de la Roja, en guise de remerciements pour services rendus.
Les Bleus, c'est la France de toutes les couleurs et de toutes les origines.
Nombre des joueurs de l'équipe de France proviennent de l’immigration d’Afrique subsaharienne : du Mali comme Dembélé ou Konaté, de la République démocratique du Congo comme Mandanda, Disasi, Kolo Muani (le petit dernier, buteur contre le Maroc), de Côte d’Ivoire comme Fofana. Du Bénin et du Togo comme Koundé. De Guinée Bissau comme Upamecano. D’Angola comme Camavinga. Du Cameroun comme Saliba, Tchouaméni et bien sûr Mbappé.
Mbappé est d’origine camerounaise par son père, mais aussi algérienne par sa mère. Et puis il y a l’immigration européenne : Griezmann est d’origine portugaise par ses grands-parents maternels, le père de Lloris lui est d’origine espagnole catalane. L'Espagne qui est aussi bien connue des deux frères Hernandez : Lucas et Théo y ont passé leur jeunesse, fait leurs études et débuté leurs carrières.
Dans la sélection des Bleus, il n’y a que trois joueurs nés à l’étranger : Camavinga est né en Angola, Mandanda en République démocratique du Congo et Thuram né en Italie, puisque son père Lilian jouait alors à Parme. Trois sur 26, c’est peu : c’est dans la moyenne basse des sélections engagées dans ce Mondial.
Avec les Bleus, on a une équipe de joueurs de la deuxième, voire troisième ou quatrième génération d’immigration. C’est le reflet des mouvements migratoires du 20e siècle. Plutôt la deuxième génération pour les pays d’Afrique, la troisième ou la quatrième concernant les pays européens. Les Bleus sont donc nés et ont grandi en France. C’est le reflet d’un pays : la France, qui est un pays d’immigration qu’on le veuille ou non.
Le football est aussi un sport populaire par excellence. Il sert souvent de vecteur d’intégration sociale, voire d’ascension sociale, dans les familles d’immigrants. Et aussi parce que l’Ile-de-France est un extraordinaire vivier de formation de footballeurs professionnels.
Si on remonte à la génération des parents, on constate que 14 d’entre eux ont des origines africaines. Le Mali est le pays de naissance des parents de N’Golo Kanté, de Djibril Sidibé et du père d’Ousmane Démbélé. Le Congo a vu naître Steve Mandanda, tout comme le père de Presnel Kimpembe et celui de Steven Nzonzi. Du Cameroun sont issus Samuel Umtiti et le père de Kylian Mbappé. L’Algérie est le pays de naissance des parents de Nabil Fekir et de la mère de Kylian Mbappé. Adil Rami a des parents marocains, ceux de Blaise Matuidi sont angolais et ceux de Paul Pogba guinéens. En Amérique, on trouve les origines de Presnel Kimpembe (Haïtien par sa mère), de Raphaël Varane (Martinique) et de Thomas Lemar (Guadeloupe). Quand à Alphonse Aréola, ses parents viennent des Philippines.
Au-delà des statistiques et des anecdotes, il est essentiel de reconnaître et de célébrer la diversité qui compose l'équipe de France de football. Cette diversité est une richesse, une force qui unit les joueurs et les supporters autour d'une passion commune. Elle témoigne de l'histoire complexe et multiculturelle de la France, et de sa capacité à intégrer et à valoriser les talents venus d'horizons différents.
La composition de l'équipe de France est un reflet des vagues migratoires qui ont façonné le pays au fil des décennies. Des joueurs d'origine algérienne, polonaise, africaine subsaharienne, antillaise ou européenne ont tous contribué à l'histoire et au succès des Bleus.
Les joueurs issus de l'immigration sont souvent perçus comme des modèles de réussite et d'intégration. Leurs parcours exceptionnels inspirent les jeunes générations et témoignent de la capacité du football à offrir des opportunités d'ascension sociale.

La question de la binationalité est un enjeu important pour de nombreux joueurs. Le choix de représenter le pays d'origine de leur famille est souvent un déchirement, mais aussi une source de fierté et d'identité.

En fin de compte, l'équipe de France de football est bien plus qu'une simple équipe sportive. Elle est un symbole de la diversité culturelle de la France, de son ouverture sur le monde et de sa capacité à rassembler les citoyens autour de valeurs communes.

Les débats sur l'immigration s'accaparent l'actualité en France. En effet, certaines figures politiques s'acharnent sur les immigrés, qu'ils présentent comme le mal qui range la France. D'autres considèrent qu'il y a « trop de noirs dans cette équipe ». Certains rendent hommage à Deschamps et Giroud, auteur d'un deuxième but contre l'Angleterre, et oublient de citer Aurélien Tchouameni, auteur d'un premier but somptueux.
Pour cette coupe du monde, les propos qui frisent le racisme ou qui sont carrément racistes ne sont pas l'apanage des politiciens en France. En effet, lors de certains matchs, ces propos ont été tenus de l'autre côté de la méditerranée, mais aussi en Amérique latine.
On en vient à la conclusion que, quel que soit les exploits et les services rendus, le mépris sera toujours là. Cet épisode pourrait pousser certains binationaux à envisager leur carrière internationale d’une manière différente et avec plus de recul.
Le premier soutien était venu de Kylian Mbappé. Un international français qui a aussi des origines algériennes. Ce n’est donc pas le Français de souche. Cette réaction du Parisien a tout de même mis les instances gouvernementales devant la gravité des faits.
Aussi, elle devrait prêter à réflexion les générations à venir qui se voient confrontées à une réalité longtemps dissimulée. Les Adli, Aouar, Aït Nouri, Gouiri, Cherki et les autres sont Français quand ils sont sous la lumière et des moins que rien quand ils ne servent plus à grand-chose.