La tradition du jeu yougoslave, brillant mais fantasque, s'est perpétuée à travers les années, de Belgrade à Zagreb. "On parle peut-être de l'ex-Yougoslavie au niveau politique, mais il n'y a pas d'ex-football yougoslave, c'est indivisible", affirmait Ivan Curkovic, gardien des Verts de Saint-Etienne à l'époque héroïque.
Le démembrement de la Yougoslavie ne semble pas avoir eu d'impact majeur sur la qualité intrinsèque de ses footballeurs. Comme dans d'autres pays, le football de rue fait bon ménage avec une économie faible et un niveau de vie modeste. Le football reste un ascenseur social recherché.
Ce don particulier pour le maniement des ballons a sans doute permis aux jeunes joueurs de traverser tous les troubles politiques et sportifs.
Safet Sušić, Pape [Goals & Skills]
La France a souvent été une terre de prédilection pour les Yougoslaves. Toutefois, jusqu'à l'éclatement de la Yougoslavie, les joueurs ne pouvaient pas intégrer des clubs étrangers avant 28 ans. Voilà pourquoi la France découvrait ces joueurs en fin de carrière. A part quelques exceptions, leurs séjours étaient donc courts et la technique palliait souvent le manque de physique.
Cas rare, le Bosniaque musulman Safet Susic, le plus célèbre des dix Yougoslaves ayant joué pour le PSG, a joué neuf ans pour le club parisien dans les années 1980.
Revenons sur l'histoire exceptionnelle de Safet Sušić, une icône du PSG, adulée par les aficionados du club de la capitale. Né en Yougoslavie, son talent s'éveille très tôt. Il débute à 16 ans dans le club local de Krivaja, puis rejoint le FK Sarajevo en 1972. Ses performances irréprochables lui ouvrent les portes de l'équipe nationale en 1977.
En 1982, il est contacté par l'Inter et le Torino, mais des complications contractuelles l'empêchent de rejoindre l'Italie. C'est alors que le PSG entre en scène.
Pourtant, sans un imbroglio avec son agent, Safet Sušić n’était pas destiné à rejoindre le Paris Saint-Germain. Juste avant le Mondial 82, le joueur de vingt-sept ans signe dans le championnat italien… à l’Inter et au Torino.
Mais quelques mois plus tôt, le joyau du FK Sarajevo a tapé dans l’œil du président Borelli au détour d’un match amical face au PSG. Sušić trouve un accord avec le président parisien, qui voit en lui le remplaçant d’un autre Yougoslave, Ivica Šurjak.
Après un bras de fer avec la Fédération yougoslave, Sušić débarque finalement à Paris à la fin de l’année 1982. Son premier match contre Monaco a failli être le dernier. Après presque six mois d’attente, en décembre, enfin je suis autorisé à jouer. Et là, je me retrouve remplaçant. On a perdu 1-0, Peyroche ne me fait entrer qu’en seconde période. Là, je me suis demandé pour qui il me prenait et me suis dit que j’allais quitter le club dès le lendemain.
Conduite de balle élégante, crochets courts, feintes de corps redoutables, Magic Sušić envoûte la capitale pendant huit ans et demi. Ce qui m’a vraiment fasciné, c’est le Parc des Princes. J’ai tout de suite adoré ce stade , poursuit le numéro dix, qui se voyait comme un deuxième attaquant, libre, derrière la pointe, avec, toujours, les épaules tournées vers le but adverse.
Voilà comment le mythique président Borelli définissait un jour Sušić dans L’Équipe : « Un joueur d’exception, un grand professionnel, un homme d’honneur.
Il devient alors une star sur le sol français et joue régulièrement malgré qu'il s'approche de la trentaine. N'étant jamais blessé ni suspendu, il inscrit 64 buts et offre 61 passes décisives en 287 matchs de championnat avec le PSG. C'est en Coupe de France qu'il rentrera définitivement dans la légende, dans une finale de haute volée face au futur champion, le FC Nantes, en 1983.
Il délivre une première passe décisive et inscrit le but de l'égalisation à 2-2 sur une frappe de 20 mètres dans la lucarne, avant d'offrir un dernier caviar dont il a le secret à Nambatingue Toko qui offre le trophée aux parisiens à quelques minutes du terme de la finale.
Paris remporte sa deuxième Coupe de France, Susic son premier trophée avec le club de la Ville Lumière. Cette finale, c’est mon plus beau souvenir avec le PSG , confie l’intéressé dans le livre L’Histoire du Paris Saint-Germain .
L'international yougoslave signe un autre exploit en parvenant à délivrer pas moins de 5 passes décisives à l'occasion d'une victoire éclatante du PSG face à Bastia (7 buts à 1), le 22 septembre 1984.
Ce PSG montera en puissance et le meneur de jeu sera un joueur majeur de l’équipe de Gérard Houllier qui remportera en 1986 le premier titre de champion de France du club, avec notamment 26 matchs consécutifs sans défaite.
Malheureusement "Magic Sušić" était aussi un joueur irrégulier, accusé souvent de choisir ses matches et d'avoir trop de déchets dans ses dribbles quelquefois improductifs. En 1987-88, Paris joue le maintien. Houllier écarte Sušić, lui reprochant de ne pas assez défendre, alors que le public parisien milite pour revoir sa vedette.
Le Prince du Parc est magistral, Paris l’emporte 4 buts à 1. Malgré les tensions avec son entraîneur de l'époque et des performances en dent-de-scie, il reviendra en forme lors de la saison 1988-89 mais laissera échapper le titre aux Marseillais de Bernard Tapie.
Il dispute sa dernière grande compétition avec la Yougoslavie lors de la Coupe du Monde 1990, où il ouvre le score lors de la victoire des siens face aux Emirats Arabes Unis (victoire 4 buts à 1). Concurrencé par Dragan Stojkovic au poste de numéro 10, ils se hisseront jusqu’en quart de finale où ils tiendront tête à l’Argentine de Diego Maradona, tenante du titre.
Agé de 35 ans durant le tournoi, il met un terme à sa carrière internationale à la fin de la compétition après avoir inscrit 21 buts en 54 sélections. L'année suivante, il quitte Paris à l'arrivée de Canal + pour finir sa carrière de joueur au Red Star.
Avec les Vert et Blanc, sa saison va être rythmée par des blessures à répétition. En championnat, il ne peut donc donner sa pleine mesure et participe malgré tout à une grosse quinzaine de matches marquant au passage à trois reprises. Il dispute son dernier match lors d'un quart de finale de Coupe de France face à l'AS Cannes.
Son genou cède une nouvelle fois et le contraint à sortir prématurément. Le Red, sans son numéro 10, craque en prolongation et ne verra pas les demies. Face à une équipe cannoise orchestrée par un certain Zinedine Zidane, c’était un beau symbole, mieux un passage de témoin.
Pour beaucoup, il reste une icone ayant jamais évolué sous les couleurs parisiennes au côté des Mustapha Dahleb, Raï, Pauleta ou encore Zlatan Ibrahimovic.
Le meneur de jeu yougoslave, arrivé à Paris fin 1982, est un joueur redoutable. Trapu, doté de cuisses et de mollets monstrueux, c’est un très fin technicien et un excellent buteur, et il distribue les passes décisives comme les petits pains. Son principal défaut ? Un certain dilletantisme, qui lui fait choisir ses matchs.
Avec son maestro, le PSG de Gérard Houllier remporte le premier titre de champion de son histoire, en 1985-1986. Mais l’équipe peine à enchaîner les saisons en haut du tableau. En 1987-1988, Paris joue le maintien.
Sušić est magistral, Paris l’emporte 4-1. Et c’est encore un grand Sušić qui permet au PSG d’assurer le maintien au Havre lors de l’ultime journée.
Le Bosnien finit son aventure parisienne en 1991, lorsque Canal + prend les manettes du club. Pile au moment où le club allait prendre une dimension européenne. Foutu timing.
Parmi les autres joueurs yougoslaves qui ont évolué au PSG, on peut citer Ivica Šurjak, un imposant ailier gauche doté d'une science du placement quasi-diabolique. Il sera aussi un pilier de la sélection Yougoslave qui connait un renouveau dans les années 70 grâce à un potentiel de joueurs hors du commun.
Avec 54 sélections et 10 buts, il participe à la phase finale de la Coupe du Monde 1974 et 1982 ainsi que l'Euro en 1976.
Mais son véritable chef d'oeuvre sera ce soir de 15 mai 1982 au Parc des Princes lors de la finale de la Coupe de France face à Saint-Etienne.
Sur le premier but de Toko, c’était son centre qui avait fait mouche. Une heure après, petit numéro d’équilibriste, il glisse un centre enroulé d’une aisance infernale, pour trouver un Rocheteau intraitable. 2-2.
Le PSG gagnera son premier trophée aux tirs au but.
Aujourd'hui, Sušić continue d'inspirer les générations futures. Son talent, sa classe et son amour pour le PSG resteront gravés dans les mémoires des supporters parisiens.
| Joueur | Nationalité | Période au PSG | Poste |
|---|---|---|---|
| Safet Sušić | Bosnie-Herzégovine | 1982-1991 | Milieu offensif |
| Ivica Šurjak | Croatie | 1981-1982 | Ailier gauche |
| Autres joueurs | Divers | Divers | Divers |

Safet Susic, une légende du PSG.
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