Charles Ollivon, figure emblématique du rugby français, incarne l'art de l'exigence et la quête de l'excellence. Depuis qu'il a repris le brassard de capitaine de l'équipe de France, il cultive un certain goût pour le travail bien fait et l'amélioration constante. Sa posture sérieuse et carrée reflète son engagement envers le rôle qui lui a été confié.
Le poids du capitanat aurait pu être lourd à porter, mais le Basque a les épaules solides, forgées par des années de galères, de blessures et de craintes de devoir arrêter le rugby. Il aborde la fonction avec la conviction et la façon d'être qui le caractérisent depuis ses débuts et lui ont permis de traverser les épreuves.
Pour son premier Tournoi avec le brassard de capitaine, Ollivon a décroché la deuxième place des 6 Nations l’an dernier avec le XV de France.
Il doit être fier au fond de lui Charles, par rapport à ce qu’il a traversé, à sa famille. Mais il n’a pas changé avec le capitanat du XV de France, pose Anthony Etrillard, coéquipier au RC Toulon et ami d’enfance du géant brun. C’est toujours le même, avec son caractère, son tempérament. Il est toujours aussi direct, XV de France ou pas. Pour lui, c’est important de ne jamais lâcher. Il est très exigeant avec lui-même, et par extension, avec le collectif.
À l'image de quelqu'un qui s'accroche à son rêve, Charles Ollivon vit chaque instant pleinement, après l'avoir senti lui glisser entre les doigts. Son histoire est celle de la résurrection d'un homme au plus haut niveau.
XV de France : Les mots du capitaine Charles Ollivon avant Italie-France
Un talent brut façonné par l'adversité
Pour comprendre le Charles Ollivon d'aujourd'hui, il faut revenir sur ces blessures, bien sûr, sur les années d'avant, aussi. S’il a fini par vaincre la malchance, le pessimisme de la médecine, la circonspection de ses entraîneurs et adversaires, par réaliser l’exploit de revenir et d’atteindre le tout premier échelon du rugby français, il le doit en grande partie à sa détermination à toute épreuve. Son opiniâtreté de Basque.
En 2017, lors d'un match contre Castres, son épaule cède, entraînant une fracture de l'omoplate. Une blessure rare et grave qui nécessite des mois d'arrêt et de rééducation. La rechute en 2018 est un coup dur, et même le corps médical doute de sa capacité à retrouver le haut niveau. Mais sa force de caractère le sauve de la fin de carrière que tous lui promettent.
Ce come-back n’est finalement pas tant une surprise pour ceux qui l’ont toujours connu, accompagné, lui et son âme de compétiteur innée. La première fois que je l’ai vu, on n’était encore que des gamins, se remémore Anthony Etrillard. On jouait dans les clubs de nos villages (Saint-Pée-sur-Nivelle pour Ollivon, Mouguerre, en banlieue de Bayonne, pour le talonneur). C’était difficile de le louper, il était plus grand que tous les autres. Et la coupe de cheveux… Il avait les cheveux blonds et une coupe au bol ! Mais surtout, c’était déjà un compétiteur. Un mauvais perdant. Quand il perdait, il l’avait tellement mauvaise qu’il en quittait parfois le terrain en pleurant.
À l'époque, celui que l'on connaît aujourd'hui comme un grand brun à la barbe méticuleusement taillée ne joue encore qu'au SPUC, le Saint-Pée Union Club. Dans les pas de son père, Jean-Michel, joueur et éducateur, et dans ceux de son grand frère, Alexandre, capitaine du club jusqu'à il y a peu.
L'amour du rugby a pris chez lui depuis tout petit, tombé dans la marmite ovale avec le reste de la famille. L'amour du sport, plus largement. Un temps, le Senpertar a d'ailleurs fait quelques infidélités au ballon ovale. Des récréations durant, Charles Ollivon a traîné devant les frontons de sa commune, chistera à la main, pour d'intensives parties de pelote basque. Le football a aussi eu ses faveurs. Surtout la Real Sociedad, juste de l'autre côté des Pyrénées, en Espagne, dont il a longtemps renouvelé sa carte d'abonné.
Son départ pour le centre de formation de l'Aviron bayonnais, en deuxième année cadets, à 25 km du foyer familial, lui laissera longtemps le loisir de continuer à aller au Stade d'Anoeta. Mais l'histoire avec le rugby était la bonne, la vraie, même si Charles Ollivon, toujours plus du genre à avoir la tête sur les épaules que dans les nuages, a d'abord pensé aussi à s'assurer un avenir professionnel, avec un BTS en management des unités commerciales.
À cette période, si le talent est déjà là, celui qui évolue alors en deuxième ligne ne fait d'ailleurs pas partie des espoirs les plus remarqués de sa génération.
En Bleu à 21 ans, le Basque a préféré forcer directement les portes de la grande sélection. En novembre 2014, après que son adjoint Yannick Bru est supervisé Ollivon, Philippe Saint-André lui offre ses deux premières capes internationales, contre les Fidji et l’Argentine. Le Bayonnais a fait ses grands débuts en Top 14 deux saisons plus tôt, à 20 ans, face aux voisins de Bordeaux-Bègles, et a depuis pris de l’ampleur à l’Aviron bayonnais, devant l’évidence de ses qualités.
Charles est un joueur très athlétique. Ce qui lui permet de courir beaucoup, de beaucoup plaquer, d’être toujours bien placé, pointe Anthony Etrillard, qui a partagé ses années de formation et ses débuts professionnels à Bayonne avec le troisième ligne. Ce qu’il a d’impressionnant, c’est cette qualité de déplacement.
Il ne pourra pas les exprimer lors du Tournoi des 6 Nations 2015. Appelé, il doit renoncer à cause d’une entorse acromio-claviculaire. L’épaule, déjà. Ollivon ronge son frein, regarde à la télévision les Bleus de Thierry Dusautoir peiner devant Gallois et Anglais. Et ne peut rien faire pour éviter la relégation de Bayonne en Pro D2 au terme de cette saison 2014-2015.
Sur la Côte d'Azur, depuis 2015, Charles Ollivon s'est trouvé un autre défi à la hauteur de ses ambitions, en rejoignant le RC Toulon. Au départ, la concurrence fut rude quand il est arrivé à Toulon. Le club de Mourad Boudjellal régnait alors sur le rugby européen. C’est comme si le Barça m’avait appelé en football , dira le troisième ligne.
Mais, non retenu pour la Coupe du monde 2015, Ollivon pense pouvoir revenir sur le devant de la scène et dans les radars de l'encadrement du XV de France en s'illustrant à Mayol. Il mettra un an à regoûter à la tunique bleue, un an aussi à s'affirmer dans l'effectif toulonnais. Et donc deux de plus à soigner ses maux, et reprendre le cours de la carrière à laquelle il a toujours aspiré.
La suite, la liste des réservistes pour le Mondial 2019 dont il parvient à s'extraire quelques mois seulement après son retour sur les terrains, ce ticket pour le Japon chipé au dernier moment, les performances remarquées à Fukuoka ou Oita, ne furent peut-être, finalement, que le retour de bâton d'un début de parcours qui n'aura pas épargné Charles Ollivon. Mais qui agit aujourd'hui comme un moteur on ne peut plus puissant.
Dans la vie de tous les jours, Charles est quelqu'un qui aime bien vivre, passer des bons moments. Il profite de la vie. Et d'autant plus depuis ses blessures, déconstruit Anthony Etrillard. Désormais, il joue et il vit avant tout pour le plaisir. C'est la qualité qu'il a su développer en faisant face à ces épreuves. Il a compris que l'important était de prendre du plaisir en jouant, de ne pas être seulement un robot qui cherche la performance.
Ces écueils, ces rendez-vous manqués, puis réussis, ont fait de Charles Ollivon le capitaine élu de Fabien Gatlhié. Si la résilience avait un nom, en rugby, elle pourrait porter celui d'Ollivon, et le sélectionneur en a été le premier sensible. Dès sa prise de poste. Pendant deux mois, on s'est intéressé aux différents leaders, car on avait besoin d'avoir des hommes forts et convaincus de notre projet. On a choisi Charles pour son parcours, un joueur brillant de Bayonne, Toulon, et de l'équipe de France, touché par des pépins physiques. On est tous passés par ces moments-là. Il a réussi, avec l'aide des médecins, à revenir très fort.
Julien Marchand, Jefferson Poirot, avant qu'il n'annonce sa retraite internationale, et même le prodigieux Antoine Dupont avaient été envisagés pour devenir l'homme de Galthié. Ollivon les a tous doublés, déjouant, comme une habitude, les pronostics.
Comme une évidence, le CDD à la tête des Bleus, qui a d'abord couru sur le Tournoi 2020 puis s'est étendu à une rencontre de la Coupe d'automne, a été renouvelé pour une durée désormais indéterminée. Et ce malgré la concurrence féroce qui peut régner en troisième ligne au sein de l'effectif tricolore, avec des Anthony Jelonch, Cameron Woki, Dylan Cretin, prêts à bousculer la hiérarchie établie à la moindre occasion.
Avoir des joueurs de grande qualité à ce poste, aux autres, est une vraie chance. Dans ce groupe, il y a une émulation, en permanence tournée vers la performance, avance le manager du XV de France Raphaël Ibañez. Mais Charles a prouvé l'an dernier qu'il était un grand leader.
Choisi par Fabien Galthié l'an dernier pour assurer le capitanat du XV de France, Charles Ollivon a été reconduit dans ses fonctions cette saison.
Le groupe France, qui regagne ses galons dans le rugby mondial et sa place dans le cœur de ses supporters depuis un an, se montre entièrement acquis à la cause de son capitaine. Quand ce n'est pas Romain Ntamack qui loue son capi'- Nous avons une entière confiance en lui, on le suit aveuglément. C'est un super mec, un super joueur, et un leader naturel -, c'est Mathieu Jalibert qui en souligne l'importance, en tant que garant d'un état d'esprit irréprochable de la part de ses Bleus.
J'ai eu une discussion avec Charles (à propos du chambrage de Jalibert envers un adversaire castrais lors d'un match de Top 14, qui avait fait polémique). Quand on s'est retrouvé à Marcoussis, il est directement venu m'en parler,relatait-il récemment à L'Équipe. Un peu comme un grand frère, il m'a mis en garde. C'était justifié. C'est aussi cela, Charles Ollivon, un capitaine qui fait l'unanimité dans le rôle de meneur.
Si je ne devais donner qu'un mot pour le décrire, ce serait : direct. Charles est droit, il avance droit. Il ne se cache pas. Et quand il est agacé, il ne passe pas par quatre chemins. Il sait dire les choses qui ne vont pas, mais aussi mettre en évidence ce qui va bien. Il a cette capacité à être rassurant dans la vie de groupe, liste Anthony Etrillard, qui a repris à son coéquipier le brassard du RC Toulon cette saison. En fait, il a tout d'un bon capitaine. Aussi parce que ce n'est pas quelqu'un qui parle juste pour parler.
Lui qui n'a été que trop frustré de ne pas pouvoir agir pendant ses longs mois de convalescence est devenu ce capitaine qui veut prouver par l'exemple. D'ailleurs, la semaine dernière, le trophée Garibaldi (1) qui avait l'air de peser une tonne autour du cou, après la victoire contre les Italiens, Charles Ollivon a ri, un peu, souri à son sélectionneur, à Antoine Dupont qui passait devant lui. Savouré quelques secondes de joie. Puis s'est repris devant les caméras : On en veut encore plus .
Tenir la barre, le cap, toujours. Que la carrière soit mouvementée, les émotions débordantes, les matches aboutis ou non. Tenir le cap.

Jean-Pierre Rives : Un précurseur blond aux cheveux longs
Le troisième ligne à la chevelure blonde fut le porte-étendard du rugby de son époque, par une personnalité hors du commun. On a aimé Jean-Pierre Rives parce que pour les gens de notre génération, ce fut le premier joueur identifiable, par sa chevelure d'un blond solaire. « Ce fut sa principale qualité » commente Jacques Souquet, ancien reporter de Midi-Olympique. « Ce n'est pas une boutade. Elle lui a permis d'être identifié par les entraîneurs et les sélectionneurs qui se sont rendus compte de son activité. Il suivait le ballon continuellement, que ce soit son équipe ou l'adversaire qui le possède. Jean-Pierre Rives était un troisième-ligne aile qui couvrait du terrain, mais ce n'était pas un artiste, pas un manieur de ballons. « Non c'était un besogneux, mais un besogneux génial » poursuit Jacques Souquet.
Derrière son allure de poète souvent dans la lune, il pouvait compter une force physique au dessus de la moyenne, au niveau des bras paraît-il. On a aussi aimé Jean-Pierre Rives car il appartenait à une France qui n'existe plus : celle qui produisait des sportifs cultivés dotés d'un humour subtil. Il avait un sens de la répartie presque sans égal, seul Fouroux aurait pu rivaliser mais dans un autre registre. « Casque d'Or » s'exprimait d'une voix douce portée par un débit assez caractéristique, qui rarement ne se laissait déborder par l'excitation.
Rives fut le vrai porte étendard du rugby français des années 70-80, un peu le pendant d'un Roger Couderc en bout de piste. Cette tunique ensanglantée reste évidemment comme une relique dans l'esprit des gens qui l'ont vu jouer comme cette image de lui, titubant, sans doute victime d'une commotion lors d'un Afrique du Sud France de 1980 : « Sortir ? Mais pour aller ou ? » déclara-t-il à ceux qui se portaient à son secours, l'une de ses plus belles répliques. Il fut aussi l'un des premiers à pouvoir discuter avec les arbitres internationaux en Anglais, atout décisif.
On ne l'a jamais imaginé entraîneur. Effectivement, après sa carrière, il se complut dans un rôle de conseiller de l'ombre au sein des Barbarians, pouvoir occulte qu'il exerce un peu en marge de sa vie d'artiste.
Top 10 des joueurs de Clermont : Jean-Marc Lhermet, un autre blond marquant
Dans le Top 10 des meilleurs joueurs de l'histoire de Clermont, Jean-Marc Lhermet, ancien troisième ligne aile et capitaine de l'ASM durant les années 1990, occupe une place de choix. Avec sa chevelure blonde, il a été un temps comparé à Jean-Pierre Rives au moment de ses premières capes avec le XV de France (3 au total).
Faf de Klerk : Le demi de mêlée blond sud-africain
Le numéro 9 est l’un des rugbymen sud-africains les plus connus. Faf de Klerk est l’un des rugbymen les plus connus et repérables de la planète ovale.
Si Faf de Klerk est aujourd'hui devenu un cadre du squad sud-africain, en étant notamment un élément prépondérant dans la conquête du titre de 2019 au Japon, il a mis longtemps à s’imposer en équipe nationale. Il était jugé alors trop petit (1,72 m pour 88 kg), pas assez costaud au sein d’une sélection connue pour ses armoires à glace et ses physiques XXL. Un reproche également fait à l’ailier Cheslin Kolbe, devenu lui aussi incontournable en équipe nationale.
Voyant que son avenir international était bouché, Faf de Klerk a choisi de s’exiler en Angleterre chez les Sharks de Sale en 2017. Un choix payant puisqu'il a rapidement brillé avec le club de la banlieue de Manchester, il a même été élu dans l’équipe type de la Premiership à l’issue de sa première saison, en 2018. Il retrouve son plaisir de jouer et développe son jeu au pied, qui est désormais l’un de ses points forts.
Avant de se fixer et de briller au poste de demi de mêlée, Faf de Klerk a joué à l’ouverture au lycée. Et, plus jeune, il avait une idole : le numéro 9 des Springboks champions du monde en 1995, Joost van der Westhuizen. Il a d’ailleurs posté sur son compte Instagram une photo où, gamin, il pose aux côtés de «VDW», décédé en 2017 à 45 ans des suites de la maladie de Charcot. Comme son modèle, De Klerk est un demi de mêlée particulièrement dur au mal dans le combat, malgré un physique léger.
Faf de Klerk ne manque pas d’humour. Il pose régulièrement avec des déguisements les plus farfelus. Et l’image de lui, posant avec le Coupe Webb-Ellis en slip aux couleurs du drapeau sud-africain, a fait le tour des réseaux sociaux. Il est aussi connu pour sa belle chevelure blonde, qui lui a valu d’être comparé au Prince Charmant des dessins animés Shrek. Sur les réseaux sociaux, il pose régulièrement avec son épouse Miné van Niekerk, tout aussi blonde que lui.
