Vous avez sûrement remarqué devant votre télévision que le rugby professionnel actuel présente des joueurs aux physiques de plus en plus imposants. Un trois-quart centre d'aujourd'hui aurait pu aisément évoluer dans le pack il y a vingt ans. La rudesse des chocs exige une préparation physique accrue pour ces matchs à haute intensité.
Depuis 1990, un joueur de rugby a gagné en moyenne entre douze et quinze kilos de muscle, bien que ces chiffres doivent être nuancés en tenant compte de l'augmentation de la taille. L'IMC (indice de masse corporelle) a augmenté au fil des années, confirmant cette tendance.

Transformations Physiques Remarquables
Voici quelques exemples de joueurs dont la transformation physique a été particulièrement notable :
Gervais Cordin
Arrivé à Toulon en 2019, Gervais Cordin s'est révélé au FCG. Espoir du rugby français, il a brillé dès ses débuts en Isère, s'installant à l'arrière à seulement 19 ans. Blessé gravement en mars 2018, il a manqué la fin de saison et un titre de champion du monde des moins de 20 ans. Malgré cela, Cordin a signé à Toulon pour la saison 2019-2020. Sa transformation physique est frappante : d'un gabarit modeste de 73 kg, il a progressivement pris de la masse pour atteindre 85 kg, ajoutant de la puissance à son jeu sans perdre ses qualités d'appuis.
Les Fidjiens : Des Physiques Impressionnants
Les Fidjiens sont réputés pour leurs physiques naturellement imposants. ''Il a des trapèzes qui montent jusqu'aux oreilles'' plaisantait Vincent Moscato au sujet de son ancien coéquipier au Stade Français, Emori Bolo Bolo. Pendant que nous nous entraînons des heures à la salle de muscu pour avoir un physique qui s'approche plus du boulanger du coin que celui de Dwayne Johnson, ces extraterrestres de l'archipel du Pacifique naissent déjà avec des atouts indéniables.
Peceli Yato
Arrivé à Clermont en 2013, Peceli Yato, troisième-ligne, s'inscrit dans la lignée des joueurs îliens passés par le club. Initialement autour de 100 kg, il pèse aujourd'hui près de 120 kg, mettant sa puissance au service de son équipe.
Josua Tuisova
Josua Tuisova, ailier, sème la terreur en Top 14 avec son gabarit de 1m80 pour 113 kg. À son arrivée à Toulon en 2013, il pesait 91 kg, mais s'est considérablement étoffé depuis. Matt Giteau a plaisanté en disant : ''91kg ? Peut-être quand il avait 7 ans''.
Mathieu Bastareaud
Aux prémices des années 2010, Mathieu Bastareaud était perçu comme le futur de l'équipe de France. Alors au Stade Français, l'ancien Massicois étonne de par son gabarit imposant pour un trois-quart centre. 1m85, 110 kg, Bastareaud joue alors sur sa puissance pour faire des ravages dans les défenses adverses, en témoigne cet essai marqué contre Biarritz en 2010, où malgré trois défenseurs sur le dos, Bastareaud dans son style caractéristique s'arrache sur vingt mètres pour aplatir. Transféré à Toulon, le joueur devenu un cadre des Bleus va encore s'épaissir. Aujourd'hui à Lyon, repositionné en troisième-ligne centre, il flirte avec les 130 kilos.
Enrico Januarie : L'Exception
Si la plupart des joueurs de rugby professionnel ont pris du muscle, Enrico Januarie est l'exception. Avec ses 1m68 pour 98 kg, l'ancien Springboks, demi-de-mêlée, impressionne. Champion du monde en 2007, il pesait environ 87 kg. Benjamin Del Moral souhaitait qu'il perde du poids pour retrouver sa forme de 2007. Malheureusement, Januarie n'a cessé de grossir au fil des années.
Andy Goode : L'Antithèse de l'Athlète
Andy Goode est l'archétype de l'Anglais qu'on aime détester. S'il n'a jamais été doté d'un physique de rêve, les dernières années ont en revanche causé du tort à notre cher Andy. Sa sortie de retraite en 2015 pour venir en aide à Newcastle en est le parfait exemple. Preuve qu'il n'y a pas besoin de faire 90kg de muscle pour être un rugbyman pro.
Le Poids et la Performance : Un Équilibre Délicat
Le rugby est l’une des rares disciplines à mettre en confrontation directe des joueurs aux profils divers et variés. Ainsi, si certains petits joueurs de rugby, agiles et rapides, ne tutoient même pas les 80 kg, en face d’eux, se dresse une défense adverse lourde, constituée de piliers très costauds dépassant allègrement le quintal voire plus.
Avec le passage au professionnalisme, le poids moyen des joueurs n’a cessé de progresser. Mais être lourd ne fait pas tout, et les staffs ont su, dans un souci de performance, faire dernièrement la chasse aux kilos.
Top 10 des Joueurs les Plus Lourds du Top 14
Voici un classement des joueurs de rugby les plus lourds du Top 14 :
- Ben Tameifuna (Bordeaux-Bègles): 151 kilos
- Tevita Tatafu (Bayonne): 150 kilos
- Posolo Tuilagi (Perpignan): 149 kilos
- Uini Atonio (La Rochelle): 147 kilos
- Emmanuel Meafou (Toulouse): 145 kilos
- JJ Van der Mescht (Stade français): 145 kilos
- Will Skelton (La Rochelle): 145 kilos
- Toma’akino Taufa (Bordeaux-Bègles): 145 kilos
- George-Henri Colombe (La Rochelle): 142 kilos
- Phil Kité (Vannes): 140 kilos

Évolution du Poids des Joueurs de Rugby
En 1964, les piliers du XV de France pesaient 100 kilos chacun en moyenne. Les piliers d’aujourd’hui sont plus proches des 120 kilos. 26 août 1995 : l’ovalie devenait professionnelle. Conséquence, les joueurs devaient désormais surveiller leur corps, c'était leur outil de travail.
Les rugbymen se transformaient, étaient plus costauds. Au départ, cette prise de poids était timide, mais se dessinait tout de même. En 1995, le poids moyen des joueurs du XV de France pendant la Coupe du monde était de 96 kilos. Quatre ans plus tard, en 1999, il était de 96,2 kilos.
Les joueurs sont plus imposants qu’avant car le jeu aussi avait changé selon ce chercheur. Jean-Paul Doutreloux, chercheur en biologie du sport : « Pour pouvoir se rentrer dedans et endurer cette nouvelle forme de jeu qui utilise beaucoup moins les espaces, on a besoin d’avoir des morphologies costaudes. »
Des gabarits de plus en plus musclés, car il fallait garder le niveau haut. Résultat, les séances à la salle de sport se multipliaient. Un programme taillé sur mesure qui faisait toujours grimper le poids des joueurs français. Lors de la Coupe du monde en 2003, il dépassait les 97 kilos de moyenne. Quatre ans plus tard, en 2007, les rugbymen tricolores pesaient en moyenne 98,4 kilos. Et le poids moyen grimpait encore. En 2011, le quintal était dépassé : 101,5 kilos de moyenne par joueur français. Et même 104,6 kilos en 2015. En 20 ans, les tricolores avaient pris 8,6 kilos en plus.
En 2019, lors de la dernière Coupe du monde, les Français avaient perdu quelques centaines de grammes. Poids moyen : 102,8 kilos.
L'Importance de l'Expérience Collective
Les chercheurs se sont également intéressés à l'«expérience collective» -l'habitude de jouer ensemble- des joueurs engagés dans les matches de Coupe du monde. Ils ont montré que les équipes gagnantes avaient une plus grande expérience collective - estimée à partir du pourcentage de joueurs ayant déjà joué précédemment en Coupe du monde.
Pour Adrien Sedeaud, l'habitude de jouer ensemble est «essentielle, notamment pour le paquet d'avant. Le partage de l'effort est crucial dans toutes les actions: le déblayage dans le ruck, la synchronisation durant les touches ou encore le placement et les orientations collectives pendant les mauls et mêlées».
Uini Atonio : Un Pilier de Force
Pilier star de l'équipe de France de rugby, Uini Atonio est un véritable phénomène de la nature. Un physique hors du commun qui est le résultat d'un long travail de préparation, notamment en salle de sport où ses performances en musculation ne laissent pas indifférentes.
Originaire de Nouvelle-Zélande, il a débarqué en France en 2011 au Stade Rochelais, club qu'il n'a jamais quitté depuis. Lancé en sélection par l'ancien coach Philippe Saint-André, il est désormais au sens propre, comme au sens figuré, l'un des piliers de cette équipe.
Le Niveau d'Uini Atonio au Développé Couché
Depuis 2015, le pilier du Stade Rochelais est une figure du XV de France. Phénomène, le natif de Timaru en Nouvelle-Zélande est dorénavant un cadre de cette sélection. Et même s'il est un visage connu des amateurs de rugby et passionnés des Bleus, il ne cesse d'impressionner par son physique colossal (plus de 140 kg pour 1,97m). Des mensurations de bodybuildeur professionnel à en faire pâlir de jalousie Arnold Schwarzenegger.
Dans une interview de 2015, le préparateur physique du Stade Rochelais Julien Rongier de l'époque, s'était exprimé sur le phénomène Atonio dans les colonnes de Libération et avait fait quelques confidences sur son niveau en développé couché : Je soulève quand même 150 kilos au développé couché. Bon, lui a fini à 170-180, je n'ai plus suivi. Il m'a détesté à certains moments.
Le Palmarès d'Uini Atonio
Avec son club du Stade Rochelais, il a notamment remporté la Champions Cup, une Coupe d'Europe, deux fois de suite en 2022 et 2023. Du côté de la sélection, il était présent lors de l'épopée du Tournoi des Six Nations glané en 2022.
Statistiques Anthropométriques
Une étude réalisée par ROBERTI Kévin en 2020 a analysé les statistiques anthropométriques (taille et poids) de 1945 rugbymen évoluant de l’Equipe de France à la Fédérale 1. L'étude a révélé que les joueurs étrangers ont une densité physique, en moyenne, plus imposante que les joueurs français, étant généralement plus grands et/ou plus lourds dans leur catégorie respective.

L'Avenir des Gabarits : Jusqu'où Iront-Ils ?
Selon une étude, Bauduer et coll., 2006, observaient déjà une progression fulgurante de la taille et poids entre 1988 et 2005. Les experts estiment que ce tournant est dû à la professionnalisation du rugby en 1996.
Selon l’expression favorite de Fabien Galthié, le capitaine Anglais Mike Tindall est un «frigo américain», comprendre un cube lancé à pleine vitesse dans le mur défensif pour le faire exploser.
L'Évolution des Trois-Quarts Centres
Elle est bien loin l’époque des Boniface, des Codorniou, des Gachassin, créateurs aux gabarits légers, qui pesaient aux alentours des 70 kg. L’évolution des mensurations au poste de trois-quart centre est symptomatique de la transformation physique qui s’est opérée dans le rugby depuis vingt ans.
En 1987, John Kirwan, l’ailier des All Blacks, était une exception, combinant la vitesse à la puissance (97 kg selon Wikipédia). Désormais, toutes les équipes ont des joueurs de ce type.
Jeremy Hapeta et Steve Sannard, de l’université de Massey, ont étudié l’évolution des gabarits des All Blacks, depuis la tournée des Originals en 1905 jusqu’à aujourd’hui. Les chiffres sont édifiants. Il y a un siècle, l’homme en noir moyen mesurait 1,75m et pesait 81 kg. Le plus impressionnant d’entre eux, George Nicholson, culminait à 1,87m et pointait à 88 kg sur la balance.
Lors de la tournée des Lions britanniques en Nouvelle-Zélande en 2005, les joueurs du squad kiwi affichaient une moyenne d’1,87m et de 102 kg. L’indice de masse corporelle (IMC) permet aussi d’appréhender cette mutation morphologique.
Cet indicateur (masse/taille²) illustre l’évolution de la corpulence des joueurs. Dans les années 70, l’IMC du pilier Billy Bush était de 30.09. Trente ans plus tard, son successeur Tony Woodcock émarge à 35.44. Le joueur néo-zélandais moyen, lui, est passé de 25.5 à 27.4.
Dans le cas précis du rugby kiwi, la popularité croissante de l’activité au sein des populations polynésiennes doit aussi être prise en compte.
«Les statistiques collectées jusqu’au milieu des années 90 n’incluaient pas les gens du Pacifique ou les Maoris, qui en général ne sont pas plus grands mais pèsent plus lourd. «De manière générale, les gens sont plus imposants maintenant, notent Hapeta et Sannard. Particulièrement en raison d’une baisse des maladies infantiles et d’une meilleure nutrition.» Mais le rugby a fait plus qu’accompagner l’évolution de la société. L’avènement du professionnalisme est évidemment le principal facteur.
Dix ans plus tard, ce genre d’exception est de moins en moins rare. «Les joueurs n’ont plus besoin de travailler à côté pour vivre. Ils sont payés pour s’entraîner et se reposer. Le rugby pro fabrique des athlètes à force de renforcement musculaire et de lever de fonte, parfois dès l’âge de 15 ans. Ajoutez à cela la personnalisation des programmes d'entraînement, du suivi médical, de la diététique, de la récupération, et il est aisé de comprendre l’évolution des gabarits.
«Quand j’ai commencé à la fin des années 70, personne ne faisait de musculation. La fin des années 80 marque le début d’une professionnalisation de fait des rugbymen, d’un premier bond en avant dans la préparation, avec une médiatisation plus importante et la Coupe du monde comme objectif ultime des internationaux.
Au sein du paquet d’avants, la courbe suit la même évolution. Wilson Whineray, légende vivante des All Blacks au poste de pilier dans les années 50, émargeait à 94 kg, massif pour l’époque. Son héritier Tony Woodcock en pèse 26 de plus.
«Les entraîneurs des équipes qui jouent les grands tournois comme les Tri ou les Six nations ont maintenant la possibilité de suivre les courbes de performance physique de leurs joueurs à l’année. Les préparateurs physiques disposent en outre de très bonnes installations et de technologies de pointe. Par exemple, le Pays de Galles utilise un programme mis en place par son équipementier et pratiqué par l’armée américaine. Des améliorations qui amènent au développement de paquets de mammouths: désormais, tout bon 8 de devant qui se respecte dépasse les 900 kg.
Arrive-t-on à la limite du développement physique des joueurs? Va-t-on vers une nouvelle génération de golgoths? «La puissance est primordiale dans tous les sports, mais la vitesse aussi. Le rugby, c’est plus que des mastodontes musculeux qui se rentrent dedans. La clef, c’est le rapport poids-puissance.
L'Avis de Dimitri Yachvili
Numéro neuf du Biarritz Olympique pendant plus de 10 ans, Dimitri Yachvili est aujourd'hui consultant sportif. La tendance aux muscles plutôt qu'à l'agilité dans le rugby l'alerte.
Finaliste de Coupe du monde (2011), double vainqueur du championnat de France, Dimitri Yachvili n’avait pas comme la plupart des joueurs aujourd’hui des mensurations démesurées. Il se démarquait grâce à sa technicité et son intelligence de jeu.
Mais à la fin de sa carrière, un jeu physique prôné par les Anglo-Saxons commençait à s’imposer dans le monde du rugby. Ce « Big if Beautiful », l’ancien demi de mêlée le méprise comme il l’a bien souligné auprès de Midi Olympique :
On voulait être comme les Iliens, comme les Sud-Af’s. On a pris des « pecs », des biceps, c’était visible. Ça permettait au préparateur physique et au joueur de prouver au président qu’ils travaillaient bien. Mais à côté de ça, on a laissé tomber l’invisible : la technique individuelle et le sens tactique d’une rencontre. Super ! Tu pousses 140 kg au développé couché ! Mais ça te sert à quoi, au juste ? Sais-tu au moins faire une passe vissée des deux côtés et jouer un duel ? Avant, il y avait chez nous cette part d’intuition, de créativité. On pouvait se permettre des gestes fous parce qu’on était à l’aise techniquement. Ce n’est plus le cas. A-t-on fait trop de musculation au détriment de tout le reste ?
Ce jeu physique donc, où le contact semble évident et seule la puissance permettrait de se démarquer, est également plus dangereux pour « le Yach' » :
Les joueurs ont pris de la masse. Ils ont confiance en leurs muscles, se complaisent dans le défi physique et vont se jeter sur l’homme sans penser à la passe, à l’épaule faible du défenseur… Alors aujourd’hui, chaque percussion ressemble à un accident de bagnoles.
Le spectacle du jeu de passe a donc été remplacé par une toute autre philosophie, où les muscles ont la part belle. Et où la percussion est devenue reine, au détriment de l’évitement. Dimitri Yachvili, pourtant consultant TV, pointe du doigt les médias mettant trop souvent en les grosses percussions.
Heureusement, pour Dimitri Yachvili le défi physique est fini : « Le rugby d’aujourd’hui est tourné vers l’évitement et la vitesse. Les All Blacks ou les Irlandais, qu’ils s’appellent Jordan Larmour, Keith Earls ou Jacob Stockdale, ne sont pas des culturistes. Ils ont du gaz. Ils ont compris que le ballon va plus vite que l’homme ».