Impliqué dans un scandale lié aux paris sportifs, l’ancien joueur des Raptors, Jontay Porter, est banni à vie par la NBA depuis avril 2024. Reconnu coupable d'avoir donné des informations à des parieurs sur ses propres matches et ceux de son équipe, mais aussi d'avoir lui-même parié sur des rencontres NBA, le joueur des Toronto Raptors Jontay Porter a été exclu à vie de la NBA ce mercredi.
Véritable fléau de plus en plus présent dans les tribunes, les paris sportifs se retrouvent même au cœur de la ligue, avec des joueurs concernés. La NBA a frappé fort sur ce coup.
Pour vous résumer rapidement les faits, Jontay Porter a été pris la main dans le sac il y a un peu moins d’un an après avoir placé 13 paris sur des matchs NBA, chose totalement interdite pour un membre de la Grande Ligue.
Cet été, Jontay Porter a plaidé coupable dans cette affaire, déclarant notamment qu’il s’était vendu pour rembourser ses propres dettes liées aux paris sportifs.

Les accusations et l'enquête de la NBA
Depuis plusieurs jours, l'intérieur des Toronto Raptors (24 ans) faisait l'objet d'une enquête de la NBA, autour d'irrégularités concernant les cotes autour de ses performances lors de deux matches, disputés le 26 janvier et le 20 mars. Ce mercredi, la NBA annonce que l'enquête a révélé que Porter « a divulgué des informations confidentielles à des parieurs sportifs, limitant sa propre participation à un ou plusieurs matches à des fins de paris et pariant sur les matches de la NBA ».
Porter a divulgué des informations confidentielles sur son propre état de santé à un individu qu'il savait être un parieur de la NBA avant un match contre les Kings de Sacramento, le 20 mars (89-123). La Ligue révèle que.
Un autre individu dont Porter savait également qu'il était un parieur de la NBA a misé 80 000 dollars sur un site de paris sportifs en ligne, avec la possibilité de gagner 1,1 million de dollars, pariant que Porter serait sous-performant dans la rencontre, a indiqué la ligue. Porter avait alors joué trois minutes contre Sacramento, affirmant qu'il se sentait mal.
Mais le côté inhabituel de ce pari et les actions du joueur ont conduit au gel du pari et à son non-paiement.
Il a truqué les matchs de la NBA pour de l'argent... et s'est fait prendre
Les paris illégaux de Jontay Porter
De janvier à mars, Porter a également placé 13 paris sur des matches de la NBA en utilisant le compte de son associé. La mise de ces paris variait entre 15 $ et 22 000 $, pour un total de 54 094 $ misés et des gains nets de 21 965 $. Aucun des paris ne concernait un match auquel Porter a participé.
Voici un résumé des paris effectués par Jontay Porter :
| Période | Nombre de paris | Mise totale | Gains nets |
|---|---|---|---|
| Janvier - Mars 2024 | 13 | 54 094 $ | 21 965 $ |
Les conséquences et la réaction de la NBA
"Un péché capital". Voilà comment Adam Silver, le commissaire de la ligue, avait décrit début avril ce qui était reproché à Jontay Porter. Le joueur des Raptors aurait, selon l’enquête dirigée contre lui, non seulement parié sur des matchs de NBA, dont certains de sa propre équipe, mais il serait allé jusqu’à truquer sa performance.
Selon le communiqué de la ligue, Porter aurait informé un parieur de son état de santé avant le match contre les Kings le 20 mars. Il est ensuite sorti après trois petites minutes de jeu, se plaignant d’être malade. Sur ce match, le parieur a misé 80 000 dollars sur une sous-performance du joueur, empochant plus d’un million de dollars dans la manœuvre. De quoi faire sonner, évidemment, toutes les alertes de paris suspicieux.
A péché capital, peine capitale : la carrière de Porter en NBA est à ce jour terminée.
Le comportement de Porter est indéfendable, et l’histoire est encore plus absurde quand on considère que le joueur n’a remporté aucun de ses paris sur les Raptors, qu’il n’a gagné "que" 22 000 dollars sur ses paris en général, et que le pari offert à un tiers n’a jamais été payé. Porter a donc tout perdu, pour rien.
La position de la NBA face aux paris sportifs
Dans les stades, sur son application, la NBA promeut à l’envi les paris sportifs, contre monnaie sonnante et trébuchante. La ligue, elle, s'offre le beurre et l'argent du beurre.
Les paris étaient interdits dans la majorité des Etats jusqu'à une décision de la Cour suprême en 2018. Depuis, ils ne font qu'exploser. En 2023, selon l’American Gaming Association, ils ont atteint le montant de 120 milliards sur l’ensemble des sports professionnels outre-Atlantique.

Parier n’est pas tricher, mais le pari reste une activité addictive qui peut générer des comportements irrationnels comme celui de Porter. Penser que les joueurs peuvent rester complètement extérieurs à un phénomène d’une telle ampleur et dont ils sont d’ailleurs les principaux facteurs, c’est se voiler la face, ou justement expliquer la position de la NBA.
Un exemple pour mieux masquer le problème?
"Silver a fait un exemple avec Porter", a réagi Adrian Wojnarowski, le journaliste star de ESPN. "Cela rappelle à tout le monde, pas qu'aux joueurs, les règles. Nous sommes immergés dans les paris. (...) Le fait qu’il ait parié sur une défaite de sa propre équipe est un rappel pour nous tous", a poursuivi "Woj".
"Cette situation montre des problèmes importants dans le cadre réglementaire en place, y compris en ce qui concerne les paris possibles sur les matchs comme sur les joueurs", fait écho le communiqué de la ligue. Le message est limpide : l’inquiétude est que le comportement de Porter soit bien plus généralisé que ce que l’on croit.
Chez les voisins de NFL, les infractions se multiplient, et le receveur des Falcons Calvin Ridley a été suspendu un an en 2022 pour avoir parié sur des matches.
Le sens des priorités
"Il n’y a rien de plus important que de protéger l’intégrité de la compétition en NBA pour nos fans, nos équipes, et tous ceux qui sont associés à notre sport", a réagi Adam Silver selon ce même communiqué. Protéger l’intégrité des matchs, pour une ligue professionnelle, est une évidence. De là à considérer qu’il n’y a "rien de plus important"....
En 2022, Miles Bridges a été condamné à trois ans de prison avec sursis alors qu’il était accusé d’avoir étranglé et frappé sa compagne devant ses enfants. Il a reçu 30 matchs de suspension de la part de la ligue. Encore accusé de violences en octobre, même si les charges ont été abandonnées, il a joué pas plus tard que la semaine dernière avec les Hornets.
Le sentiment d'un deux poids deux mesures est total. La NBA met en avant un produit, interdit à ses joueurs, sous peine de sanctions extrêmement élevées. Alors que des comportements de violence extrêmement graves sont moins sanctionnés. À croire, ironiquement, qu’il faudrait que la ligue fasse la pub des violences sur ses parquets pour que les coupables soient vraiment écartés.
Heureusement pour la ligue, l'hypocrisie n'est pas un "péché capital". Au fin fond du voyage en absurdie, la tartufferie a de beaux jours devant elle.
Autres cas de bannissement à vie dans la NBA
Rarement aussi extrême dans ses prises de position, la NBA a malgré tout interdit 16 exécutifs et joueurs de mettre un pied dans l’une de ses salles depuis 1950. La NBA s’est à maintes reprises montrée conciliante vis-à-vis de ses membres dans son histoire.
Néanmoins, la ligue a également su se montrer exemplaire dans ses sanctions par le passé, avec pas moins de 16 suspensions à vie enregistrées depuis 1950. Celles-ci peuvent être découpées en quatre tranches bien distinctes, de par leurs motifs ou leur nature.
- Trucage de rencontres : Sept individus ont été bannis pour leur implication dans une affaire de trucage de rencontres dans les années 50.
- Liens avec les paris : Deux personnalités ont été bannies pour leurs liens étroits avec le monde des paris.
- Tests anti-drogues non concluants : Six joueurs ont vu leur carrière prendre fin suite à trois résultats positifs aux dépistages réguliers.
- Propos racistes : Donald Sterling a été contraint de céder ses parts des Clippers pour avoir tenu des propos racistes.
Parmi ces 16 individus bannis à vie par la NBA, sept ont vu leur implication dans une affaire de trucage de rencontres dans les années ’50 leur coûter une place dans la ligue. Payés par des mafieux pour arranger le score de certains gros matchs de la saison universitaire, ils ont été dénoncés par Junius Kellogg, pivot de Manhattan College.
Approché pour effectuer ce même type d’arrangement, le freshman a décliné l’offre de 1000$ et révélé le scandale aux autorités.
Deux autres personnalités de la ligue ont vu leur rapport trop étroit avec le monde des paris les rattraper. Nous vous racontions dans un article passé de manière détaillée le destin peu commun de Jack Molinas, ancien joueur des Fort Wayne Pistons.
Le parcours de Roger Brown n’est pas vraiment similaire. Légende de la ABA et des Pacers, il fut simplement accusé d’avoir entretenu d’étroits liens avec des parieurs, et notamment Molinas, durant son passage à l’université de Dayton.
L’un des motifs les plus répandus des suspensions à vie de la NBA reste cependant celui des tests anti-drogues non concluants. 6 joueurs ont en effet déploré la fin de leur carrière suite à trois résultats positifs aux dépistages réguliers instaurés par la ligue.
Les deux derniers en date possèdent des noms plus évocateurs pour les plus jeunes, et bénéficient encore d’un sursis. O.J. Mayo et Tyreke Evans pourraient éventuellement emprunter la trajectoire d’un Chris Andersen, et retrouver le chemin de la ligue après en avoir été banni.
Homme d’affaires et avocat renommé, Donald Sterling s’est trouvé à la tête des Clippers pendant 33 ans. Après l’avoir acquise au prix de 12.5 millions de dollars en 1981, il aurait revendu la franchise de Los Angeles en 2014 à Steve Ballmer pour la modique somme de 575 millions de dollars.
Sterling a en effet été contraint par Adam Silver à céder ses parts et quitter définitivement la planète NBA pour avoir tenu des propos racistes. Un bannissement accompagné d’une amende de 2.5 millions de dollars, reversés par la suite à une association luttant contre les discriminations.
La justice se saisit du cas Jontay Porter
Jontay Porter, ancien joueur de NBA banni à vie de la ligue de basket nord-américaine pour avoir truqué des paris sportifs, va être inculpé à New York, selon un document communiqué mercredi 3 juillet. La justice se saisit du cas Jontay Porter.
Quatre personnes ont déjà été inculpées dans ce dossier. Elles sont accusées d’avoir collaboré avec Jontay Porter pour s’assurer de l’issue de plusieurs paris sur le joueur, qui évoluait alors avec les Toronto Raptors.
Alerté par des officines de paris, le FBI (police fédérale) a analysé les messages et mouvements d’argent entre parieurs sur leurs téléphones portables.