Ils étaient quelques milliers amassés au Grand Rex dans la nuit de dimanche à lundi pour suivre le choc entre les Kansas City Chiefs et les Philadelphia Eagles, affiche du 59ème Super Bowl, grande finale de la NFL, le championnat américain leader du football américain et grande institution au niveau mondial.
L’an passé, ils étaient 370 000 en moyenne derrière leurs télévisions devant M6 (co-diffuseur avec BeIN Sport) avec un pic d’audience à 600 000 téléspectateurs pour ce même événement. Soit 12,9 % du public et 24 % chez les 25-49 ans, pour un événement qui débutait à 00h30 dans la nuit de dimanche à lundi. Mais dans la pratique, où en est ce sport en France ? Et est-ce que l’arrivée de son cousin, le flag football (football américain sans contact), aux JO 2028 attire ?
La FFFA grandit chaque année
La Fédération française de football américain (FFFA) compte actuellement 30 000 licenciés et a pour objectif d’atteindre les 50 000 adhérents d’ici 10 ans comme nous l'a confié Frédéric Paquet, son président, qui espère secrètement passer cette barre symbolique bien plus vite.
La fédération regroupe trois sports : le football américain (masculin et féminin), le flag football (mixte) et le cheerleading (mixte). Ces trois sports liés mais distincts connaissent un vrai engouement. Concernant les deux premiers, ils sont 15 000 à pratiquer le football américain et 9 000 à faire du flag en France.
Une croissance permise par la NFL notamment, qui se développe en Europe, avec de plus en plus de villes européennes choisies pour accueillir des matchs de saison régulière. Pour atteindre la barre des 50 000 licenciés, la FFFA veut capitaliser sur autre chose que certains événements autour du Super Bowl. "On réalise un gros travail de structuration sur les compétitions nationales et de développement au niveau local, ce qui avait manqué dans le passé", estime Frédéric Paquet.
Les objectifs divergent par sport. Pour le football américain, la fédération développe ainsi la D1 (l’élite du sport en France), avec l’ambition de structurer et diffuser le championnat avec une qualité qui augmente d’année en année. La finale de D1, surnommée "Casque de diamant", pourrait également contribuer au développement de la discipline en France.
Au niveau de la fédération, on est, avec l’Allemagne, les deux mieux structurés", dévoile Frédéric Paquet. Cette progression passe par celle de la D1 (le plus haut niveau français), diffusé depuis peu par la fédération qui a décidé de créer sa propre plateforme (la FFFA TV).
Précédemment le championnat était diffusé sur YouTube, la qualité de diffusion a été jugé insatisfaisante. Le sport n’intéresse pas les chaînes de télévision ou autres plateformes. De plus, ce choix leur permet d’avoir la main sur l’entièreté du produit (production, réalisation, diffusion, accréditation, etc.).
"On avance doucement, la priorité est la structuration, poursuit Paquet. On veut vraiment avoir des clubs solides au niveau de la structure et grandir avec une stabilité économique pour ne pas faire disparaître de clubs. On a choisi la solidité et la construction à long terme. Le championnat de D1 devient de plus en plus cohérent et attractif grâce à la structuration des clubs qui ne cesse de s’améliorer. On se donne encore trois ans pour avoir un produit de grande qualité."

Un sport devenu olympique considéré comme moteur de croissance
Pour le flag, Frédéric Paquet espère se qualifier pour les JO où il estime que la France a de grandes chances. De son côté, la NFL aide aussi beaucoup au développement du flag, avec de nombreux tournois qu'elle organise.
La FFFA a d’ailleurs envoyé une équipe U12 à Orlando (Caïmans 72 du Mans) pour participer à un tournoi à l’occasion du Pro Bowl (l’équivalent de la All Star Week en NBA). Les Caïmans, qui représentaient la France, se sont fait éliminer en quarts de finale face au Canada, cador mondial.
"Sur le flag, on est en train de construire un projet, un tournoi semi-professionnel à un niveau national puis international", révèle le président de la fédération. "Avec son apparition aux JO, c’est une pratique qui va monter de plus en plus fort", poursuit-il.
Comme évoqué précédemment, le flag football sera présent aux Jeux Olympiques 2028 de Los Angeles, pour la première fois de son histoire. "Une très bonne chose pour les amateurs de la discipline. Une arrivée possible grâce au très bon travail de l’IFAF (International Federation of American Football) et de la NFL pour obtenir cette reconnaissance olympique", explique Monsieur Paquet.
"C’est un gros booster pour nous, pour pouvoir développer une activité qui va devenir une activité de masse. Elle conjugue à la fois la masse et le haut niveau, car c’est mixte, ça ne coûte presque rien et ça peut se jouer partout. C’est un gros outil de développement moteur, dynamique, pédagogique." En effet, ce sport sans contact nécessite uniquement un ballon, une ceinture avec deux flags (bandes adhésives) et deux équipes de cinq joueurs.
Où se place la France sur l’échiquier international ?
Si le football américain existe depuis longtemps en France, son développement est très récent. Au niveau mondial, la France est derrière les USA, le Canada, le Japon et le Mexique notamment ; elle se situe parmi les 12 meilleures nations. Pourtant, la France fait bien partie des meilleures nations en Europe.
Derrière l’Allemagne et l’Autriche, les Bleus figurent parmi les quatre meilleurs pays européens (avec la Finlande). "On veut se caler derrière l’Allemagne dans les trois années à venir, pour être le plus compétitif possible, avec un championnat de plus en plus compétitif.
Côté flag, la France brille un peu plus. Elle est 5ème mondiale chez les hommes (derrière les USA, l’Autriche, le Mexique et l’Allemagne) et 11ème chez les femmes (derrière les USA, le Mexique, le Japon, l’Autriche, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Espagne, l’Allemagne, le Panama et l’Italie).
"On veut être dans les cinq premiers au prochain championnat d'Europe et dans les trois meilleures nations mondiales d’ici les JO à Los Angeles.", dévoile le président de la FFFA.

Quelle croissance va connaître la FFFA dans les années à venir ?
Un autre facteur a renforcé la FFFA ces dernières années. Il s’agit de l’European League of Football (ELF), ligue européenne qui rassemble des franchises venues de toute l’Europe (Italie, Allemagne, Espagne, Suède, Pologne, etc.) pour les faire s’affronter dans un championnat divisé en quatre divisions : Est, Ouest, Sud, Nord. La France compte une franchise depuis deux saisons, les Paris Musketeers, nouvel étendard du football américain français en Europe. Une franchise qui vient d’ailleurs d’attirer Jack Del Rio, célèbre coach NFL, comme entraîneur en chef pour la saison à venir.
"C’est une superbe chose, ils sont entre le statut semi-professionnel et professionnel", déclare Paquet. Un statut et un niveau au-dessus de la D1. "Ça donne une nouvelle dimension au sport, ça apporte une nouvelle brique à l’édifice et ça permet aussi aux meilleurs joueurs français de jouer à un niveau presque professionnel au niveau européen. C’est un véritable plus vers le sport professionnel et j’espère que la ligue continuera à se développer", poursuit-il.
L'ELF sera d’ailleurs à retrouver sur DAZN pour la première fois ; les matchs des Paris Musketeers seront eux diffusés sur BeIN Sport, comme la saison passée.
"Il y a 5 millions de personnes qui suivent le football américain en France, donc le sport va continuer à se développer dans le pays. Ça passera aussi par le flag qui est facile d’accès et de pratique, que ce soit en loisir ou en club. Cette fédération va encore énormément se développer dans les années futures, sans aucun doute. Les pistes de développement sont assez importantes.