Jeux Olympiques de Sydney 2000 : Le Triomphe Inattendu du Cameroun en Football

Près de vingt et un ans après le titre olympique remporté face à l’Espagne (2-2, 5-3 aux tirs au but), Patrick Mboma semble toujours sous le coup de la surprise quand il retrace le parcours des Lions indomptables en Australie. L’équipe nationale offre sa première médaille d’or olympique à son pays en battant l’Espagne en finale du tournoi de football.

Quatre ans après le sacre du Nigeria, le Cameroun a permis à l’Afrique de réaliser un doublé inédit, en remportant la médaille d’or aux JO de Sydney (Australie) en 2000.

Vue aérienne du Parc Olympique de Sydney

Un Début Sans Ambition Particulière

Comme ses quatre compatriotes Pierre Womé, Samuel Eto’o, Mayer Lauren et Geremi Njitap, l’attaquant de Parme (Italie) a remporté six mois plus tôt la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Nigeria. La Fédération internationale de football (FIFA) autorise chaque sélection à choisir trois joueurs de plus de 23 ans. Il est alors, à 29 ans, le plus âgé des internationaux camerounais. Les Jeux olympiques n’apparaissent donc pas comme un objectif prioritaire.

« Au début de l’année 2000, on pensait à la CAN, et au match amical programmé le 4 octobre contre la France, qui était championne du monde 1998 et qui allait devenir championne d’Europe en juillet ! Alors, les JO, on y allait sans ambition particulière, car on savait qu’il y avait plus fort que nous. J’étais un peu en mode touriste. J’avais d’ailleurs acheté un appareil photo numérique, un outil encore assez rare à l’époque », se souvient-il aujourd’hui.

L’anecdote est parlante et éclaire, d’une certaine façon avec du recul, sur la fraîcheur et l’insouciance qui auront escorté les Lions Indomptables aux JO 2000 de Sydney. « Nous n’imaginions pas pouvoir gagner une médaille […] On s’est dit “ça va être compliqué, on va aller là-bas pour prendre des photos” (rire). Avant de prendre l’avion, je suis allé m’acheter un appareil photo numérique. Il faut dire que l’objectif du Cameroun a déjà été rempli. Six mois plus tôt, l’équipe nationale A avait gagné la Coupe d’Afrique des Nations au Nigeria.

Un Parcours Semé d'Embûches

Les Camerounais, placés au premier tour dans un groupe où figurent également les Etats-Unis, le Koweït et la République tchèque, sont d’abord loin de Sydney. Ils jouent leurs matches à Brisbane et à Cambera, ce qui les prive de la cérémonie d’ouverture. « Nous n’avions pas vraiment l’impression de participer aux JO », explique Patrick Mboma. Logés dans le groupe C, les Camerounais démarrent leur compétition le 13 septembre 2000 face au Koweït, à Canberra, bien loin de Sydney, épicentre des JO et situé à plus de 280 km. Ils ratent d’ailleurs la cérémonie d’ouverture, mais pas leur entrée en lice, disposant non sans difficulté des Koweïtiens (3-2). L’équipe entraînée par Jean-Paul Akono enchaîne ensuite deux nuls contre les États-Unis (1-1) et la Tchéquie (1-1).

Les Lions, après avoir battu le Koweït (3-2) et accroché les Américains (1-1), se qualifient pour les quarts de finale grâce au match nul (1-1) obtenu face à des Tchèques malchanceux.

Le Brésil, un obstacle presque insurmontable

Mais une fois le nom de leur adversaire connu - le Brésil -, nombreux sont ceux qui prédisent déjà la fin de l’aventure australienne pour l’équipe entraînée par Jean-Paul Akono, le sélectionneur. Se dresse alors un adversaire de calibre, le Brésil, considéré comme l’un des grands favoris pour le sacre. Dans ses rangs, Lúcio et un certain Ronaldinho que le monde découvre alors avec son physique svelte, ses dribbles chaloupés et ses accélérations, déjà, déroutantes. Tous les observateurs s’accordent sur la fin de l’aventure des Lions indomptables.

« Pour tout le monde, le Brésil était le grand favori. J’ouvre le score, le Brésil égalise à la fin du match, et on joue la prolongation à neuf contre onze, puisque deux de nos joueurs, Geremi Njitap et Aaron Nguimbat, avaient été expulsés : on se dit que c’est mission impossible. Mais le Brésil se voit refuser un but qui semble valable, et on gagne (2-1), grâce au but en or (113e) », se souvient Patrick Mboma.

« C’était la formation qui avait décrété qu’elle allait gagner les Jeux olympiques, rembobine Patrick Mboma […] Je pense qu’ils ont fait preuve d’un peu de condescendance. Sur le terrain, le rapport des forces n’est pas aussi déséquilibré qu’annoncé. C’est d’ailleurs le Cameroun qui prend les commandes au tableau d’affichage. Sur un coup franc à l’entrée de la surface, Mboma et sa patte gauche clinique nettoient la lucarne du gardien brésilien (17e).

On se dit alors que le destin a basculé, que le Cameroun a laissé passer sa chance. Car en plus de l’impact psychologique du but encaissé en toute fin de match, il y a l’infériorité numérique après les expulsions de Njitap (75e) et Aaron Nguibat (92e). « Cette partie, que nous avons subie et que nous avons gagnée au mental, a clairement constitué le déclic pour la suite de la compétition. C’est là qu’on a senti qu’on pouvait réaliser quelque chose de grand.

« Quand Modeste Mbami marque, on ne savait même pas que nous venions de nous qualifier, car notre coach ne semblait pas être au courant que la règle du but en or s’appliquait. », ajoute-t-il.

La Demi-Finale Contre le Chili

S’ils veulent voir Sydney et son village olympique, les Camerounais savent qu’ils doivent atteindre la finale, et donc éliminer le Chili en demi-finale, à Melbourne. Akono décide de titulariser le gardien Carlos Kameni, âgé de 16 ans seulement, mais qui dégage une étonnante maturité. En demi-finale, les Lions indomptables retrouvent une autre sélection sud-américaine, le Chili, emmené par son sérial buteur Iván Zamorano.

Dos au mur après l’ouverture du score des Chiliens sur un CSC du malheureux Abanda (78e), le Cameroun, qui avait été longtemps maintenu à flot par son jeune portier Carlos Kameni, titulaire à tout juste 16 ans, se rebiffe dans les derniers instants. Il attaque à tout-va et finit par chambouler le score grâce à l’inévitable Patrick Mboma (84e) et Lauren (89e). Le Cameroun s’ouvre les portes de la finale (2-1). Un paradoxe pour une équipe débarquée sans ambition particulière.

Le Chili, qui ouvre le score à douze minutes de la fin, perd complètement les pédales en fin de match, permettant à Patrick Mboma puis à Lauren d’envoyer les Lions en finale contre l’Espagne, le 30 septembre.

La Finale Épique Contre l'Espagne

« On a alors découvert le village olympique. Le bâtiment que nous occupions était à cinquante mètres d’un McDonald’s. Certains joueurs ont un peu forcé sur les hamburgers et les frites, ce qui n’est pas idéal avant une finale ! », ajoute, amusé, l’ancien attaquant.

Le samedi 30 septembre 2000, jour de la finale. Les Lions indomptables découvrent pour la première fois le Stade Olympique de Sydney, où plus de 104 000 spectateurs - une affluence record pour un match dans le tournoi de football aux JO - ont pris place pour le grand rendez-vous. De quoi bousculer leur calme et sérénité.

« En vérité, on a commencé à comprendre l’importance du truc seulement quand on est remonté à Sydney pour la finale. C’est là qu’on a croisé les plus grands athlètes du monde, et qu’on a pris conscience de l’ampleur planétaire de l’épreuve, avoue Suffo. Cette pression, je pense, nous a perturbés pour le début de la finale.

Le jour J au Stade Olympique et devant 114 000 spectateurs, les Camerounais souffrent le martyr en première mi-temps, dépassés par la vivacité des Espagnols. Dépassés par la vivacité et la maîtrise technique des Espagnols, les Camerounais souffrent le martyre en première mi-temps. À la pause, ils sont menés 2-0 (buts de Xavi et Gabri). La mission s’annonce alors très compliquée.

A la mi-temps, l’Espagne mène 2-0 et le vestiaire des Lions est gagné par la morosité. Jean-Paul Akono semble résigné, mais Patrick Mboma, en bon leader, remobilise les troupes. « J’ai dit que si l’Espagne avait marqué deux fois, on pouvait le faire ! » Et, en cinq minutes (53e et 58e), les Camerounais reviennent au score (2-2), grâce notamment à un but du jeune Samuel Eto’o, avant de s’imposer lors de la séance de tirs au but (5-3) face à des adversaires trop sûrs d’eux.

L’exploit prend forme dès le retour des vestiaires. Regonflés à bloc, présents dans les duels et beaucoup plus lucides dans les derniers gestes, les Lions indomptables réalisent le come-back en l’espace de cinq minutes, avec notamment un but du jeune Samuel Eto’o. Avant d’aller arracher le titre lors de la séance des tirs au but (5-3). Une consécration tout aussi inattendue qu’historique, considéré a posteriori par Mboma, oui le même qui y allait en tant que simple touriste, comme « [sa] plus grande joie de footballeur.

« Nous n’avions pas la meilleure équipe sur le papier, mais il y avait cette solidarité, nous n’avions peur de rien. Et la chance était avec nous », admet Patrick Mboma.

Les Lions auront à peine le temps de fêter la première médaille d’or de l’histoire du Cameroun.

Plusieurs joueurs prennent le premier avion pour Paris, où la sélection A du pays doit affronter la France, le 4 octobre, à Saint-Denis. Patrick Mboma lui-même inscrira face aux Bleus un but devenu mythique (1-1).

« Quelques semaines plus tard, nous avons été invités à Yaoundé par le président Paul Biya pour célébrer l’événement. Cela manquait un peu de spontanéité, mais on n’avait pas pu s’y rendre plus tôt à cause de la reprise des championnats européens. Cette médaille d’or nous a permis une reconnaissance internationale. » Et surtout inattendue !

Serge Mimpo - Mes JO 2000

Patrick Mboma célébrant un but

L'Après-JO et l'Héritage

Les Lions Indomptables ont mis 15 ans à gagner de nouveau un titre, en l’occurrence la CAN 2017. L’équipe est peu à peu devenue moins impactante. Il n’y a pas eu de remise en question dans le groupe, ce qui a donné lieu à une lutte d’influence et de pouvoir en son sein. Cette équipe a été utilisée jusqu’à la Coupe du monde 2010, avec auparavant une finale de CAN en 2008.

Les leaders se sont accrochés à leur statut et n’ont pas su lâcher pour céder la place à une nouvelle génération et lui permettre d’éclore. Les règles de la FIFA ont fait que les centres de formation camerounais ne produisent plus de la même manière, puisque la post-formation ne peut plus se faire en Europe. Enfin, le championnat national n’est pas d’un bon niveau.

Tableau des Médaillés d'Or en Football aux Jeux Olympiques

Année Ville Pays Vainqueur
1908 Londres Angleterre
1912 Stockholm Angleterre
1920 Anvers Belgique
1924 Paris Uruguay
1928 Amsterdam Uruguay
1936 Berlin Italie
1948 Londres Suède
1952 Helsinki Hongrie
1956 Melbourne URSS
1960 Rome Yougoslavie
1964 Tokyo Hongrie
1968 Mexico Hongrie
1972 Munich Pologne
1976 Montréal République démocratique allemande
1980 Moscou Tchécoslovaquie
1984 Los Angeles France
1988 Séoul URSS
1992 Barcelone Espagne
1996 Atlanta Nigeria
2000 Sydney Cameroun
2004 Athènes Argentine
2008 Pékin Argentine
2012 Londres Mexique
2016 Rio de Janeiro Brésil
2020 Yokohama Brésil

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