Le football au Maroc, introduit par les colons au début du XXe siècle, est devenu un sport populaire et un symbole de fierté nationale, notamment avec les succès des Lions de l'Atlas. Premier pays africain demi-finaliste de la Coupe du monde en 2022, le Maroc rayonne sur la scène internationale depuis plusieurs saisons. Pourtant, la sélection marocaine ne compte qu'un seul titre à la CAN dans son histoire, bien loin de l'Egypte avec ses sept sacres.
Il y a près de cinquante ans, le 14 mars 1976, le Maroc remportait sa première Coupe d’Afrique des nations (CAN). Sur les terres impériales d’Addis-Abeba face à la Guinée, Ahmed Makrouh dit « Baba » inscrit le but victorieux d’une frappe lumineuse des 25 mètres. Depuis, plus rien ou si peu : une troisième place en 1980, une finale en 2004 et des éliminations précoces, décevantes et guère glorieuses. Ce tournoi, le plus attendu du continent, continue d’échapper aux Lions de l’Atlas d’édition en édition. Pour un pays qui brûle pour le football, l’attente est longue. Encore plus depuis que sa sélection nationale a atteint avec brio les demi-finales de la Coupe du monde, en 2022.
Pour le Maroc, se qualifier pour la Coupe du monde n’est plus une fin en soit, maintenant on veut y briller. Si l'épopée de 2022 a matérialisé ce changement d'état d'esprit, il faut remonter à 2009 pour comprendre comment le football marocain s'est métamorphosé.
Avant d'accueillir la CAN 2025, mais aussi la Coupe du monde 2030 (avec l'Espagne et le Portugal), le football marocain a donc changé de dimension, après des années de trou noir.
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Les Premiers Pas du Football au Maroc
Déjà présent sur le sol marocain, notamment avec la création en 1902 à Casablanca du Club athlétique marocain, le football se développe avec le protectorat français. La Ligue du Maroc de football, organisée par la Fédération française de football, permettait la rencontre des équipes de football marocaines pour toutes les catégories d'âge. C'est dans ce cadre qu'émergent des joueurs de grande qualité, tels que Larbi Ben Barek.
Cette histoire commence peu avant l’instauration du protectorat franco-espagnol de 1912 : les Européens s’implantent dans ce coin du Maghreb et développent ce sport en pleine ascension. L’un des premiers clubs, l’Union sportive marocaine (USM), est créé à Casablanca en 1913 et voit passer plusieurs futurs grands noms : Mario Zatelli, qui a été à quatre reprises, entre 1964 et 1973, entraîneur de l’Olympique de Marseille (OM) ; Just Fontaine, international français et meilleur buteur de tous les temps en un Mondial avec 13 réalisations en 1958 ; et même, au début des années 1940, Marcel Cerdan avant qu’il ne devienne une légende de la boxe.
Dans le cadre du protectorat, donc, le Maroc, dont la structuration du football avait été l’œuvre de colons français, s’était affilié à la FFF, constituant une de ses Ligues, comme celles d’Alger, Constantine et Oran en Algérie, et comme celle de Tunisie (autre protectorat). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existait pas une sélection du Maroc : il en existait bien une, qui disputait chaque année des matchs contre celles d’Alger, Constantine, Oran, ou Tunis, depuis 1927. Mais cette sélection mixait des éléments français et des éléments marocains, exactement comme celles d’Algérie ou de Tunisie, du reste.
En 1976, les Lions de l'Atlas remportèrent la Coupe d'Afrique des nations. Et l'équipe fut ensuite la première équipe d'Afrique à se qualifier pour les phases de poule de la Coupe du monde.

Le sélectionneur Walid Regragui et le capitaine du Maroc Achraf Hakimi, lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar.
La Reconstruction du Football Marocain
Une reconstruction dont la première pierre a été posée (au sens propre) par le roi Mohammed VI, à l'initiative de la création d'une académie nationale de formation de joueurs, inaugurée en 2009 : l'Académie Mohammed VI. "Tout part de là. Cette académie a permis aux joueurs marocains d'avoir une formation en bonne et due forme. Elle a pris le relais de clubs marocains qui étaient en retard.
"Sa Majesté ne voulait plus voir le football par le toit mais par la base. Il fallait pour cela construire une académie pour former les footballeurs de demain, au Maroc.
Pour piloter ce projet colossal, financé par des entreprises privées à hauteur de 13 millions d'euros, et auquel il contribue chaque année, Mohammed VI a fait appel à un professionnel de la formation, ayant fait ses preuves depuis 15 ans en France : Nasser Larguet.
Devenu Directeur technique national de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) en 2014, le formateur met en place "tout un programme autour des centres de formations des 36 clubs professionnels du Maroc. Avec son président, Fouzi Lekjaa, la FRMF réforme tout le football marocain.
"Fouzi Lekjaa a mis de l'ordre parmi les clubs pour pouvoir progresser. Ils ont mis les gens compétents aux postes importants. Et les moyens aussi. Aujourd’hui, niveau infrastructures, on n’a rien à envier à personne.
Autre exemple d'investissement fédéral : le football féminin. Double finaliste en titre de la CAN, et triple hôte consécutif du tournoi, le Maroc entend également devenir la référence africaine chez les femmes. Il s'en donne les moyens : "La fédération a pris la responsabilité de payer les salaires des joueuses du championnat, explique Mustapha El Haddaoui. Le club paye pour les stars, qui ont deux salaires, mais la fédération s'assure que toutes les joueuses soient payées".
Désireuse de développer le football à tous les étages pour faciliter l’inclusion et devenir une nation footballistique complète, la FRMF a obtenu des résultats probants pour sa section féminine. Chez les femmes, le football marocain est ainsi en plein essor. En 2023, le Maroc a participé pour la première fois à la Coupe du monde féminine et a atteint les 1/8 de finale. Cet été, le Royaume a accueilli la CAN féminine. Après un parcours remarquable, les joueuses marocaines se sont inclinées en finale après un scénario cruel face au Nigéria (2-3).

L'équipe féminine du Maroc lors de la Coupe du Monde féminine 2023.
Le Rôle des Binationaux et l'État d'Esprit Actuel
Dernière pièce du puzzle : convaincre les binationaux marocains nés en Europe de rejoindre les Lions de l'Atlas. "Le premier qu'on est allé chercher, c'est Achraf Hakimi, au centre de formation du Real Madrid. On a pris le pari d'aller les chercher assez jeunes, parce que dans ces années-là, les fédérations européennes ne sont pas très attentives. On allait les détecter dès 15 ans", raconte Nasser Larguet.
Si les Lions de l'Atlas ont toujours pu compter sur des talents issus de la diaspora en Europe, le phénomène s'est accéléré ces derniers temps. "Après plusieurs années sans résultat probant, les joueurs étaient réticents à choisir le Maroc. Aujourd'hui, ils viennent les yeux fermés parce que les résultats parlent pour nous", note Mustapha Hadji, qui s'était d'ailleurs chargé de convaincre l'Hispano-Marocain Brahim Diaz (Real Madrid).
"On est dans une belle dynamique depuis la 4e place au Mondial 2022, qui a fait comprendre à tout le monde que les efforts commencent à payer", explique Mohamed Alioua, entraîneur de l'équipe féminine de l'AS FAR. "On ne se contente plus d'être fier de participer. On a un nouvel état d’esprit.
Ambitions et Perspectives d'Avenir
Ce que le peuple marocain est en droit de croire, alors que ses sélections nationales multiplient les performances de premier plan : demi-finaliste du Mondial en 2022, vainqueur de la CAN U23 en 2023, médaillé de bronze aux JO 2024, champions du monde U20 en 2025, mais aussi triple vainqueur du championnat d'Afrique des Nations (2018, 2020, 2024), une compétition internationale réservée aux joueurs évoluant sur le continent africain.
La sélection masculine s'est même offert récemment un record en signant 18 victoires consécutives (série en cours), effaçant ainsi des tablettes les 15 victoires de l'Espagne entre juin 2008 et juillet 2009.
Chez les hommes, les clubs marocains brillent de plus en plus. Si l'Egypte reste la référence, les Marocains se taillent une place avec deux Ligue des champions remportées par le Wydad Casablanca (2017, 2022), mais aussi cinq des huit dernières Coupes de la Confédération (équivalent de la Ligue Europa), avec trois sacres du RS Berkane (ex-club de Fouzi Lekjaa) et un titre pour le Raja Casablanca.
"Tous les ingrédients ont été mis en place pour que le Maroc soit le fer de lance de l'Afrique et du monde arabe", résume Nasser Larguet. Un statut que les Lions de l'Atlas vont devoir assumer sur la pelouse, devant leur public.
Il ne manque qu'un sacre à la CAN pour vraiment être au sommet, en attendant la Coupe du monde 2030 chez nous", sourit Mustapha Hadji. Mais l'ancien adjoint des Lions de l'Atlas (2014-2022) reste mesuré : "C'est bon signe d'avoir ce statut, d'être craint. Il faut travailler pour le garder.
Nasser Larguet rêve, lui, en grand : "Au lancement de l'Académie Mohammed VI, je disais qu'il fallait être ambitieux et viser le titre de champion du monde. On me disait que j'étais fou. Depuis, on a fait une demi-finale mondiale. J'avais raison de rêver".
Il reste donc le plus difficile : "Faire parler le terrain, car la CAN reste dure et imprévisible", prévient Mustapha Hadji, qui a une autre ambition : voir d'autres pays africains structurer ainsi leur football. "Les talents, on les a.