« Blood in the Water » : L'histoire du water-polo entre la Hongrie et l'URSS aux Jeux olympiques de 1956

Souvent éclipsé par la natation ou le handball, le water-polo est pourtant l’un des sports collectifs les plus spectaculaires et exigeants. Né en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle, le water-polo s’inspire du rugby, mais transposé dans un bassin. Aujourd’hui, il est particulièrement populaire dans les pays d’Europe centrale et méditerranéenne : Hongrie, Serbie, Croatie, Italie ou Espagne. Pour comprendre la difficulté du water-polo, il suffit d’imaginer jouer un match de handball… en nageant sans jamais avoir pied. Le duel se joue aussi sous la surface, où les contacts sont rudes. Au-delà du physique, le water-polo est aussi un sport de stratégie. Les systèmes tactiques alternent entre jeux rapides, supériorités numériques et phases de patience pour trouver la faille.

Ce qui séduit dans le water-polo, c’est l’intensité dramatique de chaque rencontre. Ajoutez à cela la beauté des gestes techniques - tirs lobés, reprises en suspension, arrêts réflexes - et vous obtenez un cocktail explosif. Le CIO a confirmé le maintien du water-polo au programme olympique, preuve de sa valeur universelle. Le water-polo est un sport complet, exigeant et spectaculaire, qui mérite davantage de lumière. À l’heure où le sport cherche à se renouveler et à séduire de nouveaux publics, le water-polo a tous les atouts pour surprendre.

Hongrie : Une terre de water-polo

S’il existe une terre de water-polo, c’est bien la Hongrie. Avec neuf titres olympiques chez les hommes et un palmarès mondial impressionnant, elle domine historiquement la discipline. Longtemps en retrait, la France commence à se faire une place dans ce paysage dominé par les Balkans. Chez les femmes, la discipline se développe également, même si la marche reste haute face aux cadors mondiaux.

Une des images les plus fortes et les plus célèbres de l'histoire des Jeux olympiques. Elle peut trôner sur ce podium-là, aux côtés des poings dressés et gantés de noir de Tommie Smith et John Carlos dans le ciel de Mexico ou du tableau d'affichage de Montréal en panique devant la révolution Comaneci. Sur ce cliché, un visage, un peu hagard, et un long et large filet de sang partant du coin de l'œil droit pour ne plus s'arrêter. Image figée depuis le 6 décembre 1956 dans la légende olympique, l'Histoire du sport, l'Histoire tout court.Ce visage et ce regard amochés, d'une étonnante douceur tranchant avec la violence du contexte, appartiennent à Ervin Zador. A 21 ans, le jeune Hongrois va devenir le symbole de cette équipe de surdoués en passe de décrocher l'or en water-polo dans ces Jeux de Melbourne, mais dont l'engagement dépasse de très loin le cadre du sport.

Métaphoriquement, ce sang est celui de tout un peuple épris d'émancipation et de liberté, velléités que l'Armée rouge est, au même moment, en train d'étouffer de manière brutale. Politique et sport font rarement bon ménage. Géopolitique et olympisme pas davantage. Mais par une double onde de choc résonnant d'un bout à l'autre de la planète, ils vont se percuter en cette fin d'année 1956.

Ervin Zador, l'air un peu hagard...Crédit: Getty Images

Le match « Blood in the Water »

« Blood in the Water » est le nom donné au match de water-polo entre la Hongrie et l’URSS aux Jeux olympiques de Melbourne 1956. Les hongrois ont battu sèchement les soviétiques 4-0. Le nom a été inventé par les médias de l’époque après que le joueur hongrois Ervin Zador soit apparu le visage en sang à la fin de la rencontre. Les tensions étaient déjà fortes entre les équipes de water-polo hongroises et soviétiques. Début novembre, au moment où vont débuter les Jeux de Melbourne 1956, les chars soviétiques entrent en Hongrie. À cette époque, l’équipe de water-polo hongroise était dans un camp d’entraînement en montagne au-dessus de Budapest. Au début des Jeux olympiques, le soulèvement avait été réprimé. Mais de nombreux joueurs hongrois considéraient les Jeux olympiques comme un moyen de sauver la fierté de leur pays.

Le 23 octobre, Budapest se soulève. Mouvement initié, comme souvent, par la jeunesse. 22 000 étudiants défilent dans les rues. La foule gonfle et, à 19 heures, ce sont 200 000 personnes qui manifestent devant le Parlement pour réclamer des réformes démocratiques. Dès ce premier soir, l'AVH, la police politique du régime, ouvre le feu. Premières d'une interminable série de victimes. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la Hongrie est entrée dans le giron des états-satellites de l'Union soviétique, le libérateur de 1945 devenu oppresseur. A l'occupation nazie s'est substituée une autre forme de tyrannie avec la mise en place du régime du parti unique dès 1947.

"Oui, nous avons été libérés de cette dévastatrice, dictatoriale, extrémiste et horrible créature appelée nazisme, mais dans le même temps, beaucoup de gens ont été 'libérés' de leurs biens, de leurs droits et de leurs vies, rappelle le sociologue hongrois Karoly Nagy dans le documentaire Freedom's Fury, co-produit en 2006 par un certain Quentin Tarantino. Les Soviétiques ont oublié de faire une chose : rentrer chez eux. Ils appelaient ça la démocratie populaire mais chaque mot était un mensonge. Ce n'était pas le peuple et ce n'était pas la démocratie."

Comme dans toutes les dictatures du bloc de l'Est naît une société de la crainte et de la paranoïa. "Tout le monde avait fini par avoir peur de tout le monde, rappelle Ervin Zador. Car vous ne saviez pas si votre voisin, ou même votre meilleur ami, n'avait pas été contraint de travailler pour le régime ou de lui donner des informations."

2011 : Un mémorial près de la tombe d'Imre Nagy, à Budapest.Crédit: Getty Images

Espoir en trompe-l'œil

La mort de Staline, en 1953, et l'arrivée au poste de Premier ministre du réformateur Imre Nagy, offrent une bouffée d'oxygène aux Hongrois. Pendant deux ans. Après quoi Nagy, démis de ses fonctions, verra ses principales mesures d'assouplissement du régime supprimées. C'est dans ce contexte qu'éclate l'insurrection d'octobre 1956. Octobre rouge, celui du sang et de l'armée du même nom.

Les Hongrois traversent alors des journées de frénésie et de confusion mêlées d'espoir. Le 24 octobre, le gouvernement tombe. Imre Nagy est rappelé au pouvoir pour apaiser la situation. Nous sommes à 28 jours de l'ouverture des Jeux olympiques. La situation reste tendue jusqu’au 28 octobre. Budapest entre ensuite dans un intermède plus calme, marqué par le retrait des troupes soviétiques, lesquelles viennent se poster en dehors de la capitale. Jusqu'au 3 novembre, les combats cessent. A tort, les insurgés pensent alors avoir gagné la partie. Profitant du détournement des yeux de la communauté internationale, focalisée dans le même temps sur l'autre crise géopolitique majeure, celle du canal de Suez, qui éclate au même moment, Moscou prépare sa réplique, cinglante et sanglante.

Dans la nuit du 3 au 4 novembre, l'Armée Rouge pénètre dans Budapest avec 17 divisions blindées. 200 000 hommes ont été mobilisés. Une puissance de feu sidérante au vu de la "menace". En quelques heures, la révolution est écrasée, même si les combats vont se prolonger plusieurs semaines. Environ 2 600 Hongrois périssent, parmi lesquels de nombreux civils. Les troupes soviétiques déplorent, elles, un peu plus de 700 morts.

Novembre 1956 : Budapest en ruines après l'intervention des chars soviétiques.Crédit: Getty Images

La gifle à la Ventura de maman Zador

Les membres de l'équipe nationale de water-polo sont regroupés pour un stage préparatoire à une vingtaine de kilomètres de Budapest, sur les hauteurs. De là, ils ont entendu les coups de feu et aperçu des nappes de fumée monter de la capitale. Leur départ pour l'Australie est prévu pour le 6 novembre. Ervin Zador prend alors une décision folle : dans la nuit du 4 au 5, il décide de quitter le camp d'entraînement. "Je ne savais pas si mes parents étaient encore en vie, explique-t-il dans Freedom's Fury. Nous n'avions que des bribes d'informations et, souvent, elles étaient contradictoires. Alors j'ai décidé de rentrer chez moi. J'avais très peur, j'étais même terrifié, mais j'ai marché, marché." Les balles sifflent, les chars canonnent, mais il finit par atteindre le 6e arrondissement de Budapest et le 60 Rue Aradi, où habitent ses parents. Ils vont bien, eux aussi. Mais l'accueil n'est pas celui qu'escomptait Zador. En le voyant arriver, sa mère, Joséphine, lui colle une gifle à la Lino Ventura. "Idiot, pourquoi as-tu pris un tel risque ?", lui lance-t-elle. "Maman, je devais venir, je risque de ne pas rentrer avant longtemps". Il ne croit pas si bien dire. Après avoir effectué le chemin inverse, soit plus de 40 kilomètres au total aller-retour, le jeune Zador rejoint ses coéquipiers. Le cœur un peu plus léger. Les autres n'ont pas cette chance. "Comment vont mes parents ?", s'interroge dans son journal Istvan Hevesi à la date du 7 novembre, alors que l'équipe est en transit en Tchécoslovaquie sur la "route" de Melbourne. Nous partons pour les Jeux olympiques, mais tout cela semble avoir perdu de sa beauté, de son importance, à cause de ce qui arrive à la maison." Pourtant, l'Australie, tous en rêvent depuis des mois.

Un film et un documentaire raconte cette histoire. Le documentaire intitulé « Freedom’s Fury » est produit par Lucy Liu et Quentin Tarantino.

🤽 Le match de water-polo le plus violent de l'histoire

Une équipe d'artistes

Le water-polo, en Hongrie, incarne à la fois une tradition populaire et d'excellence. Tradition née dès les années 30 et qui perdure aujourd'hui encore au XXIe siècle. Avec l'escrime, et particulièrement le sabre, c'est l'autre grande école du sport magyar. Dans aucun autre pays cette discipline ne tient une place aussi importante. "Chez nous, confiait en 2008 Miklos Martin, un des membres de l'équipe de 1956, le water-polo est le deuxième sport le plus populaire et le plus important, juste derrière le football."

Depuis les Jeux de 1928 à Amsterdam, la Hongrie a toujours décroché l'or ou l'argent olympique. Sacrée en 1932 et 1936, elle a reconquis le titre à Helsinki en 1952. Quatre ans plus tard, elle brigue donc un nouveau doublé et personne ne doute de sa capacité à y parvenir. L'immense majorité de l'équipe tenante du titre a rempilé. Miklos Martin, Gyorgy Karpati, Istvan Szivos, Antal Bolvari, le maître tacticien Kalman Markovits, alias "Le Professeur", et, surtout, Dezso Gyarmati. Souvent considéré comme le plus grand joueur de l'histoire du water-polo, ce génial gaucher est alors au sommet de son art à 29 ans. Pour Martin, "la plupart des membres de cette équipe n'étaient pas seulement des grands joueurs, ils étaient aussi des artistes absolus et le plus grand de tous était Gyarmati". En cela, la Hongrie du water-polo ressemble de près dans ces années 50 à sa cousine footballistique, celle de Puskas, Kocsis ou Czibor.

A cette scintillante brochette sont venues se greffer quelques jeunes pousses. Parmi elles, le gardien à l'envergure phénoménale, Otto Boros, d'ores et déjà le meilleur cerbère de la planète, ou Ervin Zador. Le gamin de la bande, né en 1935. "A 12 ans, raconte-t-il, je marchais le long de la piscine olympique et j'ai vu le nom des champions olympiques gravés sur une immense plaque. Je me suis dit 'un jour, moi aussi j'aurai mon nom ici.'" L'ambition enfantine se doublera ensuite d'une autre forme de motivation : "Plus tard, j'ai compris que le water-polo serait ma seule chance de sortir de Hongrie, de découvrir autre chose. Seuls les grands champions ou les artistes reconnus avaient cette opportunité." Zador effleure la sélection avant sa 20e bougie. Non sans mal. Au milieu des stars, Ervin, issu d'un petit club, peine à se faire accepter. Mais lorsqu'arrivent les Jeux de Melbourne, il est devenu à son tour incontournable.

Enjeu philosophique et affaire personnelle

Après leur périple, ce n'est qu'en arrivant aux Antipodes que les membres de la délégation hongroise découvrent l'ampleur du drame qui s'est noué dans leur pays. Miklos Martin, que tout le monde appelle "Nick", est le seul à lire et parler l'anglais. A Melbourne, il sert de traducteur au reste de l'équipe. Les 5 000 civils tués. La répression permanente. Les arrestations. Le 22 novembre, jour de la cérémonie d'ouverture, Imre Nagy est arrêté par le KGB. Incarcéré, il sera exécuté un an et demi plus tard au terme d'un simulacre de procès.

Horrifiés, les athlètes hongrois décident de retirer leur drapeau frappé du symbole communiste pour hisser une bannière "Hongrie libre". La centaine d'athlètes qui compose la délégation magyare aborde les compétitions sans savoir le sort réservé à leurs familles, à leurs amis. C'est dans ces conditions, pour le moins pénibles, que la sélection de water-polo débute son tournoi. La tête ailleurs, la bande à Zador possède néanmoins une marge si importante sur la concurrence qu'elle avance sans heurts. Lors de la première phase, la Hongrie écrase la Grande-Bretagne (6-1) puis les Etats-Unis (6-2). Il n'y a pas de matches à élimination directe à Melbourne. Le titre et les médailles sont décernés à l'issue d'une seconde phase de poules entre les six meilleures équipes. Le champion sortant y balaie encore l'Italie (4-0) et l'Allemagne sur le même score. En tête du groupe, les Hongrois sont maintenant à deux matches du sacre. S'ils battent l'URSS, il leur restera une rencontre pour l'or, contre la Yougoslavie. L'enjeu du duel face aux Soviétiques se suffit toutefois à lui-même. Il n'est pas ici question que de victoires ou de médailles, mais de fierté et de conscience. Un enjeu presque philosophique. Et une affaire personnelle. Avant ce choc du 6 décembre 1956, le CIO peine à masquer son inquiétude. Elle sera justifiée.

La stratégie de la provocation

"Les matches face à l'URSS étaient traditionnellement tendus. Mais à Melbourne, c'était une autre dimension. Nous ne jouions pas seulement pour nous, mais pour nos frères, pour nos familles qui souffraient au pays. Il nous fallait absolument gagner l'or et punir les Russes", se souvenait Zador en 1996. Face à eux, ils ne voient pas sept joueurs, comme eux, mais "ces salauds qui avaient mis notre pays à feu et à sang et massacraient les nôtres", résume Markovits.

Avant chaque rencontre, les arbitres réunissent les deux capitaines pour un petit briefing. Traditionnellement, il se conclut par une poignée de mains. Cette fois, elle n'aura pas lieu. Les supporters hongrois, nombreux dans les tribunes, trouvent des alliés de circonstance, le public australien prenant fait et cause pour eux. L'hymne soviétique, couvert par les sifflets, est à peine audible. La rencontre débute dans un climat délétère. Sportivement, la confrontation ne présente qu'un attrait limité. La supériorité hongroise, incontestable, tue tout suspense. A deux minutes de la fin, les Magyars, dont la défense de zone étouffe les Soviétiques, mènent 4-0, avec deux buts de Zador. Mais l'évolution du score est éclipsée par les coups. Ils pleuvent. Des deux côtés. Au-dessus et en-dessous de l'eau.

Les Hongrois ne sont pas les derniers à jouer la carte de la provocation. C'était même une stratégie bien réfléchie, comme l'avouera Zador à la BBC en 2011 : "L'idée, c'était 'si on les énerve, ils commenceront à vouloir se battre. Et s'ils pensent à se battre plutôt qu'à jouer, ils rateront leur match. Et s'ils ratent leur match, nous le gagnerons.' On leur disait 'espèces de salauds, vous tuez nos frères, vous bombardez notre pays.' Ils nous traitaient de traitres. Les coups pleuvaient. C'était incroyablement violent." Le public en rajoute, à coups de "go home", adressés aux joueurs soviétiques et de "Budapest ! Budapest !". Les arbitres ne maîtrisent plus rien. La piscine est devenue une cocotte-minute. Elle va exploser pour de bon à moins d'une minute de la fin.

Toute la partie, Antal Bolvari a été le chien de garde de Valentin Prokopov. A l'approche du dénouement, il cède ce rôle à Ervin Zador. "Pas de problème, je m'occupe de lui". En réalité, c'est surtout Prokopov qui va s'occuper de Zador. Un coup de sifflet retentit. Le jeune Hongrois a tourné la tête un instant vers l'arbitre pour contester la décision. Il n'aurait pas dû. Il n'a pas le temps de voir Prokopov surgir de l'eau droit comme un I. Avec le revers de sa main droite fermée, il lui assène un violent coup de poing qui transpire la colère et la frustration. Dans son dos, Zador a "senti" que quelque chose se tramait : "Quand je me suis retourné, j'ai juste eu le temps de le voir, le bras tendu, et ce bras qui arrive sur mon visage. Alors j'ai compris que j'avais commis une grave erreur. J'ai entendu un grand 'crac' et j'ai commencé à voir des étoiles partout."

Si Zador est devenu la cible, ce n'est pas un hasard. Il avait 10 ans en 1945. Il a largement grandi dans le système éducatif communiste et a très vite appris le russe, qu'il parlait mieux et depuis plus longtemps que la plupart de ses coéquipiers. Le "privilège" de sa jeunesse. A la différence des autres, quand il chambre, insulte et provoque les joueurs soviétiques, c'est donc dans leur langue maternelle. Zador avouera d'ailleurs avoir évoqué "la maman" de Prokopov, peu avant de se faire frapper.

Le sang coule dans le bassin, teintant le bleu chloré d'un rouge brunâtre. Un simple filet, d'abord, puis une guirlande, perceptible depuis les tribunes. Des supporters hongrois descendent alors et menacent directement des membres de l'équipe soviétique. La scène est surréaliste. Le match est interrompu avant son terme. "Si la police australienne n'avait pas été aussi bien préparée, je ne sais pas comment tout cela se serait terminé", confie Gyorgy Karpati dans le documentaire Freedom's Fury. Il faut une escorte de police pour ramener les Soviétiques jusqu'à leur vestiaire et éviter le lynchage collectif.

Les récents championnats d'Europe

La Hongrie s'est classée quatrième du dernier championnat d'Europe. Ce résultat semble bon, pourtant on attendait plus. Souvent, dans de nombreux pays, c'est le football qui est le sport national. Seulement, les Hongrois sont très déçus par leur football, et la fierté nationale se reporte sur d'autres sports qui ont des résultats, comme le water-polo. Les femmes hongroises ont fini cinquième. Dans leur poule, elles ont obtenu le bilan suivant : une victoire, un nul et une défaite. Ensuite, elles ont perdu en match de classement contre la Russie avant de battre l'Espagne pour le gain de la cinquième place. Quant aux hommes, ils ont fini quatrièmes. Ils ont notamment battu l'Allemagne et surtout la Serbie, leur bête noire, et la Russie, une autre bête noire, pour finir premiers de leur poule (avec quatre victoires et un nul).

L'histoire du sport ne retient que les noms des vainqueurs

Alors, pourquoi les Hongrois ne sont pas satisfaits de cette quatrième place aux championnats d'Europe? Ensuite, la victoire renforce la confiance en soi. Et être le premier ou être le quatrième, ce n'est pas la même chose. Si tu es quatrième, c'est que d'autres t'ont battu. Et, l'histoire du sport ne retient que les noms des vainqueurs. Ces champions qui arrivent à gagner sont comme des icônes, des modèles, qui font espérer. Parlons aussi de la psychologie du succès : une fois que l'on a obtenu un succès et que l'on a ressenti l'état d'euphorie qui va avec, on accepte difficilement que cette euphorie diminue ou disparaisse. Il est possible ici de comparer le sport avec l'enseignement hongrois : les élèves hongrois ont été éduqués dans un monde déjà compétitif . De plus, la victoire renforce aussi l'enthousiasme collectif et contribue à la cohésion de la nation. Après la victoire, voir le drapeau hongrois et écouter ensemble l'hymne national y aide aussi.

Ceci nous amène à nous demander aussi pourquoi on attend généralement des joueurs de water-polo qu'ils aient un diplôme. Les performances sportives ne suffisent-elles donc pas, si l'on attend des joueurs qu'ils soient également par exemple dentistes. Après la carrière sportive aussi, il y a une vie et cela aide la reconversion des joueurs dans la société. Il faut avoir un but après sa carrière, cela permet l'élaboration d'un modèle de vie. Ajoutons qu'il est scientifiquement prouvé que le sport régulier, avec sa rigueur, aide à faire des études.

Si l'on considère les performances des sportifs de haut niveau, alors effectivement le water-polo est probablement le sport numéro un en Hongrie. Par contre si l'on entend par sport national sport le plus pratiqué, alors ce n'est pas le water-polo, sans-doute à cause des installations.

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