Histoire du football en Irlande du Nord: Des divisions aux moments de gloire

Contrairement au rugby, qui s’appuie sur une Irlande unifiée, le football irlandais reproduit la partition politique de l’île. L’Irlande du Nord et la République d’Irlande ont leurs propres compétitions et leur propre équipe nationale.

Lorsque la Irish Football Association (IFA) est fondée en 1880, l’Irlande est encore une colonie anglaise. L’équipe d’Irlande de football, qui joue son premier match officiel le 18 février 1882 à Belfast face à l’Angleterre (défaite 0-13 !), représente l’ensemble de l’île, même si l’équipe nationale est plutôt basée à Belfast, région par laquelle le football est arrivé dans l’île. L’Irlande fait ainsi partie des quatre nations pionnières du football avec l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles.

Mais pendant de longues années elle sert surtout de sparring partner à ses voisins des îles britanniques qui corrigent régulièrement les irlandais ! Il faudra attendre 1887 pour que l’Irlande remporte son premier match face au Pays de Galles (4-1 à Belfast), 1903 pour une première victoire contre l’Écosse (2-0 à Belfast) et 1913 pour une première victoire face à l’Angleterre (2-1 à Belfast).

À la veille de la Première Guerre Mondiale l’Irlande est à son apogée et remporte en 1914 le British Home Championship devant l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles.

Mais la partition politique de l’île en 1920 s’accompagne d’une scission dans le monde du football. La Fédération d’Irlande de Football (FAI) est fondée à Dublin en 1922 et gère le football dans le nouvel État Libre d’Irlande. L’IFA limite désormais son influence sur l’Irlande du Nord.

L’équipe nationale d’Irlande du Nord, héritière de l’équipe d’Irlande fondée en 1882, joue ses matchs au Windsor Park de Belfast, récemment rénové et utilisé par le club de Linfield.

L’Irlande du Nord a participé à trois phases finales de Coupe du Monde, en 1958, 1982 et 1986. C’est lors de l’édition 1958 organisée en Suède qu’elle réalise sa plus belle performance en atteignant les quarts de finale de la compétition, éliminée par la France de Raymond Kopa et Just Fontaine (0-4). C’est à nouveau la France qui barre le chemin aux nord-irlandais au deuxième tour en Espagne en 1982, alors que l’édition 1986 au Mexique se conclut par une élimination dès le premier tour.

Les nord-irlandais ne s’étaient en revanche jamais qualifiés pour une phase finale du Championnat d’Europe des Nations.

L’équipe nationale de la République d’Irlande est gérée par la FAI (Football Association of Ireland). Elle évolue à Dublin dans le mythique Lansdowne Road (officiellement Aviva Stadium depuis qu’il a été rénové en 2010), stade qu’elle partage avec l’équipe nationale de rugby d’Irlande. La République d’Irlande joue son premier match officiel en France au stade de Colombes en mai 1924 face à la Bulgarie (victoire 2-1) à l’occasion des Jeux Olympiques.

Mais il faudra attendre la fin des années 80 et l’intronisation de l’anglais Jacky Charlton au poste de sélectionneur pour qu’elle participe enfin aux plus grandes compétitions internationales. Sous sa direction, la République d’Irlande vit sa période dorée : première qualification pour l’Euro 1988, première Coupe du Monde en 1990 en Italie avec un quart de finale perdu face au pays hôte et huitièmes de finale de la Coupe du Monde 1994 aux USA (élimination face aux Pays-Bas).

Depuis l’Irlande a participé à la Coupe du Monde 2002 (élimination aux tirs au but en 8èmes de finale face à l’Espagne) puis à l’Euro en 2012 et 2016, sans jamais passer le premier tour d’un Championnat d’Europe des Nations ! Mais difficile de parler de l’équipe de République d’Irlande sans rendre hommage à ses merveilleux supporters, à la ferveur et à la fidélité légendaires.

Très tôt l’Irlande a organisé des compétitions locales : la Coupe d’Irlande (Irish Cup) est née dès 1881, le championnat d’Irlande (Irish League), dont la première édition se déroule en 1890, est le deuxième plus ancien championnat du monde et dès 1894 certaines équipes sont professionnelles. Les compétitions concernent alors l’ensemble de l’île, même si c’est en Irlande du Nord et en particulier à Belfast que la majorité des équipes évoluent.

Il faudra en fait attendre 1902 pour que des club hors de l’Irlande du Nord, plus précisément de Dublin, participent au championnat.

Après la partition

Après la partition de l’île en 1921 l’Irish league devient le championnat d’Irlande du Nord. Aujourd’hui le championnat nord-irlandais, la Northern Ireland Football League (NIFL) Premiership oppose 12 équipes dont beaucoup sont basées à Belfast. Le palmarès du championnat est d’ailleurs dominé par deux clubs de Belfast : Linfield (52 titres, le dernier en 2017) et Glentoran (23 titres, le dernier en 2009). Le derby entre ces deux équipes, le Belfast’s Big Two, est d’ailleurs le grand rendez-vous de la saison.

Le championnat de la République d’Irlande, la League of Ireland (Airtricity League de son nom sponsorisé), existe depuis 1921 et la partition de l’île. Le championnat irlandais est un championnat fermé (pas de système de promotion / relégation) qui se déroule pendant la « belle saison », de février à novembre, une particularité qu’il ne partage en Europe qu’avec les championnats des pays scandinaves et de certains pays de l’Est.

Autre particularité : le championnat « héberge » une équipe nord-irlandaise, le club catholique de Derry City, qui participait aux compétitions nord-irlandaises jusqu’en 1972 mais qui demanda son intégration aux compétitions de l’Irlande « du sud » suite aux incidents récurrents liés aux troubles en Irlande du Nord.

Bien que plus équilibré qu’en Irlande du Nord, le palmarès est dominé par des clubs de Dublin (Shamrock Rovers, Shelbourne FC, Bohemians) même si le titre de champion reste depuis quelques années dans les mains d’équipe provinciales, Dundalk FC (2014, 2015 et 2016) et Cork City (2017).

Les autres compétitions sont la FAI Cup (Coupe d’Irlande) et la FAI League Cup (réservée aux clubs professionnels). Très populaire jusque dans les années 60, le championnat de la République d’Irlande a perdu en audience. Aujourd’hui les media et les fans de football irlandais s’intéressent avant tout aux championnats d’Angleterre et d’Écosse où jouent les plus grands joueurs irlandais.

Le football irlandais a formé de nombreux joueurs qui ont fait le bonheur des championnats écossais et anglais, beaucoup plus rarement du continent.

George Best | Top 10 goals | The Devil from Belfast

George Best: Une légende du football nord-irlandais

George Best est non seulement le plus grand joueur irlandais de tous les temps mais aussi un des plus grands attaquants de l’histoire du football. Né à Belfast en 1946 dans une famille protestante, il est repéré à 15 ans par Manchester United, club avec lequel il va vivre les meilleurs moments de sa carrière.

Il y remporte deux titres de champion d’Angleterre (1965 et 1967), une Coupe d’Europe des Clubs Champions (1968) et surtout est élu Ballon d’Or en 1968. Il demeure l’unique joueur irlandais à l’avoir gagné. Premier joueur de football à avoir le statut de pop-star, il était surnommé « le cinquième Beatles ».

Mais ses frasques extrasportives (alcool, femmes, jeux d’argent, fêtes, …) nuisent à sa carrière et poussent son club à le renvoyer en 1974 à seulement 27 ans, après 474 matchs et 181 buts pour les Red Devils.
Il enchaîne ensuite les piges dans des clubs de seconde zone (en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Australie, en Angleterre ou en Écosse) et finit tristement sa carrière en 1984 dans le club nord-irlandais de Tobermore United.

Mais ses problèmes d’alcoolisme empirent et sa retraite sera surtout marquée par les scandales à répétition (conduite en état d’ivresse, problèmes financiers, …). Il meurt à Londres en novembre 2005 suite à une infection pulmonaire à seulement 59 ans, provoquant une grande émotion au Royaume-Uni.

Plus de 300 000 personnes sont d’ailleurs présentes à ses obsèques à Belfast. Aujourd’hui encore des fresques murales lui rendent hommage et un des aéroports de Belfast a été rebaptisé en son nom.

L'aéroport de la ville de Belfast porte le nom de George Best en hommage à la légende du football.

Autres figures emblématiques du football irlandais

  • Johnny Giles, né à Dublin en 1940, fit le bonheur dans les années 60 et 70 de Manchester United et surtout de Leeds United, club avec lequel il remporta 2 titres de champion d’Angleterre (1969 et 1974) et perdit une finale de Coupe d’Europe des Clubs Champions (1975). Il avait une réputation de joueur dur et parfois violent.
  • Patrick Anthony « Pat » Jennings, né à Newry en Irlande du Nord en 1945, est un des plus grands gardiens de but de l’histoire du championnat anglais. Il joue 13 saisons à Tottenham puis 8 saisons à Arsenal. Avec Tottenham en 1967 il marque même un but en lobant le gardien de Manchester United sur une relance de la main ! Il détient le record du nombre de sélections en Irlande du Nord (119). Il a participé à deux coupes du monde en 1982 et 1986. Agé de 41 ans lors de cette édition 1986, il est alors le plus vieux joueur à participer à une Coupe du Monde avant que le camerounais Roger Milla ne batte son record en 1994. Il détient par contre toujours le record du nombre de phases éliminatoires de Coupe du Monde disputées par un joueur (6 de 1966 à 1986).
  • Liam Brady, milieu de terrain né à Dublin en 1956, connut une carrière brillante à Arsenal puis en Italie (Juventus, Sampdoria, Inter Milan).
  • Patrick Joseph « Packie » Bonner, fut le gardien de but du Celtic Glasgow où il fit l’ensemble de sa carrière de 1978 à 1995 (avec 642 matchs et 5 titres de champion d’Écosse à la clé).
  • Roy Keane, né en 1971 à Cork, connut une brillante carrière de milieu défensif. Révélé à Nottingham Forest, il est recruté par le Manchester United de l’écossais Alex Ferguson dont il devient capitaine en 1997. Avec le club mancunien, il se construit un palmarès impressionnant avec en particulier 7 championnats d’Angleterre, 4 coupes d’Angleterre et une Ligue des Champions. Il termine sa carrière en 2006 par une pige au Celtic Glasgow, club dont il était supporter dans son enfance. Capitaine de la sélection irlandaise, il a joué 67 matchs pour les Boys in Green mais une seule coupe du monde en 1994. Il est pourtant dans le groupe irlandais en 2002 … mais est exclu du groupe après avoir insulté publiquement le sélectionneur Mick McCarthy !
  • David Healy, né à Killyleagh en Irlande du Nord en 1979, est le meilleur buteur de la sélection d’Irlande du Nord (36 buts en 95 sélections). Il détient par ailleurs le record du nombre de buts marqués lors d’une phase éliminatoire de l’Euro (13 buts lors des qualifications pour l’Euro 2008). Un parcours brillant en sélection qui contraste avec une carrière plutôt modeste dans des clubs de seconde zone, faute d’avoir percé à Manchester United où il a été formé.
  • Robbie Keane, né en 1980 à Dublin, détient deux records avec la sélection d’Irlande : celui du nombre de sélections (146) et du nombre de buts (68). À 35 ans il a annoncé sa retraite internationale après l’Euro 2016 !

Focus sur le Derry City FC

Depuis 1985, le club nord-irlandais du Derry City FC n’évolue plus dans son championnat national, mais celui du voisin, la République d’Irlande. «On ne joue pas dans un autre pays, on joue en Irlande. Pour moi, il n’y en a qu’une, pas deux.»

Le Brandywell Stadium, situé dans le quartier catholique de la ville, est l’antre du Derry City FC. Le destin du club de Derry City, créé en 1928, s’écrira au rythme de la lutte armée. Jusqu’au choix de bannir toute référence au nom de la ville, Londonderry, traduisant une influence britannique: «Londonderry est le mot à éviter. Je dois surtout dire Derry. Ou plutôt, Legend Derry!», rigole Danny Lupano, défenseur prêté par Hull City et déjà au fait du vocabulaire local.

En 1965, malgré les violences, le Derry City FC devient la première équipe nord-irlandaise à passer un tour en Coupe d’Europe des clubs champions - l’ancêtre de la Champions League - après sa victoire contre les Norvégiens du FC Lyn Oslo. L’étape d’après, contre Anderlecht, n’aura finalement jamais lieu, après que le Brandywell Stadium où devait se jouer le match a été déclaré non conforme.

Une décision prise par la fédération nord-irlandaise de football (IFA), organisation protestante et unioniste, qui ne voit pas d’un bon œil la présence du Derry City FC sur la scène européenne. «Une injustice» pour beaucoup d’acteurs du club, et le début de la rupture entre les deux parties.

L’année 1985 marquera la renaissance du club. Le DCFC obtient l’autorisation d’intégrer le championnat de la république d’Irlande. «Il n’y avait pas de message politique dans cette décision. Elle était purement sportive», insiste Kevin McLaughlin, journaliste sportif au Derry Journal et dont le père, premier entraîneur de l’équipe sous cette nouvelle ère, avait participé aux négociations.

Le premier match, contre les Dublinois d’Home Farm, s’est conclu par un succès (3-1). Hugh Curran ne l’a jamais oublié: «Tout le monde était très excité. C’était la fin d’un cauchemar, et un nouveau départ», raconte le supporter. «Ce jour-là, il y avait plus de 10000 personnes dans le stade. C’était énorme! Nous ne pouvions pas faire entrer une personne de plus», en sourit encore Hugh Curran.

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