Inégalités dans le Football Féminin : Statistiques et Défis

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont présentes dans tous les pans de la société, y compris le sport. Les sportives gagnent beaucoup moins que les sportifs, le sport féminin est souvent invisibilisé et beaucoup moins médiatisé, et les femmes et les jeunes filles sont encore trop souvent sujettes aux violences sexistes et sexuelles.

Historiquement sexistes et virilistes, les Jeux Olympiques ont longtemps exclu les femmes, les considérant comme le « sexe faible » et le sport féminin moins intéressant. Si les femmes participent aujourd’hui aux JO, c’est en grande partie grâce à Alice Milliat. Oubliée du grand public, elle est une figure incontournable du sport féminin. Alice Milliat a défié le Comité olympique pour inclure des épreuves féminines d’athlétisme.

Devant le refus catégorique des hommes en charge à l’époque (« le rôle de la femme est de couronner les vainqueurs », disait-on), elle a organisé en 1922 les premiers Jeux olympiques féminins à Paris et cela a été un énorme succès ! Les Jeux Olympiques de Paris 2024 étaient les premiers jeux paritaires de l’Histoire et 71% des personnes intéressées par ces JO avaient l’intention de suivre autant le sport féminin que masculin.

Les inégalités salariales touchent les femmes dans tous les secteurs, et le monde du sport n’échappe pas à cette réalité. En 2020, une étude de Forbes a révélé une statistique choquante : parmi les 100 athlètes les mieux payés au monde, seulement deux étaient des femmes, Naomi Osaka et Serena Williams. Le sponsoring, crucial pour la carrière d’un athlète, est également inégal. Cette sous-représentation affecte non seulement la visibilité des athlètes féminines mais aussi leurs opportunités de sponsoring et de rémunération.

Pour ce qui est de la couverture médiatique, les femmes ne sont pas mieux loties. Seulement 4 % du contenu médiatique sportif est consacré aux femmes. Les sportives représentent près de la moitié des licenciées en France et elles sont pourtant peu visibles.

Selon un rapport de l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle), la télévision française a consacré 21,4 % de son temps d'antenne au sport féminin, contre 31,8 % pour le sport masculin. Mais le volume horaire réel est impossible a déterminer car il y a des compétitions qui mêlent les deux genres comme l'athlétisme ou le badminton par exemple. Même si le public s’intéresse de plus en plus au sport féminin, les médias en parlent encore beaucoup moins.

Par exemple, L’Équipe publie surtout des articles sur les hommes, surtout en football ou en rugby. Les sportives apparaissent surtout lors des grands événements, puis disparaissent des pages sportives. Dans la presse généraliste, comme Le Monde ou Le Parisien, on parle davantage des problèmes autour du sport féminin (égalité, moyens, violences), mais les performances des femmes restent moins mises en avant. En football, un match de Ligue 1 masculine est très commenté, alors que les matchs de D1 Arkema n’ont souvent que de courts résumés.

Les médias investissent surtout dans les sports qui rapportent le plus. Le manque de visibilité a pour conséquence qu'il y a moins de sponsors pour le sport féminin et donc encore moins de médiatisation. Il y a tout de même des progrès : certains médias créent des rubriques dédiées et de plus en plus de compétitions féminines sont diffusées. Le Tour de France Femmes ou la Coupe du monde 2023 montrent que le public est là quand les compétitions sont accessibles.

Championnes du monde en titre, les footballeuses américaines se battent aussi sur le terrain de l’égalité salariale. Car même si elles sont davantage victorieuses que l’équipe de soccer masculine, elles restent moins bien payées que les hommes. Pour un sportif ou une sportive, faire la couverture du Time magazine marque la reconnaissance de son influence bien au-delà du terrain de jeu. En 2015, la finale victorieuse des Etats-Unis contre le Japon a battu les records d’audience pour un match de soccer. Cette équipe, c’est à l’international l’image du sport féminin américain qui gagne.

Néanmoins, les inégalités persistent avec les hommes. Même les femmes coaches qui gagnent sont moins bien payées que les hommes coachs qui perdent. En 2017, Jill Ellis, l’entraîneuse victorieuse lors du Mondial 2015, a touché 318 000 dollars, alors que Jürgen Klinsmann, entraîneur des hommes remercié en 2016, touchait encore plus de trois millions de dollars. Bruce Arena, qui l’a remplacé et n’a pas réussi à conduire son équipe au Mondial de 2018 en Russie, a de son côté empoché 1,27 million. L’entraîneur des moins de 20 ans masculins gagne, lui aussi, plus que Jill Ellis.

En 2016, plusieurs joueuses nationales ont attaqué leur fédération devant l’Equal Employment Opportunity Commission pour discrimination. Les chiffres du budget 2015 de la fédération américaine de soccer montrent une augmentation de ses revenus de 23 millions qui peut être attribuée à l’équipe féminine suite à son succès en Coupe du monde - une somme bien supérieure à celle récoltée grâce à l’équipe masculine. L’équipe féminine américaine de soccer est blanche.

On peut faire l’hypothèse que c’est en grande partie lié au fait que le soccer de haut niveau a beaucoup recruté dans les universités. Le « Title IX » de 1972, l’amendement au célèbre Civil Right Act de 1964, a permis l’organisation de compétitions sportives féminines dans les universités américaines, où les étudiants et étudiantes blanches sont très majoritaires (avec les Asio-Américain·e·s).

Megan Rapinoe, joueuse de football américaine et militante pour les droits des femmes, est devenue une figure centrale dans la lutte contre les inégalités salariales et de sponsoring dans le sport. En 2019, après avoir remporté la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, elle a utilisé sa notoriété pour attirer l’attention sur les écarts salariaux persistants. Elle a souligné que les joueuses de l’équipe nationale féminine, malgré leur succès et leur popularité, étaient payées beaucoup moins que leurs homologues masculins, moins performants sur la scène internationale.

Grâce à son engagement et à ses actions, Rapinoe a réussi à sensibiliser le public et à faire pression sur les fédérations et les sponsors pour qu’ils soutiennent plus équitablement les athlètes féminines.

Le football offre un vaste terrain de jeu pour promouvoir l'égalité des genres, et l'implication de tous est essentiel pour y parvenir. Le sport promeut des valeurs, et le football, en tant que sport le plus populaire, offre un immense potentiel pour faire progresser l'égalité entre les hommes et les femmes. Cependant, les disparités persistent : 95 % des entraîneurs et 91 % des arbitres sont des hommes, et la première femme à arbitrer un match de la Coupe du monde n'interviendra qu'en 2022. Ces statistiques mettent en évidence les occasions manquées et les obstacles systémiques qui empêchent les femmes de profiter des bienfaits du sport.

Malgré des contributions significatives, les femmes se heurtent à des obstacles dans les domaines de l'entraînement et de l'arbitrage et aux postes de direction en raison d'une dynamique de pouvoir bien ancrée. Le manque de couverture médiatique et de parrainage accentue le manque de visibilité des femmes dans le football, tandis que les inégalités en matière d'investissements et de salaires persistent, reflétant les disparités économiques fondées sur le genre.

Pourtant, il y a de l'espoir. La FIFA considère le football féminin comme une opportunité de croissance majeure. En démantelant les barrières structurelles et en remettant en question les normes sociales, le potentiel du football peut être exploité pour promouvoir l'égalité des genres. Il est temps d'encourager une culture du football qui embrasse la diversité, l'équité et l'inclusion pour tous.

La thématique des inégalités a été replacée au centre des débats de politique économique, et les inégalités entre les hommes et les femmes sont de celles que les Français et les Françaises considèrent parmi les « moins acceptables ». On sait que la différence salariale entre footballeuses et footballeurs, et plus généralement entre sportives et sportifs, a une origine socio-historique.

La professionnalisation des équipes sportives masculines au cours du XXe siècle, notamment dans le football, n’a pas contribué à réduire les inégalités entre sportifs et sportives. Suivant l’Angleterre et l’Écosse à la fin du XIXe siècle, les nations européennes ou sud-américaines, où le football s’était implanté, le professionnalisent entre la fin des années 1920 et le début des années 1930. La « non-professionnalisation » des équipes féminines se traduit par une moindre pratique du sport de haut niveau, donc moins d’entraînements et moins d’équipements adéquats.

Depuis des années, les fédérations sportives mènent des politiques égalitaristes en matière de distribution des dotations entre les hommes et les femmes, particulièrement dans les sports individuels. Le tennis a fait office de pionnier puisque l’US Open de New York est le premier tournoi à avoir introduit la parité dans les dotations pour les hommes et les femmes en 1973. Depuis cette date, de nombreuses fédérations ont suivi le mouvement. En 2017, une enquête de la BBC a fait état de 35 sports qui distribuent des dotations équivalentes entre les hommes et les femmes tandis que 9 favorisent les hommes.

Parmi les sportives pratiquant un sport collectif, les mieux payées du monde sont les basketteuses du championnat américain (Women National Basketball Association ou WNBA) qui gagnaient en moyenne plus de 60 000 euros par an à la fin des années 2010. Dans cette hiérarchie des salaires des sports collectifs, les footballeuses européennes (France, Allemagne, Angleterre) occupent la troisième, la quatrième et la cinquième places après les basketteuses de la WNBA et les joueuses australiennes de netball, un dérivé du basket essentiellement féminin.

En 2017, la ligue féminine la plus rémunératrice en moyenne était la première division française, avec un salaire annuel brut d’environ 42 000 euros. Les inégalités entre footballeuses et footballeurs varient beaucoup d’un pays à l’autre : le salaire annuel brut moyen des hommes est 113 fois supérieur à celui des femmes en Angleterre, mais 27 fois supérieur en France et 8 fois supérieur en Suède. En France, en 2022, selon le journal L’Équipe, le salaire moyen brut en D1 féminine est le même qu’en 2017, avec de fortes disparités entre les clubs.

Le salaire moyen le plus élevé est celui de l’Olympique lyonnais : il équivaut au salaire moyen en Ligue 2 masculine (12 000 euros bruts par mois) alors que le plus faible, à l’ASJ Soyaux (en grande difficulté financière actuellement), est en dessous du SMIC mensuel brut (1 700 euros en 2023). Les différences de salaires entre footballeurs et footballeuses s’expliquent par la faiblesse des revenus générés par le football féminin comparativement à ceux de son homologue masculin : pour les années récentes, près de 2 milliards pour les hommes contre 34 millions pour les femmes, un rapport de 1 à 50. Le gâteau à partager est beaucoup plus petit.

La stratégie de développement la plus convaincante actuellement est celle de l’Angleterre. Dans la perspective de l’organisation de l’Euro féminin en 2021, la fédération anglaise (FA) a lancé en 2016 une série de réformes, la première d’entre elles concernant la professionnalisation des douze clubs participant à son championnat féminin. Un des objectifs de ces réformes de la FA est d’accroître la compétitivité du championnat et d’augmenter la demande de football féminin (affluence et audience).

Cette réforme a porté ses fruits puisque la FA a réussi en 2021 à renégocier le « naming » de la Super League pour un montant de dix millions de livres par an sur trois ans (avec Barclay’s) contre cinq millions pour les saisons précédentes. Elle est également parvenue à vendre les droits TV de la compétition pour un montant record de huit millions de livres. Cet intérêt croissant pour le football féminin anglais (y compris au niveau des audiences TV) a profité aux footballeuses du championnat anglais puisque les salaires ont augmenté et vraisemblablement dépassé le salaire moyen des joueuses en France, notamment lors de la saison 2022-2023.

Au sein de la société, décennie après décennie, les femmes ont ouvert des portes qui les ont menées vers l’obtention de certains droits. Si des inégalités demeurent encore aujourd’hui, l’espace des différences avec la gent masculine s’est considérablement restreint.

Sur le terrain, à coup de passes, dribbles et buts, les joueuses ont elles aussi prouvé qu’elles avaient des qualités physiques en adéquation avec la pratique sportive et que mettre en place une stratégie d’équipe était loin de leur poser problème !

Le nombre de licenciées dans la discipline est en constante augmentation depuis plusieurs années, et on peut s’en réjouir. Mais, comme le souligne le rapport de l’UNESCO, le football féminin souffre encore d’un manque de moyens et de médiatisation, “clé de voûte du développement de la féminisation du football, ayant un impact à la fois sur l’accroissement du nombre de femmes investies, sur la représentation sociale de ce sport, mais également sur l’image que l’on renvoie des femmes.”

Cependant, les choses évoluent. Sans doute trop lentement du point de vue de certains, à l’image de l’évolution de la place de la femme dans certaines sociétés. Mais peu à peu, grâce à leur talent et leur pugnacité sur le terrain -et non pas de beaux discours-, les joueuses font la peau aux clichés et apportent leur pierre à un mouvement égalitaire beaucoup plus large. Depuis que le sport féminin a fait son apparition au 19ème siècle, les tenues des sportives ont toujours été pensées par et pour les hommes.

Ce phénomène est connu sous le nom de “male gaze” ou “regard masculin”, théorisé par Laura Mulvey, une militante féministe britannique en 1975. Sarah Voss, gymnaste allemande, s’est présentée aux championnats d’Europe de gymnastique artistique en portant une combinaison intégrale, couvrant ses bras et ses jambes, délaissant son traditionnel justaucorps trop révélateur. En adoptant cette tenue, Sarah Voss a ouvertement critiqué les normes esthétiques rigides et les pressions sociales auxquelles les gymnastes sont souvent confrontées, mettant en avant la fonctionnalité et le confort par-dessus tout.

Une intervention dans une émission sportive datant de 1987 de Marc Madiot à la cycliste française Jeannie Longo a refait surface récemment. Cette intervention illustre parfaitement cette vision stéréotypée et sexiste du sport féminin : « C’est complètement inesthétique. Il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins. Voir une femme danser pour moi c’est très joli, voir une femme jouer au football ou sur un vélo, c’est moche. [… ] Le sport cycliste est un sport extrêmement difficile et j’aime trop les femmes pour les voir souffrir. Je suis contre le cyclisme féminin. Vous vous êtes moches, je suis désolé.

Des insultes aux agressions physiques, les comportements discriminants visant les athlètes en raison de leur couleur de peau, de leur origine et de leur orientation sexuelle présumées ou réelles, sont très répandues dans le monde du sport professionnel. Dans ce secteur où les valeurs de respect, de fraternité et de discipline sont censées être évidentes et partagées par tous.te.s, l’intolérance trouve encore le moyen de s’inviter sur les terrains, dans les vestiaires, les tribunes ou les médias. Les sportives sont nettement plus visées que les sportifs par les comportements racistes et lgbtphobes dans les compétitions sportives.

Le validisme est un terme militant qui désigne un système d’oppression sociale que subissent les personnes handicapées. Les femmes et minorités de genre handicapées subissent des discriminations aggravées. Si aujourd’hui, les Jeux Paralympiques sont aussi médiatisés et mis en valeur par le Comité d’organisation des JO, cela n’a pas toujours été le cas. Ce phénomène se manifeste par des attitudes discriminatoires et des préjugés qui sous-estiment les capacités des individus en situation de handicap, les reléguant souvent à des rôles de spectateurs plutôt que de participants actifs.

Marie-Amélie Le Fur est une athlète paralympique française et une figure emblématique de l’engagement pour le féminisme et les droits des personnes handicapées. Après avoir perdu une jambe dans un accident de scooter en 2004, elle s’est distinguée dans le monde du sport en remportant plusieurs médailles aux Jeux paralympiques en athlétisme. En 2018, elle est devenue présidente du Comité Paralympique et Sportif Français, où elle milite activement pour l’inclusion et la visibilité des athlètes handicapés.

Le 5 septembre 2024, quelques semaines après sa participation aux Jeux olympiques de Paris, la marathonienne ougandaise Rebecca Cheptegei a été assassiné par son compagnon, immolée par le feu. Cette tragédie rappelle le fléau des féminicides. Tous les jours des femmes meurent parce qu’elles sont des femmes, en grande majorité sous les coups d’un compagnon ou ex. Le taux de féminicides reste élevé en France, une femme est tuée par son conjoint ou ex-conjoint tous les 3 jours.

En dépit de ces défis, le football féminin continue de gagner en popularité et en reconnaissance, porté par l'engagement des athlètes, des militants et des organisations qui œuvrent pour l'égalité des genres dans le sport.

Tableau Comparatif des Salaires Moyens Annuels (estimations 2022)

PaysSalaire Moyen Brut Annuel (Footballeurs)Salaire Moyen Brut Annuel (Footballeuses)Ratio (Hommes/Femmes)
AngleterreXY113
FranceAB27
SuèdeMN8

Note: Les valeurs exactes X, Y, A, B, M, N doivent être complétées avec des données récentes et vérifiées.

Déterminées - Épisode 6 : inégalités salariales, absence de contrats, les joueuses se confient #foot

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