Le cricket en Afrique du Sud est bien plus qu'un simple sport; c'est un phénomène culturel et social profondément enraciné dans l'histoire du pays. Cet article explore l'évolution du cricket sud-africain, de ses origines à travers l'ascension et la chute de figures emblématiques comme Hansie Cronje, en passant par son rôle durant l'apartheid et son impact sur la société multiraciale d'aujourd'hui.

Schéma d'un terrain de cricket.
L'ascension de Hansie Cronje: Une icône controversée
Hansie Cronje était une icône, un modèle fédérateur bien au-delà de la partie blanche de la population, bien plus identifiée au cricket.
Wessel Johannes Cronje était considéré comme "le deuxième personnage le plus populaire d'Afrique du Sud derrière Nelson Mandela." Une trajectoire sans faute pour ce fils de bonne famille afrikaner de Bloemfontein : Des études exemplaires au lycée (il est le "head boy", celui que l'on distingue pour ses résultats, mais aussi son comportement) comme à l'université, et une aptitude pour le sport qui saute aux yeux de tous.
Surtout, Hansie, surnom hérité de son grand-père maternel, est un leader né. Depuis son plus jeune âge, on l'écoute et le suit les yeux fermés. Dès le lycée, le capitaine des équipes de rugby et de cricket, c'est lui. Il excelle dans les deux disciplines mais choisit finalement de s'orienter vers la seconde, suivant les traces de son père, Ewie, ancien joueur de bon niveau.
Comme il est né sous une bonne étoile, le jeune Cronje a la chance de tomber au bon endroit au bon moment. Il a 22 ans lorsque l'Afrique du Sud réintègre en 1991 le concert des nations après la fin de l'Apartheid. Un an plus tard, Hansie débute sa carrière internationale. Il est alors déjà la grande figure de l'équipe de Free State, qu'il mènera à sept titres nationaux en seulement six saisons.
Mais la légende de Hansie Cronje s'écrit pour de bon en février 1994, après une série de tests où il guide par trois fois en quatre matches l'Afrique du Sud vers la victoire, effaçant au passage certains records de la sélection. Quelques mois plus tard, il devient le capitaine des Proteas à la place de Kepler Wessels, le deuxième plus jeune de l'équipe sud-africaine, le plus jeune depuis la fin du XIXe siècle. Le choix fait l'unanimité.
Joueur complet, charismatique, bon client pour les médias et bankable avec sa mine brune un rien ténébreuse, Cronje a tout pour lui. Les sponsors se l'arrachent. Il devient une star. Une icône. Un modèle même, dans des proportions pas loin d'être délirantes. Sa mère, San-Marie, reçoit ainsi des appels de parents qui idolâtrent son fils cadet : "S'il vous plait, dites bien à Hansie de ne pas cracher quand il est sur le terrain. Mon fils l'adore et, comme il l'a vu cracher, il fait pareil car il veut tout faire comme lui."

Hansie Cronje en pleine séance de dédicaces pour des enfants à Johannesburg, en 1997.
Dans son sillage et avec une équipe rajeunie, l'Afrique du Sud reprend une place significative dans le cricket mondial, même si la décennie 90 sera source de frustrations, comme lors de la Coupe du monde 1996 où, après un premier tour parfait, les Proteas sont surpris en quarts de finale par les Indes Occidentales.
Comme capitaine, en revanche, jamais son aura ne se démentira. Au sein du groupe, il impose à tous une éthique de travail rigoriste, aux frontières de l'ascétisme. L'alcool est banni. Pendant les regroupements, des horaires strictes sont instaurées. Il s'avère plus qu'un capitaine. Il agit comme un manager, crée une structure pyramidale en donnant des responsabilités à des plus anciens que lui. Il prend aussi toutes les critiques sur son dos, impose à quiconque de ne jamais critiquer un coéquipier en public.
HANSIE CRONJE - UN HOMMAGE
C'est cet homme de 30 ans, adulé et respecté comme personne, capitaine sans discontinuer de la sélection depuis six ans (un record au niveau mondial), devenu presque intouchable, qui, au début de l'année 2000, va s'engouffrer en quelques semaines dans la spirale de la déchéance.
Le scandale des matches truqués
En 2000, Hansie Cronje se retrouve impliqué dans une affaire de matches truqués. La chute fut brutale. La fin tragique.
New Delhi. 13 mars 2000. Sanjeev Chawla est dans le hall de l'hôtel de Taj Mahal. Il passe un coup de fil. "Oui, j'ai prévenu, tu peux monter, je suis dans la chambre 346", lui répond-on. Chawla ne le sait pas, mais son portable est sur écoute. Depuis plusieurs semaines, la police indienne a décidé de scruter les téléphones mobiles d'une dizaine d'hommes d'affaires dans le cadre d'une investigation sur des soupçons d'extorsion de fonds. Ainsi naissent parfois les plus grands scandales, dont certains changent le monde et pulvérisent des vies : par hasard.
L'enquêteur qui écoute la conversation est attiré par l'accent prononcé de l'interlocuteur de Chawla. Ce n'est pas un accent indien. Sud-africain, peut-être. Le locataire de la chambre 346 s'appelle Hansie Cronje. Mais pourquoi diable le capitaine de l'équipe d'Afrique du Sud, bien connu et très populaire en Inde, grand pays de cricket, pouvait-il avoir rendez-vous avec un businessman local ?

La semaine suivante, les échanges téléphoniques se multiplient entre les deux hommes. Et ils ne manquent pas d'intérêt. Chawla, apprend la police de Delhi, est aussi, parmi ses nombreuses casquettes, membre du syndicat des paris en Inde. Une véritable industrie. Au fil des conversations, nait l'évidence que les deux hommes sont en train de se mettre d'accord pour truquer certains des matches qui doivent opposer l'Inde à l'Afrique du Sud jusqu'à la fin du mois.
Moyennant rémunération, Hansie Cronje accepte de sous-performer sur certaines rencontres précises. Il tente d'entraîner également dans son sillage plusieurs de ses coéquipiers : Herschelle Gibbs, Nicky Boje, Henry Williams et Pieter Strydom. Seul le dernier refusera. Difficile de dire non à "Cap'tain Hansie".
Le 19 mars, toute la brigade criminelle se cale devant la télé pour suivre le dernier ODI (One Day International) entre lndiens et Sud-Africains. Leurs yeux se focalisent sur les joueurs suspectés. Les Proteas s'inclinent. A l'issue du match, KK Paul, le boss de la section en charge de l'enquête, est convaincu de tenir ses proies. Les preuves sont solides. Quarante pages de retranscriptions téléphoniques. Certains passages sont accablants.
Le vendredi 7 avril 2000, le tremblement de terre se produit. Epicentre, New Delhi. Mais toute l'Afrique du Sud va ressentir le séisme. La police indienne rend son enquête publique et inculpe Hansie Cronje pour association de malfaiteurs. Elle dévoile des retranscriptions écrites de certaines conversations entre le capitaine sud-africain et Sanjeev Chawla, rentré entre temps au Royaume-Uni et recherché par Interpol.
L'Afrique du Sud n'en revient pas. Personne n'a rien vu venir. Les premières réactions officielles sont teintées d'indignation, à l'image de celle d'Ali Bacher, le patron du cricket sud-africain : "Cronje est connu pour son incontestable honnêteté et intégrité. Ces accusations sont bonnes à jeter à la poubelle." Le principal intéressé se drape lui aussi dans sa dignité. "Ces allégations sont absolument sans aucune substance, assure Cronje. Cela a toujours été un honneur pour moi de représenter l'Afrique du Sud et je ne ferais jamais rien pour laisser tomber mon pays."
Samedi 8 avril. Le jour d'après. L'affaire devient politique et même diplomatique. Le ministère des Affaires étrangères sud-africain demande des comptes à son vis-à-vis indien, réclame une copie des écoutes, s'étonne de la publication d'éléments de l'enquête et s'interroge sur les motifs de la mise sur écoute de Cronje. Le sélectionneur Graham Ford vole lui aussi au secours de son capitaine : "Tout ceci est une tempête dans un verre d'eau. Je suis certain que quand les détails seront connus, l'innocence de Hansie et des autres joueurs sera prouvée."
Dimanche 9 avril. Le pays fait plus que jamais bloc derrière son héros. La presse sud-africaine se déchaine. "Bullshit !", titre le Sunday Times.
Puisque tout le monde le croit, il n'a pas besoin de convaincre. Alors, en assénant publiquement et aussi fermement ce qu'il sait être un mensonge, qui Hansie Cronje tente-t-il de persuader ? Son peuple ? Ses proches ? Ou lui-même ? Paradoxalement, son intervention n'a pas convaincu. Est-ce son ton ? Son visage ? Son regard ? Les premières brèches dans la certitude nationale naissent de cette conférence de presse.

La conférence de presse de Hansie Cronje, dans laquelle il dément toutes les allégations.
Le cricket et l'Apartheid
Le boycott du cricket sud-africain constitua un tournant essentiel.
Un Sud-Africain soit-disant « de couleur », Basil D'Oliveira, s'était établi en Angleterre pour jouer au cricket professionnel, et avait joué pour l'équipe britannique. Lorsque vint le moment de dresser la liste des sélectionnés pour la tournée prévue en Afrique du Sud durant l'hiver 1969-1970, il semblait hautement probable que D'Oliveira serait retenu. Le gouvernement sud-africain avertit qu'il n'admettrait pas une équipe comprenant des joueurs autres que blancs.
Lorsque D'Oliveira fut finalement sélectionné (après maintes tergiversations démontrant la pusillanimité des milieux dirigeants du cricket anglais), le chef du gouvernement sud-africain, John Vorster, interdit la tournée, disant que l'Angleterre avait laissé le soin de sélectionner l'équipe au mouvement anti-apartheid : « C'est une équipe composée d'opposants politiques à l'Afrique du Sud. C'est une équipe composée de gens qui ne s'intéressent aucunement aux relations sportives. »
L'année suivante, il était prévu qu'une équipe sud-africaine se déplacerait en Angleterre. En dépit des efforts des dirigeants du cricket pour faire avancer le projet, ses détracteurs s'avérèrent si puissants que Lord's, le quartier général du cricket, dut capituler.
Le boycott joua un rôle unificateur sur l'Afrique du Sud blanche. Une de ses conséquences fut que les Afrikaners se mirent eux aussi à jouer au cricket, même ceux qui ne parlaient pas anglais et n'appartenaient pas à l'élite anglophone qui pratiquait ce sport depuis des années (fournissant d'ailleurs certains des meilleurs éléments de l'équipe nationale).
Toutefois, lorsque le système de l'apartheid commença à s'effriter, dans les années 80, il incita les dirigeants du cricket à changer de ligne de conduite et à promouvoir le cricket interracial ainsi que l'essor de ce sport dans les townships noirs.
Le cricket dans le monde
Le cricket est né en Angleterre qui l'a diffusé à travers ses ex-colonies. Un certain nombre des pays du Commonwealth l'ont ainsi gardé en héritage. Parmi lesquels l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde, le Pakistan, les Antilles anglaises et l'Afrique du Sud qui comptent aujourd'hui les meilleures équipes.
Parmi les compétitions importantes de cricket, la coupe du monde est la plus regardée. La prochaine se déroulera du 14 février au 29 mars 2015 et sera organisée par l'Australie et la Nouvelle Zélande.
Coupe du Monde de Cricket - Participants (2011)
| Pays |
|---|
| Afrique du Sud |
| Antilles britanniques |
| Australie |
| Bangladesh |
| Ecosse |
| Inde |
| Kenya |
| Nouvelle-Zélande |
| Pakistan |
| Zimbabwe |
| Angleterre |
| Sri Lanka |