Le rôle du gardien de but au football est souvent perçu comme un mélange de talent, d'anticipation et parfois, de spectacle. Mais qu'est-ce qui définit un grand gardien ? Est-ce ses arrêts spectaculaires, sa capacité à anticiper les mouvements de l'adversaire, ou sa sobriété dans les moments cruciaux ? Cet article explore les différentes facettes de ce poste clé, en mettant en lumière des figures emblématiques et des anecdotes marquantes.

Les Gardiens de l'Équipe de France : Une Histoire Riche
81 gardiens ont eu l'honneur de défendre les cages de l'équipe de France. Hugo Lloris, qui a mis un terme à sa carrière internationale le 9 janvier 2023, est évidemment le recordman de la catégorie en nombre de sélections (145), lequel ne sera sans doute jamais battu par un gardien en équipe de France. Steve Mandanda, qui a lui aussi annoncé le terme de son parcours avec les Bleus cinq jours plus tard, s’arrêtera donc à 35 sélections et ne rejoindra jamais Georges Carnus à la cinquième place.
Les gardiens encore en activité et n’ayant pas renoncé à la sélection sont en gras. En cas d’égalité au nombre de sélections, le gardien ayant encaissé le moins de buts est prioritaire.
A propos de Hugo Lloris, le nombre de clean-sheets (match sans but encaissé) est sujet à controverse. Lors de Serbie-France de septembre 2009, il est en effet expulsé dès la 9e minute alors que le score est de 0-0. Faut-il compter ce match parmi ceux où il n’a pas encaissé de but ? Certains disent que non, je pense que oui.
[ Be représente les buts encaissés et Be/M la moyenne de buts encaissés par match. Les colonnes 0, 1, 2 et 3+ indiquent le nombre de matches où le gardien n’a encaissé aucun but (clean sheet), un, deux ou trois buts et plus. NC signifie non connu, pour les matches où les buts encaissés n’ont pas été minutés. La colonne inv mn décompte le nombre maximum de minutes consécutives sans encaisser de but (à l’intérieur du même match ou sur plusieurs matches consécutifs). La colonne inv ma décompte le nombre de matches consécutifs sans encaisser de but. Un champ recherche est disponible pour l’ensemble des données du tableau.
Quand le Spectacle Devient Indispensable
«D’accord, l’arrêt était spectaculaire, mais je n’avais pas d’autre choix, assure Benjamin Lecomte. Je ne pouvais pas me décaler et prendre le ballon. J’ai été obligé de faire cet arrêt pour sortir la balle. La situation l’exigeait.» «C’est le ballon qui commande l’arrêt, pas l’inverse», abonde l’ancien Vert. Lecomte est, avec Anthony Lopes et Mouez Hassen, un des trois gardiens les plus spectaculaires du Championnat. Et le Lorientais de 23 ans n’a aucun problème avec cette étiquette. «Le foot, ça reste du spectacle, donc forcément ça fait plaisir.» Il ajoute: «C’est bien d’être spectaculaire mais il faut l’être en réussissant ses arrêts. Ça ne sert à rien de faire un beau plongeon pour dévier le ballon et qu’il termine au fond des filets. Il faut surtout être efficace et décisif.»
Lionel Letizi, ancien international français désormais entraîneur des gardiens de l’OGC Nice, explique que c’est une question d’âge: «Être spectaculaire, c’est normal pour les jeunes gardiens. Avec l’expérience, ils sentent mieux le jeu, ils savent où se placer au départ d’un ballon pour anticiper l’endroit où il va atterrir. Ça leur permet d’être en avance et ils n’ont plus besoin de faire de geste spectaculaire. Le meilleur exemple, c’est Anthony Lopes. Il est moins spectaculaire cette saison qu’à ses débuts, il y a deux ans.»
«Aujourd’hui, si on n’est pas dans l’anticipation, avec les ballons, les terrains et la qualité des joueurs, c’est compliqué de tout gérer depuis sa ligne de but, ajoute Lecomte. Ça demande énormément de concentration, d’anticipation visuelle pour intervenir sur les frappes.»
La Taille et le Style : Des Facteurs Déterminants
«Les gardiens plus petits sont spectaculaires parce qu’ils sont obligés de faire des arrêts au maximum de leurs capacités. Et comme ils sont plus légers, ils volent un peu plus que les autres», explique Letizi. «Quand je m'envolais, je n’avais pas le choix, je devais aller chercher un ballon qui se trouvait à 3 ou 4 mètres de moi. Mais comme j’étais plus petit que la moyenne (1,76m), que je portais des tenues flashy, ça rajoutait au truc», estime l’ancien Stéphanois, dont le costume de Spiderman est resté dans les mémoires.
Technique d'arrêt de De Gea sur les têtes | Analyse du gardien
L'Évolution du Rôle du Gardien Moderne
«Aujourd’hui, le gros problème, c’est que le poste de gardien de but est commenté par des gens qui n’ont aucune sensibilité. Parfois, j’entends le commentateur s’extasier sur un arrêt que n’importe quel gardien de PHR aurait réussi. Les commentateurs ne font pas la différence entre un arrêt spectaculaire et un arrêt décisif. Heureusement, il y a des gens comme Elie Baup, Gaëtan Huard ou Mickaël Landreau qui parlent du poste de gardien de but comme il faut.»
Benjamin Lecomte, lui, est nettement moins affirmatif: «Si, si, on peut se faire plaisir pour la photo. Mais ça dépend des matches. Si le score est déjà bien engagé, un 3-0 à dix minutes de la fin, on va se faire plaisir sur certains ballons, comme les autres joueurs sur le terrain. Ça fait du bien psychologiquement, ça a aussi tendance à mettre le gardien en avant et le public aime bien ça.»
Pour un gardien, le spectacle ne passe pas que par les arrêts. Il y a un geste, par exemple, que Jérémie Janot trouve impressionnant: le crochet. «Le réussir dans sa surface, alors qu’on n’a pas de filet de sécurité, ça, c’est spectaculaire!» C’est également utile, explique Lecomte, qui a passé un mois avec Janot à Lorient, en fin de saison 2011-2012. «On sait que les attaquants vont nous foncer dessus, puis soit sauter, soit se retourner quand on va armer, donc si on veut être propre dans la relance, il faut faire ce geste. Ça peut paraître chambreur mais ce n’est pas du tout ça. On n’a pas trop de solution à part mettre une grosse mine en tribune et ce n’est plus d’actualité dans le jeu du gardien moderne. Nous sommes désormais les premiers relanceurs de l’équipe. Si on ne dégage pas n’importe comment et que l’on soigne la relance, ça permet à l’équipe de s’organiser et de repartir vite vers l’avant.»
Sobriété vs. Spectacle : Un Débat Sans Fin ?
«Il y a des gardiens spectaculaires et d'autres sobres. Ça ne sert à rien de les comparer ou de les opposer.» Cette saison, Lionel Letizi entraîne deux gardiens au profil totalement différent. Mouez Hassen (20 ans, 1,84 m, 70 kg), donc, et le sobre Simon Pouplin (29 ans, 1,87 m, 78 kg). «Simon joue beaucoup sur le placement, l’anticipation, la réflexion. Mouez est davantage dans la réaction. Il est très rapide, saute très haut. Mais il n’en rajoute pas. Ce sont ses qualités physiques, son explosivité, qui rendent ses arrêts impressionnants.»
Qu’est-ce qui est préférable: avoir un gardien soft ou un showman? Un Mandanda ou un Lopes? «Ça ne sert à rien de les comparer ou de les opposer. Si sa nature, c’est d’être spectaculaire et d’aller au-devant du ballon, il faut l’accepter. Il y a des gardiens spectaculaires et d’autres sobres. Ça a toujours été comme ça. A une époque, vous aviez Bernard Lama et Pascal Olmeta qui jouaient à l’instinct. Et puis, vous aviez Bruno Martini, très sobre, chez qui tout était très calculé. Il faut garder son style.»