Jeux Olympiques d'hiver de 2030 : Les candidatures des villes et les défis

Les Alpes françaises sont officiellement candidates pour accueillir les Jeux Olympiques d'hiver de 2030. Si le CIO valide cette candidature, cela sera soumis à des conditions, notamment un engagement formel de l'État français. Karl Stoss, membre du CIO et président de la commission de futur hôte pour les JO d'hiver, souligne la qualité du projet des Alpes françaises.

« Les Alpes Françaises vont bénéficier de l'expertise des JO 2024. Nous avons reçu les garanties du financement des deux villages olympiques. Les Alpes françaises 2030 sont un projet très solide. C'est donc un oui avec la condition que cet accord financier soit validé le plus tôt possible. »

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a confirmé l'engagement de l'État et a annoncé qu'il demandera au prochain premier ministre de valider cette garantie et de voter une loi olympique. Le budget de l’organisation de ces jeux olympiques est de 1,5 Md d’euros. Laurent Wauquiez, le Président de la Région Auvergne Rhône Alpes, a souligné que « 95% des infrastructures sont existantes » et que « la quasi-totalité des équipements des JO d’Alberville vont être réutilisés ».

Renaud Muselier affirme : « Vous aller aimer les Jeux Olympiques de Paris 2024, vous allez adorer ceux de 2030 dans les Alpes Françaises ! »

Les Alpes françaises doivent accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver dans cinq ans. Les députés examinent la loi spéciale déjà adoptée par les sénateurs en juin pour lancer les grands chantiers (urbanisme, sécurité, logement...).

Sans elle, "les infrastructures ne seront pas prêtes à temps", a résumé le député centriste Romain Daubié, rapporteur du texte, en commission à l'Assemblée.

Selon le gouvernement français, les Alpes 2030 seront des Jeux construits sur quatre grands axes : performance sportive, responsabilité écologique, engagement territorial et célébration du sport.

Cependant, l'organisation est difficile avec de nombreuses tensions internes, ce qui a conduit le CIO à émettre un avertissement clair. Il est donc temps pour la France de cesser les conflits internes autour de ces JO 2030.

Le temps est compté et la carte des sites de compétition fait débat, surtout pour le ski alpin.

Les sites de compétition : Un enjeu majeur

La carte des sites olympiques devait être dévoilée en fin d'année, mais les discussions autour de la participation de Val-d'Isère sont toujours en cours. En audition, face aux députés, Edgar Grospiron a défini une échéance "à la fin de l'année pour intégrer Val-d'Isère dans la carte des sites" et "au premier semestre 2026 pour les autres sujets" - ovale de vitesse, sports additionnels et paralympiques.

Le Comité international olympique (CIO) pourra alors présenter son programme initial des épreuves, après avoir dû reporter son annonce initialement prévue ce mois-ci.

Les choses sérieuses débutent réellement avec le "schéma préférentiel" des épreuves, réparties en quatre blocs géographiques. La Haute-Savoie hérite du ski de fond (La Clusaz) et du biathlon (Le Grand-Bornand). Le Briançonnais prépare l'arrivée du ski de bosses, du ski acrobatique et du big air (Serre-Chevalier), mais aussi de la descente acrobatique, du ski cross et du snowboard slalom (Montgenèvre). Les tremplins de ski à Courchevel (Savoie), avec un chaudron olympique hérité des JO de 1992.

Nice accueillera les épreuves de glace, tandis que les épreuves de patinage de vitesse se dérouleront en Italie ou aux Pays-Bas. En Savoie, La Plagne vibrera avec le bobsleigh, la luge et le skeleton. Courchevel accueillera le saut à ski et le combiné nordique, ainsi que des épreuves de ski alpin aux côtés de Val-d'Isère.

C'est désormais acté : Val d'Isère figure bien dans la carte des sites olympiques des Alpes 2030, ou plutôt dans le « schéma préférentiel des sites », validé ce lundi par le conseil d'administration réuni à Décines (Rhône). La station de Haute Tarentaise fait partie du « pôle Savoie » avec Courchevel et La Plagne.

Elle chasse Méribel, qui devait accueillir les épreuves de ski alpin avec Courchevel, et qui a refusé le deal proposé par le COJOP d'organiser toutes les épreuves paralympiques de neige en échange.

« Le COJOP et toutes les parties prenantes souhaitent integrer cette station emblematique pour sublimer les epreuves de ski alpin ; les discussions sont en cours avec la collectivite pour rendre cette integration possible tout en maintenant l'equilibre budgetaire du projet, par des engagements clairs », annonce le communiqué du comité, publié dans la soirée, à propos de la station chère au triple champion olympique de ski Jean-Claude Killy.

Les trois autres pôles ne changent pas sans que soient précisés les sports qui y seront organisés. Mais si on s'en tient au dossier de candidature, la Haute-Savoie accueillera les épreuves de ski de fond et de biathlon au Grand Bornand et La Clusaz ; le Briançonnais, le ski freestyle et le snowboard à Serre Chevalier et Montgenevre et enfin, Nice les épreuves de glace.

Reste également à choisir qui des Pays-Bas ou de l'Italie l'emportera pour l'anneau de vitesse, au regard de l'investissement financier prévu par chacun des deux pays pour aménager leur équipement mais aussi de la meilleure expérience pour les athlètes sans oublier le critère environnemental.

JO 2030 : le fort de Briançon transformé en village olympique

Le nom de Val-d'Isère s'est d'ailleurs imposé au finish, car Méribel était d'abord pressentie.

Lors des JO de 1992, Méribel avait accueilli les femmes du ski alpin et la compétition de hockey. Un chaudron olympique est toujours visible, près de l'hôtel La Chaudanne, mais la flamme est un peu retombée depuis cet été.

Il n'y a plus guère de suspense, mais des discussions sont toujours en cours. "La balle est dans le camp de Val-d'Isère", a récemment relancé Edgar Grospiron.

Afin d'intégrer pleinement la mythique station savoyarde, le comité d'organisation a d'ailleurs accepté de faire des efforts. Tout ceci entraîne un "coût supplémentaire", a rappelé le président du Cojop des JO 2030, interrogé par ICI Pays de Savoie. "On doit avoir un village olympique et un plan de transport plus étoffé, des forces de sécurité qui se dédoublent et moins de mutualisation."

Les communes concernées font part de leurs exigences, durant cette période sensible de bouclage financier. Le maire de Courchevel, Jean-Yves Pachod, a notamment demandé que l'aide de l'Etat-Région soit portée à 80%, contre 70% auparavant, dans un courrier consulté début décembre par le site Savoie-News.fr. L'élu a également suggéré que le département devait augmenter sa participation financière, dans ce même courrier adressé à la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), un établissement public.

Ce dossier est d'autant plus sensible que les maires concernés entrent en campagne électorale, en vue des municipales de mars prochain.

Certains acteurs ont perdu patience. "A chaque fois que le département participait à une réunion, on se tournait vers lui pour demander de l'argent", souffle un proche du dossier. Le conseil départemental de Savoie a donc décidé de bouder les réunions de préparation, jusqu'à nouvel ordre, refusant d'être "une variable d'ajustement budgétaire". Le département, favorable à l'organisation des JO, promet de revenir dans les discussions, mais uniquement quand les financements seront bouclés.

Le budget pluriannuel du comité d'organisation, adopté fin octobre, s'élève à 2,1 milliards d'euros, dont près de 75% seront issus de recettes privées.

En Savoie, un premier inventaire a déjà été mené sur les axes routiers en vue des Jeux d'hiver. "On parle de dizaines de kilomètres", notamment sur les axes entre Moutiers et Courchevel et entre Saint-Maurice et Val-d'Isère.

Le président du conseil départemental de Savoie, Hervé Gaymard, rappelait dans son courrier que son territoire avait déjà investi 11 millions dans la mise aux normes et le fonctionnement du tremplin de saut du Praz à Courchevel et la piste de bobsleigh de La Plagne. Des équipements qui avaient séduit le CIO au moment de désigner les Alpes.

En 1992, les épreuves s'étaient déroulées dans une dizaine de sites de Savoie : Albertville et neuf stations. Le mille-feuilles est désormais plus complexe.

Entre Le Grand-Bornand et Nice, il faut compter 6 heures de route et plus de 500 km. "L'éclatement des sites conduit à s'interroger, car il accroît mécaniquement les impacts sur les territoires et les déplacements", commentait la députée socialiste Valérie Rossi en commission. Cela permet surtout "d'éviter de développer des infrastructures disproportionnées pour quinze jours de compétition", répond Cédric Vial, sénateur Les Républicains de Savoie.

Une délégation du CIO a récemment visité plusieurs sites de Savoie et de Haute-Savoie, et les autres territoires vont suivre.

Le hockey sur glace : Lyon comme plan B ?

Alors que l'annonce définitive des sites des JO d'hiver de 2030 aura lieu le 23 juin, la LDLC Arena dans la banlieue Est de Lyon, fait figure de plan B pour accueillir les épreuves de hockey sur glace.

Les matchs, féminins et masculins, sont pour le moment prévus dans une patinoire temporaire dans l'Allianz Riviera mais ce plan initial rencontre un frein: le coût.

D’ici le 23 juin et l’annonce définitive des sites des JO de 2030, les discussions se multiplient pour savoir où se dérouleront les épreuves. Si le principe du partage des médailles et des épreuves entre les Alpes du nord et celles du sud et les quatre pôles de compétition (Savoie, Haute-Savoie, Alpes Maritimes et Hautes-Alpes) avec 95% des équipements préexistants reste la base, à l’intérieur, des jeux de chaises musicales par rapport à la carte initiale ne sont pas à exclure, tout comme des bras de fer divers et variés.

L’idée de réintégrer Val d’Isère au programme du ski alpin semble par exemple en bonne voie, quand l’hypothèse d’un plan B à Lyon pour le hockey sur glace s'invite dans les discussions …

C’est pour le moment une bataille de chiffres, dans un contexte général où il faut faire des économies. Le pôle "sports de glace" peut en être un avec le projet d’une patinoire temporaire pour les matchs de hockey sur glace femmes et hommes installée… dans le stade de l’OGC Nice, l’Allianz Riviera.

Différentes formules (notamment techniques) sont ainsi travaillées pour permettre la tenue de 75 matchs, notamment la création de deux surfaces à l’intérieur de l’enceinte, avec chacune une jauge à 17.000 spectateurs, l’une des demandes de la fédération internationale de glace.

Le hockey à l'Allianz Riviera, un coût rédhibitoire?

"Un dossier bien argumenté et détaillé, si tous étaient ainsi, ce serait simple", résume une source proche du dossier alors que des observateurs avisés soulignent un autre avantage à ce positionnement: "La French Riviera, cela a de la 'gueule' à l’international, pour le continent nord-américain qui raffole, d’abord, des sports de glace, avant la vision plus 'européenne' des JO, qui se concentre sur les disciplines de neige."

C'est le projet initial, qui tient toujours la corde. Mais... Problème: le coût!

Les premières tendances le chiffrent à plusieurs (dizaines de) millions d’euros. "C'est n'importe quoi, ils disent tous n'importe quoi", balaye-t-on dans le Sud à propos de ces estimations.

Sans compter qu’il faudrait que le club de foot, privé de pelouse, aille jouer à… Monaco, un "certain temps". Là-aussi, s’il ne s’agirait que de deux rencontres sur la période des JO - février 2030 -, il n’est pas certain à cette heure que les délais d’emprise de l’Allianz Riviera soit bien cadrés: entre la période d’installation des patinoires et du décorum olympique, certaines sources évoquent une "privatisation JO" de décembre à fin février, car il faudra aussi… déconstruire !

Autre problème, il faut garantir le froid dans le stade à une période de l’année certes hivernale, mais où le thermomètre peut afficher une température à deux chiffres. En terme technique, le pari est-il tenable?

Sous-entendu, alors que la promesse est une compétition protectrice de l’environnement, est-il recevable par les opinions publiques?

D’où un plan B qui apparaît: installer le hockey sur glace dans la salle multifonctions, qui jouxte le Groupama Stadium à Décines, dans la banlieue est de Lyon. La solution coche de nombreuses cases: la transformation de la salle en version hockey coûterait "largement moins de 10 millions d'euros" avec tous les autres frais, dont la location.

Une différence de coûts énorme entre le plan initial de Nice et Lyon donc, en faveur de celle qui se nomme la "LDLC Arena" et qui va en plus accueillir du 12 au 28 mai 2028 les Championnats du monde de… hockey sur glace (avec Paris), et aura donc déjà essuyé les plâtres d’une telle organisation.

L'enceinte pourra même procéder au "test event" obligatoire en 2029 de façon sereine, dans une salle voulue et créée, entre 2020 et 2023, par Jean-Michel Aulas quand il était président de l’OL et rachetée par… Jean-Michel Aulas en 2024, quand John Textor s’en est séparée.

Une rencontre a récemment eu lieu à OL Vallée, entre les dirigeants d’Hollnest (la family office animée par Jean-Michel Aulas et son fils, Alexandre) pour en évoquer la possibilité avec visite de la salle, qui accueille des concerts mais aussi quelques matches de l’ASVEL et récemment l’équipe de France de handball.

Un partage entre les deux villes est-il jouable? "Il y a longtemps que je n'écoute pas les rumeurs" balaye Renaud Muselier le patron de la région Sud qui prévient: "On ne touchera pas aux équilibres".

Les défis budgétaires et environnementaux

Il faudra attendre l'automne pour connaître le budget ou plutôt savoir comment le COJOP va réussir à faire tenir tous ces projets dans l'enveloppe prévue de 2 Mds €.

À cinq ans de l’échéance, pour ces JO d’hiver et comme le confiait récemment un élu à l’AFP sous couvert d’anonymat, « rien ne semble simple » dans la structuration d’Alpes 2030.

Toutefois, au sein du club des cinq qui supervise l’organisation - composé des régions PACA et AURA, de l’État, du CNOSF et du CPSF - certains membres souhaitaient échanger directement avec Cyril Linette avant de valider sa nomination, comme l’a expliqué Renaud Muselier à l’AFP. D’après une source gouvernementale, « son arrivée devrait débloquer pas mal de choses, notamment le recrutement du reste de l’organigramme ».

Cet événement symbolique marque aussi le point de départ des chantiers de construction et de rénovation confiés à la Solidéo, qui bénéficie d’un budget d’un milliard d’euros.

« Les douze prochains mois vont être déterminants car les aléas dans un tel projet sont très grands au début, quand il s’agit de procédures et d’études.

Deux villages olympiques - l’un à Nice, l’autre à Briançon, au Fort des Têtes - ainsi qu’une patinoire, probablement à Nice, figurent parmi les projets portés par la Solidéo.

« Tous les projets dépendent évidemment de la carte des sites qui est en train d’être établie », a indiqué une source gouvernementale à l’AFP.

Le dossier des patinoires reste également flou.

Le prochain gros chantier concerne la patinoire prévue à Nice, le seul équipement construit pour ces JO 2030, pour un coût estimé autour de 138 millions d'euros. Ce qui fait débat au niveau politique. Le projet prévoit également d'aménager et d'utiliser l'Allianz Riviera, un stade utilisé par l'OGC Nice, qu'il faudra indemniser.

Edgar Grospiron, présent lors des "Chrono d’Or" organisés par la Fédération Française de ski mercredi l’a bien répété: "Ces Jeux seront bons pour l’environnement et joueront un rôle pour accélérer et catalyser les choses dans les montagnes."

Mantra répété également par Renaud Muselier dès les premiers pas de la candidature française lancée à la base en 2022 par le président de la région Sud.

« Mon objectif, c'est de faire des Jeux spectaculaires, dans le respect de la contrainte budgetaire et en batissant un heritage durable » explique Edgar Grospiron dans le communiqué.

Il faudra attendre l'automne pour connaître le budget ou plutôt savoir comment le COJOP va réussir à faire tenir tous ces projets dans l'enveloppe prévue de 2 Mds €.

Les Alpes françaises ont été officiellement choisies en juillet 2024, quelques mois après l'ouverture d'un "dialogue ciblé" avec le CIO.

Dissolution de l'Assemblée nationale oblige, l'Etat n'avait pu apporter sa garantie financière qu'à l'automne, avec un document signé par Michel Barnier, alors Premier ministre.

Libéré de Matignon, le Savoyard a mis le projet sur les rails jusqu'à la nomination d'Edgar Grospiron à la tête du comité organisateur en février.

Martin Fourcade, d'abord pressenti pour devenir le "Tony Estanguet des montagnes", venait alors de déclarer forfait.

Le comité d'organisation a ensuite posé ses valises au Groupama Stadium, à Décines (Rhône), près de Lyon.

"La capitale des Alpes, c'est Grenoble. Ce n'est pas Lyon", tonne alors Jean-Michel Losa, président du comité olympique isérois, sur ICI Isère.

Le Cojop a enregistré récemment la démission de sa directrice des opérations, Anne Murac, en charge du dossier après une expérience concluante pour Paris 2024. Ce départ révèle-t-il des tensions entre "Parisiens" et "Alpins" ? "L'approche est peut-être différente mais je n'observe pas de vague de démissions", rétorque le sénateur savoyard Cédric Vial, contacté par franceinfo. Ce départ a tout de même été qualifié de "petit coup d'arrêt" par Cyril Linette, numéro deux du comité d'organisation, qui a rappelé en audition parlementaire que ce poste était "fondamental". Le nom du successeur d'Anne Murac n'a pas encore été dévoilé.

Les JO de Milan-Cortina, prévus du 6 au 22 février, devraient offrir un répit médiatique au comité d'organisation. Et à ce stade, le projet alpin a toujours évité le hors-piste. Les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2030 lancent officiellement leur compte à rebours après la cérémonie de cloture des JO 2026 dimanche 22 février.

Les Alpes françaises doivent accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver dans cinq ans, mais tout reste à faire pour réitérer le succès estival de Paris 2024.

Voici un aperçu des sites de compétition envisagés :

PôleSportsSites
Haute-SavoieSki de fond, BiathlonLe Grand Bornand, La Clusaz
BriançonnaisSki freestyle, SnowboardSerre Chevalier, Montgenèvre
SavoieSaut à ski, Combiné nordique, Ski alpinCourchevel, Val-d'Isère, La Plagne
Alpes MaritimesSports de glaceNice

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