Histoire du hockey sur glace en Italie

Le hockey sur glace en Italie a une histoire riche et complexe, marquée par des moments de gloire, des défis et une passion indéfectible. Son implantation initiale dans les Alpes italiennes, plus précisément à Cortina d'Ampezzo, a jeté les bases de son développement ultérieur.

Les débuts à Cortina d'Ampezzo et Bolzano

Dans les Alpes italiennes, le hockey sur glace s'implante d'abord à Cortina d'Ampezzo. Cette station, devenue - comme Bolzano - italienne après la Première Guerre Mondiale est un exemple touristique qui fait des émules.

Le vendredi 9 janvier 1927, le club de patinage et de hockey "Bolzano-Renon" est créé sous l'initiative du Dr Piccinini, et il pratique le hockey sur glace le dimanche suivant sur le lac de Costalovara, le premier à geler en hiver, sur le plateau de Renon.

Dès l'hiver 1927/28, il est question d'aménager une patinoire à Bolzano même. En janvier 1933, la capitale provinciale se dote d'une piste au Campiglio, un endroit à l'écart de la ville que le soleil n'éclaire pas durant la saison hivernale. Une vieille buanderie est reconvertie en vestiaire, bien qu'on ne puisse y faire entrer que trois joueurs à la fois.

La naissance du Hockey Club Bolzano

Une scission se produit alors entre le SC Renon, qui poursuit son histoire propre, et le nouveau Hockey Club Bolzano. Le gardien Magreiter, les défenseurs Mech et Hager, l'attaquant Ernst Ebner, les frères Menestrina (Guido et Siegfried) et Lux (Robert et Hans, d'origine tchèque et plus précisément morave) sont les pionniers de la fondation du Hockey Club de Bolzano. Au HCB, ces premiers joueurs seront bientôt, rejoints par Arthur Pernstich (alias "Bärele"). Un entraîneur autrichien est recruté, Ulrich Lederer.

Le premier match contre Milan attire deux mille spectateurs, et tourne évidemment à la leçon (0-6). Le hockey italien est en effet toujours outrageusement dominé par les équipes de Milan, unique ville à disposer d'une patinoire artificielle, et ce depuis déjà une décennie.

L'après-guerre et les défis du HCB

Lorsque le hockey reprend après la guerre en 1945, et l'écart entre les équipes milanaises et les autres s'est réduit. Les clubs sont encore en réorganisation, et Bolzano, qui n'a pas encore trouvé son autonomie organisationnelle, est une simple section au sein d'une association omnisports du Haut-Adige, concourant pendant deux ans sous le surnom de "Diavoli Azzurri" avant de reprendre son indépendance.

Le principal frein à la progression du HCB est le problème du terrain de jeu. Le club quitte le Campiglio et se rapproche du centre ville en s'installant un temps Via Vintola, puis en 1949/50 Via Marconi, sur la première glace équipée des balustrades devenues obligatoires, qui durera peu longtemps car on construit des hébergements pour les militaires à la place. Ces surfaces ne pouvant être gelées qu'une vingtaine de jours dans l'année, on part jouer aux Piani, zone réputée pour son froid sibérien.

C'est en effet le 7 novembre 1953 que le grand jour tant attendu arrive : sur la Via Roma, dans le pavillon numéro 1 de la foire aux expositions de la ville, on ouvre le Palazzo del Ghiaccio, qui deviendra l'antre du HC Bolzano pendant quarante ans de bons et loyaux services. Le match d'inauguration contre le HC Milan-Inter est remporté 8-5, preuve des nouvelles ambitions du club, qui terminera deuxième du championnat, justement derrière l'Inter.

Les Milanais n'ont plus l'exclusivité des Italo-Canadiens, et Bolzano commence à son tour à en user... En 1954/55, ils sont huit Canadiens dans l'effectif !

L'ascension et les premiers titres

Alors que le centre de gravité du hockey italien se déplace de Milan à Cortina d'Ampezzo, ville qui profite de la nouvelle patinoire construite pour les Jeux Olympiques de 1956, la fédération introduit une limite de deux étrangers dont un Italo-Canadien.

L'équipe prend forme peu à peu avec l'arrivée de trois Italo-Canadiens tous originaires de Sault-Sainte-Marie dans l'Ontario : l'attaquant international Alfredo Coletti, ancien de l'Inter, est rejoint par le défenseur Carlo Longarini, surnommé "Charlie" et vainqueur en 1960 de la Coupe Memorial (le championnat canadien junior), puis par le charismatique entraîneur-joueur Carmine Tucci, défenseur à la bonne vision du jeu qui insuffle à l'équipe la philosophie du hockey canadien.

Bolzano réalise une saison 1962/63 exceptionnelle, remportant les tournois amicaux (Rondo et Pavoni) et la Coupe des Alpes, compétition qui l'oppose aux équipes autrichiennes et à Davos. Mais en championnat, on a le droit à un seul étranger, et c'est donc Coletti qui joue le plus souvent, pendant que Tucci crie ses encouragements depuis le banc.

Le match-clé se joue à Milan, devant 3000 spectateurs dont 500 supporters de Bolzano qui ont fait le déplacement. Le HCB tient le match nul 5-5 avec trois buts de Colotti (dont l'égalisation décisive sur passe de Robert Psenner), un de "Sigo" Schlemmer et un de Heini Bacher. Ce triomphe de l'équipe première du capitaine Guiliano Frigo est complété par le succès national des juniors. Cependant, le club a aussi abandonné la formation.

Dans le même temps, un club germanophone s'est créé, la Südtiroler Sportverein (SSV). Un des pionniers du hockey dans la ville, Ernst Ebner, y a commencé par entraîner des jeunes, et peu à peu, il a conduit le club jusqu'en série A.

La fusion des deux clubs n'est pas simple, car leur existence parallèle recouvre aussi une frontière linguistique qui déchire la province du Haut-Adige. Dans ces années 60, le mouvement autonomiste du Südtirol est fort et parfois violent, et Bolzano, capitale régionale "italianisée" avec ses administrations, est le théâtre de ces crispations.

L'influence tchécoslovaque et le renouveau

Avec les entraîneurs Alois Cetkovskí (champion d'Europe 1933) puis Bohuslav Rejda, Bolzano subit l'influence de l'école tchécoslovaque à partir de 1967. L'adaptation n'est pas des plus aisées pour une équipe habituée au style canadien, mais le public est enthousiasmé par les qualités techniques des renforts Ivo Kalina, Jirí Dolana et Jaroslav Pavlu.

Finalement, c'est en combinant les avantages des deux écoles que Bolzano renoue avec le succès. Meilleure techniquement, l'équipe redécouvre l'initiative individuelle sous la conduite de Gino Camin. Il s'appuie sur Gérard Morin, attaquant canadien venu des Diavoli de Milan qui sert de co-entraaîneur.

L'ère Johansson et les titres des années 70

À la fin des années 70, Bolzano connaît sa première période faste sous la direction de l'entraîneur suédois Gösta Johansson, qui apprend à concilier les intérêts des deux communautés linguistiques dans un but commun. Le HCB s'approprie le titre trois années durant, de 1976/77 à 1978/79.

L'équipe s'appuie sur de jeunes joueurs du cru et peut compter sur la vitesse des deux grandes vedettes yougsolaves (slovènes), Rudi et Gorazd Hiti. Le titre le plus mémorable est cependant celui de 1977/78, en tout cas pour le président du club depuis 1970, Ander Amonn, qui a vécu cette saison en partie depuis une geôle forcée.

Parmi les joueurs marquants de cette époque, le rugueux défenseur moustachu Gino Pasqualotto, surnommé "Crazy Horse", et surtout le toujours présent Jaroslav Pavlu.

L'arrivée de Ron Chipperfield et les nouveaux succès

Le vétéran tchèque devient ensuite entraîneur et, pour le remplacer, Bolzano recrute l'ancien capitaine des Edmonton Oilers, le "Magnificent Seven" Ron Chipperfield. Ce joueur techniquement fantastique amène trois nouveaux titres dans l'escarcelle du HCB, alors que se succèdent au poste de second étranger le puissant défenseur John Bellio et le fougeux gardien Jim Corsi. En 1984, Chipperfield doit mettre un terme à sa carrière en raison de problèmes de dos et devient l'entraîneur du club.

Mais ce dixième succès se fait attendre, et ce sont Merano et Varèse qui goûtent aux joies de la victoire durant les deux années suivantes. La délivrance arrive enfin en 1987/88, année au cours de laquelle Bolzano peut compter sur un vrai fuoriclasse, Kent Nilsson.

Le maître à jouer suédois, qui a plus de cinq cents matches de NHL au compteur, éclabousse de son talent le championnat italien. Son entente est parfaite avec Martin Pavlu, neuf fois vainqueur du "palet d'or" remis au meilleur marqueur italien. Avec 132 points en saison régulière, soit quarante de plus que ses poursuivants, Nilsson affole les compteurs, mais il a la politesse de ne pas battre le record établi cinq ans plus tôt par l'homme qui l'a recruté, Ron Chipperfield (136).

Plus que le départ du Suédois, ce sont les dissensions internes qui amènent Chipperfield à jeter l'éponge qui perturbent la saison de Bolzano.

L'ère Hiti et l'arrivée des stars

Déjà trois fois champion comme joueur, le recordman yougoslave des sélections Rudi Hiti le devient comme entraîneur en 1989/90. Il redonne discipline et sens tactique à une formation qui redevient un vrai groupe.

Le HCB peut compter en particulier sur le gardien italo-canadien Roberto Romano et sur trois joueurs qui formeront pendant une décennie la première ligne de l'équipe nationale italienne : au centre, Lucio Topatigh, sans doute le meilleur joueur jamais formé en Italie. Sur les ailes, deux "oriundi" venus du Canada, Gates (rebaptisé Gaetano) Orlando et Bruno Zarrillo. Mais la grande star de l'équipe s'appelle Mark Napier.

L'arrivée de joueurs de ce calibre est la conséquence de la course à l'armement déclenchée par l'arrivée du magnat des médias (et futur premier ministre) Silvio Berlusconi, qui, en plus du football où il est président du Milan AC, injecte des milliards de lires dans le rugby ou dans le hockey, chez les Devils de Milan, club qu'il visite une fois l'an dans son hélicoptère, le jour du titre national.

Et dire que, aprè le titre, Hiti avait déclaré: "Bolzano n'est pas une équipe comme les autres. Nous sommes vingt amis." Il avait conservé l'équipe inchangée, mais les adversaires s'étaient renforcés à tout crin.

Les années 90 : défis financiers et nouveaux talents

Signe avant-coureur, quelques heures seulement après la victoire de 1990, le groupe frigorifique de la vieille Messehalle avait rendu l'âme. La surenchère financière lancée par les Devils plombe tous les autres clubs et est fatale au Saima en 1991/92.

Relégué à la cinquième place, et surtout au bord de la faillite comme les autres, Bolzano décide faire des économies et de recruter à peu de frais. Il profite de la fracture du bloc de l'est pour accueillir deux joueurs venus du CSKA Moscou, Sergueï Vostrikov et Igor Maslennikov. Après le gardien canadien Mike Rosati, Bolzano a encore déniché un filon.

L'équipe est également parfaitement compétitive en Alpenliga, championnat transfrontalier créé deux ans auparavant et qui réunit des clubs italiens, autrichiens et slovènes. Bolzano remporte même cette compétition de très haut niveau en 1993/94.

La fin d'une époque et la reconstruction

Lorsque les Devils sombrent corps et biens après le retrait de Berlusconi, peu d'équipes en sortent indemnes, seuls Bolzano et Varèse parvenant à se maintenir au sommet. L'Alpenliga est alors élargie à un tournoi des six nations regroupant des formations françaises, danoises et néerlandaises. Bolzano profite de la grève des joueurs de NHL pour recruter à l'occasion des phases finales une star internationale : Jaromír Jágr.

L'arrêt Bosman et la libéralisation totale du nombre d'étrangers mise en place en DEL provoque le départ des principaux Italo-Canadiens, dont Mike Rosati (Mannheim) et Bruno Zarrillo (Cologne) vers l'Allemagne. Bolzano se renforce avec deux excellents défenseurs suédois, Tommy Sjödin et Peter Andersson, mais même la saison 1996/97, pourtant marquée par un quatorzième titre, ne restera pas dans les mémoires.

Milan disparaît de nouveau avant la saison 1997/98, et le hockey italien s'efforce de repartir sur des bases plus saines. La saison est ronronnante et l'équipe de Bolzano, surdimensionnée, n'a aucun mal à empocher un quinzème titre, avec un ex-international polonais comme entraîneur - Czeslaw Panek - et un duo Vostrikov-Maslennikov plus au-dessus du lot que jamais (les deux Russes sont restés alors que le club finlandais Lukko avait déjà annoncé leur venue).

Le gentleman-agreement à 4 étrangers tombe en rade quand Vipiteno se renforce pour les play-offs, mais le vilain petit canard est calmé en finale en quatre manches sèches par Bolzano, qui a également embauché des jokers, Kai Rautio et Stefan Figliuzzi. Le nombre d'étrangers est porté à dix pour la saison 1998/99 et les clubs achètent à tout va, souvent au-delà de leurs moyens. De son côté, Bolzano fait appel au capitaine de l'équipe nationale du Belarus, Aleksandr Andrievsky, et au Russe Oleg Belov.

Pourtant, le club se sent encore une fois obligé d'acquérir des renforts en cours de saison [...] À l'issue d'une finale marquée par quelques décisions contestées, Merano, comme en 1986, empêche Bolzano de remporter un cinquième titre à la suite.

Pour protester contre la surenchère financière, Les clubs du Haut-Adige, Merano et Bolzano en tête, se retirent du championnat et ne s'inscrivent qu'en série A2, où il n'est possible d'aligner qu'un seul étranger, en l'occurrence Mikhaïl Vassiliev pour le HCB. C'est la fin de l'élite, et Milan fuit vers le championnat français.

On assiste donc à une saison 1999/2000 à quinze clubs et à une victoire finale de Bolzano - le douzième titre pour Martin Pavlu ! - dans une compétiti...

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Tableau des titres du HC Bolzano

Saison Titre
1976/77 Championnat Italien
1977/78 Championnat Italien
1978/79 Championnat Italien
1987/88 Championnat Italien
1989/90 Championnat Italien
1993/94 Alpenliga
1996/97 Championnat Italien
1997/98 Championnat Italien
1999/2000 Série A2

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