Hockey sur Glace aux Jeux Olympiques d'Albertville 1992: Scandale et Performance

Les Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992 restent un épisode mémorable, notamment en raison du scandale qui a secoué l’équipe de France de hockey sur glace. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, se souvient de cet événement marquant, survenu il y a 30 ans.

En tant que journaliste pour le quotidien L’Equipe, Tristan Alric a assisté aux J.O. d’Albertville. L'équipe de France, composée des grandes vedettes du championnat de la Ligue Nationale, logeait dans la station de La Tania, située à mi-chemin entre Courchevel et Méribel. La seule exception fut le franco-canadien Steven Woodburn qui se blessa juste avant les J.O. et fut remplacé par Pascal Margerit.

C’est dans un climat d’incertitude totale et une grogne généralisée que l’équipe de France prépara le grand rendez-vous olympique de 1992. Le trouble important qui s’était installé dans l’esprit de nos internationaux se manifesta de façon visible dès le coup d’envoi du tournoi préolympique baptisé le « Palet d’or » qui fut organisé au mois d’août 1991 dans la station de Méribel. Les Tricolores, très inquiets pour leur avenir, mais aussi pour la survie du prochain championnat de France, menacèrent de faire grève !

Lors d’un match amical contre la Norvège organisé peu avant, ils refusèrent de participer à l’échauffement et ils débutèrent volontairement la rencontre avec cinq minutes de retard pour bien marquer les esprits. Cette ambiance délétère était très préjudiciable puisque le tournoi olympique de 1992 était organisé en France dans la station de Méribel et il devait servir justement à faire la promotion du hockey sur glace dans l’hexagone !

Malgré ces difficultés, les hockeyeurs français réussirent à faire peur au Canada, qui ne s’imposa que sur le score serré de 3-2. Ce match révéla le talent prometteur de Stéphane Barin, qui marqua les deux buts français. Lors du match suivant, l’équipe de France enthousiasma à nouveau les spectateurs en faisant trembler cette fois la Tchécoslovaquie qui s’imposa sur le score de 6-4. Puis ce fut l’euphorie avec une victoire retentissante contre la Suisse (4-3). La France gagna donc le droit de se mesurer à la redoutable équipe des Etats-Unis.

30ème anniversaire des J.O. d'Albertville et de la Savoie. Revivez les temps forts de l'événement

Le Quart de Finale Contre les États-Unis

Cette performance permit au hockey sur glace français d’obtenir une exposition médiatique sans précédent puisque ce quart de finale contre la sélection américaine fut retransmis en « prime time » sur la deuxième chaîne de télévision et fut regardé par plus de quatre millions de téléspectateurs qui assistèrent malheureusement à la défaite des Tricolores (4-1). L'équipe nationale jouait à la patinoire olympique de Méribel. Ce quart de finale contre le Canada constitue le record d'audience des JO en Allemagne, et l'image du tir au but de Peter Draisaitl, ralenti mais pas arrêté par le gardien Sean Burke, et qui s'arrête juste sur la ligne de but, restera gravée dans les mémoires. Et que dire des 5,2 millions de Français qui ont suivi les Bleus contre les Américains devant leur petit écran ?

L'adversaire était inattendu, car personne ne s'attendait à ce que les Américains terminent premiers de leur poule. Il s'agit en fait d'une belle revanche pour le coach Dave Peterson. Lorsque son équipe avait terminé septième du dernier tournoi olympique de Calgary, on pensait ne plus le revoir. Même le président du CIO, Juan Antonio Samaranch, l'avait critiqué pour avoir mal géré son équipe. Normalement, aux États-Unis, on ne pardonne pas une telle défaite.

Podium du hockey sur glace aux Jeux olympiques d'Albertville en 1992.

L'équipe de France a vécu son jour de gloire, et elle s'y est livrée comme jamais. Loin d'être ridicule, elle a fait jeu égal, elle a même largement dominé aux tirs, mais elle n'a pas concrétisé ses occasions. Que le hockey français soit passé si près d'une demi-finale olympique reste une incroyable anomalie. Et un incommensurable exploit qui n'est pas près de se reproduire...

La Révolte des Joueurs

En effet, profitant de l’énorme impact médiatique que permettait ce grand événement sportif, les vingt-trois sélectionnés français contactèrent les nombreux médias présents sur le site olympique. Après le « show », nos représentants soufflèrent le « froid » en faisant des déclarations très virulentes contre la Fédération française des sports de glace puisque le hockey était encore sous sa tutelle. Ce sont les deux co-capitaines, Christophe Ville et Antoine Richer qui montèrent au front.

Les oreilles de certains sifflèrent puisque Antoine Richer déclara sans ambages : « Nos dirigeants fédéraux sont totalement incompétents. Ils ont réussi l’exploit de saboter un sport aussi beau que le hockey. Désormais, on n’a plus rien à faire d’eux. On ne les écoute même plus ! ». Devant un parterre de journalistes médusés par cette fronde retentissante, Christophe Ville continua de son côté à tourner la crosse dans la plaie : « Notre capital confiance vis-à-vis de la Fédération est maintenant au niveau zéro. On ne les croit plus. C’est fini. Les états généraux qu’ils veulent organiser après les J.O., c’est de la poudre aux yeux ! C’est uniquement une manœuvre politique pour essayer de sauver leurs places lors des élections du mois de juin prochain.

Visiblement le point de non-retour était atteint puisque les Tricolores ajoutèrent dans un communiqué commun : « Que les membres du CNHG aient au moins la pudeur de ne pas récupérer notre succès à leur compte. Car ils n’y sont absolument pour rien. Bien au contraire ! ». Le silence « assourdissant » de Bernard Goy, le nouveau président de la FFSG, était pathétique lors de cette réunion complètement surréaliste.

L’onde de choc provoquée par le coup d’éclat spectaculaire des hockeyeurs tricolores fit réagir Frédérique Bredin qui était à l’époque la Ministre de la jeunesse et des sports. Elle prit l’initiative de s’entretenir immédiatement et à deux reprises directement avec les représentants des joueurs sur le site même des Jeux olympiques afin de comprendre les raisons de leur révolte et leur insubordination. Au grand dam des dirigeants fédéraux furieux d’être ainsi ridiculisés et cloués au pilori.

Intervention Politique et Conséquences

L’ancien ministre André Fosset déposa de son côté une question écrite au sénat à propos de la situation du hockey sur glace dans l’hexagone. Il me le fit savoir en me faisant parvenir une lettre au quotidien L’Equipe puisque j’étais le journaliste lors des J.O. d’Albertville (voir copie ci-dessus). C’était là encore un événement sans précédent.

Carte de France

Dans le journal officiel du 12 mars 1992, la question numérotée 20277 précisait : « M. André Fosset demande à Mme le ministre de la jeunesse et des sports, Frédérique Bredin, de lui préciser l’action ministérielle qu’elle envisage de développer à l’égard du hockey sur glace, discipline dans laquelle la France vient de s’illustrer aux Jeux olympiques. Il apparaît en effet, après les récents exploits de l’équipe de France, que l’avenir du hockey sur glace français n’est nullement assuré, compte tenu des conditions matérielles et morales dans lesquelles se trouvent placés les joueurs internationaux français, au lendemain de leurs exploits.

Frédérique Bredin répondit peu après dans l’hémicycle sénatorial du Palais du Luxembourg à Paris : « Malgré leur brillant parcours, les hockeyeurs français ont utilisé le contexte des J.O. pour faire part de leur inquiétude et le dossier est désormais sur la place publique. C’est pourquoi j’ai demandé un audit pour avoir une analyse critique de l’organisation de cette discipline avec des propositions.

Dans toute la presse française le « putsch » des hockeyeurs tricolores révéla donc au grand jour les conditions financières très précaires dans lesquelles ce sport évoluait malgré sa bonne prestation aux J.O. En fait, de nombreux clubs étaient en faillite. A commencer par Grenoble, le champion de France en titre, qui fut mis en liquidation judiciaire et rétrogradé en Division 1. Par ailleurs, il ne restait plus que quatre clubs dans la Ligue Nationale dont Reims bientôt placé sous tutelle administrative qui devra mettre en place un plan d'épuration de sa dette sur dix ans !

Les joueurs français, notamment les internationaux présents aux J.O. Un seul exemple, très médiatisé, résuma l’étendue du problème. C’est celui de l’attaquant numéro 2 tricolore Peter Almasy qui songea sérieusement à déclarer forfait pour ces Jeux olympiques avant de revenir sur sa décision car son salaire n’était plus payé par le club de Briançon depuis deux mois ! Ayant vivement protesté en ne se rendant pas à un déplacement à Rouen, le club des Hautes-Alpes prit ce prétexte pour le licencier sur le champ et il ne put donc disputer la fin du championnat de la Ligue Nationale.

Pendant les J.O. d’Albertville le journal L’Equipe consacra donc un grand article sur la situation ubuesque de Peter Almasy dont le titre était « Sous la glace, le sable ». Peter Almasy avait été licencié par le club de Briançon et il était donc chômeur lorsqu’il disputa les jeux d’Albertville !

Bras de Fer et Participation au Mondial

Inutile de dire que le président Bernard Goy ne digéra pas cette mutinerie collective en plein milieu des Jeux olympiques qui avait ridiculisé tous les dirigeants de sa fédération, et surtout lui en premier chef. Deux mois plus tard, il provoqua sciemment une nouvelle tension avec les « mutins » tricolores en annonçant, lors d’une émission de Radio France Savoie, qu’il envisageait, en représailles, de ne pas envoyer l’équipe de France au Mondial A de Prague !

Loin d’être intimidés par les propos menaçants de Bernard Goy, les Tricolores répliquèrent avec autant de virulence et confirmèrent à plusieurs reprises leur insoumission. Devant la levée de boucliers que provoqua le bras de fer engagé par Bernard Goy avec les Tricolores, le président de la FFSG fut désavoué par son ministère de tutelle et il renonça finalement à poursuivre l’épreuve de force.

Du coup, les hockeyeurs français participèrent comme prévu aux Championnats du monde du groupe A pour la première fois de leur histoire un mois plus tard à Prague.

Qualifications Olympiques Ultérieures

Concernant les Jeux olympiques d’hiver, après cet épisode très mouvementé, l’équipe de France de hockey sur glace retrouva enfin sa sérénité et elle parvint à se qualifier lors des trois tournois olympiques suivants : Lillehammer en 1994, Nagano en 1998 et Salt Lake City en 2002.

En effet, nos représentants ont échoué lors de cinq tournois de qualification olympique successifs organisés d’abord à Klagenfurt en Autriche (J.O. Turin 2006), puis à Oslo en Norvège (J.O. Vancouver 2010), ensuite à Riga en Lettonie (J.O. Sotchi 2014), de nouveau à Oslo en Norvège (J.O. Pyeongchang 2018) et enfin plus récemment de nouveau à Riga Lettonie (J.O.

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