Le 1er janvier marque non seulement le début d'une nouvelle année, mais aussi une ère nouvelle pour le hockey féminin avec le lancement de la Professional Women’s Hockey League (PWHL), ou LPHF au Québec. Cette ligue professionnelle tant attendue comble un vide cruel dans le monde du hockey féminin.

En Amérique du Nord, le hockey féminin a longtemps été synonyme de concurrence entre ligues. La PWHL a pour ambition d'offrir des conditions professionnelles que les joueuses méritent, avec des salaires décents et une structure novatrice.
La PHF, malgré des avancées notables, a été rachetée par BJK Enterprises, de Billie Jean King, et Mark Walter Group, ouvrant la voie à la PWHL. Mark Walter et Billie Jean King sont les figures clés de cette nouvelle ligue.
La ligue s'est lancée dans une course contre la montre, devant respecter une "to do list" bien difficile. La journaliste de Radio-Canada Christine Roger parlait à juste titre « d’un avion qui se construit en vol ».
Les enjeux et les défis de la PWHL
La PWHL a le mérite d’avoir tout fait pour lancer cette demi-saison qui, finalement, servira d’appât pour la première saison complète en 2024-2025, prévue à l’automne 2024, la vraie saison, celle qui sera le déclencheur.
Le plus important est évidemment l’aspect financier, le fait que les hockeyeuses puissent vivre de leur passion, sans avoir de boulot à côté, est primordial. Les salaires annuels s’étalent de 35 000, le montant minimum qui sera augmenté de 3% chaque année, à 80 000 dollars annuels voire plus, sachant que le transport et les repas sont pris en charge.
La Directrice générale de Montréal Danièle Sauvageau, malgré sa longue expérience, confiait à la Presse qu’elle était impressionnée par un tel niveau d’encadrement dans le hockey féminin.
La PWHL a d’emblée acquis une sécurité financière par la simple présence de Mark Walter, très investi dans le sport, dans son conseil d’administration.
En guise de cadeau de Noël, la PWHL a officialisé le 28 décembre un accord avec Air Canada, qui ne se contentera pas d’être la compagnie qui embarquera les six équipes, mais qui se chargera également de promouvoir la ligue et le hockey féminin, avec notamment une campagne « We All Fly » destiné aux jeunes hockeyeuses.
Les joueuses bénéficieront d’infrastructures optimales puisqu’elles évolueront dans des enceintes universitaires (Toronto, Boston), d’équipe junior (Ottawa), AHL (New York) et même NHL (Minnesota). Montréal jouera à l’Auditorium de Verdun avec une capacité de plus de 4000 places.
La PWHL avait rapidement fait savoir que certaines rencontres se disputeront sur « glace neutre », le Xcel Energy Center de St. Paul au Minnesota ne sera pas la seule arène NHL à devenir le théâtre de la ligue professionnelle féminine.
Les tickets se sont rapidement arrachés, particulièrement au Canada, Toronto écoulant rapidement son stock d’abonnements à la saison. Les trois équipes canadiennes ont finalement vendu tous leurs billets à domicile. À sa première, Ottawa établira, avec plus de 8000 spectateurs, un record pour un club féminin non universitaire (l’Université du Wisconsin détenant un record de 15 000 personnes en NCAA).
En matière de couverture médiatique, c’est également du jamais vu. La PWHL souhaitait voir ses 72 matchs retransmis, facilement accessibles à tous et visibles au plus grand nombre. C’est chose faite. Au Canada, où un vrai engouement a été créé, Sportsnet, TSN et CBC se partageront la retransmission, RDS et Radio Canada au Québec.
La PWHL a su créer une attente considérable, et elle est en train de capitaliser dessus. A défaut d’avoir les logos, et malgré le parcours du combattant dans un laps de temps très court, la PWHL propose un produit alléchant en offrant ce qui se fait de mieux au hockey féminin.
Les équipes et les joueuses
Six équipes, les « six originales », se présentent donc au départ en janvier, composées chacune de 23 joueuses ainsi que de trois réservistes qui pourront être appelées en cours de saison si nécessaire. Chaque équipe disputera 24 matchs lors de cette première (demi) saison.
New York et Toronto inaugurent cette première historique avec une confrontation le jour de l’An. Chaque équipe a pu au préalable bloquer trois joueuses avant le repêchage qui a eu lieu en septembre. La toute première draft s’est voulue équitable avec un tirage au sort. L’ordre a été le suivant : Minnesota, Toronto, Boston, New York, Ottawa et Montréal, l’ordre a été inversé le tour suivant.
Certaines équipes ont pris des risques, délaissé des stars pour des jeunes prometteuses. Les six équipes présentent un savant mélange de superstars canadiennes et américaines, de joueuses sorties de l’université et d’anciennes PHF. Une douzaine de nationalités sont recensées, dont évidemment le talent « made in Vercors » qui monopolisera l’attention en France.
Pour le lancement de cette ligue pro féminine tant attendue, une Française s’invite donc à la fête. A 24 ans et après cinq saisons NCAA, Chloé Aurard a été repêchée au 21e rang du repêchage, soit la troisième joueuse européenne après Alina Müller et Dominika Lásková.
Aurard a finalement atterri à New York, et non à Boston où se retrouve Müller, sa complice de la Northeastern University. Une probable déception pour la Tricolore de ne pas rester dans le Massachussets et dans une ville qu’elle adore, mais son classement dans le haut du panier de la draft PWHL l’exposait aux autres équipes.
Chloé Aurard ne sera pas la seule francophone de la bande puisque trois Québécoises garnissent l’attaque : Jade Downie-Landry, Alexandra Labelle et Élizabeth Giguère.
Quelques chiffres clés
LPHF : Frost du Minnesota c. Victoire de Montréal - Faits saillants (PWHL)
Voici un tableau récapitulatif des premiers records et moments marquants de la PWHL :
| Événement | Détails |
|---|---|
| Premier match | New York vs Toronto |
| Record d'affluence initial | Ottawa : 8318 spectateurs |
| Record d'affluence actuel | Toronto : 19 285 spectateurs |
| Premier tour du chapeau | Grace Zumwinkle (Minnesota) |
| But égalisateur tardif | Marie-Philip Poulin (Montréal) à 18 secondes de la fin |

Les matchs et les moments forts
Le moment est historique : Toronto accueille la première rencontre de cette ligue féminine professionnelle tant attendue. Mais les Canadiennes ne parviennent pas à tromper la vigilance de Corinne Schroeder, impériale avec 29 arrêts.
- Ottawa - Montréal 2-3 a.p. Ottawa réalise un record d'affluence pour un match d'une ligue professionnelle ou semi-professionnelle de hockey féminin avec 8318 spectateurs.
- 13 316 personnes assistent au premier match de Minnesota... nouveau record quatre jours après celui d'Ottawa ! Et l'attaquante Grace Zumwinkle fête cette première avec panache en inscrivant le premier tour du chapeau de l'histoire de la PWHL pour une victoire 3-0 sur Montréal.
- Montréal - Boston 2-3 a.p. L'équipe de Montréal est présentée lors de la première à domicile à l'Auditorium de Verdun. Dans une enceinte à guichets fermés avec une foule survoltée, la capitaine Marie-Philip Poulin peine à retenir son émotion.
- Ottawa se dirigeait vers une victoire convaincante contre New York en menant 3-0 jusqu'à cinq minutes de la fin. En l'espace de 99 secondes (!) Abby Roque, Jade Downie-Landry et Alex Carpenter égalisent à 3-3 !
- 21 105 personnes se rendent au Centre Bell, Montréal efface déjà le précédent record obtenu par Toronto d'affluence pour un match de hockey féminin. La fête est totale avec un public enthousiaste... si ce n'est que Toronto gâche la fête. Sarah Nurse, qui avait déjà marqué après seulement 40 secondes de jeu en seconde période, inscrit un deuxième but gagnant... après 13 secondes en prolongation.
La PWHL a adopté des règles calquées sur la NHL mais adaptées au hockey féminin. Les mises en échec ne sont pas autorisées malgré le fait qu’elles soient en vigueur dans les championnats féminins en Suède avec une expérimentation réussie.
Les succès des joueuses françaises et québécoises, l'engouement du public, et les records d'affluence témoignent de l'impact positif de la PWHL. La ligue promet un avenir brillant pour le hockey féminin, avec Montréal en son cœur.