Histoire du Hockey à Amiens: Des Écureuils aux Gothiques

L'histoire du hockey sur glace à Amiens est une saga de passion, de résilience et de succès, ancrée dans le cœur de la Picardie. Fondé en 1967, le club a traversé plusieurs identités avant de s'imposer sous son nom emblématique : les Gothiques d'Amiens, un véritable pilier du hockey sur glace français qui incarne l'âme sportive et populaire de la région.

Les sports de glace ont fait leur apparition à Amiens en 1967, avec l'inauguration de la patinoire Pierre de Coubertin. C'est autour du premier président, Jack Renel, et d'autres hommes de bonne volonté, qu'est créée la section sports de glace de l'Amiens Sporting Club à l'automne 1967. Sans autre expérience que celle de quelques passionnés, la ville picarde allait découvrir le hockey au sein de l'ASC.

Bien que le hockey sur glace soit apparu à cette date, ce n’est que deux ans plus tard qu’Amiens participe à son premier championnat de France. L’apprentissage qui suivit fut très dur.

Les deux premières saisons furent consacrées à la découverte du patinage, des rudiments de maniement de la crosse et du palet. Les dirigeants du club avaient décidé de consacrer tous les efforts à la formation de jeunes. Pas d'équipe senior donc, sauf un noyau de quelques "accros" qui "mangeaient" de la glace lorsqu'on voulait bien la leur laisser.

L'année suivante, la FFSG créait un championnat poussin, pour les enfants de 10 et 11 ans. Dans l'indifférence totale, une équipe était constituée, sous la direction de François Désérable.

L’équipe amiénoise a fait ses débuts en championnat, en 1969, par le niveau le plus bas, la Nationale C (troisième division nationale). Après cinq années à ce niveau, l’équipe Sénior termine seconde de son championnat. Cette place lui octroie la possibilité d’évoluer la saison suivante à l’échelon supérieur, la Nationale B.

À la stupeur générale, en mars 1972, l'équipe poussin devenait championne de France en battant Megève. On ne savait pas alors qu'elle allait être le ferment du développement d'Amiens.

L’année 1975 coïncide avec l’arrivée d’un canadien ne parlant pas un mot de français, Dave Henderson. La formation reste toujours le maître mot du club.

Les juniors se distinguent en devenant champions de France en 1980, le premier titre junior du club. L’A.S.C. va donc pouvoir bénéficier de ses efforts formateurs.

Après quelques années d’existence, le club amiénois commence à intégrer des jeunes joueurs formés à Amiens dont un certain Antoine Richer qui, au fil du temps, a été sacré champion de France dans presque toutes les catégories mineures.

L’apport des jeunes va permettre au club d’avoir une équipe plus complète. Les résultats s’en ressentent et Amiens accède à l’Elite en 1982. Toujours sous l’influence canadienne, Amiens tente de rivaliser avec les clubs phares des Alpes. Mais une de fois de plus, l’apprentissage demande du temps.

Pourtant, les Amiénois vont faire preuve d’opportunisme et en 1986, quatre ans seulement après leur montée, Amiens obtient un inattendu podium en terminant 3ème du championnat de France.

D’abord amateur, le club a pris un virage décisif dans les années 1980 en accédant à l’élite du hockey français dès 1982, un palier qu’il n’a jamais quitté depuis.

Mais le club picard subit ensuite une tourmente qui le conduit tout droit vers un dépôt de bilan en 1990. Il faut tout reconstruire…

Au cours de la saison 1990-1991, le club d’Amiens était en effet en plein naufrage financier. A tel point que les joueurs n’étaient plus payés et l’URSSAF imposa un redressement fiscal. Du coup, le déficit du club avoisina les 300 000 euros actuels.

Dans un premier temps, le hockey sur glace amiénois fut condamné à être jeté « comme le bébé avec l’eau du bain » puisque le grand club omnisports de Picardie qui l’hébergeait fut mis en liquidation judiciaire le 28 décembre 1990. Théoriquement, toutes ses sections sportives parmi lesquelles se trouvait donc le club de hockey devaient disparaître totalement.

Mais, comme par un coup de baguette magique, grâce à une aide financière exceptionnelle octroyée conjointement par la ville d’Amiens et par le Conseil Général, ainsi que le soutien d’un nouveau sponsor (l’entreprise de construction Quillery), le club de la Somme allait renaître immédiatement de ses cendres en devenant un club totalement autonome qui prit désormais le nom de Hockey Club Amiens Somme (HCAS).

La Transformation en Gothiques

Pour tirer un trait définitif sur le passé et se débarrasser des dettes, on débaptisa donc les « Ecureuils » qui devinrent subitement les « Gothiques » ! Ce nouveau nom original fut l’idée d’une agence de publicité qui prit comme référence le style architectural de la célèbre cathédrale de la ville de Picardie.

Il est à noter par ailleurs, que le club amiénois ne s’est pas toujours fait appelé « Les Gothiques ». Ce nom est apparu en 1990 après ce dépôt de bilan.

Cette transformation radicale permit ainsi au président Jean-Marie Quintard de rester à son poste avec l’ensemble de son équipe. Le nouveau club se débarrassa donc à moindre frais et avec soulagement d’un très lourd fardeau financier et put se faire ainsi une nouvelle virginité…

Son tour de passe-passe fut d’autant plus adroit que la FFSG, qui n’était pas très regardante et savait adapter de manière très cavalière le règlement, accepta sans sourciller le moins du monde que les nouveaux « Gothiques » prennent immédiatement la place des « Ecureuils » dans le championnat de France !

Cette entourloupe spectaculaire eut lieu dès le 5 janvier 1991 à l’occasion d’un match de championnat élite contre Bordeaux. Pour l’anecdote, l’ancien entraîneur national, le canadien naturalisé Dave Henderson, qui devait trouver les mœurs du hockey français parfois surprenants, profita de la fin de cette saison très particulière pour mettre un terme définitif à sa carrière de joueur le 18 avril 1991, à l’âge de quarante ans, après avoir disputé un ultime match de play-off à Grenoble.

Un peu plus tard, Dave Henderson déclara : « J’aurais bien voulu continuer à jouer mais mon corps ne suivait plus. A un moment, il faut être lucide et savoir s’arrêter. Je ne risque pas d’oublier la date de mon arrêt car le chiffre de cette fameuse année est gravé au dos d’une montre que le club m’a offert à cette occasion.

Fort d’une formation reconnue et d’une identité profondément enracinée dans la ville d’Amiens, les Gothiques ont su conjuguer excellence sportive et passion ardente.Au fil des décennies, le club a accueilli de grandes figures du hockey, contribuant ainsi à l’essor de la discipline en France.

Il faudra attendre 7 ans pour voir le club picard participer à nouveau à une finale, dans sa nouvelle enceinte, le Coliseum, inauguré un an auparavant. Après une longue ascension vers les sommets avec trois finales consécutives, le titre suprême est obtenu en 1999. Amiens décroche ainsi le titre tant attendu.

Mais une fois de plus, ce succès ne se fait pas sans mal. Un nouveau dépôt de bilan affecte le club picard. Un nouveau départ se fait sentir, vers un second titre qui sera obtenu cinq ans plus tard, en 2004, avec une équipe quasiment 100% française.

En avril 2004, les Gothiques d'Amiens remportent face aux Brûleurs de Loups de Grenoble la finale du Super 16 de hockey sur glace et conquièrent, par là même occasion, le titre de champion de France. Ils peuvent ainsi brandir pour la seconde fois, après le sacre de 1999, la Coupe Magnus, trophée qui doit son nom à Louis Magnus, président fondateur de la Fédération Française des Sports d'Hiver et de la Ligue Internationale de Hockey sur Glace en 1908.

Cet engouement pour les performances des Gothiques montre que le hockey sur glace, sport longtemps lié à l'espace montagnard en France, a conquis ses lettres de noblesse dans les villes de "plaine", dont la cité de Jules Verne.

Car cette pratique d'origine canadienne, après avoir été l'apanage des élites parisiennes au tournant des années 1900, se diffuse au cours des décennies suivantes dans les villes alpines (Chamonix, Villars-de-Lans, Megève, Briançon, Gap), notamment parce que celles-ci disposent de patinoires extérieures.

Une bascule se produit néanmoins dans les années 1980 avec l'émergence de clubs de haut niveau dans les villes de "plaine". Le Hockey-Club d'Amiens (les Ecureuils), fondé en 1967, rejoint ainsi l'élite française dès 1982. Cette situation résulte à la fois d'un engouement en France pour le hockey sur glace (lié notamment à sa médiatisation lors des Jeux Olympiques d'hiver) et de la construction de patinoires couvertes dans les grandes agglomérations.

Les villes de "plaine" occupent rapidement le devant de la scène : elles constituent la majorité des clubs de l'élite et remportent à partir de 1989 l'ensemble des titres nationaux mis en jeu. Les Ecureuils d'Amiens font alors partie des équipes les plus en vue avec les Français Volants de Paris, les Brûleurs de Loups de Grenoble et les Dragons de Rouen.

Ces clubs développent, a contrario de ceux de l'arc alpin, une véritable politique de professionnalisation (rémunération contractualisée des joueurs, rationalisation de la gestion sportive) afin de répondre aux contraintes du sport de haut-niveau et de sa spectacularisation.

La liquidation de l'Amiens Sporting Club lors de la saison 1990-1991, dont les Ecureuils sont une section, n'entame pas la marche en avant du hockey sur glace amiénois.

Les Gothiques du Hockey-Club Amiens Somme nouvellement créé vont se hisser à plusieurs reprises sur le podium des championnats de France, résultat d'une politique alliant recrutement des meilleurs hockeyeurs nationaux et internationaux et formation de jeunes joueurs (à l'instar de l'Amiénois Antoine Richer, capitaine de l'équipe de France dans les années 1990 et entraîneur des Gothiques lors du sacre de 2004).

Aujourd’hui, Amiens tente de renouer avec le succès après un léger passage à vide. La formation est toujours aussi présente avec une équipe minime championne de France en titre et une équipe de Cadet vice-championne en titre après une triple couronne.

Les moments forts - 1/4 de finale - Match V

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