Petit à petit, le football féminin commence à connaître ses heures de gloire. Plus démocratisé et médiatisé, le sport s'est aujourd'hui imposé face à son pendant masculin. Aujourd'hui, malgré des années de lutte, de nombreuses inégalités persistent. Pourtant, son histoire n’est pas linéaire et varie selon les pays.

Tout comme le football masculin, la pratique du ballon rond est aussi née en Angleterre pour les femmes. Le 9 mai 1881, un premier match de football féminin oppose deux équipes féminines. Malheureusement, la presse de l'époque se contentera de discuter les tenues et le physique des athlètes sans commenter leurs talents sportifs.
Les Débuts du Football Féminin en France
Le football féminin apparaît en France en région parisienne aux alentours de la Grande Guerre. Si le premier club, le Fémina Sport, est fondé en 1912 par deux enseignantes d’éducation physique, c’est au cours de la Première Guerre mondiale que les femmes se défoulent, à la débauche de l’usine, avec un ballon de cuir. En 1917 a lieu la première rencontre féminine sur le sol français entre deux équipes du Fémina Sport. Un an plus tard est organisée une première compétition féminine par quatre formations parisiennes et en 1919, une équipe de France est constituée. Elle se rend en Angleterre pour disputer des matchs devant 12 000 supporters.
En 1919, la Fédération Française de Football (FFF) voit le jour. Elle refuse cependant l'entrée des femmes dans la pratique du sport. Pour contrer cette idéologie, la Fédération des sociétés féminines sportives de France crée le Championnat de France de football féminin. Une équipe de France est donc constituée la même année. Elle partira jouer contre l'Angleterre en 1920, à Manchester, lors d'un match réunissant plus de 12000 spectateurs.

Les équipes féminines se multiplient sur le territoire national après-guerre, de sorte qu’un véritable championnat de France existe dès 1921. Toutefois, la vivacité du football féminin français est surtout parisienne, avec 18 équipes en 1923. Lorsque la Fédération des sociétés sportives féminines de France, qui organisait le championnat, raye le football - accusé de détourner les femmes de sports appropriés pour elles - de la liste de ses activités, une Ligue de Paris est créée pour prendre la relève.
La Reconnaissance Officielle et le Développement Progressif
On assiste à un retour, après une ellipse de trente ans, du football féminin en France dans les années 60. Les historien-nes citent des rencontres sportives à Reims en 1968 et dans l’un ou l’autre village alsacien (Gerstheim ou Schwindratzheim selon les sources) en 1967. Ces matchs ont lieu dans le cadre de tournois masculins ou de fêtes de club, et ont donc une forte dimension folklorique, en tant qu’animations amusantes de la journée.
Après des années de pratique clandestine, le 29 mars 1970, la Fédération française de Football reconnait enfin l’existence du football féminin de manière officielle. La semaine dernière, l’Équipe titrait un article « 10 choses à savoir sur le football féminin français qui fête son cinquantenaire ». Le 29 mars 1970, en effet, la Fédération française de Football reconnaissait enfin officiellement l’existence du football féminin.
Plus ou moins à la même période, le sport est également mis en avant par les fédérations anglaises, allemandes et italiennes. En 1982, l’UEFA organise la première Coupe d’Europe et c'est en 1991 que la première Coupe du Monde de football féminin se dispute. En 1996, le football féminin fait sa grande entrée dans la liste des disciplines olympiques. Le sport et la pratique sont enfin reconnues à leur juste titre.
C’est dans ce contexte de résurgence de la pratique féminine et de développement à l’international des compétitions que la FFF reconnaît officiellement le football féminin en 1970. Elle compte alors 2000 licenciées. En 1971, les Bleues remportent leur premier match officiel 4-0 contre les Pays-Bas.
Le football féminin s’installe progressivement dans les fédérations dans les années 80, quand les sections féminines existent. Le championnat se structure et la première division apparaît en 1991. S’ouvre alors une période de lutte pour la professionnalisation et la médiatisation des compétitions.
Professionnalisation et Médiatisation
C’est alors que, sous l’impulsion d’Aimé Jacquet, la FFF met en place un plan de développement du football féminin français et que le centre de formation de Clairefontaine est fondé. Louis Nicollin, à Montpellier, est le premier dirigeant de club à miser sur la professionnalisation féminine, à la même période. Il est suivi par Jean-Michel Aulas pour l’Olympique Lyonnais, qui intègre une équipe féminine autonome, le FC Lyon dans son club.
Cette professionnalisation concerne d’abord la préparation physique de haut niveau des joueuses. Par ailleurs, pour pouvoir recruter des joueuses internationales, l’OL recourt au contrat fédéral, qui existe au niveau national et CFA dans le football masculin. En effet, les disparités de moyens entre les clubs posaient un problème juridique pour les transferts. C’est cette stratégie qui permet à la section féminine de l’OL son succès, en France et à l’international.
Pour ce qui est de la médiatisation, c’est un hasard du calendrier sportif qui permet la mise en avant du football féminin. En effet, lorsque Bruno Bini mène les Bleues vers la quatrième place de la Coupe du Monde en Allemagne, il n’y a pas d’autres compétitions majeures (entendez, masculines) en cours. C’est ainsi que l’Équipe, désœuvrée, place trois fois en Une l’équipe de France féminine. L’année suivante, aux Jeux olympiques londoniens, les Bleues finissent à nouveau quatrièmes.
En 2014, les Bleues se hissent à la troisième place du classement FIFA et en 2015, la France se voit confier l’organisation de la prochaine coupe du monde. C’est le début de la popularisation du football féminin.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1970 | Reconnaissance officielle du football féminin par la FFF |
| 1991 | Première Coupe du Monde de football féminin |
| 1996 | Introduction du football féminin aux Jeux Olympiques |
| 2011 | L'Olympique Lyonnais remporte la Ligue des Champions féminine |
| 2019 | La France accueille la Coupe du Monde féminine |
Les Défis Persistants et les Enjeux Actuels
Malgré tout, les joueuses de football subissent de nombreuses inégalités et restent bien moins valorisées que leur homologues masculins. Outre ses inégalités, les femmes doivent attendre 2018 pour pouvoir tenter de remporter un ballon d'or en tant que joueuse. C'est le 3 décembre 2018 que Ada Hegerberg recevra le premier Ballon d'Or féminin.
Nous l’avons constaté, l’essor du football féminin en France est extrêmement récent et résulte de la détermination à toute épreuve des femmes qui l’ont fait progresser, à chaque période étudiée. Le football féminin est encore aujourd’hui le lieu d’enjeux donnant à voir le fonctionnement du patriarcat. La professionnalisation du sport, comme sa démocratisation, montre bien les dynamiques entre progrès et maintien d’une hiérarchie des sexes.
Les arbitres professionnelles, moins connues que les joueuses, sont essentielles au bon déroulement du jeu et la structuration des championnats. Dès 1979, la FFF a ainsi encouragé la formation de dirigeantes et d’arbitres dans les clubs. Les femmes ont alors davantage investi l’arbitrage. Néanmoins, au cours de la saison 2015-2016, sur 26 871 arbitres, seules 699 sont des femmes (Terfous et al.). À l’inverse, chez les arbitres masculins, l’ordre d’aller arbitrer une rencontre féminine est parfois explicitement présenté comme une sanction.
Selon Christine Mennesson (2007), les politiques menées par la fédération, étant toujours décidées par les hommes, visent à contrôler les comportements de genre et la sexualité des sportives. On parle alors de « gouvernement des corps » (Brubaker, Fassin). La chercheuse considère que, pour faire accepter l’inversion de genre sur le terrain (pratiquer un sport masculin), les footballeuses féminisent leur apparence (maquillage discret, cheveux longs, tenues féminines). C’est remarquable chez les joueuses du PSG ou de l’OL, par exemple. Et parmi les joueuses de haut niveau, aucune lesbienne n’est out en France : l’homosexualité féminine est violemment invisibilisée.
Ces joueuses ont donc investi un milieu fondamentalement masculin et expérimentent donc dans leur corps, leur présentation de soi, les tiraillements et les interrogations d’être à la frontière des normes patriarcales. Pour les spectateurs et les organisateurs des rencontres, c’est aussi le genre féminin qui est mis en scène. Maintenant qu’on a accepté que des filles soient sur le terrain, faut-il encore que ce soient des filles ! Alors l’enjeu, c’est de reconnaître un caractère féminin à leur jeu.
Le terrain est moins couvert par les équipes, puisque le jeu ne reposera pas sur de longues transversales. Il s’appuie davantage sur des passes courtes, sur une construction progressive vers le but, avec des passes en profondeur à quelques mètres de la surface.
Axe prioritaire de développement pour la Fédération, l'accessibilité au football féminin s'est étendue sur tout le territoire. Alors qu'elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses mais également d'éducatrices, de dirigeantes ou d'arbitres.
Les clubs qui accueillent des équipes de filles sont aussi plus nombreux (plus de 3 000). C'est le fruit du plan de féminisation impulsé en 2011-2012. Cette année-là, pour la première fois, un club français - l'Olympique Lyonnais - a remporté la Ligue des champions féminine et l'Équipe de France féminine a atteint les demi-finales de la Coupe du monde en Allemagne.
Noël Le Graët, alors Président de la Fédération, a missionné Brigitte Henriques, alors Secrétaire Générale puis Vice-Présidente Déléguée de la FFF, afin de définir les contours de ce plan stratégique et de féminiser l'ensemble des familles du football. Objectifs : rendre la discipline accessible aux femmes.
Aujourd'hui, elles sont plus de 250 000. Le nombre de 100 000 licenciées a été franchi début 2016 et a doublé quatre ans plus tard, grâce aux actions mises en oeuvre dans le cadre du plan Ambition 2020.