Le Roi Hassan II du Maroc, Président du Comité Al Qods (Jérusalem), et hôte du premier sommet islamique de l’époque contemporaine (Rabat 1969), apparaît rétrospectivement comme l’un des grands traîtres à la cause arabe. Son long règne de 38 ans (Mars 1961-Juillet 1999) est perçu comme une vaste supercherie, si toutefois sont avérées les révélations contenues dans le livre du journaliste israélien Ronen Bergman «Rise and Kill First: The secret History of Israel’s targeted assassinations».
Il est crucial de noter que cet article vise à élargir le champ de réflexion et ne signifie pas nécessairement une approbation de la vision développée ici. La responsabilité de l'auteur se limite aux propos rapportés dans cet article.
La Connivence Israélo-Marocaine
Réputé pour son sérieux, chroniqueur militaire de Yedioth Aharonoth et du New York Times, Ronen Bergman soutient que les dirigeants arabes ont été placés sur écoute des services israéliens grâce à la connivence marocaine lors du Sommet arabe de Casablanca de septembre 1965. La date n’est pas anodine.
Scellé par la signature d’un pacte de solidarité et de coexistence pacifique entre régimes arabes, ce sommet s’est tenu en septembre 1965, au terme d’un été particulièrement brûlant au Maroc, marqué par la terrible répression de la révolte étudiante de Casablanca (23 mars 1965) qui fit officiellement 7 morts et 168 blessés. Sentant le vent du boulet, le jeune monarque a eu la lumineuse idée de se tourner alors vers les Israéliens, comme garde fou aux débordements de son opposition interne et externe. Autrement dit, contre la volonté de son peuple, il s’allia aux ennemis du Monde arabe pour la survie de son trône, dans la pure tradition de la servitude coloniale.
En 1965, le roi Hassan II a transmis à Israël des enregistrements d’un conclave clé entre les dirigeants arabes tenu à Casablanca et destiné à la préparation de la guerre contre Israël. Hassan II accueillait à Casablanca les chefs arabes lors d’un conclave secret destiné à évaluer les capacités militaires d’une coalition destinée à lancer une offensive éclair contre Israël.
« Le roi Hassan II avait secrètement enregistré la réunion de 1965 parce qu’il ne faisait pas confiance à ses invités de la Ligue arabe », écrit Yedioth. Il a d’abord permis à une équipe conjointe des services de renseignement internes et externes d’Israël, le Shin Bet et le Mossad - une unité connue sous le nom « The birds » (Les oiseaux) - d’occuper un étage entier de l’hôtel Casablanca (aujourd’hui rebaptisé Hyatt Regency), où la conférence s’est tenue.
Selon Rafi Eitan - homme politique et ancien officier du renseignement israélien, qui a co-dirigé l’unité « The birds », avec Peter Zvi Malkin, légende vivante du Mossad -, les Marocains « nous ont donné toutes les informations nécessaires, et ne nous ont rien caché.
Dans une note de service adressée à Levi Eshkol, alors premier ministre , Meir Amit, chef du Mossad à l’époque, a décrit l’opération au Maroc comme « l’un des fleurons de l’intelligence israélienne ».
Les dirigeants arabes avaient secrètement convoqué cette réunion en septembre 1965, à l’hôtel Casablanca. Ils étaient accompagnés de leurs chefs militaires et de renseignement, pour discuter de savoir si leurs unités étaient prêtes à la guerre contre Israël. L’objet était de créer un commandant arabe unifié pour mener les hostilités.
« Ces enregistrements, qui ont donné un avantage décisif aux services d’intelligence israéliens, ont en outre, montré que, d’une part, les Etats arabes se dirigeaient vers un conflit auquel nous devions nous préparer dans l’urgence, et d’autre part, les divergences qui montraient leur incapacité à monter un front uni contre Israël. Grâce à ces enregistrements et à d’autres sources complémentaires, « nous savions à quel point ils étaient mal préparés pour la guerre », a poursuivi Gazit. « Nous sommes arrivés à la conclusion que le corps de blindés égyptien était dans un état pitoyable et pas prêt pour la bataille ».
Le commandant de l’unité des tankistes de l’armée israélienne à l’époque, le Général Major Israël Tal, « avait rejeté notre opinion avec mépris », témoigne Gazit, « affirmant que leur situation ne pouvait pas être celle décrite. Les informations contenues dans ces enregistrements ont conforté l’armée israélienne dans le sentiment« que nous allions gagner une guerre contre l’Egypte, alors que des prophéties de malheur et le sentiment de défaite imminente étaient répandus parmi la majorité des décideurs, notamment dans l’administration civile.
La mise sur écoute des dirigeants arabes a permis aux Israéliens de prendre note de la stratégie de reconquête de la Palestine, comme des divergences inter arabes. La décision marocaine aura constitué «Le plus grand trésor stratégique d’Israël».
L’appui de Hassan II a été déterminant pour le Tsahal pendant la guerre des Six Jours en juin 1967, avance le général israélien Shlomo Gazit. Après Meit Amir, le chef du Mossad (1963-1968), c’est un autre haut cadre du renseignement israélien qui évoque le soutien de Hassan II à ses services. Dans son témoignage, l’ancien chef du renseignement militaire souligne que le royaume a permis aux Israéliens de suivre minute par minute le sommet de la Ligue arabe de 1965, tenu du 13 au 18 septembre à Casablanca, consacré exclusivement à l’examen des conditions de préparation des armées arabes dans la perspective d’une nouvelle confrontation avec Israël.
Grâce à ces informations, Tel-Aviv avait pu se rendre compte de la faiblesse des armées de ses «voisins». « Cette rencontre a non seulement révélé que les rangs arabes étaient divisés - d’importantes disputes ont éclaté, par exemple, entre le président égyptien Gamal Abdel Nasser et le roi Hussein de Jordanie - mais aussi que les pays arabes étaient mal préparés à la guerre », raconte Shlomo Gazit.
Deux ans après cette opération, qualifiée par le chef du Mossad de l’époque comme « l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien », le Premier ministre Levi Eshkol (21 juin 1963-26 février 1969) donnait l’ordre à son aviation de bombarder les aéroports égyptiens et jordaniens. Une opération couronnée de succès pour la partie israélienne ; presque tous les avions de chasse de l’Egypte avaient été détruits. Ces raids rapides avaient également balisé le terrain aux corps de blindés, leur permettant d’occuper d’un seul coup la Bande de Gaza, le Sinaï, le Golan et Jérusalem-Est.
Shlomo Gazit a été nommé chef du renseignement militaire après le succès de cette opération d’espionnage montée avec l’aide du Maroc. Les révélations d’anciens généraux israéliens sur les liens entre le Maroc et leur pays se succèdent. Cette fois, c’est au tour de Shlomo Gazit, ex-chef du renseignement militaire, de revenir sur l’appui de Hassan II au Mossad à l’occasion de la tenue d’un sommet de la Ligue arabe en septembre 1965 à Casablanca.
L’appui du Maroc, dont fait état le général Shlomo Gazit, n’a pas été sans contrepartie. Un mois après le sommet de la Ligue arabe à Casablanca, des agents du Mossad étaient impliqués dans l’opération d’enlèvement de Mehdi Ben Barka. Ils avaient suivi les déplacements de l’opposant de Hassan II, mission rendue possible grâce à la présence d'une antenne du Mossad sur le territoire français, depuis cinq années, avec la bénédiction de Charles de Gaulle.
C’est justement ce bureau qui avait permis de piéger Ben Barka avec le projet de film historique d’une part ; de faciliter aux agents des services secrets marocains l'entrée en France avec de faux passeports d’autre part. Dans cette opération, l’aide israélienne au Maroc avait été autorisée par le Premier ministre, Levi Eshkol et le chef du Mossad, Meit Amir.
Principal opposant socialiste au roi Hassan II et leader du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste, Mehdi Ben Barka a été enlevé le 29 octobre 1965 à Paris alors qu’il tentait, en sa qualité de «commis-voyageur de la révolution», de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Conférence Tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à la Havane en vue de faire converger «les deux courants de la révolution mondiale: le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice».

Hassan II en compagnie du président palestinien Yasser Arafat.
Le Sommet Islamique de Rabat et la Tentative de Rédemption
L’incendie de la Mosquée Al Aqsa par un illuminé israélien, en 1969, donne l’occasion au souverain chérifien de se refaire une virginité politique à l’occasion du sommet Islamique de Rabat, en 1969.
Accusé pourtant d’avoir «contribuer à la défaite des pays arabes contre Israël pendant la guerre des Six jours» (5 au 10 juin 1967), le Maroc pourtant s’était mobilisé, tout au long de l’année 1968, pour la cause palestinienne. Ainsi, le 10 avril 1968, le roi Hassan II entreprend un long voyage dans des pays arabes et musulmans, qui le mènera d’abord en Turquie, en Iran, en Arabie saoudite et en Tunisie.
Moins d’un an plus tard après la défaite arabe, soit en mars 1968, le Maroc prend les choses en main. Une délégation marocaine sillonne alors des pays africains, interpellant leurs communautés musulmanes, en préparation à un sommet au Maroc. Quant aux autres pays arabes, c’est le roi Hassan II en personne qui s’y rend pour mobiliser en prévision du sommet marocain. Ainsi, selon un document d’Aix-Marseille Université retraçant les activités du roi Hassan II, le souverain se rend en Turquie, dans le cadre d’une visite officielle. Le 11 avril, il tiendra des «entretiens politiques» avec le président turque Cevdet Sunay. Le 12 avril, Hassan II se rend en Iran chez son ami, le Shah Mohammad Reza Pahlavi.

Hassan II et le Shah Mohammad Reza Pahlavi.
Après la signature, le 17 avril à Téhéran, de sept accords de coopération dans le domaine de la pétrochimie entre le Maroc et l'Iran puis la publication, le 20 avril d’un communiqué commun irano-marocain, Hassan II se rend le même jour en Arabie saoudite, troisième étape de son voyage. Mais alors qu’il prévoyait aussi de se rendre en Egypte, le 25 avril, Hassan II reporte son voyage. Trois jours plus tard et toujours à l'issue de son voyage au Proche et Moyen Orient, le roi Hassan Il fait escale à Tunis où il s'entretient avec le président Habib Bourguiba.
«Le Maroc et la Tunisie condamnent l'obstination d'Israël à garder les territoires arabes occupés par la force et affirment la nécessité du retrait des forces israéliennes afin de rendre possible un règlement équitable permettant au peuple palestinien de récupérer les droits dont il a été frustré.
Des retours au Maroc, Hassan II prépare un sommet des pays islamiques. Une rencontre qui aura lieu à Rabat entre le 22 et le 25 septembre 1969, accélérée par l’incendie de la mosquée Al Aqsa du 21 août 1969 provoqué par l’Australien Denis Michael Rohan. Ainsi, 27 pays représentés par leurs chefs d’Etats ou chefs du gouvernement se rendent à Rabat pour prendre part à ce premier sommet. Mais cette rencontre ne se déroulera pas comme prévue.

Hassan II et Mouammar Kadhafi.
Selon un article du quotidien Al Itihad Al Ichtiraki, Mouammar Kadhafi ayant fraîchement réussi son coup d’Etat contre le roi Idriss de Libye, provoquera la colère de Hassan II et le roi Fayçal lorsqu’il les appellera par leurs prénoms.
La rencontre prendra toutefois la décision historique, selon l'Organisation de la coopération islamique (OCI), de «refuser toute solution à la question palestinienne sans préserver la position initiale et le statut d’Al Qods avant les événements de juin 1967». Le sommet permettra aussi d’accepter l’OLP en tant qu’observateur et de réconcilier celle-ci avec l’Iran. Hassan II a aussi réussi à impliquer plusieurs pays africains dans la cause palestinienne.
«Il y avait plusieurs Etats qui ne partageaient rien avec les Palestiniens. Certains se méfiaient même d’eux. J’ai donc demandé, en tant que président du congrès de les écouter et de les accepter en tant qu’observateurs. Mais le soutien iranien à la Palestine ne durera pas longtemps. Le 11 février 1979, le Shah est déchu et Rouhollah Moussavi Khomeini devient guide de la révolution iranienne. Hassan II perd alors non seulement le soutien de l’Iran à la cause palestinienne mais même sa neutralité quant à la question du Sahara. Un an plus tard, l’Iran reconnait même la «RASD».
Le Maroc et les Accords d'Abraham
Il est clair que ce n'est pas la question palestinienne qui est le moteur de tous ces accords. Elle en devient même secondaire, puisque ces accords n'impliquent pas sa solution préalable. Pour dire les choses autrement, ce n'est pas la Palestine qui a été la motivation des partisans de "la normalisation" des relations avec Israël. La preuve supplémentaire à tout cela est que les évènements de Gaza, et notamment l'atroce répression enclenchée par Israël, ont obligé les États favorables à "la normalisation" à plus de réserves envers Israël .
On peut même dire, sans trop de risques de se tromper, que l'extrême brutalité d'Israël contre Gaza et le Hamas, a eu, pour l'un de ses buts essentiels, celui d'éliminer l'obstacle que représente Hamas sur la route du développement de la stratégie des "accords d'Abraham". Ce qui permet de comprendre encore mieux la passivité des États arabes impliqués dans ces accords, et plus généralement dans la politique dite de "normalisation".
Les signataires des accords d'Abraham déclarent d'ailleurs sans ambages que "suite aux accords d'Abraham, les parties sont prêtes à se joindre aux États-Unis pour développer et lancer un Agenda stratégique pour le Moyen Orient" (Article 7 du traité).
Tableau récapitulatif des événements clés
| Date | Événement | Signification |
|---|---|---|
| Septembre 1965 | Sommet de Casablanca | Hassan II transmet des enregistrements à Israël |
| Juin 1967 | Guerre des Six Jours | L'appui de Hassan II est déterminant pour Israël |
| Octobre 1965 | Enlèvement de Mehdi Ben Barka | Implication du Mossad |
| Septembre 1969 | Sommet Islamique de Rabat | Tentative de Hassan II de se refaire une image |
| 2020 | Accords d'Abraham | Normalisation des relations entre le Maroc et Israël |
Quand feu S.M. le Roi Hassan II expliquait l’Islam aux français
Pivot central du dispositif occidental en Afrique, le Royaume fondera, en 1976, avec la France, l’Egypte, l’Iran et l’Arabie saoudite, le «Safari Club», se donnant ainsi l’illusion de «jouer dans la cour des grands».
Deux monuments ont été édifiés au Maroc pour immortaliser l’oeuvre d’Hassan II : son mausolée à Rabat et la Mosquée de Casablanca, l’une des plus grandes du monde, qui porte son nom. Et les deux monuments édifiés à la gloire posthume du Commandeur des Croyants et Président du comité Al Qods, -mais néanmoins un des principaux artisans du bradage de la Palestine, au même titre que l’Arabie saoudite-, se perçoivent, rétrospectivement, comme les stigmates du règne hideux d’un parfait sous traitant de l’impérium israélo-occidental. D’un être maléfique.