Le Championnat du Monde de Handball Féminin 2003 a été le théâtre d'une finale mémorable entre la France et la Hongrie. Ce match, disputé à Zagreb, a vu la France remporter son premier titre mondial dans un sport collectif féminin, au terme d'un scénario renversant.
Les joueuses d'Olivier Krumbholz ont affronté une équipe hongroise favorite, portée par des joueuses exceptionnelles comme Katalin Palinger et Anita Gorbicz. La Hongrie était naturellement favorite de cette finale, avec des joueuses incroyables comme Katalin Palinger, gardienne mannequin mais redoutable pour garder ses cages, où encore la fantastique Anita Gorbicz, métronome de cette équipe.
Dans la nouvelle Arena Grand Paris de Tremblay-en-France, l’ancien sélectionneur des Bleues, Olivier Krumbholz, va être honoré pour l’ensemble de sa carrière, lors de la rencontre amicale entre l’équipe de France féminine de handball et la Hongrie.

Olivier Krumbholz lors de la finale olympique entre la Norvège et la France, le 10 août 2024, à Lille (Photo: Le Monde)
Un Match Épique
D'ailleurs malgré une entame foudroyante des Bleues, les choses se compliquent vraiment. Les Hongroises prennent les choses en main dicte la partie, imposent leur rythme. Les Françaises sont étouffées et ne trouvent pas de solutions. Et quand la porte s'entre-ouvre, Palinger écœure une à une les shooteuses françaises, en échec total sur la gardienne hongroise.
Parallèlement, Valérie Nicolas pourtant énorme depuis le début de la compétition, est en échec dans les cages. L'addition est salée, un cinglant 7-0 porte les Hongroises vers les sommets (8-3). Mais on en est pas encore là, malgré un écart réduit de trois buts à la mi-temps (8-11).
La seconde mi-temps reprend sur des bonnes bases pour les Bleues mais elles vont voir leurs espoirs s’envoler rapidement. La faute à une Katalin Palinger en pleine bourre : 22 arrêts en 50 minutes de jeu dont plusieurs sur penalty, contre-attaques empêchées, imprenable aux 9m bref, les Françaises devaient redoubler d’efforts pour marquer.
La Hongrie est naturellement favori de cette finale, avec des joueuses incroyables comme Katalin Palinger, gardienne mannequin mais redoutable pour garder ses cages, où encore la fantastique Anita Gorbicz, métronome de cette équipe.
À la 52e minute, Görbicz inscrit son troisième but et permet à son équipe de mener 25-18. Les Hongroises se dirigeaient tout droit vers le titre mais les Françaises n’ont jamais abandonné. Après un but de Melinda Jacques-Szabo, c’est la capitaine Stéphanie Cano qui ramène ses troupes à 5 buts. Surtout, après son but, elle a serré les poings et harangué ses partenaires. C’était le moment de se révolter et de jouer libérées.
Peu à peu, la tendance s’est inversée. Les Françaises ont retrouvé leur défense, provoqué des pertes de balles et retrouvé un semblant de réussite en attaque. Lejeune, Korfanty par deux fois, Pecqueux-Rolland : 4-0 pour les Bleues qui reviennent à deux buts à 4 minutes de la fin.
Les mouches ont changé d'ânes, la Hongrie doute désormais, loupe des ballons. Les patronnes sont française, -1 par Stéphanie Canot. Il reste moins de 40 secondes et la balle est dans les mains Hongroises. En théorie, les Magyares n'ont qu'à faire tourner la balle et prendre le shoot à la toute fin de la possession. C'est perdu pour la France, c'est pas possible. Les Hongroises perdent le ballon ! Il reste treize secondes pour remonter le terrain et prendre le shoot égalisateur.
Myriam Korfanty se jette dessus et au bout de l'action, Véronique Pecqueux-Rolland est en position de shoot à 59'58... Et est victime d'une agression d'Anita Gorbicz. Rouge et jet de sept mètres. Dans les mains de la jeune Leïla Lejeune, le tir égalisateur. Peut-on imaginer pression plus grande ? Mais, contrairement au premier acte, les cages ne sont plus toutes petites et Palinger n'est plus une géante.
En tout cas, la Hongrie, elle, commence à bafouiller son handball. Les tirs se heurtent au poteau, les passes fébriles offrent autant d’occasions d’interception aux Bleues. Myriam Korfanty ne s’en prive pas, elle inscrit 2 buts sur coup sur coup et voilà la France revenue à seulement 3 longueurs des Hongroises.
Au chrono, il ne reste rien. Donc, c’est simple. Supporters, français, hongrois, journalistes, agents de sécurité, membres de l’organisation, tout le monde retient son souffle, les yeux braqués sur Myriam Korfanty et Leila Lejeune qui entament un dialogue surréaliste.
Dans le genre, je te mets encore un peu plus de pression sur les épaules, là c’est pas mal. Frédéric Brindelle s’envole : « Leïla, la France est derrière toi. » Claude Onesta a arrêté de compter. « Il faut tirer en haut. »
Leïla, elle, est sur la ligne des 7 mètres. « Tout bonnement, je n’ai pensé à rien. J’ai tiré sans réfléchir, exactement au même endroit que le penalty précédent.
La dynamique a changé de camp : 4-1 pour la France dans l'extra-time. Et premier titre mondial pour les Françaises et leur capitaine Stéphanie Cano : « On s'est accrochées comme des malades. On a réussi ce que l'on a rêvé.
La prolongation commence avec un 3-0 de l’équipe de France qui exploite à la perfection sa supériorité numérique. Les Hongroises reviennent à deux buts mais c’est tout ce que Valérie Nicolas leur accordera.
Valérie Nicolas va se transformer en un véritable mur pour détruire une à une les Hongroises. La France s'impose 32-29. Quatre ans après son échec en finale, les prolongations se révèlent cette fois-ci heureuses pour les Françaises, propulsées sur le toit du monde, au sommet de la planète handball.
Non c'était impossible de gagner. Impossible de remonter ces sept buts de retard en sept minutes. France-Hongrie ou plutôt Hongrie-France, tant le public massivement hongrois a pris fait et cause pour ses "Magyares".
À sept minutes de la fin, la Hongrie mène de sept buts (18-25), portée par Bojana Radulovics (13 buts). Olivier Krumbholz lance alors une défense quasi tout terrain avec Myriam Korfanty en pointe : six interceptions et un 10-3 payant (28-28). Véronique Pecqueux-Rolland s'y entend aussi pour semer la zizanie dans l'attaque hongroise. C'est elle qui obtient le précieux penalty sur une grossière faute d'Anita Görbicz, exclue pour cette cravate. Leila Lejeune se présente devant Katalin Palinger (29 arrêts) qui a déjà arrêté un de ses deux essais. L'arrière française marque et arrache la prolongation.
Le dimanche 14 décembre 2003, la France a rendez-vous avez la Hongrie à Zagreb, pour disputer sa deuxième finale en championnat du monde. Les Françaises ont fait honneur à leur statut et ont remporté tous leurs matchs lors de la phase préliminaire face à l’Espagne, la Serbie-et-Monténégro, la Croatie, le Brésil et l’Australie.
Premières de leur groupe, elles retrouvent l’Espagne et la Serbie-et-Monténégro dans leur groupe lors du tour principal. Leurs deux victoires face à ces équipes sont donc conservées. Le reste du groupe est composé de la Corée du Sud, la Russie et l’Autriche.
Après un faux pas face à la Corée du Sud, elles reprennent leur marche en avant et battent l’Autriche et la Russie et finissent une nouvelle fois premières de leur groupe.
Les débuts s‘équilibrent à nouveau quelques instants et le score arrive à 28-26 pour les Magyares. Claude Onesta : « Il reste 1 minute 45 et 2 buts, c’est faisable mais il ne faut plus en prendre. » Message reçu Mr Onesta. Stéphanie Cano marque le 27e but français, Véronique Pecqueux-Rolland est lancée vers le 28e avant d’être victime d’un « attentat » de la part de Görbicz. Carton rouge pour la jeune hongroise et surtout penalty en faveur de l’équipe de France.
Les scènes les plus inédites se déroulent alors dans la salle. 6000 Hongrois sont assommés par une chape de plomb. Les joueuses espagnoles, fidèles supportrices de l’équipe de France depuis quelques jours, entament avec l’accent : « Allez les Bleues, allez les Bleues. » Frédéric Brindelle lâche : « on n’en peut plus. » Claude Onesta confirme : « elles vont nous faire mourir. »
Tous ceux qui ne connaissent ne serait-ce qu’un peu ces joueuses savent que si elles arrivent à arracher une prolongation après avoir été menées de 7 buts, elles ne peuvent plus perdre ce match. « Là, j’ai vraiment recommencé à y croire, avoue Valérie Nicolas. Avant la prolongation, je pensais que c’était fini. » La gardienne tricolore montre d’ailleurs un tout autre visage que lors du temps réglementaire.
Premières réactions à chaud. Comment avez-vous fait pour gagner ? « D’habitude, j’ai réponse à tout, mais là, franchement, je ne sais pas. » Qu’est-ce que ça fait d’être championne du monde ? Véronique Pecqueux-Rolland : « Ben je ne sais pas, je crois que je ne réalise pas vraiment. » Vous paraissez bien calmes pour des championnes du mondes ?
Patricia Saurina, la chef de délégation, se couche de tout son long par terre, dans le couloir. « Elles m’ont tué. » En bas, au tour du bar, Olivier Krumbholz fait et refait inlassablement le match. Dans la salle de restaurant, les autres délégations sont de belle lurette et attendent les dernières, les Françaises. Elles arriveront avec le trophée dans les bras de Myriam Said-Mohamed et beaucoup de retard, privilège de championnes du monde.
C’est un gros morceau qui attend les Bleues. En effet, la Hongrie est championne d’Europe 2000 et vice-championne olympique 2000. A ces médailles s’ajoutent trois médailles de bronze aux Jeux olympiques et Championnat d’Europe et sept médailles mondiales dont le titre en 1965. Mais les Bleues étaient prêtes à relever le défi.
Les Bleues sont très bien rentrées dans leur finale : d’entrée de jeu la gardienne Valérie Nicolas a réalisé deux arrêts et derrière les Françaises ont converti leurs occasions : 3-1 après 3 minutes de jeu. S’en suivent 13 minutes de disette pour la France et un 7-0 pour la Hongrie, portée par une grande Bojana Radulovics (4 buts). Olivier Krumhbolz n’a pas d’autre choix que de poser son temps mort pour remobiliser ses troupes défaillantes en attaque mais aussi en défense, fait plus rare dans ce mondial.

Les Bleues championnes du monde en 2003 (Photo: Handzone)
Le Déroulement du Match
La seconde mi-temps reprend sur des bonnes bases pour les Bleues mais elles vont voir leurs espoirs s’envoler rapidement. La faute à une Katalin Palinger en pleine bourre : 22 arrêts en 50 minutes de jeu dont plusieurs sur penalty, contre-attaques empêchées, imprenable aux 9m bref, les Françaises devaient redoubler d’efforts pour marquer.
Ajoutez à cela une Radulovics des grands soirs : 13/21 au tir. D’ailleurs, en inscrivant son quatrième but du match à 16e minute, Bojana Radulovics, meilleure handballeuse de l’année 2000, est devenue la meilleure marqueuse de tous les temps. Avec une Anita Görbicz excellente à la mène, offrant des caviars à ses partenaires notamment Radulovics et Lovasz, les Hongroises font mal aux Bleues, très mal.
D’autant plus qu’à la 45e minute, la Française Isabelle Wendling, élue meilleure pivot du mondial, pilier de la défense et auteur de 17 buts dans la compétition, a été définitivement exclue lors de l’action qui a suivi son unique but du match.
Lejeune, Korfanty par deux fois, Pecqueux-Rolland : 4-0 pour les Bleues qui reviennent à deux buts à 4 minutes de la fin. Après le temps mort hongrois et à deux minutes de la fin, la France est toujours derrière (25-28).
13 secondes à jouer, la Hongrie en infériorité numérique a la balle et là, Myriam Borg-Korfanty réalise l’interception, Véronique Pecqueux-Rolland part au but mais est découpée par Anita Görbicz. Carton rouge pour la Hongroise, jet de 7m pour les Françaises. La confiance a changé de camp surtout que la Hongrie doit débuter les prolongations avec une double infériorité numérique et privée de sa meneuse Görbicz.
Les Hongroises balbutient en attaque et Valérie Nicolas, meilleure joueuse et meilleure gardienne du mondial, réalise 6 arrêts dans les prolongations. Le plus important est sur penalty : menée 3-1, la Hongrie a l’occasion de revenir à 3-2 mais Radulovics, jusque-là impériale dans cet exercice, rate son jet de 7m à une minute de la fin.
La France était venue en Croatie pour se qualifier pour les Jeux Olympiques d’Athènes, elle est repartie avec le titre mondial. Jusqu’au bout, les Françaises se sont battues.
Top 5 des plus beaux succès du handball féminin français
- France-Hongrie, finale des Mondiaux 2003 (32-29 a.p.)
- Espagne-France, quarts des JO 2016 (27-26 a.p.)
- France-Danemark, quarts des Mondiaux 1999 (19-17 a.p.)
- France-Russie, quarts des Mondiaux 2011 (25-23)
- France-Espagne, huitième des Mondiaux 2015 (22-21)
La victoire renversante des Bleues, s'inscrit en deuxième position du Top 5 des plus beaux succès du handball féminin français.
Il y avait pourtant de quoi désespérer : après trente minutes passées à bafouiller leur handball, à encaisser des buts impossibles, à frapper les poteaux et surtout à buter sur une Silvia Navarro euphorique dans ses cages du haut de ses 37 ans, les Bleues semblaient s’être sabordées, et se diriger vers une nouvelle désillusion olympique en quart de finale, après celles de 2000, 2008 et 2012.
Sans doute y a-t-il une part d’irrationnel dans le scénario qui a fini par sourire aux Bleues mardi après-midi. Mais il faut surtout souligner la force mentale hors du commun dont elles ont fait preuve, là où tant d’autres se seraient contentées d’agoniser lentement en seconde période.
En prolongation, à 25-24 pour les Bleues - qui ont attendu la 63e minute pour mener enfin au score -, un tir espagnol heurta les deux poteaux avant de ressortir. Et à trois secondes du coup de sifflet final, Nerea Pena, qui avait déjà marqué treize fois (!) au cours du match, trouva encore le poteau d’Amandine Leynaud, lequel mis donc fin à à la rencontre qui aurait pu s’orienter vers une seconde prolongation.
Oubliées, les larmes de Sydney, d’Athènes (défaite d’un but en demi-finale, puis 4e place), de Pékin et de Londres, balayées par les larmes de joie de Rio. Quelle saveur auront les prochaines ?
Seize ans après on retient encore cet exploit majeur du sport français. A ce jour il s'agit de la remontée la plus invraisemblable du sport collectif français. La plus grande émotion du handball féminin qui glane là le premier de ses deux titre mondiaux.
Ce résultat pourtant honorable avait coûté sa place à Carole Martin, débarquée dès le retour d'Allemagne, remplacée par Olivier Krumbholz, sélectionneur des juniors depuis 1992.
La France décroche sa première médaille d'argent dans un sport collectif féminin. Valérie Nicolas, Véronique Pecqueux-Rolland et Sandrine Delerce, trois des pionnières de la première finale mondiale, à Lillehammer en 1999.
En Croatie, la France s'est présentée forte d'une seconde médaille internationale, de bronze lors de l'Euro 2002.
Après deux échecs en finale face à la Norvège (1999 et 2011), les Bleues viennent enfin à bout de leurs meilleures ennemies : 23-21.
Le titre de 2017 est celui du partage entre un sélectionneur et son équipe : débarqué en 2013 pour lassitude partagée, Olivier Krumbholz est revenu en janvier 2016, a mené sa troupe vers une première médaille olympique à Rio à l'été 2016 (2e), puis le bronze continental quatre mois plus tard.
En finale à Granollers (Espagne), Estelle Nze Minko a une balle de +7 à une minute de la pause. Mais la capitaine française se fait chiper le ballon par Malin Aune et a le mauvais réflexe de s'accrocher à sa rivale : exclusion temporaire logique et penalty pour la Norvège. Même si la France vire largement en tête à la pause (16-12), c'est un tournant.
Alors que le handball masculin français est sur le devant de la scène grâce aux Costauds, une nouvelle ère s’ouvre également pour les Femmes de défis avec l’arrivée d’Olivier Krumbholz en 1998.
Klaudjia Bubalo, ancienne joueuse, ancienne joueuse croate de Metz, tient un bar dans les faubourgs de Zagreb. C’est le point de chute idéal. La soirée commence avec Frédéric Brindelle, obligé d’honorer un pari. Disons qu’il a gardé sa dignité même s’il n’a pas pu conserver tous ses vêtements.
La soirée finira bien tard. Ou bien tôt, cela dépend comment on le prend. En fait, la plupart des joueuses passent une nuit blanche. De toute façon, elles ne pourraient sans doute pas dormir.
À 06h30, rendez-vous dans le hall de l’hôtel pour rallier l’aéroport où les attend le vol Croatia Airlines de 09h15 pour Paris. À Roissy, grosse surprise. Si les supporters ne sont pas nombreux, la presse a fait le déplacement en masse. Tous les médias sont présents et braquent micros, caméras et stylos sur des sportives pas vraiment habituées à une telle débauche médiatique.
Toutes les émissions, radios et télés, les éclament. Le lendemain, c’est Jean-François Lamour et Jean-Pierre Raffarin qui les attendent. Jacques Chirac, lui, c’est pour plus tard. Pas de répit pour les braves. Et il y aura le retour en club, et d’autres interviews, et d’autres invitations.
Au bout du suspense, au bout de la légende, au bout d'elles-mêmes et d'un incroyable scénario.