Qualifié pour la deuxième fois de son histoire pour la Coupe du monde de football, Haïti, l'un des pays des plus pauvres du monde et gangrené par la violence, s'offre une parenthèse enchantée avec cet exploit. La qualification pour la Coupe du monde 2026 de football a été vécue comme une parenthèse enchantée par le peuple haïtien pour un pays comme Haïti qui n'a pas souvent l'occasion de se réjouir depuis de nombreuses années.
C'est une coupe du monde des premières. Première fois que la compétition se déroulera dans trois pays différents, Etats-Unis, Canada, Mexique. Première fois aussi que 48 équipes y participeront. La Coupe du monde 2026 ratisse large et promet un peu d'exotisme car certains pays sont même qualifiés pour la première fois de leur histoire, comme la Jordanie, l'Ouzbekistan, le Cap Vert ou encore Curaçao, plus petite nation de l'histoire dans un mondial.
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Un contexte national difficile
Cette qualification intervient en effet dans un pays plongé en plein chaos. Le pays qui partage l'île d'Hispaniola avec la République Dominicaine subit depuis plusieurs années la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements, dans un contexte d'instabilité politique chronique. La situation s'est encore largement détériorée depuis le début de l'année 2024 lorsque les gangs ont poussé le Premier ministre de l'époque, Ariel Henry, à la démission.
Quelque 5,7 millions de personnes souffrent de malnutrition, plus de 1,4 million d'habitants ont été déplacés en 2025, dont plus de la moitié de femmes et d'enfants. L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a fermé définitivement son centre d'urgences de Port-au-Prince face à la montée de l'insécurité et même la météo s'en mêle : 43 personnes sont mortes à Haïti à cause du passage de l'ouragan Melissa début novembre.
Haïti est en effet l'un des pays les plus pauvres du monde, l'un des plus dangereux aussi. Depuis l'assassinat du président Jovenel Moise, en 2021, le pays est livré à une terrible guerre des gangs. Conséquence : les Haïtiens ne peuvent pas jouer chez eux et ont donc dû s'exiler pour obtenir leur qualification, en allant d'ailleurs jouer des matchs au Curaçao notamment.
Au coup de sifflet final de leur victoire contre le Nicaragua (2-0), joueurs et staff se sont réunis au centre du terrain, les yeux sur les téléphones à attendre la fin de Costa Rica-Honduras (0-0). Il fallait un nul pour qualifier Haïti pour sa deuxième Coupe du monde, après celle de 1974 en Allemagne.

Un entraîneur et une équipe hors du commun
Une situation si particulière que l'entraîneur français des Grenadiers - surnom donné à l'équipe - Sebastien Migné, n'a pas encore pu poser un pied en Haïti depuis qu'il est à la tète de la sélection. Face à toutes les difficultés du pays, le sélectionneur a dû bâtir une équipe qui jouait loin de ses bases. En un an et demi de travail, il a "pris (son) bâton de pèlerin pour convaincre des binationaux de rejoindre l'aventure".
Il a pu compter en revanche sur un réservoir de joueurs de talents, avec de nombreux binationaux évoluant aux quatre coins du monde, de la Grèce, à l'Iran, en passant par l'Angleterre ou la France. Des joueurs qui, pour chaque rassemblement, doivent encaisser le décalage horaire, s'entraîner à l'étranger sur des terrains synthétiques et faire avec les moyens limités d'un pays financièrement à l'agonie.
L'ancien sélectionneur du Congo, du Kenya ou encore de la Guinée Equatoriale a également pêché en Ligue 1 l'ailier auxerrois Josué Casimir, "qui nous a rejoints lors de précédent rassemblement". Pour embarquer tous ces binationaux, "j'ai parfois voyagé, parfois utilisé les communications modernes avec des visios, j'ai souvent eu les familles, parfois le frère qui fait office d'agent, ça a été un travail de longue haleine", raconte Migné.
Signe du caractère singulier de cette expérience dans un pays ravagé par la violence et la misère, le technicien n'a "malheureusement pas encore pu (se) rendre" en personne à Haïti, mais la découvrira en janvier lors de l'ouverture du championnat pour une détection des joueurs locaux. "Le peuple haïtien attend un signe, on va leur montrer qu'on est là", promet Migné.
Puis, raconte Migné, "Alexandre Pierre (le gardien remplaçant) a lancé : 'C'est fini!', et là ça a explosé, c'est parti dans tous les sens". "J'ai vu quelques images sur les réseaux, c'était la folie à Haïti, s'emballe l'entraîneur, joint mercredi par l'AFP. Tous les gens étaient dehors. Mes joueurs vont être de formidables ambassadeurs d'un pays qui en manque cruellement. Haïti n'est pas une destination facile, avec un peuple qui souffre et qui n'a pas beaucoup d'occasions de faire la fête."
Wilguens Paugain : Un symbole de résilience
Adopté très jeune et arraché à une réalité marquée par la misère, Wilguens Paugain incarne un parcours hors normes, fait de ruptures, de chutes et de renaissances permanentes. Arrivé en France sans parler un mot de la langue, propulsé dans un système qu’il devait apprivoiser seul, il a construit sa trajectoire à la force du mental autant qu’à celle du talent.
Entre une grave blessure qui aurait pu mettre fin à sa carrière, des choix risqués, des périodes sans club, des petits boulots pour continuer à croire, et un exil footballistique à travers Chypre, la Lettonie, l’Autriche et la Belgique, son chemin n’a jamais été linéaire. Mais au cœur de ce voyage semé d’épreuves, une constante demeure : Haïti. Un pays où l’actuel latéral de Zulte n’a pas grandi, mais qu’il porte en lui comme une identité, une responsabilité et une fierté. Aujourd’hui, à l’aube d’une Coupe du monde qui pourrait changer une vie et un regard, Wilguens Paugain raconte bien plus qu’une carrière.
Wilguens Paugain : cet épisode de ma vie représente une véritable seconde chance. Si j’étais resté là-bas, il est possible que je n’aie jamais été adopté et que mon parcours soit aujourd’hui totalement différent. Je sais dans quelles conditions on vit là-bas : c’est la misère, clairement. Alors, parfois, quand je me surprends à me plaindre, à dire que je suis fatigué ou que je n’ai pas envie de faire certaines choses, je me rappelle que j’aurais pu grandir dans des circonstances bien plus difficiles. Cette pensée me remet les idées en place.
Défis et espoirs pour la Coupe du Monde 2026
Il faut ajouter à cette situation chaotique le fait que les Haïtiens ne pourront pas compter sur tous leurs supporters lors de ce Mondial-2026. Haïti fait en effet partie, comme l'Iran, des 19 pays ciblés par un "travel ban" de l'administration Trump, c'est-à-dire, une interdiction de visa et de séjour aux Etats-Unis. En réalité, pour Haïti, seuls les joueurs, le staff et leurs familles devraient pouvoir obtenir un sésame en cas de matches sur le territoire américain.
Les Grenadiers pourront toutefois compter sur une importante diaspora haïtienne présente aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, pour espérer mettre autant d'ambiance qu'à Port-au-Prince. Dans ce contexte, la joie de la sélection haïtienne sur la pelouse du stade Ergilio Haton de Willemstad, à Curaçao, où ses matches sont délocalisés, apporte un peu de bonheur.
Pour Haïti, ce sera la deuxième participation après celle de 1974. Haïti, c'est la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb en 1492, la première nation indépendante après une révolte d'esclaves en 1804. Une nation qui a aussi subi une occupation américaine entre 1915 et 1934. Participer à cette Coupe du monde aux Etats-Unis, la symbolique est donc forte. Elle l'est d'autant plus au regard de la situation du pays à ce jour.
Au coup de sifflet final, l'euphorie s'est emparée d'un pays englué dans une crise de violences sans précédent et les effusions de joie ont éclaté dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, comme dans d'autres villes de l'île des Caraïbes, que ce soir à Cap-Haïtien, Léogâne ou Port-de-Paix. Partout à travers le monde, la diaspora haïtienne a aussi fêté cette victoire qui permettra à la sélection entraînée par le Français Sébastien Migné de disputer la 23e édition de la Coupe du monde aux États-Unis, au Mexique et au Canada.
En conclusion, la qualification d'Haïti pour la Coupe du Monde 2026 est bien plus qu'un simple événement sportif. C'est un symbole d'espoir et de résilience pour un pays confronté à d'immenses défis. Malgré les difficultés, les Grenadiers porteront fièrement les couleurs de leur nation et tenteront de faire briller Haïti sur la scène internationale.