Fondé le 15 septembre 1940, le Football Club de Gueugnon (FCG) a connu une histoire riche en rebondissements, marquée par des moments de gloire et des périodes difficiles. Des terrains de Division d’Honneur aux projecteurs du Stade de France, le club a su forger sa légende grâce à des joueurs talentueux, un esprit d’équipe indéfectible et un public passionné.
Le 22 avril 2000, le FC Gueugnon, alors pensionnaire de Deuxième division, créait l’exploit en s’offrant le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de la Ligue (2-0). C'était le point final de l’une des plus belles histoires du football français.
Il est un peu plus de 22h40 lorsqu’Éric Poulat met un terme à la rencontre. Pugnaces, solidaires, joueurs, les Gueugnonnais, habitués aux joutes de la D2, ont réussi leur pari : faire tomber le grand PSG. L’apothéose d’une saison quasi-idyllique pour le petit club de Saône-et-Loire. Pourtant, rien ne prédestinait la bande d’Alex Dupont à écrire l’histoire du football hexagonal.
"C’était tout sauf un exploit" selon Nicolas Esceth-N’Zi, milieu de terrain de l’équipe.
Le 22 avril 2000, Gueugnon, petite ville de 8 000 habitants, créait la sensation en s’offrant le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de la Ligue (2-0). Le point final de l’une des plus belles histoires du football français.
Indétrônables : Épisode 1 / FCG-Toulouse (Coupe de la Ligue 2000)
Les premières années : De la Division d'Honneur au Championnat de France amateur
En juillet-août 1940, les membres des sociétés sportives locales reprennent courage après la défaite et envisagent une fusion entre l’A.S.G et la Foch. Le 15 septembre 1940, le Football Club Gueugnonnais est créé, adoptant les couleurs or et bleu. Dès ses premiers pas dans le championnat d’honneur de Bourgogne, le FCG commença à faire parler de lui.
C’est ainsi qu’ayant gagné le championnat de la ligue bourguignonne, Gueugnon se retrouve face à l’Arago d’Orléans le 15 juin 1947. Sur un score de 2 à 1, le tout jeune FCG devient champion de France amateur.
Amputé de certains joueurs en raison des évènements en Algérie le FCG termine avant-dernier de sa poule en 1955-1956 et sera relégué en division honneur de Bourgogne. Il retrouvera sa place en championnat de France amateur l’année suivante.
L'ascension vers le professionnalisme et la D1
En 1970, le FCG obtient le droit d’accéder au tout nouveau championnat appelé « National » ou « Open » pour la saison 1971 et qui deviendra par la suite le championnat de France 2ème division puis de Ligue 2. Championnat où le FCG détient le record absolu de participations.
Lors de la saison 1978-1979, l’équipe de Casimir Nowotarski termine 1er de son groupe et peut donc accéder directement au championnat de France de 1ère division, à condition toutefois que le club adopte le statut professionnel. Cependant, le FC Gueugnon rencontrera Brest pour déterminer le champion de France.
Le FCG décroche le graal et bat Brest lors des 2 matchs de barrages. Ainsi le FCG obtient son troisième titre de Champion de France. Dans le même temps, le 9 mai 1979, ou 19 000 spectateurs entassés dans Jean Laville (record d’affluence du club), assistent à la réception du RC Strasbourg pour les 1/4 de finale de Coupe de France, après avoir éliminer sur 2 matchs le grand St Etienne en 1/8 de finale.
La saison 1994-1995 est restée dans les annales. L’équipe de Roland Gransart a joué 42 matchs, en a gagné 24, perdu 10 et fait 8 nuls. Pourtant le suspens dura jusqu’au dernier match, le 31 mai 1995, où Gueugnon avait obligation de s’imposer à Jean-Laville pour obtenir son accession. Cela fut fait avec un 2 à 0 contre le Red Star. Le stade et la ville était en liesse : Gueugnon accédait enfin à la 1ère division et cette fois-ci les finances le permettaient.
Les saisons suivantes virent Gueugnon terminer régulièrement dans la première partie de tableau, le plus souvent flirtant avec l’accession en 1ère Division.
Août 1999. Quatorzième du championnat après cinq journées, Gueugnon est à la peine en début de saison. Appelé en renfort par Alex Dupont à la fin de l’été 1999, l’expérimenté défenseur David Fanzel, qui a déjà connu l’élite et la montée en D1 avec Gueugnon entre 1993 et 1996, se rappelle des premières semaines difficiles.
"La saison n’avait pas forcément bien démarré. L’équipe était en transition avec beaucoup de jeunes. Le championnat était très relevé avec des belles équipes comme Toulouse, Sochaux, Lorient ou le LOSC de Vahid (Halilhodžić)."
La chance et le salut de Gueugnon résident pourtant dans l’effectif bâti par Alex Dupont. "On s’entendait tous très bien. Il n’y avait pas de conflits à gérer. Et même s’il y en avait, les anciens comme Amara Traoré, Philippe Schuth ou moi, on les gérait", poursuit l’ancien défenseur, aujourd’hui entraîneur des féminines de Fleury-Mérogis. Même son de cloche chez son partenaire, Nicolas Esceth-N’Zi, formé au club. "C’était une équipe qui avait du talent avec des jeunes, des joueurs revanchards et des anciens importants pour leur calme. On faisait beaucoup de fêtes entre nous. On se voyait tout le temps. On restait deux, trois heures dans les vestiaires après l’entraînement à parler, à faire les cons. Il y avait une ambiance de malade."
L'apogée : La victoire en Coupe de la Ligue 2000
Place forte de la D2 dans les années 90, avec un passage express en D1 pendant la saison 1995-1996, Gueugnon crée la sensation et remporte la Coupe de la Ligue en s’imposant 2 buts à 0 face au Paris Saint-Germain un soir de 22 avril 2000 au Stade de France.
Le 22 avril 2000, le FC Gueugnon, alors pensionnaire de Deuxième division, créait l’exploit en s’offrant le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de la Ligue (2-0).
Pugnaces, solidaires, joueurs, les Gueugnonnais, habitués aux joutes de la D2, ont réussi leur pari : faire tomber le grand PSG. L’apothéose d’une saison quasi-idyllique pour le petit club de Saône-et-Loire. Pourtant, rien ne prédestinait la bande d’Alex Dupont à écrire l’histoire du football hexagonal.
A mesure que l’on s’enfonce dans l’hiver et les terrains abimés, les coupes pointent le bout de leur nez. Et cette saison, Gueugnon y fait quelques miracles. En Coupe de France, les Forgerons surprennent tout le monde en allant gagner au Vélodrome pour faire tomber l’OM dès les 16es de finale (3-4).
Mais c’est en Coupe de la Ligue que l’histoire de Gueugnon va basculer. Si elle n’est pas spécialement un objectif pour les Forgerons, ces derniers y voient d'abord un intérêt financier plus que sportif.
"Pour être très honnête, la Coupe de la Ligue, c’est ce qui rapporte le plus pour les joueurs, surtout à l’époque. Passer un tour, ça nous mettait une bonne prime", affirme Nicolas Esceth-N’Zi. David Fanzel trace le même sillon. "On ne va pas être hypocrite : personne n’a envie d’aller disputer un premier tour de Coupe de la Ligue à Niort dans le froid, en plein hiver et en pleine semaine. Il pleuvait, les conditions n’étaient pas bonnes. Mais bon, les coupes, c’était un peu comme l’appétit : l’ambition venait en mangeant. Plus on passait des tours, plus on avait faim." Et tout l’effectif se prend au jeu.
Niort, Toulouse, Strasbourg ; les joueurs d’Alex Dupont enchaînent et se rapprochent l'enceinte dionysienne où l'équipe de France emmenée par un certain Zinedine Zidane a écrit les plus belles pages de l'histoire du football tricolore moins de deux ans auparavant.
Pour Gueugnon, sortir le Racing, c’était mettre fin à une série de douze défaites consécutives contre les Strasbourgeois, mais surtout accéder au dernier carré de la compétition. Face au Red Star, les Forgerons se retrouvent pour la première fois dans le costume de favori. Ils vont pourtant disputer l’un des matches les plus pénibles de leur saison.
Au terme d’un match à suspense et d’une séance de tirs aux but interminable décidée par la tentative victorieuse de son gardien Richard Trivino, Gueugnon arrache son ticket pour la finale (2-2, 9-8 aux tab). Et se donne le droit d’affronter le PSG, tombeur de Bastia deux jours plus tôt.
La semaine du match, c’est toute une région qui est en ébullition. Du côté des joueurs, on ne change rien ou presque. "On avait le vestiaire de l’équipe de France. Pour nous, 98, c’était les Bleus, la finale de la Coupe du monde. Le Stade de France c’est un rêve d’enfant", se remémorent les deux anciens coéquipiers.
"Jouer devant autant de monde, c’est génial. C’était ‘notre petite Coupe du monde à nous’. La veille du match, quand on s’entraîne dans le stade, on a hâte d’être au lendemain. Il y a un peu de stress, mais c’est plus de l’excitation. On essayait de faire les cons la veille, de faire comme d’habitude, on ne voulait rien changer. On était même sortis trois jours avant le match. A l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux donc on ne se rendait pas forcément compte de l’ampleur", nous raconte Nicolas Esceth-N’Zi.
Pour le défenseur des Forgerons, "le PSG était sans doute la plus belle affiche que Gueugnon pouvait avoir." Une belle affiche qui ne tétanise pas les Bourguignons, bien au contraire.
Pour le numéro 10 gueugnonnais, "la pression était sur le PSG. Pour eux, le match a été dur. Ils sont à Paris, au Stade de France, ils sont deuxièmes de D1, ils font une bonne saison et ils reçoivent Gueugnon. Il y avait 99% de la population qui pensait qu’ils allaient nous démonter."
Les Forgerons vont faire plus que résister. Mieux, ils vont prendre les Parisiens à la gorge dès le début du match.
Au retour des vestiaires, le PSG met le pied sur l’accélérateur, mais c’est bien Gueugnon qui va faire la différence à l’heure de jeu. Malgré les assauts répétés des joueurs de la capitale, les Forgerons tiennent bon grâce à Richard Trivino héroïque, auteur de plusieurs miracles.
Alors que le PSG campe dans la moitié de terrain gueugnonnaise en toute fin de match, Sylvain Flauto, qui a remplacé Nicolas Esceth-N’Zi, récupère le cuir, élimine quatre défenseurs parisiens, tire et éteint les derniers espoirs de prolongation pour les Parisiens. Gueugnon l’a fait. Les Forgerons ont écrit leur légende.
Vingt ans après, l’émotion de David Fanzel est toujours grande. Même chose chez le milieu de terrain. "C’est confus, mais c’est surtout de la fierté. T’es au milieu d’un stade de 80 000 personnes… Personne n’est préparé à tout ça. T’essaies de chercher ta famille. Interrogé par France 3 pendant qu’ils font le tour du stade, Sylvain Flauto répond que "l’idée ne lui était pas encore venu à la tête." Loin d’être une préoccupation pour les héros du jour.
Alors qu’il vient tout juste de récupérer sa médaille et soulever la coupe, Nicolas Esceth-N’Zi fait une rencontre pour le moins inattendue. "C’était flou. On descend la tribune et là, il y a Enrico Macias, un grand supporter du PSG, et je lui lance ‘Oh Enrico !’. Il me fait une accolade où il me dit un truc du style ‘Vous avez apporté beaucoup de bonheur’. Très classe."
Pendant trois jours, les Gueugnonnais vont célébrer et enchaîner les apparitions médiatiques. Les gens nous en parlent encore." Gueugnon a peut-être sombré dans les tréfonds du foot français, mais sa légende est encore bien vivante.
Voici un tableau récapitulatif du parcours de Gueugnon en Coupe de la Ligue 2000 :
| Tour | Adversaire | Résultat |
|---|---|---|
| 1/16 de finale | Niort | 1-0 |
| 1/8 de finale | Toulouse | 1-0 |
| 1/4 de finale | Strasbourg | 2-0 |
| 1/2 finale | Red Star | 2-2 (9-8 aux tab) |
| Finale | Paris Saint-Germain | 2-0 |

La descente aux enfers et la reconstruction
Les saisons suivantes virent Gueugnon terminer régulièrement dans la première partie de tableau, le plus souvent flirtant avec l’accession en 1ère Division. Rien ne laissait donc, présager une descente en National. Déjà, lors du Championnat de France de football Ligue 2, saison 2003-04 les Forgerons se maintinrent pour seulement 2 petits points.
En position de relégable pratiquement toute la saison, le club termine avec seulement 5 succès et rejoint ainsi le Championnat National 1. Lors du dernier match de la saison, les Forgerons signent pourtant leur dernier exploit en Ligue 2 lors du match face à Amiens.
Suite à plusieurs saisons difficiles (relégation en National en 2008, épisode Vairelles en 2009-10-11, liquidation du club le 8 avril 2011), le FC Gueugnon se retrouve dans une situation plus que délicate.
Dès lors, un petit groupe de dirigeants et d’anciens vont tenter de reconstruire le club pas à pas :
- 20 avril 2011 : Perte des droits sportifs et radiation des championnats National et CFA 2 pour les deux équipes “sénior” : le FCG n’existe plus.
- 29 avril 2011 : Le Conseil Fédéral réattribue entièrement les droits sportifs des équipes de jeunes et autorise la relance d’une équipe “sénior” en Promotion d’Honneur Ligue.
- 7 juillet 2011 : Avec 23 voix “Pour”, 1 “Contre” et 1 abstention, le Comité Directeur de la Ligue de Bourgogne engage l’équipe sénior du FC Gueugnon en DH. C’est un soulagement chez les dirigeants gueugnonnais.
Le renouveau et l'avenir
Grâce à une excellente saison 2012-2013 (15 victoires et 54 buts marqués) et en ajoutant quelques belles performances (équipe qui a le moins perdu avec seulement 2 défaites, meilleure défense avec 23 buts encaissés et meilleur buteur avec 20 buts de N’Doye) l’équipe A termine 2ème du championnat. Malgré la 1ère place du Dijon FCO 3, c’est bien le FCG qui accède au Championnat de France Amateur 2.
Le club fut mis en liquidation judiciaire après avoir joué plus de 30 journées de championnat. Dès les formalités de l’huissier terminées, un groupe d’anciens du Club se remet au travail pour reconstruire tant bien que mal, une organisation Club et une équipe de football qui sera engagée en Division d’Honneur de Bourgogne.
Il faudra une nouvelle saison, 2012-2013 pour voir le FC Gueugnon retrouver le niveau national et accéder au championnat de CFA2, sous la houlette de la paire d’entraîneurs Philippe Correia et Eric Boniface ainsi que du retour au club de Richard Trivino dans les buts gueugnonnais.
En National, les choses se compliquèrent, notamment financièrement. et c'est en 2010-2011, alors que le club était présidé par l'ancien international Tony Vairelles, que les choses se terminèrent.
Vingt ans après, le Cendrillon de la Coupe de la Ligue 2000 a peut-être pris quelques rides et changé drastiquement de dimension, mais son souvenir et son héritage sont intacts.